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On ferme !

Tequila Moor

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Juste un autre instant pour toi et moi, d'autres instants avec l'ennui en soi : avoir passé des années avec lui pour ennemi, devoir encore en passer avec l'envie pour amie. Rien à dire, rien à faire, à part se sentir vieux. Et usés. Attendre la prochaine journée. Ou vivre en solitaire : toujours seuls, sans ce recours suprême, d'être amoureux d'autres soi-même.

Subir le sabir de l'ennui, qui pourrit sa vie. Continuer à mourir, petit à petit, sans le dire. On va sourire pourtant, cacher ses sentiments, mais il faut emplir ce trou. Alors debout, recherche de bouts ; pour la prochaine fois échapper à son soi, se perdre à nouveau dans le ferme et le choix.

Inutile d'insister : je ne te raconterai pas l'histoire de la marchande de Foix qui a perdu la foi en maquignonnant du foie.

On se tait, ou on n’intéresse personne. Toujours faire comme si, où personne n’intéressant personne ne s’intéresse à personne. Toutefois parler. Plutôt baratiner. Ecouter aussi. Oui ça va jusque là, quand ça parle pour soi : jusqu’à l’écoute qu’on accorde aux autres qui peut parler pour soi. Dès lors on se tait, ou on s’en fiche.

Se trouver des raisons d’avancer, colorer son passé, ses erreurs, ses humiliations, avec du rire. La dérision aidant, se raconter des histoires pour ainsi nier son histoire. Mais la glace de la moquerie craque, les éclats se morcèlent, les illusions cèdent, quand les noyés remontent à la surface. Se rappeler alors avoir touché le fond, se forcer à ne pas sombrer de nouveau.

Le rire encore, comme seule bouée pour affronter la haute mer, car le bonheur n'est utile qu'en piscine couverte.

Et moi, qui voudrait parler de beauté, mais ne sait comment faire. Cependant : intuition, il suffirait de la créer. Pas si facile : les mots sont un corps, rendu féminin par le fait d’être caressé, qui s’accordent au diapason d’une douceur qui sait les rendre déraisonné-e-s. D’informes, devenir aventure, lande d’expérimentation : luxure.

M'en voici tel un libertin qui aurait trop défloré d’hymens, rendu cynique par une vision anatomiste du phénomène : sous un angle juste technique. Quand savoir faire plaisir conduit au contraire d’aimer faire plaisir… Devenir mécanicien : actionner mes outils quand la raison me fuit, enchaîner des mots pour flatter mon ego, chercher l'ultime allégorie pour rayer la frénésie.

Ou la passion, peut-être : je me perds dans les synonymes. En tout cas, ça débordait du réservoir fût une époque, la jauge en était pleine, ça brûle encore mes veines. Non, je ne te parle pas de l'histoire en question, même si je te l'ai déjà racontée : un bout de foie dans les veines, ça n'a pas de sens. Depuis lors, embrasser l’ironie : pulvériser la vie. Ne plus réduire l'allure : dévorer le futur.

Et puis après ?

Demain, faudra vieillir – après-demain, faudra puer – plus loin, faudra être froid.

Allez, je paye ma tournée ; de toute manière c'est la dernière.


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6 Commentaires


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En même temps tu dis "on ferme !" alors j'obéis et je me la ferme! :/ Et puis lire un texte aussi prenant, tard dans la soirée, m'a laissée sans voix... hum, sans doigt...

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C'est le patron du bar qui ferme, il en a marre d'entendre les logorrhées des derniers clients qui se prennent pour plus profonds qu'ils ne sont. :drinks: Dommage de rester sans doigt durant une soirée tardive : certaines fois, ça peut servir ces petites bêtes...

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J'en ai connu quelques uns : curieusement, ce sont les pires ! Non seulement, quand leur clientèle déblatère sur leur bon copain malheur, ils n'hésitent point pour dire à cette dernière qu'elle est fatigante, mais en plus ils se permettent de pointer les erreurs dans le discours du plus fat des poivrots... Urg !

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