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<rss version="2.0"><channel><title/><link>https://www.forumfr.com/blogs/b1512-extraits-de-lecture.html</link><description/><language>fr</language><item><title>Tourner la page</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8257-tourner-la-page.html</link><description><![CDATA[<p>
	Il faudrait tourner la page, ne plus y penser, sortir du statut de victime, se tourner vers l'avenir. Les victimes de violences sexuelles reçoivent souvent ce type d'injonctions. Si seulement. Elles seraient les premières à tourner la page, à enfermer les violences qu'on leur a faites dans la boîte prévue pour les mauvais souvenirs et que nul n'ouvre jamais. 
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	Malheureusement, quand les violences sont extrêmes, comme le sont les violences sexuelles, la page est si profondément entaillée qu'elle adhère à celles qui suivent, que les pages qui suivent sont entaillées elles aussi. S'il est possible de tourner la page, on s'aperçoit que la marque est sur la page d'après.
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<p>
	La vie d'après existe. La vie avec ses hauts et ses bas, une vie avec des pages lumineuses, emplies d'un bonheur inespéré. Mieux que quiconque, les personnes qui ont été victimes de violences sexuelles le savent. Il n'est pas question ici de les enfermer dans le présent perpétuel de la souffrance sans laisser le moindre espoir que la vie d'après peut être belle et qu'elle vaut la peine d'être vécue. Elles le savent bien puisque chaque jour est une lutte et une affirmation de soi. 
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	<em>160 000 enfants - Edouard Durand</em>
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]]></description><guid isPermaLink="false">8257</guid><pubDate>Sun, 02 Jun 2024 12:26:26 +0000</pubDate></item><item><title>Faire avec...</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8228-faire-avec.html</link><description><![CDATA[<p>
	Oui, la douleur se dompte sans jamais disparaître, vu que la résilience, il serait temps de l'admettre, c'est rien que des conneries. Le Petit Robert rappelle : "Résilience. n. f. Capacité à surmonter les chocs traumatiques." Ca arrange bien tout le monde, cette histoire de résilience, on peut broyer les êtres puisqu'ils s'en remettent toujours. Le cerveau est plastique, l'esprit pâte à modeler. Le terme de résilience depuis quelques années relève de l'injonction. Résilience collective autant qu'individuelle. Résilience personnelle et dans le monde du travail. Une fois qu'on s'est relevé on est plus résistant, de fait plus efficace ; c'est dans les vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes, les psychés fracassées recollées à la glu donnent des machines de guerre. 
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<p>
	La faille ne se referme pas, quelle que soit la façon dont la remplit de terre. La faille ne se referme pas, ne se referme jamais. Et ça, c'est inaudible, socialement irrecevable. On n'a pas le droit de souffrir, de souffrir psychiquement au-delà d'un certain temps, au-delà d'un certain seuil. Ce n'est pas acceptable, sous peine de remettre en cause toute l'organisation du système, de la fable, tant de légendes urbaines où l'on croise des victimes devenues héroïnes. C'est pour fuir le mot victime que l'on court vers l'oubli et la transmutation. Changer la fange en or est une obligation pour ne pas échouer en hôpital de jour ou en clinique privée. Toutes les quarante minutes une personne se suicide au pays du fromage et des anxiolytiques. 
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	<em>Pauvre Folle - Chloé Delaume </em>
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]]></description><guid isPermaLink="false">8228</guid><pubDate>Fri, 29 Mar 2024 07:34:03 +0000</pubDate></item><item><title>Se taire</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8220-se-taire.html</link><description><![CDATA[<p>
	Quand il arrive que vos questions deviennent trop insistantes, vos parents vous interdisent de vous exprimer sous peine d’avoir la langue coupée. Vous avez du mal à croire qu’ils mettront leur menace à exécution, vous les imaginez difficilement maniant des instruments tranchants destinés à vous faire souffrir, vous les voyez plutôt comme des êtres bienveillants, en plus ce sont vos parents. Malgré tout, par prudence, vous vous abstenez de parler à tort et à travers. Vous apprenez que le silence protège.
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	<em>Que font les rennes après Noël - Olivia Rosenthal</em>
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]]></description><guid isPermaLink="false">8220</guid><pubDate>Mon, 18 Mar 2024 10:01:27 +0000</pubDate></item><item><title>Ce qui ne te tue pas...</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8212-ce-qui-ne-te-tue-pas.html</link><description><![CDATA[<p>
	- Tu sais ce que dit le proverbe ? Ce qui ne te tue pas te rend plus forte...
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	- Connerie ! Cette phrase vaut dans les deux sens : pour toi, et pour le méchant qui essaie de te tuer. En vérité, ce qui ne me tue pas mute et essaie de nouveau. C'est le principe même de la vie : pense aux bactéries, aux virus et à tous ces connards qui ne lâchent jamais l'affaire... 
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<p>
	<em>La tragédie de l'orque - Pierre Raufast </em>
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]]></description><guid isPermaLink="false">8212</guid><pubDate>Wed, 13 Mar 2024 08:49:16 +0000</pubDate></item><item><title>Les temps modernes</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8165-les-temps-modernes.html</link><description><![CDATA[<p>
	Epoque accusatoire, où il faut nommer des coupables, souvent sans preuves, les traîner dans la boue, les offrir à la vindicte populaire, et qu'importe s'il est démontré in fine qu'ils n'y étaient pour rien. Quelqu'un doit payer, quelqu'un doit prendre la colère comme on prend la foudre, quelqu'un doit expier, afin que tous les autres puissent déverser leur haine, se soulager de leur mauvaise bile et se croire, eux, irréprochables. 
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	<em>Paris-Briançon - Philippe Besson</em>
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]]></description><guid isPermaLink="false">8165</guid><pubDate>Wed, 31 Jan 2024 14:21:00 +0000</pubDate></item><item><title>L'arme fatale</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8154-larme-fatale.html</link><description><![CDATA[<p>
	- Cessez de m'importuner, je vous prie ! avait-elle lancé au coupable. Sinon, je me verrai contrainte de vous frapper d'une arme dont les coups ne vous pardonneraient pas dans une si petite ville.
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<p>
	Menace sibylline autant que littéraire, mais il en fallait davantage pour décourager le rustre : 
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<p>
	- Et ce serait quoi, cette arme, mignonne ? aurait-il demandé.
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<p>
	- Le ragot, avait répliqué Gail Godwin. 
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<p>
	<em>La petite amie imaginaire - John Irving</em>
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]]></description><guid isPermaLink="false">8154</guid><pubDate>Tue, 16 Jan 2024 08:00:34 +0000</pubDate></item><item><title>Int&#xE9;gration</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8152-int%C3%A9gration.html</link><description><![CDATA[<p>
	C'est là, en lisant ses cours, que j'ai compris que j'avais subi une vaste entreprise de nettoyage. Comme s'il fallait cacher notre différence et puis procéder à un effacement total. Cinq minutes consacrées à la présentation du non-francophone, où pour la seule et unique fois ses "origines" sont évoquées, à part ça, rien d'autre. Ensuite, une fois que le travail de "cleaning" a bien été accompli, on l'envoie dans la "vraie" classe. CLIN ou CLEAN, c'est tout comme. On efface, on nettoie, on nous plonge dans les eaux de la francophonie pour laver notre mémoire et notre identité et quand c'est tout propre, tout net, l'intérieur bien vidé, la récompense est accordée : tu es désormais chez les Français, tâche maintenant d'être à la hauteur de la faveur qu'on t'accorde. Etrange façon d'accueillir l'autre chez soi. Un contrat est passé très vite entre celui qui arrive et celui qui "accueille" ; j'accepte que tu sois chez moi mais à la condition que tu t'efforces d'être comme moi. Oublie d'où tu viens, ici, ça ne compte plus.
</p>

<p>
	Marx et la poupée - Maryam Madjidi
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]]></description><guid isPermaLink="false">8152</guid><pubDate>Fri, 12 Jan 2024 07:39:34 +0000</pubDate></item><item><title>Les gens pratiques</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8151-les-gens-pratiques.html</link><description><![CDATA[<p>
	Je continue pourtant à penser qu'ils devraient me remercier, ces faux gentils qui se plaignent de moi.  Nous ne sommes pas nombreux à accepter d'avoir le mauvais rôle. Le nombre de gens qui se raccrochent à nous, les méchants, les sans foi ni loi ! Nous servons de prétexte à une ribambelle de faibles qui ont besoin de nous pour céder à leurs peurs et à leur lâcheté. Tout ce qu'ils font, et ne font pas, c'est à cause de nous. Le grand jeu de cette société consiste à se refiler la faute les uns aux autres comme une patate chaude. Alors, il y a les gens comme moi, au bout de la chaîne. Ceux que les impuissants chargent, dès que nous avons le dos tourné, des fagots de leurs péchés et de leurs insuffisances. Mules condamnées à charrier les déchets de la moralité.
</p>

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	Fourrure - Adélaïde de Clermont-Tonerre 
</p>

<p>
	 
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">8151</guid><pubDate>Thu, 11 Jan 2024 10:27:41 +0000</pubDate></item><item><title>Aucun code, bien s&#xFB;r...</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8150-aucun-code-bien-s%C3%BBr.html</link><description><![CDATA[<p>
	Kevin dut également s'habituer aux codes de la tribu, assez simples mais peu explicites. Clamer la mort du patriarcat mais attendre tout de même que la maîtresse de maison ait saisi sa fourchette avant d'entamer son plat. Placer des mots anglais avec un air de regret, comme si on ne pouvait pas faire autrement. Afficher un mépris blasé pour les politiciens tout en commentant leurs moindres frasques. Revendiquer avec fierté des racines provinciales, limougeaudes dans le cas de Kevin, ce qui aurait bien fait rire ses parents qui étaient de nulle part et fiers de l'être. Toujours se présenter par son prénom, signe de modestie entre gens connus ou qui pensent l'être. Citer des auteurs radicaux à condition qu'ils soient morts et donc inoffensifs. Ne jamais porter une ceinture noire avec des chaussures claires, quand bien même les tenues débraillées étaient permises voire encouragées. Ricaner dans les restaurants prétentieux où les menus indiquent "titiller les papilles" pour "entrée" et "fraîcheurs gourmandes" pour "plat principal". De manière plus générale, critiquer dans les moindres détails tous les attributs de la réussite, afin de bien montrer qu'on les possède. Ne pas parler d'argent, y compris et surtout du montant de la levée de fonds, pour maintenir l'illusion que celui-ci ruisselle naturellement et pour tout le monde. S'indigner des inégalités avec une tristesse fataliste. Rire aux blagues de cul les plus triviales mais baiser le moins possible. Et surtout, surtout, le premier des codes : feindre de croire qu'il n'y en avait pas, qu'on se rencontrait tous par le plus grand des hasards et qu'on s'acoquinait de manière parfaitement spontanée. 
</p>

<p>
	Humus - Gaspard Koenig 
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]]></description><guid isPermaLink="false">8150</guid><pubDate>Wed, 10 Jan 2024 10:26:33 +0000</pubDate></item><item><title>Les gens qui "se reconnaissent"</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8148-les-gens-qui-se-reconnaissent.html</link><description><![CDATA[<p>
	Il y a ce type qui vit près de chez moi. C'est un ancien pandillero qui est revenu vivre dans son village. Il cultive la terre, s'occupe d'un terrain de son père où pâturent des vaches. Quelquefois il passe dans un vieux pick-up vert cabossé, quelquefois il est à pied. On se croise de temps en temps. Parfois on est l'un en face de l'autre dans le minibus qui nous conduit à la ville la plus proche. Il a des tatouages partout, jusque dans le cou, jusque sous les yeux. Il a à peu près mon âge. Nous ne sommes pas du même monde. Je ne sais pas où il est allé. Il ne sait pas non plus où je suis allée, moi. Pourtant, quand on échange quelques mots de politesse sur le temps qu'il fait, je lis dans son regard comme si je regardais des poissons nager sous la surface d'un lac. Et lui aussi me lit comme un livre ouvert, un livre écrit dans une langue qu'il n'est pas sûr de comprendre mais qui lui parle quand même clairement. Je ne peux pas deviner ce qu'on lui a fait exactement, ni ce qu'il a dû faire pour oublier un peu ce qu'on lui avait fait, mais je sais qu'il est le fantôme d'un vivant qui n'a pas eu sa chance. Je ne peux pas être sûre, mais j'ai l'impression qu'il sait cela de moi, lui aussi. Ce n'est pas triste. C'est juste une évidence un peu étrange avec laquelle on vit. Nous avons cela en commun, cet indicible, qui ne fait pas pour autant de nous des gens capables de devenir amis ou quoi que ce soit. On apprend à vivre en sachant que ce monde sera toujours là, au détour du chemin. 
</p>

<p>
	Triste Tigre - Neige Sinno
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">8148</guid><pubDate>Tue, 09 Jan 2024 09:33:00 +0000</pubDate></item></channel></rss>
