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<rss version="2.0"><channel><title/><link>https://www.forumfr.com/blogs/b1491-bonne-nuit-k%C3%A9g%C3%A9runiku.html</link><description><![CDATA[
<p>
	Une fois défait des mouvements diurnes, juste après l'errance des élucubrations nocturnes, le temps se dérobe et s'en vient le sommeil.<br />
	Bonne nuit Kégéruniku
</p>

<p>
	 
</p>
]]></description><language>fr</language><item><title>Apr&#xE8;s la nuit</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8027-apr%C3%A8s-la-nuit.html</link><description><![CDATA[<p>
	C'était chaque fois la même rengaine. Quand on me regardait, l'air désolé, surpris et contrit, j'avais l'impression que je venais d'annoncer que j'avais un cancer du sein. On me disait à quel point c'était dommage, à quel point notre couple semblait parfait, à quel point elle semblait si gentille, à quel point ils compatissaient. Alors, ils me demandaient invariablement pourquoi ? Il devait y a voir une raison forte comme une infidélité d'une part ou de l'autre, un mensonge outrecuidant ou alors une dispute qui finirait par s'arranger. C'est vrai quoi, on ne met pas fin à une histoire de 10 ans sans qu'il n'y ait une raison particulière. D'autant que je n'ai pas l'âge de faire une crise de prise de conscience, pas même si j'avais dû être particulièrement précoce. Aux mêmes questions on peut donner les mêmes réponses ; alors, invariablement, je répondais que je n'arrivais plus à savoir si je la détestais plus ou moins que moi-même.<br />
	Et seulement après avoir pu savourer la gêne occasionnée, je me perdais dans un laïus de rigueur en abordant, dans le désordre, des points tels que la blessure mortelle du quotidien, le manque de la passion des débuts ou encore une incompatibilité de projets concernant la possibilité de laisser en héritage pour ce monde un mélange plus ou moins réussi de nos patrimoines génétiques respectifs. </p><p></p>


<p>
	Forcément, en 10 années, elle en avait rencontré du monde, alors il m'avait fallu répéter bien trop souvent cette même blague et cette même oraison. Non pas que l'envie de donner les véritables raisons m'étouffait, elle-même ne les a jamais entendues. Mais j'aurais apprécié ne pas avoir à jouer la même représentation insipide par tant et tant de fois. D’autant que, enfin, l’éternelle et interminable nuit s’était achevée. Enfin la lumière, l’aube et le soleil me revenaient pour réchauffer mon corps endolori et non plus pour cuire la charogne d’une vie décomposée.<br />
	Au milieu de cet océan de vie qui balayait dans sa rage luxurieuse chaque particule desséchée de mon être, je n’avais pas l’envie de me perdre en jongleries imbéciles.</p><p></p>


<p>
	Plus tard, à d’autres, en d’autres circonstances, j’ai pu m’expliquer d’avantage et plus sincèrement sur cette passade d’une décennie. Mais à l’époque, personne ne voulait l’entendre. Pour tous, il fallait que j’endosse l’inconfortable habit de larmes. Pour tous, mais pas pour toutes. Et diable comme cela était bon. Pour une, l’une des premières à l’avoir rencontrée, l’une des dernières à qui j’ai dû en parler, il n’y eu ni rictus de pitié ni complaignante sollicitude. Et ma tante, lorsqu’elle apprit que j’étais désormais célibataire après 10 ans de vie de couple me dit simplement : « Je suis contente pour toi. » </p><p></p>


<p>
	Si l’on traduit en français, ma tante s’appelle Ciel. Et elle en portait et l’espérance et la légèreté. Divine friponne aux frivoles mutineries qui avait survolé un monde trop étroit pour la vastitude de ses amours. Elle avait fini par fuir son village natal parce que l’air, aussi pur qu’il put être, ne pouvait masquer l’odeur rance des fumiers qui l’habitaient. Sans études et sans le sou, elle avait traversé l’Europe polyglotte pour finir par s’étendre durablement au-dessus du château d’eau du vieux continent. Et seulement là, enfin, elle avait pu s’épanouir, malgré les difficultés, comme elle l’entendait et non pas comme on le lui demandait.<br />
	Aussi rare que ça pouvait être, j’aimais la voir. Peu importe ce qu’elle avait à raconter ou ce que j’avais à raconter, elle était toujours rieuse, espiègle et rayonnante. Tout était toujours si facile, même si de trop nombreuses fois le contexte voulait imposer le contraire. Même quand ses reins étaient dysfonctionnels et ses poumons tuméfiés, ça ne l’empêchait pas de se foutre de moi et de mes amours pluriels tout en me corrigeant au billard.<br />
	En tout cas, quand la douleur fut si vive que la mort lui sembla préférable, quand tous venaient lui servir la même soupe parce que la rengaine était plus simple et accessible, quand tout l’espoir du monde se changeait en souffrance plus qu’en réconfort, quand l’euthanasie lui fut accordée, je n’ai su que lui dire, dans un sourire, « Je suis content pour toi. » </p><p></p>

]]></description><guid isPermaLink="false">8027</guid><pubDate>Thu, 10 Nov 2022 01:30:23 +0000</pubDate></item><item><title>Pluvieuse nuit</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e8024-pluvieuse-nuit.html</link><description><![CDATA[<p>
	J'ai 16 ans et toute la pluie devant moi. Cette année se sont succédé les saisons de mon cœur sans que l'été ne vienne percer les nuages de poussière que tu me laisses ; sans que l'hiver ne puisse contenir ses rivières trop salées pour geler ; sans que l'eau ne tonne son enivrante colère sur la peau en fleur d'un horizon sans prétexte. Sibyllin, si bilieux, j'ai l'humeur aqueuse et des torrents cristallins qui s'échouent en cataractes pour n'avoir pas su poser un regard plus docile sur les postures malhabiles que tu arborais, fragile, comme autant d'alertes graciles.<br />
	Sous un ciel gris comme la joie que tu toussais en volutes épaisses, j’observe le temps absorber les couleurs de l’assemblée pour les mieux diffuser dans son propre manteau étoilé. Vorace, il assombrit les tissus de mensonges proférés pieusement pour qu’ainsi ils laissent place aux songes coruscants d’une chaleur irréelle, et si tendre, lors desquels j’entends crépiter ton sourire.<br />
	J’ai le feu à l’âme et toute la pluie devant moi. Et j’ai peur que ne s’éteigne un jour le tison qui me remue les entrailles chaque fois que le vent porte ton souvenir à mon oreille. Parjure aux fumerolles, j’en appelle aux scories, que s’embrase le monde pourvu que ne s’estompe jamais la fureur du volcan endormi. Parce que je ne tolère pas l’idée qu’un quelconque calendrier s’en vienne faire des cendres de ce que je porte aux nues, il me faut tuer ce temps parricide comme le titan à la faux, comme le dieu à l’égide.<br />
	J’ai une plaie à combler et toute la pluie devant moi. Et les cinquante Danaïdes toutes ensembles ne peuvent assouvir la soif qui m’étreint quand mon cœur desséché s’en remet à l’ivraie plutôt qu’aux céréales d’ivresse. Je me perds dans la fabrication de souvenirs insipides sur ma peau ainsi pôle. Magnétisant les diversions addictives dans l’espoir lobotomique que se fasse sentir l’électrochoc. Mais nul orage ne gronde dans l’œil du cyclone puisqu’en son cœur, la tempête ne bat pas. C’est donc une morte-vie qui déchaîne sa rage quand le destin m’impose le contexte de ton trépas.
</p>

<p>
	J'ai 33 ans et toute la pluie devant moi. Des jardins ont été érigés sur les cratères d'autres fois, sur les tranchées cicatricielles. Les myosotis se sont emparés de cette terre laissée en héritage. Désormais moins vert, j'ai compris comment mourir l'âme avertie, comment nourrir la reverdie. Je sais désormais qu'il n'est de mer sans pluie, qu'on ne défait pas le désert sans puits. J'ai même fini par accepter un monde sans lui. J'ai appris, j'ai acquis, j'ai grandi. Et pourtant cette question lancinante qui me taraude l'esprit: Puisqu'il ne le verra jamais, alors, pour qui?
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">8024</guid><pubDate>Wed, 05 Oct 2022 01:14:00 +0000</pubDate></item><item><title>Nuit d'adieux</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7606-nuit-dadieux.html</link><description><![CDATA[
<p>
	Le futur n’existe pas. Rien n’est éternel. J’ai beau te l’avoir dit mille fois, perdu au milieu de nos rêves, je suis revenu sur mes pas pour faire durer la brève. J’ai pris le temps à rebours, pour que les moments passés deviennent les présents de l’avenir. J’ai détruit notre monde, l’ai démuni de ses atours, l’ai ravagé, dans l’espoir que demain soit à la hauteur. Et tandis que je pensais construire ce qui n’existe pas, je nous privais de ce qui est. J’aurai dû savoir que demain ne peut se faire au détriment d’aujourd’hui.<br /><br />
	J’ai détroussé le bonheur pour enrichir le bonheur. L’esprit sans dessus dessous, ce que je fais n’a aucun sens et je ne parviens plus à diriger mes pensées. J’ai voulu m’approcher de ton feu pour me fondre en toi, mais une fois l’esprit enfumé, frivole, j’ai créé des espaces espérant réduire la distance. J’ai pris l’amer et désormais l’âme erre loin de l’aimée et de ses messages. Douce mésange brûle mes anges. Présente excuses et soudain exige que je laisse cure pour son exquise lumière obscure. Mais quand l’aube darde au travers des ombres, c’est un gris terne et morne qui se dévoile. A terre et mort, mon esprit, encore, obombre les couleurs fragiles que promettaient nos langues agiles.<br /><br />
	Aux cendres la chance et ses choix, puisqu’il me faut choir, je veux choyer les dernières braises du foyer. Aux cendres les ardeurs, c’est la brûlure du froid qui du haut de son beffroi me transit d’effroi.<br />
	Nous n’étions pas si puissants, et le temps passant, nos corps s’épuisant, nous nous sommes lassés des caresses enlacées et nous sommes laissés comme deux diables glacés.<br />
	Si tu me hantes, mon art tique. Mais si je prends le chemin des airs, ça ira. Adieu blizzards et tempêtes, mon souffle instable s’éloigne de vos paysages et prend la route des décors de sable. Puisque le futur n’existe pas, je m’en retourne au doux sirocco des beautés baroques. Pour la princesse, le prince cesse et s’en retourne vers d’autres poétesses.</p>
<p></p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7606</guid><pubDate>Sun, 16 Feb 2020 23:23:04 +0000</pubDate></item><item><title>Nuit et brouillard</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7583-nuit-et-brouillard.html</link><description><![CDATA[
<p style="text-align:justify;">
	<span style="font-size:12pt;">Allongée, sur le flanc, elle regarde son petit cul s'éloigner pendant qu'elle aspire nonchalamment une volute de tabac de son fume-cigarette en bakélite.<br />
	La pâle lueur des aubes grisâtres d'hiver, filtrée par les stores, soulignant la stagnation de l'air dans la pièce, confère à la scène une impression semblable à celle de ces mauvais clichés en noir et blanc que l'on retrouve trop souvent chez les photographes médiocres en mal d'inspiration et de génie, pour qui négatif rime avec palliatif.<br />
	La poitrine fièrement dressée, les lèvres humides et délicatement entrouvertes, le regard feignant l'esprit mais maladroitement soutenu par une posture grossière, avec ses faux airs de madone damnée, elle est l'héroïne de cet instantané sans objectif sous lequel on pourrait lire en légende: <i>Petite camée joue les femmes distinguées.</i><br />
	Son souffle est encore irrégulier et ce n'est que difficilement qu'elle tire sur sa clope, mais elle veut donner l'impression de maîtriser parfaitement la situation, comme le feraient ces femmes fatales qui peuplent son imagination et dont elle s'inspire continuellement lorsqu'elle feint avoir une personnalité.<br />
	Seulement, lui ne la regarde pas, il est parti dans la salle de bain, jeter la capote, se laver le visage et les mains.</span></p>
<p></p>


<p style="text-align:justify;">
	<br /><span style="font-size:12pt;">Il a beau se passer la figure sous l'eau, la tâche qu'il hait ne part pas. Il se regarde dans le miroir avec ce dégoût que l'on réserve habituellement aux ordures vilipendées.<br />
	Ecce homo; celui qu'il est au fond de lui. Le traître qui s'enlise volontairement dans les fanges mouvantes en espérant y gagner la vie quand il perd en fait sa dignité au moment où il crache sa jouissance sur son unique promesse.<br />
	Ce serment qui incarne tous ses idéaux mais qu'il bafoue à cause de cette faiblesse suintante; caractéristique des pourceaux malheureux qui, comme Ulysse au cours de son voyage, abandonnent, ne serait-ce qu'un instant, Pénélope pour les bras de Circé.<br />
	Lorsqu'il retourne auprès du simulacre de succube, il a la démarche veule et voûtée de celui qui connaît l'amertume des charmes incantés auprès de charbons où brûle la myrrhe; ce qui ne l'empêche pas de l'étreindre et d'alimenter ses fourneaux comme s'il se consumait d'un ardent désir inextinguible.<br />
	Ainsi, gentiment ils s'immolent, se rassasiant l'un l'autre, dans cette débauche de luxure et de goinfrerie vaguement dissimulée, par orgueil, sous une farandole de beaux sentiments.<br />
	Bien sûr, le sortilège demain s'estompera, et quand ils s'abandonneront en singeant une dernière fois la peine par des rictus aussi misérables dans leurs formes que miséreux dans le fond, ce sera sans la moindre difficulté.<br />
	Néanmoins, pour ce qu'il reste d'éternité à ce jour, entre deux légers sursauts de culpabilité lucide, ce sont les amants les plus passionnés qui soient. Et diable, même si l'histoire ne suit pas et que les personnages sont quelconques, même si les amours sont nocturnes et la lumière faiblarde, même si avec le temps c'est le regret qui l'emportera, que la passion est belle.</span><span style="font-size:16pt;"></span></p>
<p></p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7583</guid><pubDate>Wed, 22 Jan 2020 14:03:45 +0000</pubDate></item><item><title>Premi&#xE8;res nuits</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7576-premi%C3%A8res-nuits.html</link><description><![CDATA[
<p>
	J'ai 4 ans et demi et je déteste me coucher. Je dors dans une mezzanine alors que je souffre du vertige. De fait, chaque soir, lorsque je regarde l'échelle que je vais devoir escalader pour me coucher, et bien forcément j'appréhende. Et j'ai beau le faire tous les soirs, ça n'empêche que j'ai horreur de ça. J'essaie de trouver comment faire pour repousser le plus possible l'heure du coucher. En parler? Je n'ai rien à dire si ce n'est que je ne veux pas me coucher, et la formule n'est pas des plus efficaces. Dire que je veux rester avec les tontons? Trop incertain, ça ne fonctionne que rarement et jamais bien longtemps. Regarder un film avec papa? Il parait que je ne devrais même pas regarder ces films, je pourrais faire des cauchemars. Je suis plus inquieté par le fait de me coucher que par le fait de continuer à regarder, mais bon. Non, ce qui me permet vraiment de gagner du temps, ce sont les histoires que l'on me lit. Ma mère est persuadée que le fait de me lire des histoires me rendra plus intelligent, alors elle le fait relativement régulièrement et chaque fois qu'elle le fait, cela retarde le temps du coucher de façon conséquente. Le problème, c'est qu'elle n'a pas toujours envie de lire, d'autant moins lorsqu'il y a du monde à la maison, ce qui arrive assez souvent quand même. J'ai beau sortir les livres et les garder ouverts devant moi, pour signifier qu'il faudrait me nourrir l'intelligence, ça ne fonctionne pas vraiment.
</p>

<p>
	Au diable la dépendance, on n'est jamais mieux servi que par soit même. Cela me prend du temps, c'est parfois compliqué, mais je lis. Et plus je lis, plus je découvre que j'aime le faire par moi même, les mots s'inscrivent mieux sur ma rétine et les images dans mon esprit. Quand elle se rend compte que je lis, ma mère n'ose même plus me déranger, pour ne pas prendre le risque que tout s'écroule, comme s'il s'agissait plus d'un heureux accident que d'une succession d'efforts. Pourquoi sur-articulait elle chaque syllabe si ce n'était pas pour que je comprenne? Enfin bref, trop heureux ou trop peureux, personne n'osait m'interrompre pour me dire qu'il était temps d'aller dormir. Alors, chaque soir, sans exception, je lisais. Le problème, c'est qu'à lire chaque soir, rapidement, je n'eu plus assez de livres. Il me faudrait donc lire les livres de papa, même s'ils contiennent beaucoup moins d'images. Cela m'a demandé un temps d'adaptation, mais entre l'angoisse de l'échelle et le regard admiratif de mes parents, je ne pouvais que continuer mes efforts. En plus, les livres de papa étaient tellement plus intéressant! Je savais désormais comment il faisait pour savoir tant de choses, en fait, c'était caché là, dans ses livres. Il y en avait beaucoup sur les animaux. Non seulement ils me faisaient découvrir des animaux incroyables aux noms parfois tellement improbables et drôles, comme le aye-aye ou le cagou, mais en plus ils parlaient aussi de tous les pays du monde. D'autres encore parlaient du corps humain, ils avaient des dessins rigolos qui montraient ce qui est en nous et qu'on ne peut pas voir. Et encore une fois, il y avait des mots amusant, surtout les noms des os. L'occiput, l'humérus, le péronnée... Je me demandais toujours comment ces mots avaient été choisis. Il y avait aussi des livres fantastiques qui parlaient de légendes du monde entier, de mythologie. Ceux là étaient mes préférés et je connaissais mieux les périples d'Héracles et les facéties de Loki que les personnages de dessins animés qui passaient à la télé. Maman avait raison, ces livres me rendaient plus intelligent, je commençais seulement à les lire que déjà je répondais mieux aux questions de mon robot 2XL. Et durant tout le temps où j'ai pu lire les livres de mon père, je ne m'inquiétait que moins du coucher. Souvent, je finissais par m'endormir dans les bouquins et je n'avais donc pas à monter à l'échelle. Tout était parfait.<br />
	Jusqu'à ce que je termine le dernier livre disponible.
</p>

<p>
	Je n'avais plus d'excuse pour ne pas me coucher, plus de prétexte pour rester sur le canapé. Et les angoisses revinrent d'autant plus féroces que je n'y étais plus habitué. Même si parfois mon père achetait de nouveaux livres, ça ne me protégeait que d'une poignée de nuits, dans le meilleur des cas. Il fallait que je trouve quelque chose, une méthode qui me permettrait de tenir une éternité. C'est là que je réalisai qu'il y avait bien un livre que je n'avais pas encore lu. Je l'avais déjà arpenté, pour m'aider dans mes lectures, mais je ne l'avais jamais lu, en lui-même. Et je compris rapidement pourquoi. Lire le dictionnaire s'avérait absolument fastidieux. Des enjeux pour ainsi dire nuls, une répétitivité effroyable et bien trop peu de découverte. Imposant comme il était, l'ouvrage semblait être parfaitement idéal, mais sa lecture était en fait parfaitement insupportable. Mon dernier rempart était intenable. A force de réflexions, j'eu une idée extraordinaire, qui non seulement me rendrait la lecture du dictionnaire possible mais qui en plus démultiplierait le temps qu'il me faudrait pour l'achever. Désormais, chaque soir, je me contenterai de la lecture d'une poignée de mots seulement, par contre, ces mots me serviraient. Il me faudrait les utiliser pour raconter mes propres histoires, mes propres légendes, mes propres explications du monde. Dès lors, la lune devint ma plus fidèle confidente, et aujourd'hui encore, même si je ne dors plus dans une mezzanine et que je ne souffre, de toutes façons, plus du vertige, même si les méthodes se sont succédées et ont changé, il n'est pas une nuit qui ne serve de support aux élucubrations de mon esprit.
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7576</guid><pubDate>Tue, 24 Dec 2019 00:47:00 +0000</pubDate></item><item><title>Avant la nuit</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7575-avant-la-nuit.html</link><description><![CDATA[
<p style="text-align:justify;">
	J'ai 8 ans et mon frère 6 ans. Comme tous les étés, nous sommes au Portugal. La journée est particulièrement radieuse, il fait beau, il fait chaud, alors nous jouons dans la piscine. Enfin, piscine, si l'on veut être précis, il s'agit d'un réservoir, d'un ancien lavoir, et ce qui nous sert de plongeoir n'est rien d'autre que la planche de pierre qui servait à frotter le linge et à l'essorer. Mais plus personne ne s'en sert de cette façon depuis bien longtemps et il est suffisamment grand pour que ce soit notre piscine, alors nous jouons dans la piscine. C'est drôle, j'ai en tête des images particulièrement précises de ce moment, de véritables photographies, mais je me souviens à peine de ce que nous faisions. Peut être est-ce là l'essence des bonheurs de l'enfance, qui ne comptent pas tant par ce qu'ils sont mais par la chaleur qu'ils portent et qui permet de réchauffer toute une vie. Je me souviens tout de même qu'à un moment, un serpent entre dans l'eau, un orvet, et qu'à ce moment,  mon frère  commence à brasser l'eau dans sa direction pour le mettre en déroute. Je me souviens que d'un coup, il se met à hurler un tonitruant "KA-ME-AH-ME-AAAAAAAAH!!!" tout en éclaboussant toute l'eau qu'il peut en direction du terrible adversaire qui lui fait face. Le monstre est défait et mon frère est plein de fierté, il nous a sauvé, ce n'est pas rien quand même! Il n'a pas besoin de savoir que le serpent en question était aussi dangereux qu'un ver de terre.<br /><br />
	Après quoi, je me souviens de mon arrière-grand mère qui m'appelle: "Pilaõ, anda ca!" (ce qui, littéralement, signifie: Grosse bite, viens ici... Mon arrière-grand mère était une personne extrêmement pieuse et très peu vulgaire. C'était probablement le seul gros mot quelle s'autorisait, mais elle le savourait comme un bonbon. Chaque fois qu'elle le disait, elle arborait un sourire malicieux qui, à défaut de montrer ses dents, mettait en évidence l'espièglerie qu'elle avait conservée et nourrie durant près d'un siècle.)<br />
	Je sors de l'eau immédiatement, parce que chaque fois que mon arrière grand-mère m'appelle, je sais que ce qui suit sera doux. Le plus souvent, elle me parle de sa foi, parfois de son histoire. Très rarement, elle me prodigue ses conseils, mais c'est toujours un plaisir. Alors je trotte plus que je ne cours en direction de la maison, quand, en chemin, je vois mon père qui arrive, tout sourire. Il a beau transpirer la douceur, il a ce charisme des bad boys des vieux films américains qui l'ont toujours fait rêver. Mon papa c'est le meilleur!<br />
	Cela fait 3 ans que je n'ai pas vu mon père, alors j'explose de joie, ce qui a pour effet de faire accourir mon frère. Là, il se tourne vers moi et provoque la douleur la plus intense que j'ai connue de toute ma vie, me disant le plus innocemment du monde: "C'est qui ce monsieur?"
</p>

<p style="text-align:justify;">
	Aujourd'hui encore, je pries pour que ces mots ne soient jamais arrivés aux oreilles de mon père. J'use de toute l'énergie à ma disposition pour ne rien laisser transparaître et je lui réponds simplement: "c'est papa."<br />
	C'est à cet instant que je comprend que les mots possèdent une magie singulière et qu'il suffit parfois de dire pour que les choses soient. Alors qu'un instant auparavant, il ignorait tout de la personne qui s'avance, là, il court et pleure et hurle: "Papa, je t'aime!"
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7575</guid><pubDate>Tue, 10 Dec 2019 10:40:00 +0000</pubDate></item><item><title>Nuit de Walpurgis</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7574-nuit-de-walpurgis.html</link><description><![CDATA[
<p style="text-align:justify;">
	Le temps n'a jamais été mon allié, mais en cet instant, il m'est totalement étranger. Je suis plongé dans la confusion comme si mon cerveau se trouvait empaqueté dans du coton imbibé d'alcool. J'écris comme si je ne savais pas le faire...
</p>

<p style="text-align:justify;">
	Lorsque j'arrive, je suis plein d'appréhensions, d'âpres tensions, sans prétention. Je sais quel texte je vais dire, je sais comment le dire, j'espère pouvoir le dire. J'ai tant d'enthousiasmes à étouffer que j'arrive avec une heure d'avance, alors que je suis venu à pieds. Il fait frais, certain diraient même froid, mais un tee-shirt me suffit pour braver le temps, même immobile. J'ai le sang en ébullition, j'en arrive même à transpirer. Je finis tout de même par entrer et m'installer 15 minutes avant l'heure annoncée. Finalement, ça ne commencera que bien plus tard, mais c'est tant mieux, cela me permet de me calmer, du moins jusqu'à ce qu'elle arrive. Les rapports sont cordiaux et le resteront jusqu'à la fin de la soirée slam. Il y a quelques rires échangés, quelques brefs regards, c'est parfait, je n'ai pas envie de plus puisque pour le moment, j'ai encore du mal à me dire que venir était une bonne idée. C'est la première fois que je participe à un évènement de la sorte, mais ça ne me dérange pas outre mesure, je ne suis, d'ordinaire, que peu sensible au stress. Toutefois, de la voir présente, elle ainsi que ses amis, m'angoisse. Et comme les astres sont avec moi, c'est à moi qu'il revient de dire le premier texte de la soirée. J'ai l'impression d'être un de ces suppliciés offert en pâture aux requins et ce même si tous les regards sont emplis de tendresse. Je reste un temps immobile sur la planche, mais puisqu'il nous faut périr, autant marquer les esprits, je tente le saut de l'ange et dit mon texte. Pas sans fautes. Le mental devient emmental quand mon esprit est plein de trous. J'essaie de le cacher en jouant sur le rythme des silences. Quand enfin je lance mon dernier vers, je quitte la scène dans la foulée, soulagé d'avoir survécu.<br /><br />
	A ma grande surprise, je prend un plaisir certain à écouter les autres, je me laisse bercer par chaque texte lu, par chaque mot dit. Mais quand vient son tour à elle, je suis mortifié par la honte. Elle dit le premier texte qu'elle a écrit et il s'avère meilleur dans sa structure et dans son rythme que tout ce que j'ai pu écrire jusque là. Et c'est sans parler de son aisance, de son charisme et de la facilité qui semble se dégager de sa performance. J'aurai pu tomber amoureux juste avec cet instant. A ce moment, j'ai honte d'être venu slamer, j'ai honte d'écrire, j'ai honte d'être là. Heureusement pour mon ego, même si toutes m'emportent, toutes les prestations ne sont pas du même acabit.<br /><br />
	Il est 22h lorsque une seconde ronde est lancée et je décide d'y participer. Il serait dommage de ne pas le faire maintenant que le stress a quasiment disparu. C'est un texte plus ancien, plus détaché de la situation, que je parviens à dire presque sans trembler. Elle repasse également, sa prestance est absolument incroyable, mais le texte n'est pas d'elle, ce qui me permet de ne pas mourir sur le coup. Non, lors de cette seconde ronde, c'est Aimile qui m'a frappé en plein cœur. Je n'avais jamais pensé la poésie comme lui l'a proposée. Je serai de toutes façons bien incapable de suivre son modèle et je l'admire avec d'autant plus de force qu'il réalise ce qui m'est inaccessible. Une fois le dernier vers dit, un temps est laissé à la discussion. Je n'ai jamais été très à l'aise pour entamer la discussion, alors je ne parle pas beaucoup, ce qui ne m'empêche pas d'être touché par les mots qui me sont adressés.<br /><br />
	L'évènement prend fin sur le coup de 23h, je n'ai pas envie de rentrer chez moi mais je n'ai pas d'alternative, jusqu'à ce que, ô surprise, elle m'invite à l'after. Dans mon esprit, un siècle s'écoule durant lequel s'affrontent ceux qui, ignorant la longueur du fossé qu'il me reste à franchir, me disent de courir jusqu'à l'aube ; tandis que ceux qui ne pensent qu'à l'El dorado me disent que pour cette nuit je peux tout endurer. Dans les faits, je n'ai jamais été aussi rapide et efficace dans mes prises de décisions et il ne m'a fallu qu'une demi-seconde pour lui répondre que c'est avec plaisir que je me joindrai à eux.<br /><br />
	Nous nous dirigeons vers un bar dans lequel nous ne resterons que 2 heures. Durant la première de ces heures je découvre à quel point Aimile est stupéfiant. J'aimerai ouvrir son crâne et disséquer sa cervelle pour comprendre la pièce qui s'y joue. J'aimerai lui arracher les yeux et me les greffer pour voir ce qu'il voit. Il me présente son carnet à croquis puis l'alphabet sur lequel il travaille et je me plais à observer, en intervenant le moins possible, l'ange qui lui sort de la bouche.<br /><br />
	Après quoi, c'est au tour de Suerte, le bien nommé, de m'emporter dans sa ronde. Il discute simplement, comme s'il n'y avait aucun enjeu derrière, comme s'il n'y avait que le plaisir des mots et de l'instant et mentalement je me réjouis de constater que c'est bel et bien possible. Avec lui, je me fais plus bavard, parce que pour la première fois de ma vie, je pourrai tout dire sans avoir à anticiper la réaction que mes mots pourraient provoquer. Je teste d'ailleurs en parlant de la mort de mon père, auquel il me fait curieusement penser, et il ne tique pas, son regard ne s'emplit pas d'une empathie nauséabonde ou d'une compassion perverse, il accueille mes propos et poursuit les siens comme pour n'importe quel autre sujet. Je me livre plus qu'à l'accoutumée et d'ailleurs, il y a certaines de mes bafouilles qui finissent par attirer l'attention de Marnie, qui se joint à notre discussion et qui m'offre, ce faisant, la plus grande dose de plaisir que je sois en mesure d'endurer. Pendant prêt d'une heure, il me faut me faire violence pour ne pas exulter face aux mots qu'elle prononce, face aux regards qu'elle me lance. Suerte commence d'ailleurs, fort aimablement, à s'effacer de la discussion, mais il est temps de partir, le bar doit fermer. Alors que nous quittons les lieux, elle me répète à plusieurs reprises que je suis énervant, que je suis chiant. Aussi simple soit-elle, c'est la plus belle déclaration possible.<br /><br />
	Personne ne veut laisser la soirée se terminer, et surtout pas moi, alors nous allons en boite. Je consens à m'enfermer dans un de ces lieux qui ne m'inspirent que détresse et désarroi, la compagnie est bien trop agréable pour que j'émette le moindre doute. Cette fois, la crainte du fossé ne se fait pas entendre et ne reste que l'envie de voler.<br /><br />
	Une fois arrivée, c'est Réglisse qui me fait poursuivre ma transe. Pour des raisons qui lui appartiennent, il s'avère que c'est la toute première fois qu'il découvre un lieu de ce genre et il resplendit d'un bonheur enfantin terriblement communicatif. Je me surprend à sourire comme jamais je ne l'avais fait jusque là. Moi qui porte aux gémonies l'héautontimoroumenos et ses vers: "je suis de mon cœur le vampire, un de ces grands abandonnés au rire éternel condamné et qui ne peuvent plus sourire." je me change en chat de Cheshire. il me suffit de l'observer pour me retrouver parfaitement béat, au point d'en faire enrager tous les bouddha du monde. Pour parfaire la scène, alors que tous partent danser, Marnie reste avec moi, se rapprochant toujours plus, ravissant mon regard pour qu'il finisse par se figer sur elle. Sachant pertinemment que je l'observe, elle sourit comme si elle était tzarine de toutes les Russies. Elle finit par m'accorder son regard, ses pupilles sont totalement dilatées me laissant ainsi tout l'espace nécessaire pour y plonger... Ses lèvres ont le goût de mes rêves mais ses mots provoquent les mêmes déchirures que ne le ferait l'ingestion de poudre d'émeraude. Elle veut comprendre et là je réalise que je l'ai blessée sans n'avoir aucune explication, aucune justification. Tout aurait dû s'arrêter là, mais l'alcool joue en ma faveur, influant sur la décision qui est sienne. Et pour les 2 heures durant lesquelles nous resteront encore dans la péniche, elle ne quitte plus mes bras, mes mains restent vissées sur sa peau et ses lèvres fusionnent avec les miennes. Lorsque la compagnie vient émettre le souhait de partir, je ne sais plus qui ils sont, où je suis ou même qui je suis. Jamais je n'aurai cru éprouver la moindre once de regret quant au fait de sortir de boîte. Après quelques hésitations, Marnie nous propose d'aller chez elle, Aimile nous abandonne et c'est donc Réglisse, Suerte et sa compagne, Marnie et moi même qui poursuivons. Une fois arrivée, la fatigue reprend ses droits et finalement tout s'accélère. Rapidement Suerte et sa compagne décident de rentrer chez eux. Réglisse ne peut pas rentrer chez lui, Marnie lui propose donc sa chambre, tandis qu'elle reste avec moi dans le salon.
</p>

<p style="text-align:justify;">
	<br />
	C'était une soirée slam, mais le temps des mots est révolu. Jusque là, je savais que son âme me plaisait, je découvre que son corps est l'incarnation exacte et précise de tout ce que j'aime. Plus que mon sexe ou mon esprit, mes mains sont la première de mes zones érogènes et là il n'est pas une once de peau que j'effleure sans être submergé de plaisir, pas la moindre partie de son corps qui ne provoque l'extase la plus complète et totale. Elle se contorsionne comme dans un rêve, comme si tout ça n'était que folie et mon esprit s'embrase aussi sûrement que la forge de mes entrailles. Mon cœur bat à tout rompre et la température de mon corps s'élève au point de faire fondre la plus éternelle des glaces. Et pourtant, ce qui me saisit plus que sa douceur, c'est sa chaleur qui me brûle les paumes, et le sang, et les os. Je jouis jusqu'aux yeux lorsque la lumière nocturne fait ressortir et la pâleur de sa peau et la flamboyance de sa chevelure et mes oreilles se délectent de la délicatesse des soupirs et des gémissement qu'elle exhale, jusqu'au derniers mots qu'elle susurre et qui forment l'ultime estocade, celle dont je ne peux me protéger. Je meurs tandis qu'elle s'endort. Je n'ai plus de cervelle, mon crâne n'abrite plus qu'une mélasse graisseuse en fusion. Je profite des derniers instants nocturnes pour me reformer. Je ne pense pas, je ne suis pas en état, j'attends, que la marche des lucioles fumantes de mes pensées aboutisse pour que je naisse à nouveau. Et lorsque c'est fait, j'écris. Sur mon téléphone, même si je n'aime pas ça. Ce ne sont pas que les muses mais tout le panthéon antique qui se penche sur mes épaules pour me souffler les vers les plus diablement inspirés que j'ai produit. Au diable la modestie, il s'agit des vers les plus monstrueusement efficaces qu'il m'ait été donné de lire. Cependant, ils ne survivront pas à l'aube, puisqu'elle ne voudra pas les entendre, ils ne méritent pas même d'exister. Non, quand elle se réveillera, le rêve se dissipera. D'abord affublée d'une honte coquette, elle finira pas user du masque de la froideur, de l'indifférence, et ce sera là notre dernier échange. Les dernières flammèches de la passion brûleront en moi comme les feux de la colère puis viendra le temps des cendres, l'extermination de masse, l'ère glaciaire et enfin, je l'espère, même si cette nuit j'ai aimé pour toute une vie, la reverdie.
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7574</guid><pubDate>Mon, 09 Dec 2019 10:21:00 +0000</pubDate></item><item><title>Nuit d'orage</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7573-nuit-dorage.html</link><description><![CDATA[
<p>
	J'ai 13 ans. Je vis avec ma mère et mes deux frères, 4 et 11 ans. Avec le plus grand, nous dormons dans un cagibi dans lequel ont étés placés des lits superposés. Ça me va, je n'ai jamais aimé dormir et le reste du temps on peut rester dans le salon. À condition, bien sûr, de ne pas faire trop de bruit. Ma mère travaille de nuit, à l'usine. Alors, la journée, elle dort. On joue, en essayant de ne pas faire de bruit. Pour ne pas qu'elle mette des coups de marteau sur la console, comme la dernière fois. Pour ne pas qu'elle saute sur moi à pieds joints, comme la fois d'avant. On joue a un jeu de société, pokemon je crois, mais peu importe. Le plus grand de mes frères est en train de perdre et me soupçonne de tricher, je dois bien reconnaître que c'est arrivé quelques fois. Le plus jeune n'est plus dans la partie, il est fatigué, il a faim, et prend beaucoup de temps lorsque c'est son tour. Le plus âgé s'impatiente et s'énerve, je m'offusque, je n'ai pas triché, je gagne parce que j'ai mieux joué. Le ton monte, ma mère se réveille.
</p>

<p>
	«Bande d'enculés, je me tue au boulot pour vos gueules et c'est même pas possible de dormir? Je me sacrifie tous les jours pour vous et faudrait encore que je vous donne ma chatte? Vous vous rendez pas compte de la chance que vous avez de m'avoir, vous profitez de moi, vous me sucez tout mon sang, bande de fils de pute. Je devrais vous mettre en foyer, à vous faire enculer par les plus grands, là vous comprendriez bande de bâtards.»
</p>

<p>
	Aucun de nous ne bronche. Les propos ont beau être les mêmes que d'habitude, la peur est aussi la même. Le plus jeune finit tout de même par dire qu'il a faim
</p>

<p>
	Elle me regarde et continue: « Et toi le bon à rien, tu peux pas faire à manger? Faut toujours que vous comptiez sur moi? Si je meurs, parce que vu comment vous m'usez ça pourrait arriver bientôt, vous allez faire quoi? Occupe toi un peu de tes frères que je puisse me reposer. Je peux me reposer un peu ou c'est trop demander? Hein mes seigneurs!»
</p>

<p>
	Je n'ai jamais préparé le repas. D'habitude, c'est à peine si je peux me préparer mon propre petit déjeuner. Mais ce n'est pas comme si j'avais le choix. Je pars dans la cuisine et j'essaie. Il y a des steak hachés, de la semoule, ça ne devrait pas être trop compliqué. Bon, il semblerait que j'ai raté quelque chose. La semoule est compacte et goûte le sable. Quant à la viande, elle est toute grillée et l'appartement est empli de fumée. Aussi mauvais que ce soit, nous mangeons, sans rien dire et nous préparons pour le coucher.
</p>

<p>
	Vu ce qu'elle fume, je ne pensais pas que l'odeur pourrait réveiller ma mère, mais il s'avère que si. Elle court dans la cuisine et il semblerait que ni l'état de la poêle ni le reste de semoule ne lui convienne. Elle me gifle et crie:
</p>

<p>
	« Et tu te dis intelligent, même pas capable de faire une putain de semoule? T'es qu'un bon à rien, un flemmard de merde juste bon à se gratter les couilles! Tu crois que je faisais pas à manger à ton âge? Vous avez trop la belle vie, vous savez rien faire. Je peux pas compter sur vous.»
</p>

<p>
	Tandis qu'elle me frappe, elle crie de plus en plus fort. Elle se saisit d'un couteau et place la lame sous ma gorge. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle éructe. Je ne vois que la bave blanche à ses lèvres, et mes petits frères, comme deux suricates aux grands yeux ronds, qui regardent la scène, incapables du moindre mouvement. Tout se passe si lentement, je ne sais pas combien de temps j'ai gardé cette lame contre ma gorge. Des secondes? Des minutes? Des heures?
</p>

<p>
	Peut être se rend-elle compte que je ne l'entend plus, ma mère me bouscule puis appuie la pointe du couteau contre mon ventre. Pas assez pour me faire mal, juste assez pour que je saigne. Je vois bien qu'elle continue de vociférer mais je n'entends rien, si ce n'est un sifflement continue. Elle finit par jeter le couteau, fracasser la poêle contre le plan de travail et nous crie de dégager. Mes frères courent se coucher, moi, je suis puni. Je dois sortir et faire l'aller-retour du 7ème étage au rez de chaussée par les escaliers. Seulement trois fois, je m'en tire plutôt bien.
</p>

<p>
	Lorsque je rentre, ma mère me prend dans ses bras et me dit qu'elle est désolée, qu'elle ne devrait pas avoir à se comporter comme ça, ça lui brise le cœur, mais on ne lui laisse pas le choix. Je lui présente mes excuses, elle m'embrasse et je vais me coucher. Ce soir là, je dors paisiblement. 
</p>

<p>
	 
</p>

<p>
	Cela fait bien longtemps que je n'avais pas pensé à ça. Pendant longtemps, j'ai cru que c'était normal, je n'avais donc pas de raison d'y penser. Mais ce soir, je ne trouve pas le sommeil, mon esprit vagabonde et se perd dans les souvenirs. Finalement, aussi banale que puisse être mon existence, j'ai peut être des histoires à raconter. Je sélectionne parmi les souvenirs qui ne sont pas trop douloureux et j'écris, en attendant de m'endormir paisiblement.
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7573</guid><pubDate>Fri, 06 Dec 2019 01:41:00 +0000</pubDate></item><item><title>Nuit d'attente</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7572-nuit-dattente.html</link><description><![CDATA[
<p>
	Je crois être d'une patience olympienne. Parce que la patience est une façon confortable et laudative de qualifier la passivité. Je peux attendre, sans rien faire, sur des durées infinies, que les choses viennent à moi, parce qu'en tant que personnage principal de mon histoire c'est ainsi que tout devrait fonctionner ; je l'ai vu à la télé. Et pour toute forme d'agacement, il m'arrive tout au plus de signifier par un phrasé lapidaire l'étendue de ma patience. "Regardez moi comme je ne fais rien à part attendre. Qu'est ce que j'attends bien quand même."<br />
	Toutefois, s'il s'avère que j'attends si sagement, c'est parce que je n'accorde aucune importance à ce qui pourrait arriver ou non. Ma patience est dénuée d'espérance. D'ailleurs, aussi rare que cela puisse être, dès lors que j'en viens à espérer, à désirer véritablement une issue, mon calme, mon phlegme et mon don pour la passivité s'évaporent aussitôt. Je me retrouve assailli, sous le joug d'un bombardement d'émotions contradictoires. Je veux tout dire, tout faire, tout tenter. Les idées les plus saugrenues m'apparaissent exploitables et je ne fais plus la différence entre ce qui est bon et ce qui est con. Ce n'est d'ailleurs qu'en éprouvant la plus grande des difficultés que je parviens à m'empêcher de tout saborder dans un élan inconsidéré de stupide impulsivité. Et c'est probablement ma prolixité qui me sauve, puisqu'en moins de temps qu'il n'en faut pour me nuire, j'élabore cent plans, les rêve un par un et les magnifie tous, pour finalement n'être entravé non par la raison mais par l'embarras du choix. Ce n'est qu'une fois l'émotion retombée que je réalise la stupidité dont je suis capable et que je bénis les défauts qui m'ont empêché d'agir. Mais il est des fois où, ni ma prudence pleine de lâcheté, ni ma patiente passivité, ne viennent à mon secours. Des fois où l'impulsivité tonitruante qui me saisit parvient à s'exprimer. Dès lors, je m'empresse de détruire toute possibilité d'accéder à ce que j'ai pu désirer. Je saccage méthodiquement tout ce qui viendrait me rappeler que j'ai osé agir sans même me soucier des effets réels de mes actes. Ma bêtise à porté ses fruits et ce que je convoitais m'est accessible? Rien à foutre. Pas de traces, pas de preuves, pas de témoins, j'efface tout! Comment accepter de réussir par le biais de ce que l'on méprise? Quelle place pour la complainte et l’apitoiement si je perds mon temps dans la victoire? Qu'est-ce qu'il adviendrait de moi si, toute honte bue, je me laissais aller à vivre vraiment et non plus par principe?
</p>

<p>
	Durant des années, j'ai eu l'impression d'être un trou noir, un astre vampire. J'emportais les autres dans mon sillage et les vidaient de leurs substances.<br />
	Bien qu'enorgueilli à cette idée, j'ai détesté ça. Alors, je me suis retiré du monde, refermé sur moi même et j'ai vécu quelques temps en ermite moderne. A mon retour, j'avais changé et il ne restait rien de cette marque que je pouvais laisser autrefois. Désormais, je n'étais plus qu'une plaque de verre. Invisible et imperméable. Lorsqu'il arrivait que, par accident, l'on me touche, tous ne faisaient plus que glisser sur moi. Valait-il mieux n'être qu'un monstre vorace et inconséquent ou s'effacer pour n'impacter que le moins possible les mondes alentours? Vivre ou laisser vivre? Parfois, ces questions me taraudent alors qu'il devrait être si simple d'en goûter les réponses, et probablement qu'un jour viendra où je m'y abandonnerai. En attendant
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7572</guid><pubDate>Wed, 27 Nov 2019 10:06:00 +0000</pubDate></item><item><title>La derni&#xE8;re nuit du colibri</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7571-la-derni%C3%A8re-nuit-du-colibri.html</link><description><![CDATA[
<p style="margin-bottom:12pt;">
	Les retours sont des adieux et les adieux des retrouvailles.
</p>

<p>
	Pour ne pas ruminer la colère stérile qui m'obnubilait, j'errai de ports en porc. Me plongeant à corps retrouvé dans l'exploration, plus gloutonne que méthodique, des intimes eaux tièdes et doucereuses qui bordaient ma dérive. Je collectais ces délicats nectars avec d'autant plus d'enthousiasme que j'avais connu et la diète et la disette. Et je goûtais d'autant plus mon plaisir que j'étais cet iris n'ayant pas vu la rose, à nouveau débutant, balbutiant, à la poursuite de repères que je n'avais plus. La première étreinte fut d'ailleurs la plus folle. Pour la première fois depuis près d'une décade j'explorais, tâtonnant, arpentant les paysages de l'inconnue dans un mélange d'exaltation et d'effroi. Adieu les caresses mécaniques, je devais à nouveau penser chaque geste, doser chaque toucher pour qu'il convienne à l'attouchée. En sus, je devais redécouvrir mes propres perceptions, et quand elle passa ses doigts délicats sur mes côtes, je me sentis frissonner comme je ne me souviens pas l'avoir jamais fait auparavant. Extasié, extatique, j'aurai pu m'arrêter là si l'extravagante faim ne m'avait exhorté à poursuivre mes exercices expérientiels.<br />
	Avide, c'est en toute logique que je cherchais à faire le plein. Après la première, il y eu donc la deuxième. La nouveauté en moins, la surprise en plus, d'autant que je n'étais pas à l'origine de la démarche, ce qui m'apparut comme tout aussi déroutant que plaisant. Puis vint la troisième, opportuniste et pragmatique, mais pas moins appréciée.<br />
	Cependant, j'avais beau étouffer mes ardeurs sous d'autres corps, ça n'empêchait pas mes idées d'être à l'igné, ça n'éteignait pas le feu qui continuait de me ronger. Me poussant ainsi toujours plus avant dans l'errance et ses remèdes.<br />
	Ainsi, comme un clou en chasse un autre et alors que j’avais choisi la nostalgie pour terrain de jeux, je pris la direction d’un bar dont le nom m’était soudainement revenu. Dire que j'espérais quoique ce soit serait quelque peu présomptueux, toutefois, je ne pouvais me résoudre à écarter l'improbable possibilité de retrouver celle par qui j'avais eu vent du lieu. Quand je l'ai connue, elle habitait à proximité du bar et avait sympathisé avec le gérant. Je m'étais donc dit que si je devais la retrouver, ce serait l'endroit idéal. Cependant, aux dernières nouvelles, qui n'étaient certes pas des plus récentes, elle avait déménagé. Je passais donc la soirée, bercé par quelques sonorités de ce qui était présenté comme du jazz, à ne rien attendre désespérément. Et, logiquement, rien ne se produisit.<br /><br />
	Sur le chemin du retour, je décide de faire un détour afin de me poser quelques instants sur la berge, prendre le temps de réfléchir et souffler un peu. La vue, sans être extraordinaire, me réconforte et je me plais à contempler le reflet de l'eau sur la lune. A moins que ce ne soit l'inverse. Peu importe, toujours assis sur ma souche, à l'écart des bancs qui auraient pu accueillir de quelconques importuns, je souris benoîtement face au buste de Django Reinhardt, illustre musicien dont j'ignorais jusqu'à l'existence avant qu'elle ne m'amène ici, en son dernier fief. Je ne connais pas sa musique, je ne connais que très mal son histoire, mais j'ai désormais envie de musique afin de me laisser délicatement porter par le flux de souvenirs, et, quitte à me plonger dans la nostalgie, j'écoute: 
</p>

<div class="ipsEmbeddedVideo">
	<div>
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	</div>
</div>

<p>
	 
</p>

<p>
	puis,
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<div class="ipsEmbeddedVideo">
	<div>
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	</div>
</div>

<p>
	et encore,
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<div class="ipsEmbeddedVideo">
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	</div>
</div>

<p>
	 
</p>

<p>
	Puis enfin
</p>

<div class="ipsEmbeddedVideo">
	<div>
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	</div>
</div>

<p>
	 
</p>

<p>
	<br />
	C'est alors que je profite d'une tranquillité absolue qu'une ombre indélicate s'amène et s'installe, sans gène, à côté de moi. Bien que dérangé, je n'ai pas envie de m'énerver, alors j'essaie de l'ignorer. Je coupe la musique et pianote aléatoirement sur mon téléphone. Si je l'ignore et vaque à mes affaires, la personne finira bien par comprendre que je ne veux pas être dérangé et me laissera tranquille. A priori, non, ça ne change rien.<br />
	Doucement, patiemment, je sens la colère monter en moi de façon graduelle. Je m'échauffe, je boue, je fulmine et d'un coup je décide de repartir puisque je n'ai plus rien à faire ici. Je me lève et pars sans jeter le moindre regard vers la raison de mon départ, quand j'entends: "je pensais qu'on pourrai discuter."<br />
	Il y a bien deux ans que je n'ai pas entendu cette voix, mais je la reconnais. Je me sens con. Affreusement con. Sans dire le moindre mot, je retourne m'assoir, tout penaud, comme ce gamin qui se rend bien compte de sa bêtise mais qui ne sait absolument pas quoi faire pour y pallier. Ce qui la fait, non pas rire, mais glousser ; oui, le terme me semble mieux convenir pour décrire le son émis.<br />
	J'ai envie de lui demander ce qu'elle fout là, de lui dire que je suis désolé, de l'envoyer chier aussi, de l'embrasser, elle me semble plus belle que dans mes souvenirs, le changement de coupe lui va sacrément bien, elle est con quand même d'être resté à côté sans rien dire, est ce qu'elle attend que je dise quelque chose? Mais attends, t'avais pas déménagé?<br />
	Finalement, la seule chose qui finit par sortir de ma bouche: "Salut".<br />
	Wouah, champion, quelle verve, franchement je m'épate moi même. J'espère quand même ne l'avoir pas trop subjuguée, ce serait dommage qu'elle reste pantoise du fait de ma prolixité.<br />
	"Ça va?"<br />
	Pull up! De mieux en mieux, y a pas à dire, jui un poète moi. Manque plus qu'une allusion à la météo en mode, "il fait doux mais le fond de l'air est frais" et j'emporte la timbale.<br /><br />
	Finalement, malgré des débuts pour le moins laborieux, la discussion démarre et s'éternise même dans une obscurité de plus en plus difficile à ignorer. Le contact est renoué, je lui dis que je reviendrai vers elle prochainement mais que je dois pour l'instant y aller. Elle pose alors sa main sur la mienne et m'embrasse, pour la première fois.<br />
	En rentrant, même si je ne peux pas m'empêcher de penser à la suite et à la fin de cette histoire, je suis dans le même état que la plus vulgairement niaise des prépubères qui a été bien trop longtemps nourrie aux comédies romantiques et aux love interest à deux balles que lui vendent de trop nombreuses séries. Et le pire, c'est que je ne déteste pas ça.
</p>
]]></description><guid isPermaLink="false">7571</guid><pubDate>Wed, 04 Sep 2019 10:40:00 +0000</pubDate></item><item><title>Nuits de col&#xE8;re</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7570-nuits-de-col%C3%A8re.html</link><description><![CDATA[<div>
	<div>
		<p>
			Quel que soit le chemin emprunté, quelle que soit l'issue, parfois il n'y a que la colère.
		</p>

		<p>
			Je me souviens les chaudes nuits passées dans la torpeur la plus profonde et réconfortante, où l'absence se changeait en oxygène faisant de chaque inspiration un souffle béni. Blotti dans l'obscurité silencieuse, je goûtais les plaisirs de l'isolement et de la déréliction, avide de vacuité, comme une chance de s'extraire d'un brouhaha quotidien et continu. Errant paisiblement, libéré de toutes les contraintes que nous peuvent imposer une simple présence, je me voyais déjà aspiré, absorbé, englouti par la plus exquise des inerties. Las, le plaisir n'était jamais que de trop courte durée puisqu'il fallait que je sois assaillis de messages, d'appels, d'informations superflues, de questions superficielles et d'autres importunes notifications en tout genre. Que je m'efforce de répondre ou d'ignorer, rien n'y faisait, l'invasion se poursuivait avec force dans un flux qui semblait ne jamais devoir se tarir. Et la colère grondait, sans que je ne la laisse être perçue, elle tonnait en mon sein, me déchirant et réduisant à moins que rien les saveurs du paradis pré-existant. Et même lorsqu'il semblait que le calme était à nouveau à portée de main, je me trouvais désormais dans l'incapacité d'oublier l'emprise du temps et ne voyait plus que l'impératif qui suivrait, prisonnier de l'existant comme si l'on m'avait encore forcé à naître. Diable! Que je l'ai maudite pour n'avoir su m'ignorer.
		</p>

		<p>
			Le temps a passé, les choses ont changé, les choses m'ont changé. Et me voilà maintenant souffrant de la morsure du froid. L'absence, la plus fidèle de mes amours, n'est plus que cet espace vide entre deux moments de vie. Et si l'absence d'absence ne me réjouit pas outre mesure, il est certain que cette absence en demi-teinte ne m'est plus ni désirable ni confortable. Je ne sais plus que faire de tout ce vide et j'en viens à guetter le moindre indice, le moindre signe de présence. Je vérifie ma messagerie avec la régularité d'un métronome et m'inquiète de ne pas la voir se remplir. Les espaces qui m'étaient si précieux ne sont plus qu'instruments de torture m'infligeant des souffrances aux motifs sans reliefs et sans couleurs qui m'auraient autrefois d'avantage poussé au rire. Parce que, de ma liberté, il a été fait une geôle, là encore, la colère me gagne. Du fait de ce silence imposé, des raisons que je lui donne et surtout du triste état dans lequel il me plonge, je m'enfle de rage et d'amertume, amassant les combustibles afin de prolonger l'ardeur de mon ire sachant pertinemment qu'une fois que tout sera consommé, il ne me restera rien. Si bien que son retour n'aura plus que le goût des cendres, me privant du plaisir des retrouvailles comme j'ai été privé des plaisirs de la solitude. Diable! Que je l'ai maudite pour n'avoir su m'ignorer.
		</p>
	</div>
</div>]]></description><guid isPermaLink="false">7570</guid><pubDate>Mon, 19 Aug 2019 10:54:00 +0000</pubDate></item><item><title>Divine nuit</title><link>https://www.forumfr.com/blogs/e7569-divine-nuit.html</link><description><![CDATA[
<p>
	Je veux être dieu. Non pas dieu de toutes choses. Je déteste les groupes, les foules, les nombres. Ils sont inconsistants et n’existent probablement que pour me nuire. Et plus encore, je hais leur mécanique, vulgaire et terriblement indiscrète. Rien n’égale la singulière saveur du secret. Non, je veux être un dieu personnel. Partagé, pourquoi pas. Si c’est par une poignée d’adeptes. Et je veux que chaque adoration soit singulière dans son histoire et dans son expression. Je ne veux pas être ce fer qui marque le bétail et laisse toujours la même empreinte derrière lui ; autant se livrer directement aux inspecteurs. Je veux que les rares personnes marquées le soient de façons toujours différentes, pour qu’ainsi je puisse croire en ma propre profondeur.<br />
	Je veux être dieu, parce qu’il n’y a pas d’autre façon de me prouver mon existence. Si j’ai effectivement occupé ce temps qui m’était alloué, il doit y avoir des traces de mon passage. Et si j’ai vécu, véritablement, et ne me suit pas contenté d’orner le paysage comme n’importe quel agrégat sédimenteux, sédimentaire, sédimental, alors ces empreintes doivent retranscrire ne serait-ce que l’idée d’un changement, d’un mouvement d’âme.<br />
	C’est parce que je veux être dieu que je m’abandonne parfois à la contemplation extatique des fragments abandonnés sur les chemins passés de mon voyage. J’observe et je guette en quelques lieux choisis, en quelques yeux tendres, le moindre indice me laissant espérer la présence d’une relique de mon histoire. J’observe longuement, régulièrement, pour enfin trouver cet autel à ma gloire, cette preuve irréfutable. J’ai besoin de savoir alors dites-moi !<br />
	Non, ne dites rien, ça ne compte pas. Montrez-moi, mieux ! Laissez-moi voir, laissez-moi ressentir ce quelque chose, quoi que ce soit. Même si la fleur est quelconque, je veux savoir que j’ai semé. Et s’il ne reste que désolation, je veux savoir que j’ai soufflé. Qu’importe le souvenir, sa nature ou son odeur, pourvu que je puisse me dire que j’ai compté.
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	Mais au-delà de cette divine avidité de reconnaissance qui me tiraille et me fait me vautrer dans les fanges du mortellement commun, Lucifer peut bien se consumer pour moi, je veux être dieu pour ce luxe inestimable qui consiste à pouvoir choisir ses adeptes en les créant à son image. Parce qu’il m’importe bien plus de la bouteille que de l’ivresse. Parce que je veux bien être petit, sale, inutile, mais je préfère mourir pour avoir fait la fine bouche plutôt que de me l’admettre. Alors, petit dieu fourbe et menteur pareil à tous ces misérables incapables de s’assumer, je créé, je tisse, je baise et j’écris comme le font les pêcheurs ; je peux bien détruire les fonds marins, estropier et rejeter avec dédain, pourvu que je ne sois pas seul à mordre à l’hameçon.
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