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Billets dans ce blog

Isadora.

Pièce n°1 : 
« On va orienter la thérapie sur cette question de l'auto-maltraitance. »
Vendredi matin, l'infirmière en charge de mon suivi me dit cela. Pourquoi vous maltraitez-vous ainsi ? Depuis lundi et pour deux mois, je suis en semi-hospitalisation. Ce n'est pas un hôpital mais une association, où tout le monde a flirté avec la mort. Me trouver là est déjà l'aboutissement d'un long chemin, il va maintenant falloir m'y retrouver. 

Pièce n°2 : 
Sans trop savoir pourquoi, je vais au S*** avec des amis que je me suis faits ces derniers mois. Finalement, je n'y suis qu'avec M*** et comme elle est comme moi, elle ne s'y sent pas vraiment à l'aise. Je croise ces gens que j'ai vus tous les week-ends ou presque pendant deux ans. La moitié ne me reconnaît pas, l'autre moitié est glaciale. Je savais que ce lieu était essentiellement fréquenté par des connards, j'apprécie d'en avoir la preuve et le détail, la certitude nuancée. B*** mixe, M*** s'en va, B*** fait un ulcère, on l'emmène aux urgences. J'ai l'impression de passer ma vie aux urgences de toute manière, c'est la troisième fois en deux semaines. Je préfère finalement être à l'hôpital qu'au S***. 

Pièce n°3 : 
G*** commence à remettre en question la viabilité de son couple s'il reste monogame. Il devient possible que nous nous voyions. Simultanément, je prends pleinement conscience du fait que je souhaite, au fond, tomber enceinte de lui, ce qui est totalement démesuré puisque nous ne nous sommes même pas vus réellement. Cet homme doux, rassurant et brillant suscite en moi des désirs de liberté et d'attachement, j'aimerais que nous soyons là l'un pour l'autre. Révélateur de ma déconnexion de la réalité : il va épouser quelqu'un d'autre. Je suis totalement à côté de mes pompes. Quelques douces soient ses paroles, elles ne sont au fond que des *mots en l'air*…

Pièce n°4 : 
P*** se fait une nouvelle fois hospitaliser, encore un sevrage. Il a beaucoup avancé dans son travail thérapeutique depuis que je le connais. Il me parle de son ex, celle avec laquelle il était, quand tout allait bien encore. Son travail lui a permis de comprendre que, dès le départ, il a accepté des choses qu'il n'aurait jamais dû accepter et juste après, il a commencé à s'autodétruire dans l'alcool. Ces mots simples recouvrent une réalité très juste et je ne suis pas du tout choquée qu'il lui ait fallu des années pour en arriver à cette prise de conscience. On dit souvent, à tort, que la difficulté est de trouver les mots justes. Non. Les mots sont là, évidents. Il faut accepter ces sensations que l'on fait tout pour fuir mais les mots, eux, n'ont rien de difficile. 

Pièce n°5 : 
J'ai consacré une grande partie de mon après-midi de samedi à débattre de questions philosophiques. Peut-on se poser des questions existentielles sans être né dans une famille croyante ? Le cas de Sade s'est posé : et s'il n'y avait aucune raison de ressentir de l'empathie, si c'était une sorte de bug de notre esprit et que les psychopathes avaient un avantage réel ? 

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Une image est ressortie, quand le puzzle s'est intuitivement résolu, m'emportant dans une vague tristesse soudaine, une mélancolie vague couvrant un bouillonnant malaise : Tu n'es que du vent.

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Je ne sais pas encore comment ça va évoluer. J'ignore absolument où je vais, comment j'y vais et ce que je vais devoir laisser derrière moi. Le bon sens me pousserait à penser que s'il n'y a pas d'actes, il n'y a pas de raison de faire des pas en avant vis-à-vis de quiconque mais prendre cette décision, c'est déjà me positionner dans une attitude de prudence, de calcul, de mesquinerie, de mon point de vue. 

J'essaie d'écrire des poèmes, ça ne marche pas vraiment. J'essaie de me vider l'esprit mais c'est un semi-échec. Tout se déroule comme si, bientôt, j'allais devoir rejoindre la bergerie, m'installer bien au chaud parmi mes congénères, tuer ma part excessive et entrer dans ce jeu de négociations que l'on observe partout. La confiance et l'engagement sont des valeurs perdues, j'ai eu une chance que je n'ai pas su saisir il y a longtemps déjà, apparemment cela ne se reproduira pas. 

Isadora.

Cher 'Nass,

Je vais bien depuis la dernière fois. Ne t'inquiète pas. Je vais très bien. C'est juste que le calendrier me tourmente… Je t'avais dit, pour Noël et c'est cette période. Ça ira mieux au mois de février, février, le mois des morts, qui a pris Sam… Je vais bien mais j'ai quand même le cœur lourd et le besoin de le vider un peu.

Le 31 mars 2004, à 13h45, en sortant de la chorale, je me suis rendue à la bibliothèque municipale de Charleville pour rendre des livres. Elle est située près d'une église et ce jour-là, il faisait beau. C'est rare, dans les Ardennes, mais c'est très particulier ; le ciel y est d'un bleu très pur, très doux et la lumière a une transparence inconnue ici. Quand le ciel n'est pas couvert d'une épaisse nappe de nuages gris, quand il ne pleut pas à seaux, quand il ne tonne pas, il n'y a vraiment aucun nuage dans le ciel ardennais. Les sons semblent plus vifs aussi et, quand je suis sortie de ce bâtiment de pierre jaune où a étudié Rimbaud, les cloches de l'église sonnaient. Je portais une jupe noire, très longue et une chemise rouge à manches trois-quarts. J'avais aussi une écharpe noire, en guise de mantille et je me rêvais Sévillane. La faute de goût, c'était une paire de baskets noires, qui n'allait pas du tout avec le reste. À cette époque, ce genre de choses m'échappait tout à fait.

J'ai rejoint mes amis à la terrasse du Caveau. J'ai commandé un diabolo pomme. Je suis arrivée à 14h05 et je suis repartie exactement deux heures plus tard. Nous étions cinq. Des ouvriers de la ville installaient des fleurs au pied de la fontaine, la fontaine centrale de la place Ducale. C'était des jonquilles. À 16h10, le bus est parti, j'avais failli le manquer. Olivier y était, puisqu'il avait des cours de Sciences de l'Ingénieur tous les mercredis, en Terminale. Il était assis juste devant moi. Nous discutions ensemble, la joue collée contre la vitre. Je lui ai dit que je venais de rencontrer la personne la plus incroyable que j'aie jamais vue. Il a semblé soufflé. Je me demande parfois si ce n'est pas un peu de là que lui vient son goût du shibari.

Le soir même, je recevais un SMS d'un numéro inconnu, le lendemain je l'appelais pour lui dire qu'effectivement, les jonquilles étaient très belles et que j'avais eu tort de les critiquer. J'ai utilisé ce numéro un an. J'ai essayé de l'oublier. Le 14 août 2007, alors que je venais de boire de l'absinthe avec un inconnu qui allait devenir mon compagnon, chez Adeline, j'ai rappelé ce numéro, que je n'avais pas réussi à oublier. Je m'en souviens encore. Maudite mémoire…

Ce récit n'a aucun intérêt, si ce n'est d'expliquer plus ou moins pourquoi je vis ici. Je me souviens des jonquilles, disposées sur une base carrée autour de la fontaine circulaire, je me souviens du petit espace qu'on avait laissé dans la diagonale, sans doute pour créer un effet d'optique, je me souviens que c'était un jeudi que j'ai appelé, après un cours de géographie sur les États-Unis, je me souviens qu'il y avait du cordon bleu à la cantine, je me souviens non pas de tout mais de presque tout et c'est infernal.

Alors, puisque je t'ai raconté quelques éléments de ma rupture avec Pierre, puisque ce n'était qu'il y a un an, sonnant et trébuchant, tu t'imagines peut-être l'enfer que je tente de contrôler en ce moment, l'enfer qui me guette à chaque fois que ma concentration s'échappe un peu et que la mémoire relance son petit film. Je suis bien heureuse car il y a un an, à cette heure-là, je dormais enfin. Le drame, c'est que je parviens effectivement à contrôler mon royaume intérieur. Je ne me sens pas triste. Je ne me sens pas touchée. Je ne pleure pas. Je pense à toi comme à un ami sincère qui aurait pu m'aider, mais je reste de roc. Je suis comme anesthésiée. Les souvenirs ne défilent plus autrement qu'en parfait respect de la temporalité, en temps réel. Ça les ralentit mais ça a aussi l'effet de les distiller. Aussi, je fais ce que j'aurais dû faire à cette époque ; je bois, je prends conscience de tout ce qu'il se passe et je prends aussi tout ce qui passe, par tous les orifices possibles. Mon métabolisme est, je crois, extraordinaire, à moins que ce ne soit la valeur sûre, celle sur laquelle j'ai toujours compté ; ma tête. Celle que tu trouvais malade. Celle qui m'a sortie de tout. Pour lutter contre ces deux talents, j'augmente les doses. Je multiplie les prises. J'apprends l'art subtil des mélanges.

Je crois au dharma. Sincèrement. Je me dis que tes décisions portaient un message pour moi ; il n'est pas temps de te reposer sur quelqu'un d'autre, il faut encore manger un peu de poussière et de solitude avant d'être valide. Pourtant, les cartes m'avaient dit tout l'inverse. Je ne comprends plus du tout. Je dois être une très mauvaise cartomancienne. D'ailleurs, je viens de tirer une carte pour toi et comme d'habitude, sur 78 possibilités, c'est le Valet de Coupe qui sort. C'est un peu comme si tu avais hacké quelque chose. Et moi, en vain pour éviter les réponses amères, en vain je mêlerai. L'an dernier, à propos de Pierre, je tirais pourtant la Maison Dieu et, sans faille, la maison s'est effondrée…

Bref.

On s'en fout. Le temps avalera tout, j'ai l'habitude. Le temps finit toujours par digérer les événements. Le temps ne garde que ce sur quoi nous nous concentrons vraiment. Bien malgré nous, parfois. Et j'ai tellement triché avec ma tête qu'elle-même ne sait plus vraiment qui je suis…It is getting curiouser and curiouser in here.  Je pense au film Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Je pense aux mille et une façons de tricher. Je pense au dharma. Je pense que ce que je ne parviendrai pas à oublier sera ce que j'ai décidé, d'une manière ou d'une autre, plus ou moins malgré moi, de conserver au fond de moi. Je pense à ce coffret dont j'avais rêvé, mais je ne te l'ai jamais raconté, ce coffret qui contenait des péridots, des améthystes et des grenats. Ce safe que chacun exhibe sans en connaître le verrou.

Un jour, je ferai de grandes choses  mais pas ce soir, et pas demain non plus. Pour l'instant, je suis trop occupée à trier. Trier… Ibant obscuri sola sub nocte per umbram.

Porte-toi bien, moi, je recueille sur moi tout le bonheur du monde en cet instant.

S.

 

 

Isadora.

Il y a exactement un an, jour pour jour et heure pour heure, commençait le drama de 2016. Je suis infiniment heureuse d'en sortir, infiniment chanceuse de ne pas y avoir laissé ma peau et infiniment reconnaissante pour ce que cette rupture a ouvert comme perspectives. Mon appartement, finalement, ne me convient pas si mal, malgré ses défauts majeurs et je m'aperçois que j'aime bien être chez moi, seule et dormir dans mon lit, avec mes chats, mes rêveries et ma liberté. 

J'espère que 2017 réservera de jolies nouvelles

Moment langue de pute dans toute cette joie : je n'ai pas pu m'empêcher d'envoyer un SMS à mon ex : Joyeux Noël ! :)

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Ces derniers jours ont été, il faut bien l'avouer, aux antipodes de ce que j'avais annoncé dans mon dernier billet. Nuits décalées, alcool coulant à flots, excès en tous genres. Le défilé de mecs permanent a repris et je ne sais même plus si je trouve ça drôle ou pathétique. Je ne suis pas tombée sur des hommes glauques, c'est même plutôt l'inverse je crois, mais mon intérêt ne va plus que vers la chose sexuelle. J'ai même de moins en moins d'intérêt à retenir le nom de mes amants ; je leur demande les renseignements dont j'ai besoin pour remplir ma liste — donc pour les statistiques — et dès que tout est noté,  j'oublie.  Je ne pose presque plus de questions non plus,  du moins ma conversation se dépouille de l'intérêt pour la personne. Dans mes carnets, je ne fais même plus l'effort de conjuguer les verbes. 

#87 Ramassé un mec à la sortie du ***. Proposé de venir avec P. et moi comme ça. Bu du vin. Coït après départ P. Trouvé capote usager dans lit le surlendemain. Beurk

Pour l'instant, 2016, c'est +18 dans ma liste, ce qui en fait la deuxième année la plus chargée. Les écarts d'âge se réduisent par rapport à 2008, par exemple, on est à 30 ans de moyenne, le plus jeune étant à 24 et le plus vieux à 36.  Petite majorité de mauvais amants,  deux addicts au sexe,  beaucoup d'hommes branchés par le développement personnel et un mode de vie sain. Je me suis attachée trois fois, c'est-à-dire trop. C'est à peu près tout ce qu'il y a à en dire.

Mes derniers émois m'ont été coûteux. C'est comme se retrouver fauché après une soirée trop alcoolisée ; on s'est cru riche et on a tout claqué. C'est con mais c'est trop tard. Tout a été bu, à l'excès et tout s'est retrouvé dans une flaque de gerbe. C'est drôle que ce mot serve aussi aux couronnes de fleurs, couronnes de vanité in memoriam.

Isadora.

Hello !

Ces derniers temps, même si les quelques billets que j'ai postés depuis ma réinscription ne le laissent pas forcément présager, je me sens bien. :) Je dois ce mieux à quelques trucs, glanés çà et là (et d'ailleurs merci à Criterium pour les conseils !). Je voulais vous faire un petit topo sur les différents outils que j'ai pu trouver pour améliorer ma vie. Bon, je préviens, si vous n'êtes pas l'heureux détenteur d'un smartphone, ça ne risque pas vraiment de vous intéresser. Alors oui, j'ai beaucoup recours aux TIC, mais le leitmotiv, c'est mens sana in corpore sano. Et étonnamment, ça a marché.

Créer des habitudes

La première application qui ait fonctionné s'appelle Fabulous. C'est un coach qui s'incruste sur votre téléphone et qui vous pousse à adopter des habitudes plus saines. Au départ très sceptique, je me suis prise au jeu et ça fonctionne plutôt bien pour ajouter de la régularité à votre quotidien. Si comme moi, vous avez tendance à être bordélique et que vous l'avez toujours été, vous pourrez vous dire que les habitudes ne servent à rien… eh bien non, c'est tout l'inverse. En réfléchissant, je me suis rendu compte que tous les moments constructifs et épanouissants de ma vie ainsi que toutes mes réussites, je les avais vécus dans des périodes où j'avais tellement de choses à faire, j'étais tellement pressurisée que je ne pouvais pas ne pas avoir d'habitudes. Du coup, j'en avais conclu que j'aimais la pression alors qu'en fait, j'aime simplement les habitudes. Alors, concrètement, ça marche comment ? C'est très simple. L'appli vous incite à vous lever à la même heure tous les jours, à vous coucher à la même heure tous les jours aussi, à faire le ménage, à prendre un petit déjeuner, à faire un peu de sport… Rien de fou mais la clef, c'est : 1. la régularité ; 2. le fait de devoir faire des rapports quotidiens et donc d'être récompensé si vous le faites.

Ensuite, il y a mon appli préférée, qui s'appelle Daylio (mais on en trouve un paquet d'autres). Le principe est très simple : c'est un journal intime dans lequel il n'est pas nécessaire d'écrire. On peut créer des activités-type et, régulièrement, on se met sur l'application, on entre son humeur (entre 1 et 5, on donne un nom à chaque humeur) et c'est parti, on raconte ce qu'on a fait depuis la dernière connexion. Pour les gens qui manquent de régularité, c'est parfait car c'est très peu contraignant. Bien sûr il est possible de rajouter un petit paragraphe mais ce n'est pas nécessaire. Si vous avez changé d'humeur, que vos souvenirs sont bons et que vous en avez envie, vous pouvez aussi remplir ce journal après coup, c'est donc assez facile de renseigner chaque jour. Finalement, l'utilité que je trouve à cette application, en plus de garder ma vie en mémoire de manière plutôt objective, c'est de me montrer ce qui me fait du bien et de me motiver à continuer sur cette voie. Idéalement, il faudrait chercher des schémas se répétant mais je n'ai pas encore assez utilisé l'appli. En revanche, je peux vous dire que de manière très majoritaire, mon humeur oscille entre "tout va bien" et "mouais" (2 et 3), que je vais toujours bien quand je me lève tôt et que j'accomplis les tâches ingrates que m'impose mon travail, que l'alcool est plus souvent associé à un mal-être que je ne le pensais, etc. Que du positif pour cette appli, donc !

Méditer

Pour la méditation, c'est en revanche un peu plus la jungle. Honnêtement, je ne suis pas encore certaine d'avoir trouvé LE truc idéal, d'autant que beaucoup d'applications existent, qu'elles sont parfois payantes, qu'elles sont souvent en anglais, etc. Ça fait un certain temps que je pratique mais de manière trop irrégulière. J'avais commencé par de la méditation par le vide, j'ai médité aussi dans le cadre de la sophrologie, j'ai essayé des méditations tibétaines mais de manière sans doute un peu trop solitaire. en somme je ne pars pas de zéro mais c'est pas très sérieux non plus.

J'avais commencé par une application un peu prise au hasard, qui s'appelle Petit Bambou. C'est pas mal mais on arrive vite à du payant — et quand je dis payant, c'est un abonnement, d'environ 10€/mois. Un ami m'a conseillé HeadSpace, qui apparemment est plus efficace pour la motivation et propose une large palette de méditations, classées par motivation sauf que c'est en anglais et sur abonnement. Fabulous propose aussi des méditations mais ça n'est pas aussi poussé.

J'ai peut-être trouvé un bon compromis, mon but étant dans un premier temps de travailler sur le vide et la respiration, sachant aussi que je cherche un centre de méditation dans ma ville. Ça s'appelle Prana Breath et c'est vraiment très, très simple, excessivement basique : la respiration se décompose en 4 moments (1. j'inspire ; 2. je retiens ; 3. j'expire ; 4. je retiens). Selon l'effet désiré, l'appli vous dit quoi faire, comme un métronome, pour le temps désiré. Vous pouvez vous faire 5, 7, 10 minutes de respiration apaisante avec une inspire courte et une expire longue sans pause ou autre, et je vous assure que quand vous faites ça, vous n'avez pas vraiment besoin qu'une voix vous demande d'être présent à vous-même pour ne penser à rien d'autre.

Dans tous les cas, si la méditation vous intéresse, je vous conseille très vivement de ne pas négliger ces solution. Elles peuvent avoir l'air un peu cheap, moins bien que de la vraie méditation avec un vrai prof et tout mais si en réalité vous ne faites rien du tout, mieux vaut au moins commencer comme ça plutôt que de ne pas faire. J'ajoute d'ailleurs que l'intérêt de la méditation réside dans la régularité de la pratique et qu'à moins de coucher avec ou d'être sa progéniture, un prof de yoga/méditation ne sera pas dispo 7j/7 donc voilà, vous n'avez pas d'excuse.

Faire le ménage

Vos parents vous l'ont répété sans arrêt, votre ex aussi mais vous vous raccrochez à l'idée que vous êtes bordélique et que c'est comme ça. Il n'empêche que votre logis n'est pas toujours assez propre pour que vous soyez content d'y rentrer ou d'y inviter des gens, que votre frigo déborde d'aliments périmés et que vous avez un peu honte. Eh bien non, c'est pas une fatalité. Personnellement, j'ai commencé par réparer ce qui dysfonctionnait. Du bricolage. Fixer les étagères qui attendaient depuis des mois. Ça fait de la poussière : hop, un coup d'aspirateur. Ah mais le sol est sale, en fait ! Hop, un coup de serpillère. En dehors de ça, les deux éléments les plus importants ont été l'évier et le réfrigérateur. Le simple fait de jeter tout ce qui est périmé permet de bien voir ce qu'il fat racheter et de limiter la tentation de la junk food. Idem pour la vaisselle : une fois qu'elle est faite, il devient plus facile de la faire systématiquement, pour maintenir un niveau d'hygiène acceptable, voire un peu plus que ça.

Garder un intérieur sain est intimement lié à la manière dont on fait ses courses. Il va falloir veiller à ce qu'il y ait toujours un certain nombre d'éléments dans les placards, si possible en stock : en gros, de quoi laver et de quoi prendre soin de soi ou de quelqu'un d'autre, qui arriverait à l'improviste. En somme, il faut avoir des sacs poubelle, de la lessive et du produit vaisselle mais aussi un stock d'éponges neuves, un balai qui fonctionne, etc. De même, aller faire un tour au marché donne envie de manger plus sainement, voire d'inviter des amis, ce qui motive aussi à ranger -> cercle vertueux.

Commencer par jeter et réparer a été un bon point de départ pour moi. Après, je ne fais toujours pas mon lit mais ça ne me préoccupe pas plus que ça. Le sol est propre, l'évier nickel, les sanitaires aussi, le réfrigérateur est sain. Ça me suffit pour bien fonctionner.

Apprendre à anticiper

Alors là, c'est complètement transversal, c'est le truc qui m'a permis d'enfin aller à la piscine, d'enfin prendre un petit déjeuner et d'enfin manger plus sainement. Pourtant, c'est très simple : il faut anticiper. Personnellement, je fais comme si j'avais un enfant à charge et que je devais préparer sa journée du lendemain — sauf que l'enfant, c'est moi. Je me prépare mon petit déjeuner la veille en rangeant la cuisine, au moins en groupant dans le frigo ce que je compte manger le lendemain. Du coup, quand je fais mes courses, c'est pareil, j'anticipe davantage. Concrètement, je ne prenais plus de petit déjeuner depuis des années, me contentant d'une énorme quantité de café. Je me suis demandé ce qui pourrait passer le matin, j'ai acheté des clémentines et des amandes. De fil en aiguille, je me retrouve à acheter des quantités astronomiques de jambon et de gouda en tranches que je dévore tous les matins. Ça, c'est aussi lié au fait de me coucher plus tôt et de me lever tous les jours à la même heure ou presque : ça donne faim le matin et pas le soir, de se coucher tôt.

Idem pour le sport : en planifiant ça la veille ou en fixant des rendez-vous hebdomadaires et en préparant un sac exprès, avec tout ce qu'il faut dedans, il est plus difficile de reporter à plus tard. En plus, il y a des synergies dans tout ce que j'ai mentionné plus haut : je suis contente d'avoir atteint mes objectifs sur certains plans et je suis triste de devoir avouer à mon appli — donc à moi-même — que j'ai foiré quelque chose. Du coup, quand je vais faire de l'exercice, non seulement j'ai la satisfaction en rentrant de me sentir plus concentrée, plus tonique, plus efficace mais en plus, j'ai la satisfaction de voir que oui, je peux tenir les promesses que je me suis faites à moi-même. Et ça, je crois que c'est essentiel.

Travailler et lire des livres (en papier si possible)

Là aussi, j'ai trouvé une appli super efficace, à condition d'y penser. Elle s'appelle Brain focus et là non plus, ça n'a rien d'envahissant. Il s'agit d'un chronomètre, tout simplement un chronomètre, qui en plus met votre téléphone en mode avion pendant les séances de travail. Ça peut se paramétrer mais le principe est simple : vous devez ou vous voulez travailler 2h, ça vous découpe les deux heures en insérant des pauses. C'est plus facile de rester concentré comme ça et je trouve ça redoutable contre la procrastination.

De manière plus générale, l'utilisation de chronomètres me tente de plus en plus, dans tous les domaines, étant donné que j'ai tendance à me perdre dans mes pensées et dans des activités chronophages. C'est intéressant d'apprendre à ne pas passer plus de x minutes sous la douche ou de bien gérer le temps de cuisson de ses aliments. En fait, la plupart des choses qui me prennent du temps au quotidien ne prennent, en réalité, que très peu de temps. C'est juste que je m'échappe. Avec un chronomètre, je m'en aperçois.

Constituer des bibliothèques de choses intéressantes et les trier par envie/humeur

Pour la musique, il y a des playlists. Pour internet, il y a des agglomérateurs de liens et le bouton "suivre" est présent sur quasiment tout ce que le net peut avoir d'intéressant à montrer. Il est ensuite facile de trier. La méditation et l'utilisation d'un traqueur d'humeur permettent entre autres de savoir très rapidement décrire son état intérieur. Tout part donc de la question comment je me sens ? À partir de là, il faut agir en grande personne et en tirer les conclusions qui s'imposent sur ce que l'on veut.

Par exemple, là, je viens d'avoir une déception amoureuse. Bon, c'était vite vu : je me sentais déçue, déprimée, en manque de tendresse, etc. À partir de ce constat, j'avais envie de deux choses, dans un premier temps : assurer au travail parce que c'est important et que ça n'a aucun rapport avec le mec qui m'a déçue (en gros ne pas perdre mon estime de moi-même en laissant le truc proliférer) et vivre cette tristesse à fond dans l'objectif de passer à autre chose le plus vite possible. Comme on crève un abcès. Du coup, j'ai forcé pour faire en priorité tout ce que j'avais à faire pour le travail et en parallèle, dès que j'avais une minute, j'écoutais des morceaux super déprimants, j'ai écrit, je me suis rendue malade en quelque sorte. Ça n'a pas l'air révolutionnaire dit comme ça mais je trouve cela capital de faire les choses en conscience et de manière responsable. Le principe, c'est aussi que si on se sent triste et qu'on voudrait ne pas l'être, il faut s'orienter vers une humeur plus positive. Passer de triste à serein est assez facile, plus en tout cas que de passer de triste à joyeux. Donc si mon envie est d'aller mieux et que j'en ai fini avec le besoin de me mortifier, je passe à de la méditation, à des playlists apaisantes, etc, et tout ça sans me cacher derrière des prétextes ou des justifications foireuses. L'humeur de passage est ainsi acceptée, la suivante est choisie, les choses ne traînent pas, c'est tout.

Ça a l'air con dit comme ça mais ça marche vraiment — en tout cas pour moi ; je me suis rapidement rendu compte que ma tristesse était devenue de l'ennui et j'ai donc changé de disque, pour aller plutôt vers une sélection de choses qui m'intéressent comme ça ou ça (pour ne parler que de ce qu'il y a sur le net :D). Plus sérieusement, j'essaie ainsi de choisir l'humeur dans laquelle je veux me sentir et, si tout est ok mais que je ne sais pas quoi faire, tout simplement, eh bien j'ai à disposition des choses qui me permettront de "perdre" mon temps sans me perdre sur le net de manière compulsive ou gênante.

Voilà pour moi. N'hésitez pas à partager vos trucs !

Isadora.

Naufrage

Et c'est ainsi que meurent les jolies choses. Comme ça. On jette au sol les lys tout rabougris comme de vieilles capotes après l'orgasme. On se faufile dans le néant d'où l'on avait surgi avec joie mais on s'y laisse absorber de nouveau avec à la bouche un goût amer. L'exubérance offre sa place à une humeur maussade, massacrante. 

Pour t'oublier, alors que tu étais entré dans ma vie comme ça, j'ai déjà essayé bien des remèdes. L'alcool n'a rien changé, même il a rendu mes regards plus tristes. Je me suis décidée à rester sobre. La méditation, les bons repas, la natation,  l'hygiène de vie ont fait de moi un automate pathétique, capable seulement de simuler un bonheur perdu. La méthode Coué décidément ne marche pas. J'ai essayé aussi de t'oublier dans les bras d'un autre homme. Il a bien remarqué mon regard fuyant, mon manque d'intérêt total, en un mot mon ennui. À tout moment, ton image revenait, ta douceur, ta présence. Ta voix aussi. Les hommes n'étaient plus hommes que dans la mesure où ils portaient quelque chose de toi. Dans la mesure où ils te révélaient, tandis que tu mettais à jour leur insignifiance. Je t'ai écrit, encore. Deux jours plus tard. Deux jours plus tard encore. Avant-hier avant de m'endormir et hier matin un peu plus fort encore, j'ai senti dans ce silence l'abandon total, définitif et je ne suis pas parvenue à te dire adieu. Impossible de mettre les mots l'un devant l'autre et impossible de clore cette histoire, dont je ne sais si elle a de pathétique que je m'y sois accrochée ou que tu t'en sois lavé les mains ainsi. Un mot de toi est arrivé, finalement, un mot qui me souhaitait un bonheur momentanément inimaginable. Un mot qui me congédiait sans assumer le mal qu'il me faisait et qui te détournait très calmement de cette scène. Pudeur pratique. Politesse ignoble. 

Pour compenser, il faut du sale, du trash, de la multitude. Déjà je suis ivre sans boire autre chose que du café. Je ne mange plus que des fruits secs. Hier, un homme a fait trembler mes jambes. Une éternité que ça n'était pas arrivé. On s'est rencontrés sur un site, il est venu chez moi. J'étais presque déçue en le voyant car ses cheveux étaient très courts et que quelque chose en moi s'attendait à te voir arriver. Il m'a demandé si je pouvais le sucer à peine le pas de ma porte franchi mais il a commencé à me parler, à parler trop. Comme si, finalement, ça ne lui allait plus. Il avait peur de me faire mal à chaque geste et moi, je voulais avoir mal. Je voulais me dissoudre dans sa pénétration, dans sa volonté, dans autre chose que moi-même.

J'essaie de t'oublier. De te supprimer de mon esprit. D'oublier ton odeur. C'est difficile. Ton image me hante à chaque instant, d'autant plus depuis que la porte s'est refermée, d'autant plus depuis que tu t'es dédit et que tu as sombré dans cette lâcheté que j'abhorre. Comme tant d'autres. Bassement banal. J'avais de jolies choses à te donner, pourtant.

 

Isadora.

Il me dit que je lui suis une bonne nouvelle. Il me dit qu'il aime les moments que nous passons ensemble, à chaque fois. Qu'il est heureux que j'aille bien. Qu'il ne voudrait pas me rendre triste et qu'il se surveille. Que je suis la femme la plus intéressante qu'il connaisse. Qu'il voit en moi une beauté que peu de femmes ont. Il me dit qu'il aime notre complicité et qu'un baiser pourrait mettre en péril le lien que nous avons noué. Qu'un baiser ne vaut pas cela quand on a quelqu'un en face, pour une fois. Il me dit qu'il m'offre son amitié très aimante et que c'est beaucoup.

Quand je l'appelle cousin, il me répond cousine et j'aime ça. Quand il me montre les ficelles de son métier de voyou, il me semble qu'il emporte un peu de moi plus près de lui, en permanence. Quand de mes bras, je l'agrippe fort, je le sens stupéfait mais ses mains se glissent sur moi et il me serre, lui aussi. J'aime tant le tenir très fort, tout contre moi. Sans un mot, nous nous respirons comme des fleurs et nous nous embrassons dans le cou. Nos mains l'une dans l'autre se crispent et se cajolent et si parfois je demande un baiser que ses lèvres me refusent, je ne m'en offusque pas, puisqu'elles me disent pas encore et que son sourire autant que ses pensées à moi se donnent. Je l'avais rarement vu jadis, ce beau sourire de la bouche et des yeux, ému, un peu taquin, un peu timide. Amusé. Heureux.

— Il y a quelques jours, j'avais besoin de sous-vêtements ; j'ai tant pensé à lui en les choisissant qu'il me semblait présent. À ce moment-là, il y avait dans chaque cabine d'essayage un homme dans le miroir, un homme aimé, invisible et souriant. Et les femmes en se changeant effectuaient une danse de l'amour vouée à n'être jamais vue mais dessinée, à chaque instant, dans leurs mouvements. —

C'est dans la rue surtout que nous cherchons de l'autre la présence. Bientôt, il fera froid, bientôt il fera nuit très tôt et nous pourrons les arpenter, ces rues, dans l'ombre si propice aux entrevues, aux frôlements et aux silences. Son rire aura tant de splendeur que son sérieux sous un grand parapluie et tous les clapotis s'éteindront un à un autour de nous quand nous passerons aux aveux.

Pour l'instant, c'est l'été indien, un été qui semble ne pas vouloir s'achever, jamais, et nous parlons avec beaucoup de bruit à la terrasse de cafés, dans des kebabs et sur des bancs. La ville est un vaste bac à sable qui s'offre à nos tribulations. Pour une fois, nous sommes dans le film. Nous sommes le film de passants silencieux comme nous le fûmes autrefois. Le silence qui se creuse autour de nous n'est pas encore si fort qu'il nous enferme et nos amis peuvent encore nous rejoindre pour un peu de bruit.

Mercredi, j'irai chez lui. Je lui offrirai des fleurs et je me plongerai, encore une fois, dans les lignes somptueuses de son labyrinthe. J'irai boire un peu de ce qu'il est, j'irai l'apprendre sur le bout des doigts, j'irai le côtoyer et profiter de ces sourires que nous échangeons. Je lui offrirai des fleurs encore et encore, jusqu'à ce qu'il comprenne que la fragilité de nos corps périssables est belle et que seul le présent s'offre à nous, que c'est une chose heureuse et qu'il faut accepter le fleuve. Et qu'ai-je d'ailleurs, à rêver de lui, puisqu'il est là, juste là, présent et qu'il me rendrait presque heureuse ? C'est que ses lèvres m'ont dit pas encore, c'est que son corps m'appelle même si je ne voudrais pas moi non plus abîmer quoi que ce soit. Ce n'est pas que j'aie peur, c'est que je veux goûter cette fragilité encore. Encore. Telle qu'elle s'offre.

J'écris pour le rendre absent, j'écris pour qu'il me manque, par pure fantaisie. J'écris pour le voir de plus loin et me baigner dans mes images de lui. Pour profiter de la forme de son être, merveilleuse, et avec elle danser.

C'est un amour dont j'ai longtemps rêvé, au point que je ne l'osais plus. C'est un amour d'enfant, c'est un amour qui ne dit pas son nom, qui prend son temps, enraciné dans l'amitié, c'est un amour léger qui ne sera pas consommé avant de se prendre au sérieux. Il me l'a dit, pourtant tu sais que l'amour est quelque chose de plus sérieux que ça, et je le sais. S'il doit prendre forme, notre amour sera vivant. II sera maladif et doux. Ce sera beau.