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Polis

Tequila Moor

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T’as vu ? On est ivres, il est tard…

Si demain vient, je penserai à changer mes vieilles fringues : elles puent.
Puis à te changer, camarade : tu pues aussi.
Puis j’irais voir mes vieux amis, ceux de ma vie d’avant : pour eux, je pue.
Navrant.
Autre jeu, partie suivante.

Si demain vient, j’irai sonner la vieille.
On ne sait jamais : peut-être, elle a besoin de quelque chose.
Je lui offrirais un truc : j’en peux plus, ces remords qui durent.
Demain. Tout était simple.

Longtemps, je m’en fichais de la vieille.
Depuis, j’ai appris l’amour, ne m’a pas réussi.
Longtemps, je m’en fichais de tout.
Je l’avais, tout : et l’innocence, la fierté avec.

Dégage !
T’es comme les autres. Tous.
Vous avez, t’as tout volé.
Sauf mon dégoût. Qui augmente.
Plus on me fait confiance, pire c’est.
Mais pas de douceur, surtout – rien qui retienne.

T’as vu ?
Si demain vient, je continuerai la leçon.
Apprendre à être fliqué, cataloguer.
Pas changer de rôle, c’est mauvais genre.
Savoir être tout petit, en sa bonne place.
Content d’arriver jusque là. Pas demander plus.
Compartimenter : plus de 50 % aux élections, ne s’oublient pas.

Aimer le cynisme.
Aimer le christianisme.
Aimer tendre une joue après l’autre, s’en foutre, trouver de quoi en rire.
Aimer le côté « j’suis à côté ».
Aimer n’avoir aucune explication pour ça, pourtant aimer ça.

Parfois penser au suicide, pas comme les prostituées du coin, qui s’en fichent.
Elles en ont trop vu, qui se déchargeaient de leur vie, juste après l’avoir fait en elles.
N’ont pas envie de leur ressembler.
Même se tuer, ce n’est pas assez bon pour elles.
Elles ont raison : tout comme l'autre, j'ai peur qu'il y ait une vie après la mort.

T’as vu ?
Tu glisses de mon épaule, je glisse de la tienne – c’est mort d’avance.
Nous sommes déjà déçus, d’avoir été jeunes. Voulant vivre.
Nous sommes des miteux pluriels, se raccrochant à plus ambitieux, lui disant « oui » du haut de nos mines de perdants magnifiques.
Contre nos dégaines obscènes lui échanger quelque raison de vivre.
Au singulier.
Et jusqu’à demain, s’il vient.

Mon chéri ? Ma chérie ? Je sais plus, merde…
Regarde ! On va y être.
Foutre le feu au navire fantôme, au hollandais volant, à tous les bateaux ivres.
S’en fiche, on l’est et même pire.
S’en fiche, on vit dans la jeunesse éternelle – on ne la reconnaît plus, mais on l’idéalise.
S’en fiche, on s’est mangé le mur de la rébellion en pleines dents. Pour tous les jours, tenter le ravalement de notre râtelier.
Vieillards en suspens.

Allez, reprendre à boire.
Ce soir, me pendre à une bouteille.
Presque pleine, debout : encore là.
Au contraire de nombre de mes ex, donc.
Tu n’es pas vraiment mieux, non, mais on se connaît pas.
Cela excuse, oui, mais n’est guère rassurant.
Je devrais aimer mon plancher ce soir : je pense y éteindre les lumières, même celles du plafond.

T’as vu ?
On se souvient de tout, de rien.
D’excuses exotiques, de plus forts qui ne se sont pas excusés : de l’être, de nous laisser.
De mensonges incroyables, de plus malins qui ne se sont pas rappelés l’avoir été – ou qui ont su avancer.
Souvenirs d’un rien qui pour nous est un tout.

Quoi !
Tu rigoles de la blague que je t’ai racontée la dernière fois.
T’es assez ivre pour croire que c’était en début de soirée…

Et on glisse encore.
Et hormis nos épaules, il y a les langues, celles de gens qui savent parler, pas la nôtre.
Et quand ça glisse, des leurs dans nos bouches, on voudrait se croire avoir parlé de ces choses.
Qu’on aurait faites.
Qu’on n’a même pas pensées.

La blague.
Je me rappelais pas : je te l’ai jamais racontée…
J’aime ça.
Ces fins de soirées, celles où l’on coule.
Pourtant, la lumière doit être belle à Malte.
Toi non plus, oui : tu n’y es jamais allé.

T’as vu ?
Si demain vient, je tenterai de voyager.
Pas loin, juste assez.
Pour commencer.
Car hormis nous, il y a un autre monde : celui qui fait avancer ce dans quoi on se maintient.
Tant bien que mal.
Quand on croit ne pas avoir de prises sur lui, quand on se croit malin, de se lier à un premier de cordée même pas capable d’être guide de catacombes.

On pourrait déjà, faire une balade, le long du Rhin.
Je sais : là aussi c’est bas, mais…
Ce serait bon, pour l’enclume, qu’on aura à la place du cerveau demain.
Mens pas, tête de bois.
Ce genre de métal, pour oublier sa vie, c’est l’idéal : oublier qu’on du plomb dans l’aile.

Si demain vient, j’en jurerai.
Même si j’ai faim. Même si ma soif m’emplit l’estomac.
Jure ! Si tu pouvais trouver, autre chose que l’alcool, qui te rende aussi ivre, t’arrêterais de boire ?
Si nos lunes pouvaient dégorger la tumeur de ces temps déportés de loin teins.
OK, je finis la prune.

Allez, viens te coucher : demain vient.
À chaque jour son essai de vie, à chaque nuit son démenti.
Allez, viens te coucher – je t’aime.




6 Commentaires


Là j'ai triché, c'est un vieux texte un peu remanié pour coller avec celui d'hier... Ceci est en fait un message de démystification, que j'espère subtil : oui, il m'arrive de poster de vieux textes sur le blog, même si toujours remaniés... Ainsi, j'espère qu'on admirera moins ma constance. :p

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Tricheur! C'est pas sérieux, ça!

Euh, ta constance est d'autant plus grande, du coup, si tu en écris plus d'un par jour, mais ce n'est pas grave! :D

J'aime la structure de tes poèmes (en vers libre). Enfin, je ne sais d'ailleurs pas si on peut parler de poème, ici. Prose poétique, peut-être?

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Pour moi, c'est de la prose : je mets des points à la fin des phrases, et plein de ponctuation partout... :p L'emprunt à la poésie, c'est le passage à la ligne à la fin de chaque phrase (ou presque) et l'agencement ensemble de phrases qui parlent de la même chose, comme des strophes. À part ça... Y'a pas de rimes, pas beaucoup d'assonances, pas beaucoup non plus d'images poétiques, quelques jeux de mots. Prose, tout court !

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Oh, tu sais, comme disait la dame l'an passé, j'ai pas le sens poétique! Faut dire qu'avant d'y voir des trucs rationnels, des trucs complexes et franchement pas captivants, j'y vois des mots. Et, tes mots, ils sonnent poétiques, dans ma tête.

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@ Ocytocine : c'est plutôt décousu, en fait. Si tu veux, tu peux t'imaginer un clochard qui marmonne tout seul en son abri de fortune, engueulant un ami imaginaire après avoir fini son jaja, ça marche aussi.

@ Jedino : OK chef, poétique tu veux qu'ce soit, poétique ce sera ! Céki la Dame Lampassé ?

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