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Oublier

Tequila Moor

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Découverte, vision, cliché : cette nuit se finit, ceci est l'aube de mon crépuscule.

S’y résoudre.

Le premier de mes jours derniers : voici venir l'annonce de fin de ma vie, journée que j'annulerai.

Car demain ne sera plus jamais ce début ; enfin, demain saura le temps de jamais.

Quand hier, je rimais avec toujours : hier de nouveau je rêvais d'un éternel amour.

Stop !

Voilà comment atteindre le point néo-Godwin de la petite poésie dilettante : faire rimer « amour » et « toujours ». Indescriptible de mauvais goût. Cela mérite la flagellation en place publique, à coup de glaïeuls, mais un précieux chanteur anglais ne s’en est-il pas déjà chargé ?

I didn’t realise you wrote such bloody awful poetry.(1)

Recommençons...

Quand hier, je rimais avec discours : hier de nouveau je rêvais d'un éternel retour ; mais combien de souvenirs hantent ces lieux, combien de joies chantent encore sur ces terres ?

Ces murs ne sont plus mes murs et ce lit n'est plus le mien – et ces danses, comme une transe, s'atténuent en un rien.

Un frisson sur ma peau : la brise m’entraîne au loin.

Ouais. Pas mieux, hein ?

Symptôme de l’apprenti poète qui joue au malin, sur un thème plus que rabâché, de quoi laborieusement moudre des mots tel un meunier maniaque. Sans compter l’illusion de volonté, en filigrane, alors qu’il n’est guère de choix : soit tu te remets en route, soit tu te suicides.

Tout le monde vit cela, un moment ou l’autre, nul besoin d’en pondre des kilomètres de phrases.

On peut aussi se mettre en veille, bien sûr. Pratiquer le « pas de côté » d’un contemporain écrivain français, même si ce dernier ressemble depuis au moins 20 ans à un cancéreux en phase terminale, donc qu’il ne soit pas certain que ses conseils fonctionnent bien. N’ayez pas peur du bonheur ; il n’existe pas (2) ... Alors pourquoi se remettre en route, restons dans la stase : liberté souveraine, dans la non-action.

Hop, double illusion : je veux, je suis libre.

Catalogue de concepts, du verbiage fécond, pour se croire créateur : de soi, des autres, de nos choix, de nos existences. On voit pourtant où ce raisonnement peut se fendre, où il est possible de lui faire gorge rendre. Car si la liberté est illusion, alors toutes nos ratiocinations s’opèrent dans l’espoir d’oublier cette condition – ce qui nous est nécessaire pour survivre.

Application du principe de précaution.

Il s’agit d’oublier l’impossibilité de vivre en gardant à la conscience nos propres limites, il s’agit de se payer de mots pour mériter d’être plus qu’un primate, en monnaie de singe... Il s’agit ? Taire !

Or, même savoir ceci n’est pas suffisant : à peine un remède au fait de ne rien trouver de mieux à faire, ce savoir n’est pas une arme.

Traîtrise : nous nous croyons individuellement libres, car le discours ambiant parle de notre liberté.

Maîtrise : nous adoptons ce discours, son illusion consolante, le propageons de façon zélée en retour.

Cerise : tout un chacun se retrouve fort content de cette situation ; pourquoi chercher à en faire plus, à aller plus loin ?

Gâteau !

Apporter des réponses aux questions que personne ne pose ? Poser des questions aux réponses que personne n’apporte ?

Il est loisible de douter que quelqu’un en soit encore capable, Dieu s’étant vengé d’un irascible philosophe allemand. Ohne Musik wäre das Leben ein Fehler (3) – et tant pis pour les sourds.

Résoudre tout,

À un début :

Un milieu est une fin.

 

Notes :

(1) Morrissey, « je n’ai pas réalisé que vous écriviez de la poésie si dégueulasse » dans la chanson de The Smiths, Frankly Mr Shankly :

http://www.youtube.com/watch?v=2ownZDWNIRs

Morrissey aimait parfois faire subir des outrages aux fleurs, comme ici :

(2) Michel Houellebecq, dans ses anciens écrits – Rester Vivant et Approches du Désarroi – avant même son premier roman : l’idée du « pas de côté » n’est pas de son invention, il s’agirait plutôt d’une réactualisation en mode mineur de la pensée d’Ernst Jünger (période post-Seconde Guerre Mondiale) qui a développé un concept d’anarchiste individualiste, l’Anarque ; plus individualiste qu’anarchiste, bien entendu.

(3) Friedrich Nietzche, « sans musique, la vie serait une erreur » dans le Crépuscule des Idoles – partie Maxime et Pointes, aphorisme 33 – où notre ami se moque dans le même temps du bonheur, de Dieu, des Allemands… Quel farceur !

Comme Nietzsche est souvent incompréhensible, que mon texte l’est aussi, je me suis dit que ça ferait bien de le citer : il est une sorte de caution culturelle pour dilettante de l’esprit, en quelque sorte.


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5 Commentaires


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Les petites notes me rappellent la méthode konvicted. Je m'étonne que Jedino n'ait pas crié au plagiat. :search:

Bon, moi, de la awful poetry comme ça, j'en redemande. :fille:

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Allons bon, voilà qu'on me demande de persister dans mes voies déviantes (hin hin)... Jedino n'a vu que les notes, pas le texte au-dessus, donc pour lui c'est original. :o°

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