• billets
    155
  • commentaires
    1 273
  • vues
    154 073

Hyper-Inconnu

Tequila Moor

50 vues

Matin.

Où, j'apparus dans un décor indifférent et dangereux, désolé, d'un gris sale que le pâle astre de ce printemps naissant n'arrivait pas à diluer.

Je ne reconnaissais rien ici, je ne me reconnaissais d'ailleurs guère plus : sur moi, un harnachement aux couleurs passées se trouvait, m'oppressant, m'agrippant. Serré à la gorge, à la taille et aux pieds ; gêné dans mes mouvements par un textile rigide ; au poignet un objet métallique tel un anneau ; du cou au nombril, un losange de tissu pendant.

Je me trouvais alors au sommet d'un escalier de quelques marches, dans ce qui était apparemment une cité : en bas de la volée commençait une étrange rue, formée de 2 plate-formes entre lesquelles une voie était tracée, mais où le sol dans sa totalité était recouvert d'une matière indéfinissable. Ce me semblait des cendres de cadavres agglomérées solide.

Sur chaque bas-côté, de curieuses constructions en fer, figurations de bêtes chimériques, étaient posées à intervalles réguliers : j'eus bientôt déduit, par un système de vitrage incorporé, que ces statues étaient évidées et pouvaient accueillir des êtres humains. Etait-ce une sorte de demeure miniature où seul le repos était possible ? En avançant dans l'artère, je trouvais hautement probable d'avoir dormi dans un de ces dispositifs, bien qu'aucun souvenir ne me revienne.

Brusquement, sur ma gauche, une porte se mit à coulisser vers le haut, révélant les sombres entrailles d'une bâtisse devant laquelle je me trouvais : hypnotisé, je voyais cette bouche édentée s'ouvrir ; j'entendis des grincements, plus un rugissement sourd sortir d'une apparence de souterrain. Puis, - l'échine supportant un parasite d'allure simiesque à la tête dilatée, - un insecte de métal me fonça dessus, ses yeux émettant une vive lumière, ses mandibules enserrant une roue dont le destin devait être de m'écraser. Je fis un bond de côté, le symbiote me frôla, l'air froid vibra de ses bruits, de mes cris : ensuite, ce danger s'éloigna à grande vitesse, indifférent à mon sort. Aussi, même si je ne compris point comment son mouvement s'opérait, je pus constater qu'il était pourvu d'un autre boyau circulaire retenu entre ses griffes arrières ; or ces roues étaient recouvertes d'une matière semblable au sol, était-ce donc qu'il se nourrissait de ce dernier et ainsi avançait ?

Encore halluciné par cette rencontre, mes pas me portèrent à la suite du monstre, à mesure que mon esprit échafaudait des hypothèses. Plus loin, la voie se terminait par une arche composée d'un édifice de quelques étages, à l'architecture déplorable et austère, en tout point comparable à ceux qui bordaient les accotements mais d'où aucune porte ni escalier n'émergeaient. Je passais cette voûte, pour m'arrêter devant une scène dépassant en horreur ce que j'avais jusqu'alors supporté.

Car il y en avait d'autres qui circulaient, de bien plus fantastiques, de bien plus répugnants, et formaient un grouillement doublé de relents pestilentiels, d'un tumulte frénétique ; cette agitation me fit lever les yeux, chercher du calme dans ce chaos. Peine perdue. Au loin, en haut : davantage de constructions gigantesques, hideuses. Et sur, encore cette teinte gris-mort, par endroits doublée de miroirs reflétant le gibbeux halo qui tenait lieu de lumière à ce paysage. Même, il semblait que ces immenses colonnes ou cubes poussaient la chape plombée pour la soutenir, offensaient le ciel pour le contenir tels d'agressifs obélisques : un firmament à tourmenter. Seuls de sonores points de couleur y traçaient leur route, clignotants sur ce qui de loin m'apparaissaient dards d'acier tirés, rugissants en l'espace pareils à des flux de bruit fixe. Pour certains, une traîne de fumée blanchâtre indiquait une combustion intense : étoiles filantes, brasiers volants ?

Je me mis alors à marcher au hasard, sonné. Puis mes yeux quittèrent le lointain pour descendre au plus proche… C'est enfin que je les vis : mes doubles, mes semblables, cachés presqu'entièrement par ces vêtements ridicules que je portais aussi. Même les femmes arboraient de prudes costumes, hormis quelques jambes recouvertes de transparent noirci. Tous, semblables à des mannequins de cire.

Et surtout aucun sourire, et partout des allures mécaniques, et surtout et partout l'identique œil absent, en point de fuite. Certains parlaient dans le vide, d'autres dans des boîtes adaptées à leur main. Beaucoup marchaient vite, couraient presque, un fil pendant d'une ou de chaque oreille. J'en vis regarder avec anxiété leur anneau porté au poignet : néanmoins je n'y voyais rien qui puisse distiller l'angoisse, à part une inscription de chiffres qui changeait constamment. Déambulant parmi ces pantins, je me faisais l'effet de traverser un cyclone au ralenti : leurs regards à l'opposé de l'épicentre.

Soudain, je rencontrais un homme : idem, ce tiers scrutait ce fourmillement, cette infamie, ces dangers permanents ; lui pointant de son doigt des silhouettes tel un enfant jouant au bandit ; moi avec une expression d'hébétude certaine. Mais, ahuris oui, nous nous trouvions tous deux près l'un de l'autre, rapprochés peut-être, - nous égarés, - par les buts obscurs de ceux qui nous bousculaient sans y prendre garde : qu'étaient-ils donc ?

J'interrogeais cette moitié retrouvée sur la signification de ces catastrophes continuelles qui se déroulaient à nos côtés, sur les mots exacts qu'il fallait utiliser pour désigner ces apocalypses.

Il enchérit, peut-être seulement pour lui-même, dans un souffle : « bienvenue, en enfer tiède ».




13 Commentaires


Quoi ??? Nan mais hey, ho !!! Hein ? Bon...

C'est très beau, et ce n'est pas un jeu de mots. J'ai dit. :p

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Dans ma phrase, ça aurait donné : l'astre pâle... :cray:

Il est impossible d'utiliser ces mots agencés de telle façon, on dirait le nom d'un vaisseau spatial dans une série B fauchée de SF, faut pas exagérer !

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

J'sais pas pourquoi, mais le titre m'a fait penser aux maths...

Sinon, c'est sympa! Tu te laisses aller à la prose en ce moment.

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Tu as de la chance que je ne sois pas ton éditrice. J'en ai maté des plus coriaces que toi. :girl_devil:

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

@ Jedino :

Merci ! Et le titre (ainsi un peu que la situation) est directement inspiré de la chanson qui suit :

@ Ocytocine :

C'est plutôt toi qui a de la chance de ne pas être mon éditrice : pour me faire fléchir, il t'aurait fallu améliorer mon pourcentage sur les ventes...

:first:

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Tss, tu me connais mal. Enfin ça c'était avant. Je ne suis plus rien. À part une loque.

Mais pour la peine, je t'assigne de nouveaux mots à exploiter,qui font un peu SF justement ( :dev: ) : chronophage, péristyle et catharsis. Tu as de la chance, j'en avais capturé un autre, mais il m'a échappé.

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Notés ! Et tu préfèrerais quoi comme style, alors : plutôt proz ou plutôt poez ?

Bon, sinon je te rappelle que tu avais une nouvelle en cours, dans le temps, c'est-à-dire y'a à peu près 1 mois, et qu'on attend toujours ! Donc voilà : la loque s'arrange la coiffure, se met un petit coup de laque, pense à St-Jean-De-Luc, tape sur son clavier puis sur sa souris clique, afin de nous émerveiller un peu... Klouk, j'ai dit. :)

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Le style, ça m'est égal. L'important étant que TU t'amuses. Je ne demande pas une ode en mon nom, juste que tu les utilises où tu en as envie. Je ne te harcèle pas non plus sur les délais, moi. :dry:

:bisou:

Je rajoute officine et profane. Ça sonne bien, non ?

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

C'est bien noté pour les 2 derniers ! Et je n'avais pas compris que je pouvais les utiliser où je voulais, je croyais qu'ils devaient tous être dans un même texte. ;) J'étais en train de me préparer une sévère contrainte...

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Je ne suis pas un monstre. :D Enfin, je ne crois pas.

Je te donne de jolis mots, mais tu ne me dis pas si tu les apprécies. Dommage.

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

J'ai apprécié melliflue d'entrée de jeu. Et également ocytocine. :D D'ailleurs, au début je pensais qu'il s'agissait d'un jeu de mots, genre aussitôt dit, aussitôt sine même si je ne voyais pas très bien ce que ça pouvait vouloir dire... Soliflore m'intrigue, et chronophage j'ai toujours apprécié. Les autres, j'y suis moins sensible.

Partager ce commentaire


Lien vers le commentaire

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !


Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.


Connectez-vous maintenant