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Lettre Ouverte Aux Gens Fermés

Tequila Moor

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Tout ce qui n’est pas volontaire est autorisé, tout ce qui est permis est superflu.

Barbares danses nocturnes dans vos stations de métro, à ciel ouvert. Hommes politiques tournés en dérision dans vos jardins pour enfants. Guignol illégal. Bombes à eau jetées sauvagement – comment pourrait-il en être autrement ? Des corps conçus exprès pour vos décors de surveillance. Des artéfacts extra-terrestres laissés dans vos endroits publics. Caméras iniques... Pénétrons par infraction dans vos musées ; au lieu de les cambrioler, ajoutons-y nos oeuvres. Dans vos fast-foods, multiplions les pains. Et le vin, sans la messe. En réponse à vos publicités : recevez par la poste notre saint sacre. Ex crémant.

La poésie ? Aucun sens sans mise en musique, si non scandée ou chantée, si non reliée au corps : une idéale combinaison, de mots et de son, devrait plonger l'auditoire dans une noble réaction physique. Mais vous lisez sous influence, le cerveau pris dans un bocal, flottant dans un inesthétique formol cartésien ; le reste de vos organes sur la table de dissection, incapables de se réunir. Même une simple récitation devrait provoquer mouvements, couleurs, applaudissements à chaque métaphore – tandis que vous écoutez la poésie, rassis, au mieux capables d’un petit rire de connivence ou d’une grimace de complaisance, assis, oublieux pour un temps de la station debout. De votre nature de bipède.

Si cela vous choque, c’est que vous faites partie du public, cet amant des artistes, ce mécène et ce flic. Mais sachez que notre peur est de toc, notre dégoût un tic, que notre libido se tacle ; et que la certitude de ne pas mourir de faim s’alimente du risque de mourir d’ennui. Le bonheur est une idée mort-né – il reste à l’enterrer, et vivre à sa place. Détruisez les endroits où vous avez été heureux, construisez là où vous avez été malheureux. Allez nus, tel un signe : allez nus à la recherche d'un signe. N’achetez rien, consumez. Ne consommez rien, dévorez. Organisez une grève sauvage, ne revendiquez rien, faites la trouble-fête. Ce jeu de rôle grandeur nature s’appelle : autodigestion de la vie quotidienne. Importons nos drames là où n’existent ni scène, ni sièges, ni billetterie. Exportons nos rires en pleine rue, mais pas dans le théâtre de rue.

Portons nos pièces de boulevard au bureau, pour y avoir l’air moins conditionné.

Nul besoin de changer la vie, juste de vivre de changement. Nul besoin de chercher un emploi, juste de s’employer à chercher. Nul besoin, que des volontés. Et pas des dernières. La première étant de mériter la prison : quel meilleur compliment pour des clowns ? Ecartons-nous du grandiose chemin de l’art, qu’il se prenne le mur en pleine dents. L’art n’est crime que si le crime est art. Aujourd’hui, nous exprimons ce que nous voulons : hier étant sinistre punition, nos films servant d’excuse à l’utilisation de lunettes 3D, nos MP3 à l’utilisation de bouche-oreilles, nos livres se lisant majoritairement sur la cuvette des toilettes. Aujourd'hui, la multinationale est le genre humain : et demain ? Une solution : séduire un individu voué au pouvoir, non pour lui faire du bien, mais pour le quitter et lui apprendre le manque. Imaginez la tête du grand patron qui peut tout se payer, sauf ce qu’il désire ?

Voici un jeu raffiné : faire apprécier l’érotisme aux abstinents romantiques, la pornographie aux amoureux exclusifs, et l’abstinence aux libertins revendiqués. À chacun selon sa perversion : relâcher une personne de son obsession, pour lui révéler de nouveaux désirs, la rendre plus ouverte au monde. Imaginez : finirions-nous ainsi par croire en quelque chose qui sorte de notre ordinaire ? Par nous échapper de ces deux clans qui accaparent l’amour depuis la nuit des temps : ceux qui le font et ceux qui le subissent ? Non, bien sûr : cette question ! Pour qui vous vous prenez, nous dites-vous ? Et nous vous répondons : nous nous prenons pour vous… À tout hasard, nous laissons un faux nom, à charge pour vous de l’utiliser. Les déguisements sont comme les jouets, SM ou SMS : ils servent à tous les genres, même ceux à inventer.

Le bleu restera gris tant qu'il n'aura pas été re-bariolé.

Ce texte restera logorrhée tant qu’il n’aura pas été torché.

Reste à faire : quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie.

Grandir à rebours.

(librement inspiré du « Poetic Terrorism » de Hakim Bey)


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3 Commentaires


Les rimes internes, si je puis dire, rythment pas mal les paragraphes. J'aime bien.

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Invité Nina_

Posté(e)

"Reste à faire : quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie.

Grandir à rebours."

Tout est dit!

Bravo

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