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Reo

Blogapart-12

17/02/2009

Mémento

L'installation dans une crise est caractérisée par la séquence suivante :

- échecs répétés des approches traditionnelles dans la résolution de conflits (inhérents à toutes les relations sociétales ou géopolitiques),
- extension et aggravation des conflits non résolus, amorçant une crise,
- interprétations contradictoires des données, fondées sur des analyses partielles parce que centrées sur des intérêts sectoriels, corporatifs ou nationaux,
- à défaut d'une analyse par approche globale, les actions tentées restent cantonnées dans des approches traditionnelles,
- renforcement de la crise par le renouvellement des échecs et la généralisation de conflits alimentés par des dénis et des rejets réciproques, etc.


La résolution de la crise nécessite la reprise de ce processus en sens inverse :

- pour dénouer les conflits, éviter le déni, source de rejet,
- pour cela, étendre l'analyse, au-delà des intérêts partiels, pour regrouper l'étude de tous les problèmes découlant de l'extension de la crise,
- donc reprendre lucidité et contrôle, ce qui requiert assistance mutuelle et dialogue, puisque l'organisation de notre monde repose désormais sur une étroite interdépendance économique et écologique.


Cela implique notamment de :

- vérifier l'adéquation des objectifs poursuivis aux besoins réels des personnes et des populations prises dans leur ensemble,
- donc revisiter les institutions par rapport à l'évolution de ces besoins
- rééquilibrer la répartition
. . des rôles, en observant que la coopération et l'animation doivent prendre la place qui leur revient dans un monde complexe et interdépendant,
. . des prestations de service, en constatant la dérive introduite par le recours exclusif à la compétition dépourvue de tout contrôle, comme principe unique, favorisant prédation et gaspillage.

Reo

Blogapart-11

La compétition comme principe de répartition (2)

 Si les bilans doivent être équilibrés (ou tout au moins apparaître tels pour assurer la confiance des investisseurs), la somme mondiale de tous ces bilans devrait tendre à l'équilibre et par conséquent, plus grands les profits, plus lourdes les pertes.
 L'exigence du profit s'imposant à toutes les personnes morales et celle du revenu à toutes les personnes physiques, on comprend qu'il y ait compétition sévère entre ces deux "espèces" et entre les individus qui les composent, chaque créneau du marché étant en quelque sorte une niche écologique âprement disputée.

 Toutefois ce cliché de la compétition pour la vie ne rend pas compte des multiples situations existant (jusqu'à présent) dans la nature, où l'élimination réciproque des espèces et des individus est loin d'être systématique et fait souvent place à des processus plus conviviaux dont on ne s'est peut-être pas suffisamment inspiré...
 A la vérité, la compétition n'a pas que des aspects négatifs, par exemple lorsqu'elle est appelée au service de la coopération, ou lorsqu'elle nous invite à nous épanouir dans une activité culturelle, artistique ou sportive.

 Revenant sur l'aspect négatif, c'est surtout le fait qu'elle soit imposée systématiquement, au particulier comme à l'entreprise, à l'entrepreneur comme au salarié, avec des retombées préjudiciables pour les individus et désagréables, voire préoccupantes, pour le climat social.
 Pesanteur historique, sans doute, mais vérité éternelle,... l'exigence est contestable, sans quoi la politique capitule et l'espèce humaine avec elle.

Reo

Blogapart-10

16/02/2009

La compétition comme principe de répartition (1)

 La société humaine, entre autres originalités, s'est donné, pour améliorer la gestion des rapports entre individus, la notion de droit, qui lui a permis de mettre en place une multitude d'institutions pour éviter de régler les conflits par la (seule) violence, du genre "Le loup et l'agneau" (1).
 Dans certains cas, cela a pu aboutir à légaliser (voire à légitimer) des situations de fait, du type "La génisse, la chèvre et la brebis, en société avec le lion" (2), d'où l'expression de "clause léonine".

 Le droit établit, à côté des individus, désignés comme "personnes physiques", l'existence de "personnes morales", publiques ou privées, pour mieux définir les rapports entre différentes sociétés ou collectivités.
  La plupart de ces personnes morales jouissent du droit de propriété et possèdent donc un capital. Les richesses produites par les individus _ et leur contrepartie en valeur financière _ se trouvent donc partagées entre personnes physiques et personnes morales. Sauf inflation, la part des premières se trouve globalement amputée au profit des secondes. Compte tenu de la prudence, bien légitime, des investisseurs, on peut douter que le débit des échanges se situe à la même échelle que les réserves (probablement légitimes, elles aussi), détenues par l'ensemble de ces personnes morales. Mais c'est ce débit qui alimente le marché, ouvert à toutes les personnes (en principe).

 Malthus qui s'inquiétait de la poussée démographique, n'avait sans doute pas prévu la prolifération de propriétaires qui n'ont pas de besoins physiques, mais se trouvent de fait accaparer la plus grande partie des moyens nécessaires à la jouissance de ceux qui ont ces besoins physiques.

(1) La Fontaine, Fables, Livre I, fable 10
(2) ibidem, Livre I, fable 6

Reo

Schéma (2)

Agresser, étymologiquement, c’est «avancer vers» : l’agressivité animale n’est, en fait, rien d’autre que l’esprit de découverte, de conquête, orienté, il est vrai, par la recherche de ressources alimentaires _ qui peuvent être des proies vivantes.
 Que l’on retrouve chez l’humain qui, curieusement, n’en retient que cette dernière image, en réservant le terme d’agression à la violence exercée sur personnes (cf Blogapart-1). C’est le mirage de la ligne droite, considérée comme le chemin le plus facile, parce que le plus court _ même s’il est semé d’embûches _ pour parvenir à ses fins....

 Cela, à première vue, peut interroger, quand nous savons, grâce à la faculté d’anticiper que nous permet notre mémoire, disposer de moyens d’évitement souvent plus économiques pour atteindre nos objectifs.
 Mais de ce fait, notre cerveau possède l’intelligence, qui ouvre aussi la voie à l’utilisation de moyens qui, non seulement, nous dispensent de puiser dans nos réserves, mais nous procurent une puissance infiniment supérieure à nos ressources musculaires ou mentales.

 Ce qui explique que, dans notre impatience du présent ou notre crainte du lendemain, nous soyons le plus souvent tentés de faire fi des pertes et des risques encourus.

 D’où ce déséquilibre persistant entre un désir d’organisation et une volonté de domination, au profit de cette dernière, privilégiant le développement au détriment de la cohésion, et trop souvent, l’agression plutôt que la concertation.

Reo

Blogapart-9

Urgences et priorités

 Les besoins humains, on le sait, sont hiérarchisés d'après la nécessité plus ou moins impérieuse de les satisfaire, selon leur nature et les délais imposés par les circonstances.
 L'adaptation des individus consiste à s'organiser pour répondre à tous ces besoins, tout en se donnant le maximum de liberté pour profiter de la vie et faire face aux imprévus.
Cela les amène, l'expérience les guidant, à se donner une stratégie jalonnée d'objectifs adéquats.
Pour demeurer opérante, celle-ci doit être actualisée par des changements ou des permutations d'objectifs, définissant au cours du temps de nouvelles priorités.

 Ce schéma s'applique aussi aux groupes humains. En effet, vu les avantages avérés de l'organisation sociale, les stratégies individuelles se trouvent désormais intégrées dans le canevas de la société.
Parmi ces avantages, chacun d'entre nous se voit proposés des "kits" de comportements, ce qui nous épargne le souci de leur élaboration quotidienne. Pour nous ménager une plus grande autonomie, la collectivité prend donc en charge des contraintes qui nous seraient insupportables.
Ce faisant, en nous transférant de la souplesse, elle acquiert en contrepartie une certaine rigidité.

 Chaque groupe, institutionnel ou non, est tributaire de ce processus, avec des stratégies d'ensemble qui, loin de se confondre avec les stratégies individuelles, peuvent, le cas échéant, venir à s'en écarter au point de les ignorer et ainsi de compromettre la satisfaction de besoins parfois essentiels.

  Un conflit de priorités qui peut, s'il n'est pas analysé et traité, déboucher sur des urgences.

Reo

Schéma (1)

 Ce que, dans «Blogapart», j’appelle agressivité, n’est autre que l’énergie dont doit disposer tout être vivant pour maintenir son développement.

 Parmi les multiples facteurs susceptibles de le pousser à l’investir dans une agression non motivée par la faim, il existe une condition de base : l’impression d’être l’objet d’une menace pour sa vie ou son autonomie.  S’il est difficile, sans cette sensation de danger, de concevoir un passage à l’acte, il est compréhensible en revanche que sa persistance puisse, passé un certain seuil, s’avérer déterminante.

 Justement, que se passe-t-il avant que ce seuil ne soit atteint ? Qu’est-ce qui fait que, tel l’animal en alerte, nous suspendions notre décision d’attaquer _ ou de riposter ?
 D’abord en réalisant que la menace n’est pas immédiate et n’a pas déclenché d’acte réflexe.
Vient ensuite l’examen de son existence réelle et, si elle se confirme, son évaluation. Enfin la recherche des moyens de s’y soustraire et, le cas échéant, d’en éliminer l’origine.
 Toutes ces opérations, y compris mentales, requièrent d’investir une part de notre énergie vitale, éventuellement susceptible de nous faire défaut dans la poursuite de nos projets.

 C’est là qu’intervient le stress lorsque, à tort ou à raison, nous avons le sentiment que cette dépense, en débouchant sur une crise que nous ne serions plus en mesure de résoudre, serait effectivement préjudiciable à notre équilibre.
 D’où les différentes options qui peuvent se présenter avant d’en arriver là :
 1- une analyse préalable qui permette d’établir l’absence de toute menace; en cas d’erreur, c’est un déni de réalité, qui peut amener, en fonction de l’importance et de la durée de la crise, à l’automutilation de la personnalité, par régression à un état de dépendance, voire à l’autodestruction pure et simple;

 2- les mêmes effets, si la menace est reconnue, peuvent découler d’un défaut d’évaluation, lequel peut aussi bien induire un comportement agressif;

 3- même si une menace effective est correctement évaluée, la probabilité d’une agression préventive n’est pas à exclure, si l’on en vient à considérer que la dépense d’énergie pour l’éviter serait prohibitive.

 L’espèce humaine n’est ni plus ni moins agressive que toute autre; demandons-nous plutôt pourquoi sa propension au recours à l’agression ne semble pas être enrayée par la richesse des options que lui propose son cerveau, admis comme le plus performant de la biosphère.

 

Reo

Blogapart-8

20/11/2008
Objectifs et besoins 

 Nous avons tous des objectifs, comme nous éprouvons tous des besoins.

 Il peut y avoir des besoins sans objectifs, parce qu'on pense pouvoir les ignorer, ou simplement parce que nous n'avons pas conscience, à un moment donné, ou pendant une période longue, de leur existence; dans cas, c'est qu'ils se trouvent satisfaits sans que nous ayons à intervenir.

 Il n'existe pas d'objectifs sans besoins. La fixation d'un objectif demande la présence d'une motivation. Cette dernière est la prise de conscience de l'existence d'un besoin, qu'on ait ou non identifié ce besoin ou ce qui le relie à l'objectif retenu comme valant d'être poursuivi.
 Cependant on peut soutenir de bonne foi, lorsqu'on n'a pas été en situation d'effectuer cette identification, que cet objectif qu'on veut poursuivre constitue par lui-même un besoin, et n'est sous-tendu par aucun autre besoin ou objectif.

 A titre d'exemple limite, un acte d'agression, c'est-à-dire un acte de violence sur des personnes ou des objets pris comme cibles, peut être revendiqué comme un besoin, lorsque la nature de la motivation est ignorée ou rejetée.

 Plus prosaïquement, un revenu, en nature ou en espèces, est assimilé à un besoin, alors qu'il s'agit d'un objectif destiné à assurer la satisfaction de besoins.


 Peut-on alors faire vraiment la différence ?
 

Reo

Blogapart-7

6/11/2008
Blog

 A lire ces posts, je me dis que c'est simpliste, naïf, ou alors compliqué, prétentieux...
Pourtant, je persiste en me disant que j'essaie d'aller au fond des choses, avec mes moyens, sur des thèmes qui me tiennent à coeur, et qu'ils peuvent bien en intéresser d'autres, s'ils parviennent à passer sur un style parfois condescendant, donneur de leçons.

 Justement, c'est aussi sur cet équilibre à trouver entre le trop direct et l'excès de précaution dans nos rapports humains et politiques que porte ma recherche dans ce blog, et c'est pourquoi, après avoir suivi un fil dans plusieurs messages, je le laisse provisoirement de côté pour en saisir un autre avant d'y revenir, pensant que ce sera sans doute moins compliqué pour démêler notre intrigue...

8/11/2008
Récapitulation

L'évolution incessante du monde exige des efforts soutenus d'adaptation. Celle-ci consiste en une judicieuse répartition de notre capital d'énergie entre agressivité (le moteur) et intelligence (le pilotage). Cela s'applique aussi bien aux communautés de toute nature qu'aux individus.

 Tout comme pour une personne, des moments peuvent se présenter où l'accumulation de conflits non résolus conduise un groupe, ou même la société dans son ensemble, à recourir à des alternatives radicales sans avoir le recul, la patience ou la lucidité pour analyser l'ensemble des options possibles.

 C'est dans ce type de circonstances qu'il devient indispensable d'investir le maximum d'énergie dans la recherche et l'examen de solutions évitant la régression vers des situations répétitives d'échec. Pour une personne, cette introspection éventuellement assistée amène généralement, si elle est conduite avec détermination et méthode, à une remise en perspective de l'ensemble de ses orientations de vie, pouvant aboutir, selon le cas, à des inflexions importantes ou à quelques rééquilibrages. Serait-ce si différent concernant la société humaine ?


 La difficulté principale à surmonter est l'attitude de déni qui peut intervenir suite à la perte de repères liée à la répétition des insuccès.
 L'objectif primordial est bien la récupération des capacités de contrôle, pour y voir plus clair et recouvrer ainsi la liberté de ses choix.

Reo

Blogapart-6

30/10/2008

Légitimité

  Qu'est ce qui légitime la souveraineté nationale ?
 D'abord l'identité nationale d'un peuple, fondée sur son histoire, sa culture, sur son vécu jour après jour.
 Et puis, sa reconnaissance de l'autorité exclusive conférée à l'Etat par libre consentement, pour gérer les questions définies par la Constitution comme étant de son ressort.
 Il en résulte que la souveraineté nationale ne peut qu'être atteinte par toute immixtion dans l'identité commune à laquelle chacun se rattache.

 Cependant, toute autorité ne relève pas nécessairement de la souveraineté nationale, en particulier lorsque le contrat constitutionnel n'en fait pas obligation.
 D'autre part, des questions essentielles impliquant la responsabilité et requérant les compétences de plusieurs Etats appellent, mieux qu'à un partage d'autorité, toujours malaisé, rarement efficace, à la mise en oeuvre d'une institution non nationale pouvant exercer, pour traiter spécifiquement ces questions, une autorité incontestable et incontestée, qu'on peut donc qualifier de "supranationale".

 Sur quoi reposer la légitimité d'une telle autorité ?
Sur un contrat spécifique constituant la gouvernance que lui délègue(ro)nt les nationaux des Etats concernés; cela établit la reconnaissance de cette autorité et le consentement à son exercice.

 
Si les responsabilités et/ou les compétences sont mondiales, une gouvernance mondiale peut s'avérer parfaitement légitime, sans entacher aucune souveraineté nationale, dans la mesure où cette dernière reconnaît que l'importance prise par le(s) problème(s) à traiter le(s) place désormais (si ce n'est déjà le cas) hors de son propre champ constitutionnel.

 

Reo

Blogapart-5

29/10/2008
Souveraineté

 Un gouvernement supranational, quelle que soit sa forme, cela peut déranger en ce qu'il impose des décisions, des directives, à notre État, librement constitué par tous les citoyens de la Nation.
 Et en effet, tout ce qui est prescrit unilatéralement, à l'opposé de ce qui est souhaité et consenti, tout ce qui émane d'une culture non partagée, est légitimement ressenti comme une atteinte à la souveraineté nationale, c'est-à-dire à la dignité de tous les citoyens.

 A l'issue de la dernière guerre mondiale, où la France, l'Allemagne et d'autres pays ont connu successivement, entre autres misères, l'humiliation de l'occupation par les armes, cette épreuve nous a conduits, les uns et les autres, à rechercher des moyens d'en éviter à jamais le retour.
Conscients dès lors que la solution ne pouvait être ni l'affrontement, ni la capitulation, ni la "paix armée", il ne restait plus aux voisins qu'à dialoguer et tenter de construire ensemble, de rapprocher les cultures pour en découvrir une nouvelle.

 Demi-succès, demi-échec ? L'Union Européenne est le témoin de cette tentative avec ses réussites et ses cafouillages. Même si on peut se féliciter d'avoir franchi cette importante étape de civilisation en enterrant le mythe de "l'ennemi héréditaire", il en reste une impression d'inachevé, comme si on n'arrivait à mettre en commun que nos mauvaises habitudes, oubliant ce que cette construction inédite pouvait apporter à chacun.
 D'où le sentiment pour nombre d'Européens d'avoir perdu de la souveraineté nationale, sans commune mesure pourtant, avec le traumatisme d'une culture étrangère introduite par effraction. Mais reste cette impression bien réelle de subir en permanence de la part d'une institution extérieure à l’État une pression injustifiée.


 Et c'est, malgré l'avancée, cette insatisfaction qui risque de disqualifier toute autre entreprise de gouvernance supranationale.

Reo

Blogapart-4

28/10/2008
Coordination

 La plupart des menaces sur le monde ne concernent pas seulement un Etat, mais plusieurs ou même tous.
 C'est pourquoi il est nécessaire de créer des "cellules de crise" transnationales pour gérer des situations délicates et complexes. Mais cette complexité même exige une coordination au plus haut niveau, qu'on peut qualifier de "gouvernance mondiale".

 En effet, l'ensemble des mesures adoptées pour améliorer la situation globale de la planète, pour être efficace, ne doit comprendre que des actions propres à résoudre les problèmes dans un ou plusieurs secteurs (ressources, finance, environnement, terrorisme, etc.) sans compromettre la recherche des solutions dans les autres secteurs.
Afin d'être bien coordonnées ces mesures doivent donc être intégrées dans une politique générale qui s'adresse simultanément à l'ensemble des activités.

 C'est ce qu'on attend généralement d'un gouvernement, mais qui est souvent loin d'être réalisé à l'échelon national, en raison de l'interactivité avec les autres Etats. Cette interactivité (phénomène d'ailleurs amplifié par la mondialisation des échanges) est de nature à gêner tous les gouvernements dans l'harmonisation de leur propre politique, lorsque le besoin s'en fait sentir.

 
Alors, cette gouvernance mondiale, tour de contrôle ou cabine de pilotage ? Les deux associées, probablement.

Reo

Blogapart-3

27/10/2008
Gouvernance mondiale

 Il est vrai que la situation actuelle se prête assez à se poser des questions de fond sur l'avenir de l'humanité et à chercher des réponses radicales.
 De plus, si certaines menaces se précisent (sur les ressources, le climat, la géopolitique, et maintenant l'économie), c'est là surtout que des réponses radicales pourraient trouver leur place. Dans un tel contexte, il est logique et salutaire de rechercher des réponses d'ensemble, pour anticiper si possible.

 C'est en cela, (et seulement en cela, pour l'instant), qu'il faut définir l'exercice d'une gouvernance mondiale.
 Mais cela ne se pourra se faire qu'en tout pragmatisme. On ne peut pas vraiment concevoir de se couper de tout milieu naturel, pas plus imaginer de renoncer à notre trajectoire de progrès scientifique et technologique, qui est de notre culture.
 Et en cas d'exigence de changements importants dans nos comportements économiques, donc vraisemblablement au plus profond de certaines de nos habitudes, il faut du temps, même si on n'en avait pas beaucoup : une indispensable période de transition.

27/10/2008
Menaces

 Une gouvernance mondiale, encore très controversée, voire ignorée ou même rejetée, ne peut se fonder aujourd'hui que sur l'existence reconnue de menaces pour la sécurité mondiale. Par exemple...
 
Menaces globales, précises :
la crise économique, d'origine financière;
la perturbation du climat par les gaz à effet de serre...
 
Menaces diffuses, mal cernées :
le terrorisme;
la dégradation de la biodiversité...
 
Menaces locales :
susceptibles de dégénérer, comme la situation au Moyen-Orient, etc.


 Liste évidemment non exhaustive.

 

Reo

Améliorer

 Une opinion largement répandue est que nous ne pouvons pas améliorer la société, pour la bonne raison que l’idée d’une société parfaite est utopique ; et d’ailleurs, qu’est-ce que c’est, «améliorer» la société ? Au nom de quels principes, de quelle morale ?

 Il reste que personne ne peut se sentir vraiment à l’aise dans un climat de tensions journalières, et que, au fil des années, cela n’est «pas une vie». Sans doute n’est-ce pas partout le cas, mais l’actualité ne nous fournit guère d’espérances de relâchement au plan général.
Tout au contraire, des motifs d’inquiétude se font jour et se précisent, non pas quant à l’avenir de la planète, mais plutôt pour le nôtre, dans le sens où nous lui procurons de plus en plus d’occasions de se débarrasser des hôtes encombrants, limite malveillants, que nous sommes devenus. Et que du même coup nos espoirs d’adaptation risquent de se trouver radicalement contrariés si nous persistons à ne pas prendre au sérieux cette situation.
 Alors il n’est question ni de perfection, ni de «morale», mais de stratégie, laquelle ne peut se passer ni de déterminer des objectifs, ni de définir une éthique adéquate à leur poursuite.

 Mais quels objectifs, et quelle éthique ?

Reo

Blogapart-2

23/10/2008
Adaptation

 Guerres et crises socio-économiques sont des conflits résultant d'un défaut d'adaptation aux difficultés rencontrées.
 L'absence de solution à terme entraîne l'affrontement ou le renoncement (le combat ou le repli) et mène à la régression dans tous les secteurs.
 Pour la société humaine comme pour l'espèce elle-même, si le moteur de l'évolution est l'esprit de conquête -l'agressivité-, son itinéraire s'appelle le développement -l'adaptation avec le milieu- et c'est à l'intelligence -la gouvernance- que revient la charge du pilotage.

 Ce n'est donc pas tant, à mon avis, à la (bonne) agressivité, comme caractéristique générale des espèces vivantes, ou à un excès d'agressivité chez les individus en particulier, qu'il faut attribuer les à-coups de l'Histoire passée ou contemporaine, qu'aux imperfections, souvent récurrentes, mais pas fatalement, de la coordination entre ce besoin de développement et les moyens de le réaliser, qui nécessite une recherche incessante d'organisation pour anticiper sur les obstacles.

 

24/10/2008
Et maintenant ? 

 Comment peut-on envisager le développement de l'Homme comme espèce (ou genre) et comme acteur du monde physique ?
 Après l'apparition de la vie sur la planète et la colonisation de celle-ci par un monde vivant, l'être humain en fait rapidement la conquête et recrée un environnement à sa discrétion. Il y a là une alternative :
 - consommer la rupture entre l'avant- et l'après-Homo, instigateur d'une ère nouvelle,
 - remodeler le globe tout en rétablissant et en approfondissant l'harmonie du monde vivant, dans lequel, et à partir duquel il assoit désormais son développement.
 Les deux options restent-elles ou non d'actualité ?

25/10/2008
Les deux options de développement

 Rappelons-les :
 Dans l’une, nous substituons aux productions spontanées du monde vivant des produits plus efficaces, plus adaptés à nos besoins tels que nous les ressentons ou les concevons. C’est un objectif de rupture avec les origines.
 Dans l’autre, nous nous insérons –ou nous nous réinsérons- dans l’ensemble des écosystèmes, quitte à nous adapter aux rythmes qui en conditionnent la pérennité. C’est un objectif de retour aux sources.
 Mais les choses sont-elles aussi simples ?

Reo

Le jour d'après

C’est le jour à partir duquel, ayant épuisé depuis la veille les ressources annuelles disponibles, nous sommes obligés, nous les humains, d’entamer les réserves planétaires. Il est question d’une habitude prise dans les années 70, avec une date qui s’est éloignée au fil du temps du 31 décembre, d’où un crédit de 151 jours pour l’année 2017. Cela donnerait donc, sur 40 ans, avec une progression constante, environ 3000 jours de crédit cumulé, soit à peu près 9 années de renouvellement.

Vu l’ancienneté de l’information, il s’agit d’un fait avéré. Et, compte tenu de son importance, un problème qui concerne l’ensemble des habitants du globe, car cela implique des actions de préservation et, vraisemblablement, de restriction dans nombre d’activités. D’où quelques conseils rituellement dispensés par les médias aux consommateurs et usagers de services.

Cependant, il est permis de s’interroger sur le possible épuisement des réserves, selon les ressources : de combien seraient-elles entamées, et à combien d’années cela correspond-il ?
Il va de soi que cette question n’est pas essentiellement destinée à connaître la durée pendant laquelle on pourrait continuer à s’en désintéresser, mais plus sérieusement à élaborer un programme mondial cohérent pour remédier durablement à une situation ainsi compromise.

D’ores et déjà, il a été révélé qu’une bonne moitié de toutes les espèces d’animaux vertébrés avait disparu depuis le début du siècle dernier, ce qui signifie que nous sommes capables d’évaluer le niveau de certaines réserves, donc le temps d’action qui nous serait imparti pour redresser la situation.
Mais cela ne suffit pas. On ne peut pas se contenter de dire aux gens : faites ceci, ne faites pas cela, car en général les économies préconisées se situent radicalement à l’encontre des politiques de consommation convenues et pratiquées, pour soutenir croissance et compétitivité.
Donc la nécessité d’un programme mondial est impérative, pour d’une part, déterminer la pertinence des gestes de préservation à réaliser, d’autre part infléchir la politique générale en fonction de ces gestes à faire.

Et pour ça, il faut une information exhaustive pour tous. La panique, c’est quand on ne sait pas à quoi s’en tenir.

 

Reo

Blogapart-1

 J’ai commencé à bloguer dans un forum voilà bientôt dix ans, sous le titre «Blogapart».
Le thème n’a pas changé : une critique de l’évolution de l’organisation de l’humanité dans son ensemble et sur les diagnostics couramment posés sur ses travers, plutôt que sur ses dérives. Ci-dessous les trois premiers billets et la suite par éditions les samedis.
 Bonne lecture !

20/10/2008
Agresser


Larousse :
 agresser : attaquer

 attaquer : agresser, assaillir
 assaillir : attaquer, se jeter sur, donner des coups...

L'agressivité est chose courante dans les faits et les conversations. Mais qu'entend-on par là ?
A lire les définitions du dictionnaire, on peut y voir l'aptitude à - ou le besoin de - s'affirmer en recourant à la force, à la violence.

On entend parfois aussi parler d'agressivité "dans le bon sens" (du terme). En quoi y aurait-il matière à interprétation ?
 

 Le mot latin "aggredi" se traduit par "attaquer". C'est un composé de la racine -gred- (avancer, marcher) et du préfixe ad- (vers). Il y a là une précision, car la cible représentée par "ad-" est soit l'objectif, soit un obstacle, par définition interposé entre "l'agresseur" (celui qui va vers) et ce (ou celui-celle) qu'il se donne pour objectif....Dans cette étymologie, on n'est pas encore entré "dans le vif du sujet", puisqu'on comprend dorénavant une agression comme un affrontement direct engagé unilatéralement. Depuis bien longtemps, l'agression n'est plus qu'un épisode brutal, sans les intentions que recèle le préfixe, dont il ne reste en français que la lettre a. A mon avis, on a donc perdu de la signification.


20/10/2008

Agressivité

 Si on s'en tient à l'origine du concept désigné par le verbe "agresser", être agressif, c'est chercher à atteindre son but en prenant pour cible l'objectif propre à satisfaire cette recherche, et par voie  de conséquence tout ce qui est susceptible de l'entraver.
 Sans vouloir "chercher la petite bête", cette définition autorise des développements que l'interprétation actuelle laisse de côté, et nous laisse espérer qu'existe effectivement ce "bon sens du terme" auquel j'ai fait allusion ci-dessus. Mais naturellement, comme la ligne droite en géométrie, force ou violence est le chemin le plus court pour faire aboutir sa quête. Quoique,... depuis Einstein, on reconnaisse que même la lumière doit s'écarter (un peu) pour frayer son chemin dans l'"éther"!

21/10/2008
Agressifs de nature

 Vu l'évolution des mots, alors posons-nous la question : l'agressivité implique-t-elle le recours systématique à l'agression ?
 Oui, lorsqu'on parle d'un individu agressif, c'est qu'on le croit capable à tout moment de s'en prendre, physiquement ou verbalement, à qui, selon lui, le provoque.
 Non, si l'on considère que l'agressivité est une propriété basique de l'espèce humaine comme de tout être vivant. Dans ce cas, plutôt que d'une tendance naturelle à se quereller, j'y vois la volonté de conquérir pour se réaliser, en affrontant l'obstacle, que ce soit par la force, le contournement, ou... l'adaptation à la situation responsable du blocage, qui consiste à effacer l'obstacle sans en éliminer l'origine.

Cette dernière option présente l'avantage de préserver les possibilités de choix qui auraient pu être éliminées ou ignorées dans l'alternative de base : combat ou repli. C'est vrai qu'elle ne peut pas être retenue à tout coup, vrai aussi qu'on passe quelquefois à côté.
Cette faculté de développement existe dans la matière vivante sous ces différentes formes : pensons aux champignons, aux racines, aux virus...
 Ceci pour dire, bien sûr que l'agressivité, tout indispensable qu'elle soit, ne fait rien toute seule : elle a une coéquipière de choix que, sous sa forme humaine, on a coutume d'appeler l'intelligence.

Reo

 La décision unilatérale du Président Trump souligne l’actuelle incapacité de l’humanité à se prendre en charge pour affronter des problèmes communs vitaux, tels ceux que posent les répercussions des activités humaines sur le climat.

 Outre celles concernant la perturbation du climat, les diverses tentatives de conciliation et/ou de coopération internationales amorcées, quelquefois engagées, pour la résolution de problèmes communs, récurrents ou persistants depuis des décennies _ embrasements géopolitiques, drames humanitaires, pollutions marines répétées, crise(s) financière(s)… _ n’ont livré jusqu’à présent aucune véritable perspective de solution, les intérêts à court terme des parties représentées dans les enceintes de discussion demeurant _ de façon tacite et reconductible _ privilégiés par rapport à leurs intérêts à long terme, tant respectifs que partagés avec l’ensemble des parties concernées.


 Cette décision annoncée du président américain fait voir, en même temps, que la souveraineté d’un État, fût-ce le plus puissant de la planète, pourrait annihiler la souveraineté de l’ensemble des citoyens du monde, hors celle _ en l'occurrence illusoire autant qu’éphémère _ de ceux que représente la majorité qui dirige les États-Unis.
 S’il y a conflit de souveraineté, c’est que ce concept n’est pas un absolu, ou du moins ne l’est plus, au regard de l’interdépendance de tous les pays du monde entraînée par l’extrême complexité des réseaux de relations logistiques et diplomatiques qui existent entre eux.

 

 On voit bien qu’aujourd’hui les Etats apparaissent désarmés devant l’imbrication croissante de leurs responsabilités, qui les dessaisit de plus en plus brutalement de leurs prérogatives.
Une telle situation, faute d’être aménagée, remet en question, au-delà de leurs développements respectifs, celui de leur mandant et fondateur, la personne humaine.
 
 D’où la nécessité d’instituer une autorité supranationale dédiée à la gestion de ces problèmes généraux, qui tirerait sa légitimité d’une prise de conscience mondiale de cette interdépendance de tous les citoyens, où qu’ils vivent : les protestations unanimes à la décision de Donald Trump montrent que cette prise de conscience est en train de se réaliser.

 

Reo

Richesses

  S’adapter pour un être vivant, c’est d’abord acquérir et entretenir son aptitude à se nourrir et à assimiler _ c’est-à-dire transformer ses aliments en énergie pour se construire et se dépenser.

 

De même pour toute personne, toute collectivité humaine, à propos desquelles on emploie couramment le terme de «richesses». 
Cela passe donc par la quête de ressources.

Ce sont tous les biens matériels _ objets manufacturés ou ressources naturelles _ susceptibles, sans délai ou à terme, directement ou par voie médiate, de procurer des jouissances, de satisfaire des besoins et, de ce fait, convertibles en propriétés individuelles ou collectives.
 Peuvent être rattachés à cette vaste catégorie tous les articles propres à en faciliter l’acquisition ou la confection : outils, armes, monnaie, etc. Au-delà des outils proprement dits _ machines ou prothèses _ les moyens fournis par la vie elle-même : ressources humaines et animales, leurs énergies et leurs savoir-faire.
 Il s’ensuit que les richesses sont définies :
 - soit par leur pouvoir de satisfaire immédiatement à une exigence de jouissance,
 - soit, le plus souvent, par leur utilisation pour réaliser des prestations reconnues (ou estimées) adéquates à la satisfaction d’un certain nombre de besoins répertoriés (sinon identifiés).
Avec comme objectif subsidiaire d’écarter tout stress _ objectif atteint si le résultat recherché est réellement obtenu.

 Aussi toute modification importante de stratégies dans la satisfaction des besoins sera-t-elle susceptible d’amener, par la révision des objectifs poursuivis, au niveau collectif comme à l’échelon individuel, à reclassifier _ éventuellement, à redéfinir _ ce que l’on entend par «richesses».
 Ces stratégies, pour fonctionner dans notre société, sont connectées entre elles par l’échange, base de notre économie, fondé sur deux éléments :
 - la prestation d’un service, qui offre une réponse, voulue et/ou revendiquée comme appropriée, à l’exigence de satisfaire la plupart des besoins, quelles qu’en soient la nature et l’origine;
 - la jouissance d’un revenu, qui rémunère le prestataire de services et constitue pour celui-ci le moyen d’accès quasi-universel à toute la gamme de prestations proposées sur le marché.
En effet, sauf dans quelques communautés traditionnelles, de plus en plus rares et réduites, l’échange a presque totalement supplanté l’accès direct de l’individu et de sa famille à la consommation par le moyen exclusif de leur propre travail, y compris pour satisfaire à leurs besoins vitaux (d’où l’on considère le revenu comme un besoin, en tant qu’objectif incontournable).

 Cependant les richesses d’un ménage, d’une entreprise, leur donnent la faculté, via l’échange, d’assurer au mieux leur autonomie :
 - pour le ménage, par la satisfaction de l’ensemble de ses besoins, pour vivre et préparer l’avenir des enfants : ce qui nécessite de bénéficier de différents services (ou articles), donc d’en rémunérer les prestataires _ sous réserve de jouir d’un revenu suffisant pour couvrir ces dépenses;
 - pour l’entreprise, par la consolidation de sa pérennité en droit : ce qui exige qu’elle réalise des bénéfices, lesquels ne peuvent être obtenus qu’à condition qu’elle puisse vendre des services (ou des articles) en quantité suffisante _ et suffisamment rémunérés _ pour demeurer compétitive.

 Les deux termes de l’échange revenu/service sont complémentaires :
 - le revenu, dans la mesure où sa valeur, déterminée en espèces monétaires, est purement quantitative _ donc susceptible d’être comparée et ajustée sur une base objective _ revêt un caractère universel, entériné dans la pratique ; la diversité des services offerts, à laquelle seul il permet ainsi d’accéder, est d’autant plus étendue que son niveau est plus élevé ; les possibilités de choix qui en découlent constituent un élément capital de garantie d’autonomie ;
 - le service, jaugé selon le type d’exigences, est spécifique par nature; aussi son évaluation ne peut-elle être quantifiée en termes entièrement objectifs ; c’est lui qui répond _ sous réserve de disponibilité et d’accessibilité_ au besoin exprimé ; à noter que cette réserve ne devrait pas s’appliquer aux besoins de base, notamment biologiques (qui réclament _ objectivement et quantitativement _ des réponses sous forme de services) sous peine de nuire à l'équilibre des personnes et de la société _  en tant que fondement de leur développement et comme finalité primale de toute organisation.
 
L’échange est la conséquence directe de la distribution des rôles qu’exige la diversité des services proposés aux personnes, physiques et morales.
Sa généralisation permet à la société _ à l’instar d’un organisme vivant _ d’accéder, en principe, à un équilibre
 - «diététique», grâce à des apports «nutritifs» en quantité (repérable par le volume des revenus) comme en qualité (appréciable par l’efficacité des services).
 - «métabolique», par une «assimilation» correcte de ces «nutriments», afin de maintenir l’intégrité de toutes ses fonctions…ce qu’il faut là où il faut, sans manque ni abus.

 
Mais il se trouve actuellement que cet équilibre n’est pas atteint, car :
 - la disponibilité de beaucoup de services courants demeure insuffisante, l’offre ne pouvant en être suffisamment rémunérée,
 - l’accessibilité de beaucoup de services également nécessaires reste difficile à assurer en raison de leur coût, d’où l’insatisfaction de la demande,
 - une pléthore de propositions de prestations débouche sur la disqualification des produits (prix trop élevés, concurrence trop forte) et les pertes financières qui en résultent.
 Ainsi s’expliquent les inégalités et les gaspillages de ressources de la société mondiale d’aujourd’hui.

Reo

Incohérence

Pour apprécier le niveau de développement d’un pays, d’une région, trois types de situations peuvent être observées :

 1 - Les moyens d’un pays ne suffisent pas à assurer protection et ressources vitales à l’ensemble de la population : il n’est pas surprenant d’y constater des inégalités.
 2 - Le potentiel technique est suffisant pour atteindre ces objectifs basiques, mais il y subsiste en la matière d’importantes disparités : vraisemblablement, une partie de la population a pu s’organiser pour bénéficier, au détriment des autres citoyens, d’un confort incomparable en abondance comme en qualité.
 3 - Si, de plus, à l’échelle de la planète :
a) Les situations 1 et 2 perdurent,
b) Une grande partie de la population se trouve au chômage,
c) Il y a pléthore de produits obsolescents (ou non consommés) et de ressources dilapidées,
d) Il existe, en même temps, une prolifération planétaire de diverses nuisances,
il est difficile de s’en tenir à cette simple hypothèse du point 2 pour expliquer la persistance et l’extension des conflits sociaux et géopolitiques.

 Comment imaginer, en effet, tout en reconnaissant l’animosité que peuvent se manifester entre elles différentes catégories ou communautés, qu’un tel désordre ait pu être concerté à cette échelle et durablement mis en œuvre à travers le monde, à seule fin de maintenir certaines d’entre elles dans la pauvreté, le dénuement ?
 Comment comprendre, surtout, la coexistence
 d’avancées exceptionnelles dans les techniques et certaines formes d’organisation
 avec une perte manifeste des fondamentaux de la société, la menaçant de régression ?
Clairement, la maîtrise du développement mondial échappe à tous les intervenants, les plus puissants y compris.


Ce qu’on peut observer, c’est un glissement progressif de schéma de la société mondiale :
- d’un modèle de souveraineté des États et d’autonomie des ménages et des entreprises
- vers un modèle de dépendances mutuelles _ souvent de dépendances tout court _ entre les un(e)s et les autres.
En effet :
- d’une part, la notion d’États souverains est fortement battue en brèche, au point que leur indépendance _ dans l’Union Européenne, par exemple _ vienne à être de plus en plus mise en question, notamment sur le plan financier,
- d’autre part, se multiplient les mises en œuvre de plans d’assistance, tant pour les entreprises, y compris bancaires, que pour de nombreux ménages, voire des populations entières.
  Rien d’étonnant à ce que se fassent entendre des revendications d’autonomie, voire d’indépendance et que se développent des économies parallèles.

 Quant au marché, sa "bonne santé" s'appuie en principe sur l'abondance et la diversité des investissements engagés et des transactions réalisées, garantes de la fluidité de circulation des biens. Sur le maintien de l'équilibre entre offre et demande.
 Par ailleurs, l'existence de conflits nombreux et répétés est de nature à lui porter atteinte, en fragilisant les entreprises et les collectivités, en dissuadant les investisseurs.

Malheureusement, force est de constater :
1) la réalité des déséquilibres entre offre et demande dans différents secteurs et territoires, essentiellement parce que l'une au moins des deux conditions favorables à cet équilibre n'est pas réalisée :
- la disponibilité suffisante de services basiques _ publics ou non _ pour couvrir la demande correspondante (compte tenu de perspectives de rendement limitées),
- l'accessibilité des demandeurs potentiels à nombre de services ou produits disponibles _ limitée qu'elle est par leur faible solvabilité _ (cette offre se trouve donc pénalisée);

2) l'évolution régulièrement conflictuelle des confrontations sur le terrain :
-
d'une part,
  .entre la logique écologique, celle des exigences biologiques des animaux, des plantes, des êtres humains qui tous en vivent
et la logique économique, celles des exigences éthiques de responsabilité comptable des personnes morales représentant les différents acteurs économiques,
- d'autre part,
 .entre ces mêmes acteurs économiques, la réussite des uns reposant _ selon les critères de la responsabilité comptable _ sur la liquidation des autres, en fonction du rapport des forces, seul autre élément constitutif du marché.

 En soi, il n'y a rien d’anormal à ce qu'apparaissent des conflits entre différentes exigences, particulièrement entre besoins biologiques _ au sens le plus large _ et nécessités économiques. Le fait qu'ils soient de plus en plus fréquents et étendus _ n'est-ce pas ce qu'on observe ? _ tend à démontrer que les arbitrages sont de plus en plus difficiles à réaliser, ce qui signifie que soit les uns, soit les autres, selon les cas de figure, voire les deux, ne peuvent plus être tempérés.

 Si, malgré cela, on postule qu'il n'est pas réalisable _ ou pas souhaitable _ de réviser significativement projets et objectifs, tels qu'ils sont définis et déterminés, il est clair que les acteurs économiques poursuivront leurs périlleuses surenchères....
Sans égards particuliers pour les personnes physiques (leur personnel, celui des fournisseurs ou sous-traitants, voire les "utilisateurs finaux") qu'ils sont censés représenter : en effet, dans une compétition sans limites ni répit, leurs objectifs demeurent prioritairement concentrés
autour des créneaux de rentabilité les plus recherchés.
 Il s’ensuit que les secteurs les moins rentables sont délaissés : services non disponibles, emplois supprimés, revenus, notamment salariaux, comprimés, d'où prestations de base non accessibles pour une part grandissante de la population...ce n'est pas de la fiction. D’où les déséquilibres désormais structurels entre offre et demande.
A part revoir mondialement les objectifs économiques, définis sans concertation préalable, quel autre chemin ?

Nous sommes aujourd’hui prisonniers d’un système dans lequel les moyens et les objectifs sont inversés.
Nous produisons d’abord pour constituer des revenus ; la destination des produits est devenue secondaire devant cette finalité, leur justification résidant essentiellement dans les bénéfices retirés de leur vente et les salaires qu’ils procurent _ le cas échéant….


Cependant la vocation primordiale des entreprises, des établissements publics ou privés, est de fournir des services et des biens consommables pour les personnes dans leur vie quotidienne.
Si cette fonction, l’une des fondatrices de la société, n’est plus assurée, les garanties individuelles deviennent illusoires et les relations sociales se détériorent.

Dans le projet apparemment insurmontable, utopique, de restaurer cette vocation, le plus gros défi n’est-il pas, à l’heure où s’installe la défiance vis-à-vis de la classe politique _ ainsi que de la finance actuelle qui perturbe gravement l’économie réelle _ de retrouver la confiance en nous-mêmes et entre nous ? 

 

Reo

Développement

 Ce terme s’attache à un concept universel : il peut concerner aussi bien la croissance d’un organisme, la construction de la personne, que la mise au point de techniques novatrices, les activités d’une entreprise ou l’émergence d’un pays dans le concert mondial. Bien que toutes les notions de cet ordre puissent être abordées séparément (et le sont effectivement), les activités qu’elles recouvrent sont peu ou prou dépendantes entre elles.
 Aussi, lorsqu’on souhaite définir, ou déterminer, ce que peut être le progrès dans le monde, est-il impossible, à mon avis, d’envisager qu’il ne s’applique qu’à l’organisation sociale, ou inversement, qu’à la promotion de l’individu. Pas possible non plus que ses applications doivent uniquement à des efforts personnels, de même qu’exclusivement à l’action publique.
 C’est ce qui fait la complexité de la tâche à accomplir et sème le doute quant à notre capacité à la mener à bien.

 Que représente le progrès pour le développement _ d’un organisme ou d’une espèce, de la personne ou d’un bassin d’activités ? C’est la perspective d’évoluer vers davantage de choix, ce qui amène plus d’autonomie, plus de cohérence dans les options retenues, et ainsi permet de renforcer la viabilité des projets.
 Par contre, lorsque les choix sont insuffisants, les effets des contraintes ressenties sont amplifiés, fragilisant la cohésion entre les parties prenantes, induisant un stress : s’il s’agit d’un être vivant qui subit des privations ou des traumatismes, ses organes souffrent et certains peuvent céder; si c’est une personne, elle peut «craquer» et tomber en dépression ou agresser ce qui l’entoure; s’il est question de la société d’un pays, des failles apparaissent et se creusent dans la cohésion nationale.

 C’est pourquoi l’appréciation d'un niveau de développement par la seule observation d’avancées sectorielles, même spectaculaires, même objectivement étayées par des chiffres, n’est probablement pas la plus adéquate, si l’on ne prend pas en compte l’équilibre à réaliser, que ce soit pour l’individu (la réussite scolaire ou professionnelle est-elle une fin en soi ?), ou pour des collectivités _ à toutes échelles territoriales _ (la prospérité des grandes entreprises apporte-t-elle à elle seule la sécurité et des conditions de vie décentes _ logement, santé…._ à la population dans son ensemble ?).

 En réalité, autant qu’à la largeur de l’éventail des services offerts et à leur niveau de qualité, c’est aussi à leur disponibilité et à leur accessibilité qu’il faut s’intéresser : les critères à retenir pour en tirer des enseignements étant le degré de satisfaction des citoyens et leur envie de participer à la vie de la cité. Plutôt que de mesurer la quantité de travail fournie, c’est bien son rendement social et sociétal qu’il faut appréhender pour connaître le niveau effectif de développement.

Reo

Résumé

Résumé du contenu des 4 derniers billets :

 «Constat»
 - mentionne un déséquilibre entre une offre mondiale pléthorique de produits et services, des basiques aux plus élaborés, et une demande en retrait, du fait de la rareté relative de la clientèle solvable,
 - attribue cette situation à une absence d’organisation du marché,
 - propose d’en rechercher la cause,
 - évoque l’hypothèse d’une inversion des objectifs et des missions dans la société.

«Déphasage»
 - développe cette hypothèse en faisant état, pour expliquer ce renversement, d’un glissement progressif de l’offre vers les rentabilités maximales.

 «Métamorphose»
 - joint au constat du déséquilibre économique _ et social _ celui d’une extension et d’une aggravation des conflits dégénérant en crises quasi-pérennes,
 - relie cette double constatation à un essor sans précédent dans les techniques de transport et de communication au cours des dernières décennies,
 - observe que de ce fait la maîtrise de gestion politico-économique échappe de plus en plus aux Etats et autres unités territoriales,
 - en tire la conclusion que c’est l’absence d’une fonction de contrôle à l’échelle mondiale qui se trouve à l’origine de l’installation des déséquilibres et des crises.

«Gouvernance»

- propose de revisiter la notion de souveraineté au vu des menaces planétaires, qu’aucun État n’est en mesure de traiter seul avec succès,
- suggère, au vu des immenses possibilités offertes par les techniques de communication, de promouvoir une gestion citoyenne concertée à chaque étage de territorialité.

Reo

lI y a donc aujourd’hui quelque chose qui ne fonctionne pas dans l’échange. Reste à savoir d’où proviennent les déséquilibres et pourquoi ils s’installent. Pour cela, il est nécessaire de découvrir en quoi les différentes stratégies de développement en sont venues à se contrarier.
Essayons de partir d’un exemple pour entreprendre cette analyse.

Pourquoi fabriquer (par exemple) des voitures ?
- pour les utiliser au quotidien : pour se déplacer, pour le travail et/ou les loisirs.
- pour les vendre : pour les revenus (profit, salaires), pour la croissance, pour l’emploi.
Demande et offre, en vue d’une satisfaction mutuelle.

Ce qui est vrai pour les voitures l’est également pour un très grand nombre de produits et de services….
D’une part, les consommateurs, ménages ou collectivités, recherchent un équilibre budgétaire dans la répartition des postes de dépenses :
- plus le niveau de vie est élevé, plus importante pourra être la part réservée aux loisirs, à l’épargne, à l’investissement,
- part devenant au contraire très faible lorsque les revenus sont au plus bas : dans ce cas, les dépenses au poste «voiture», dans la mesure où on ne peut s’en passer sans mettre son emploi en péril, sont réduites à l’indispensable et le délai de renouvellement du véhicule est repoussé au maximum; la part réservée aux besoins de logement, aux charges, à la nourriture et à la santé, devient prépondérante.

D’autre part, en entreprise, on recherche le plus grand profit, dont le facteur capital est le volume des ventes :
- plus on vend d’articles ou de services dans chaque créneau donné, plus on réalise de bénéfices, ceci afin d’assurer la pérennité de l’équilibre économique de la firme, du groupe et des régions d’implantation; et au-delà, son expansion;
- mais dans la mesure où, dans des secteurs de plus en plus nombreux, il s’avère difficile _ en raison de la pression d’offres concurrentes et/ou de l’insuffisance relative de solvabilité de la demande _ de conquérir des parts de marché supplémentaires, il est quasiment impératif d’inciter les acheteurs à adopter des délais de renouvellement de plus en plus courts.

Mais : plus élevé le rythme des achats, plus restreint le nombre de clients, la capacité à suivre la cadence étant conditionnée par la possibilité d’acheter _ par le niveau du pouvoir d’achat.
L’incitation par la publicité va donc cibler en priorité les fractions les plus aisées de la clientèle. Comme, en consommation courante, ces dernières sont déjà pourvues à satiété et que les autres, pourvues ou non, ne renouvelleront leurs achats qu’à un rythme insuffisant pour procurer assez de marge, les autres marchés _ ceux du loisir, de l’accessoire et du prévisionnel _ vont être de plus en plus sollicités, avec une escalade continuelle vers la nouveauté, mais en même temps, toujours au moindre coût, pour éviter la perte de bénéfices et de compétitivité, synonyme de recul.

D’où une tendance persistante à la limitation, voire à la diminution de la masse salariale (licenciements, temps partiels, CDD, moindre rémunération…), avec comme effets, de restreindre encore le potentiel d’achat d’une fraction croissante de la population. Par ailleurs, les services de base, les créneaux de consommation courante, limités par nature en volume solvable (rapporté à la durée d’un exercice), ne sont plus assez rentables pour ce qu’ils coûtent : ils sont donc _ logiquement _ contingentés ou délaissés, et/ou sous-traités à des entreprises moins bien armées, qui dès lors luttent pour leur survie. Il ne reste alors à ces dernières que de réduire encore les coûts, aggravant le chômage et la précarité des emplois, diminuant d’autant la solvabilité de la demande.

Ainsi, l’éventail des prestations offertes se trouve-t-il progressivement écarté des besoins courants _ qui correspondent à une demande globalement limitée en solvabilité _ pour être réorienté vers des marchés susceptibles de soutenir une croissance, dès lors qu’ils garantissent aux fournisseurs la poursuite de leurs propres objectifs.

De fait, il apparaît que l’équilibre comptable de toute entreprise ne puisse être désormais assuré, dans le contexte d’une offre toujours supérieure à la demande (solvable), qu’en s’efforçant de vendre toujours plus, à des prix qui doivent rester compétitifs, donc de dépenser toujours moins : aussi ce dernier impératif, même lorsqu’il entre en conflit avec des besoins de services, individuels ou collectifs, a-t-il tendance à devenir prioritaire.

Tout semble se passer comme si, aux objectifs de services que s’étaient initialement assignés les populations et leurs gouvernements, en s’appuyant sur la finance comme moyen, s’étaient, en fin de compte, substitués les objectifs financiers : en particulier, toutes les entreprises _ et autres personnes morales _ doivent à présent obéir en permanence à une même exigence de «déficit interdit», impliquant la recherche incessante d’un profit maximal; ce qui confine leur statut à celui d’auxiliaires de ladite exigence, minimise en conséquence leur fonction institutionnelle de service, et de ce fait, entrave leur progression _ et la nôtre ! _ vers une véritable autonomie.

En conséquence, l’adaptation des prestations de services à la satisfaction des besoins humains ne paraît plus, à l’heure actuelle, devoir être réalisée, ou même, envisagée, que dans la mesure où, non seulement ces prestations permettent de préserver les profits _ comme sources de tous les revenus, et là est le problème _ mais seraient avant tout conçues comme le moyen de pérenniser ces derniers, fût-ce éventuellement en renonçant à satisfaire les besoins basiques.

Ce qui pourrait expliquer que,
. d’un ajustement naturel de la production de produits et de services à leur consommation, l’offre se contentant de suivre la demande, ou au moins de l’anticiper avec mesure, nous ayons peu à peu évolué, pour tenter de garantir, coûte que coûte, l’ensemble des revenus sous la pression de la concurrence,  .vers un développement mal contrôlé de la production entraînant, jour après jour, le détournement systématique de la consommation :

- d’une part, vers des situations de pénurie, génératrices de sous-équipement et de précarité, dans les secteurs (logement, santé, éducation, sécurité…) délaissés pour cause de moindre rentabilité _ par défaut de solvabilité des besoins de base d’une proportion croissante de consommateurs, particuliers ou collectivités (Etats compris),
- d’autre part, vers des situations de pléthore, génératrices de gaspillages de ressources et d’énergie _ ainsi que de pollutions _ dus à une compétition sévère dans la recherche de créneaux et de parts de marché, pour conquérir des clientèles solvables, de plus en plus sollicitées de par leur raréfaction.

Outre ces inconvénients, le découplage entre les besoins de services et les objectifs de revenus n’a cessé de faire apparaître des incompatibilités de plus en plus nombreuses et profondes dans leur poursuite conjuguée, ce qui constitue un sérieux handicap pour toute gouvernance
- fondée en principe sur la synthèse et l’équilibre des diverses exigences,
- appuyée en pratique sur la prévision et le contrôle,
en ce qu’il rend totalement aléatoires les effets des mesures entreprises et le succès des projets adoptés.

Reo

Gouvernance

Notre développement, si c’est bien celui d’un monde pour l’homme que nous prétendons rechercher, ne diffère nullement, dans son principe, du développement biologique de l’être vivant : comme lui, il consiste à tendre sans cesse à une meilleure adaptation mutuelle avec le milieu et c’est, semble-t-il, le but que les hommes, où qu’ils soient, ont toujours pensé poursuivre en se donnant leurs institutions. Vu l’extension planétaire de nos moyens de communication et d’échange, ce principe, loin de s'arrêter aux frontières, ne peut dès lors que s'appliquer à la société humaine dans son ensemble.

Car les Etats comme les organisations internationales, si tant est que demeure leur vocation originelle, apparaissent aujourd’hui désarmés devant l’imbrication croissante de leurs responsabilités, qui les dessaisit de plus en plus brutalement de leurs prérogatives.
Une telle situation, faute d’être aménagée, remet en question, au-delà de leurs développements respectifs, celui de leur mandant et fondateur, la personne humaine. Aussi ce développement conjugué, actuellement anarchique et soumis à tous les aléas, réclame-t-il une gouvernance, qui prenne le relais à l’échelon mondial.

Cependant une autorité supranationale ne peut tirer sa légitimité que d’une prise de conscience générale de cette interdépendance planétaire et de la nécessité de la prendre en charge.
Ce qui revient à dire que, parmi les communautés de notre planète, aucune, quels qu'en soient l’origine et le statut, ne puisse encore ignorer les autres et se comporter comme si certaines d’entre elles n'existaient pas.
Condition indispensable pour la découverte de cette souveraineté commune et l’adhésion à son exercice.

Si l’option d’une gouvernance mondiale devait être retenue, son premier objectif, préalable naturel à de nouveaux choix de développement, serait, pour évacuer les désordres écologiques et socio-économiques et les crises qui en dérivent, de rechercher au plus tôt un premier équilibre de solvabilité entre l’offre et la demande des prestations de services, et un équilibre correspondant dans la distribution des missions et des charges.

Avec la fragilisation, puis la rupture de ces équilibres, entraînée par une mondialisation inéluctable, l’armature de droit international politique et économique, telle qu’elle est perçue et appliquée, est devenue _ sans doute définitivement _ inadaptée au développement des personnes et des populations.

En effet, au lieu de les soulager des charges confiées _ comme naguère dans chaque Etat _ à différentes institutions, elle a, dans sa configuration actuelle, incité la plupart de celles-ci à s’en débarrasser, en les autorisant à poursuivre _ au grand large _ leurs propres objectifs. Aujourd’hui revendiqués comme prioritaires, ces derniers s’avèrent _ paradoxalement _ de moins en moins compatibles avec la poursuite du développement.

Dès lors, en reprenant à son compte les vocations chancelantes des puissances continentales, avec cette part de souveraineté qu’elles sont désormais incapables d’assumer, l’institution d’une gouvernance mondiale aurait comme objectif essentiel de libérer la planète et ses occupants de cette situation d’assujettissement.
Et pour cela, de faire en sorte de restituer :
- aux instances locales, régionales, nationales, un réel pouvoir de décision _ attestant la part respective de souveraineté qui leur est dévolue _ en leur permettant d’y voir plus clair sur les problèmes généraux et de faire bénéficier les citoyen(ne)s de cette transparence,
- aux citoyen(ne)s, grâce à cela, la possibilité à tous les échelons de responsabilités, techniques et territoriaux, de se déterminer sur des options concrètes et de compléter les informations sur les problèmes particuliers qui se posent sur le terrain.

En retour, il reviendrait à chacun(e) _ dûment informé(e) _ de se prononcer sur :
- le contenu de la mission de régulation à proposer pour assurer cette gouvernance,
- la structure de droit la mieux appropriée à sa réalisation.

De ce fait, les mesures spécifiques, parmi les plus urgentes, éventuellement adoptées contre… le chômage, les diverses pollutions, les anomalies de la finance, le gaspillage de l’énergie, etc. …pourraient retrouver quelque efficacité dans la mesure où, insérées dans une politique générale, elles ne risqueraient plus d’entrer en conflit.

Reo

Métamorphose

Nous avons affaire à une crise globale, mondiale.
Ce qui signifie qu’il y a, dans la plupart des secteurs d’activité et sur la quasi-totalité des territoires, des problèmes qu’on connaît les plus grandes difficultés à aborder, des conflits qu’on n’arrive pas à aplanir.

En effet :
- d’une part, il existe un déséquilibre socio-économique et écologique général,car des millions de gens ici et là rencontrent les plus grandes difficultés pour se nourrir, se loger, se soigner, élever les enfants _ parce qu’il n’y a pas assez d’argent pour ça _ alors que par ailleurs, on en dépense abondamment, et au-delà, afin de trouver des consommateurs pour une profusion de produits, de services _ d’énergie dilapidée _ que les êtres vivants de la planète _ la biosphère elle-même _ éprouvent de plus en plus de difficultés à absorber (ou à tolérer) tels qu’ils ont été réalisés et associés (puis disséminés) ;

- d’autre part, parce que les diverses tentatives de conciliation et/ou de coopération internationales amorcées, quelquefois engagées, pour la résolution de problèmes communs, récurrents ou persistants depuis des décennies (embrasements géopolitiques, drames humanitaires, réchauffement climatique, pollutions marines répétées, crise(s) financière(s)…) n’ont livré jusqu’à présent aucune véritable perspective de solution, les intérêts à court terme de chacune des parties représentées demeurant _ de façon tacite et reconductible _ privilégiés par rapport à leurs intérêts à long terme, tant respectifs que partagés avec l’ensemble des parties concernées.

L’entrée de la société humaine dans notre ère de modernité correspond, avec l’essor des techniques qui a précédé, puis accompagné la mondialisation, à une véritable transformation «organique», caractérisée par l’accélération sans précédent de ses cadences de production et de distribution, notamment grâce à la mise en œuvre d’un «appareil circulatoire» diversifié et d’un «système nerveux» réactif, organes de nature à améliorer ses chances d’adaptation.

Néanmoins, force est de constater que le fonctionnement de ces «appareils» est extrêmement perturbé.
En effet, la distorsion, apparue depuis lors, entre
- l’accroissement très important des capacités de traitement de l’information et de son débit de circulation, l’instantanéité et la multiplicité des transactions _ avec ou sans contrôles associés _ étendues à l’ensemble du globe et
- les difficultés grandissantes pour tous les Etats, face à cette complexité croissante, à prendre des décisions politiques adéquates pour maintenir une garantie de services et de revenus aux citoyens et aux collectivités,
n’a fait, notamment en contribuant à la crise financière, qu’aggraver les déséquilibres évoqués ci-avant.
La métamorphose en cours serait-elle sur le point d’avorter, ou n’est-elle tout simplement pas achevée ?

Si la situation de crise, renforcée par l’absence de consensus quant à une issue, laisse redouter l’échec, le potentiel représenté par le progrès technique, encore présent, par notre organisation, largement perfectible, et avant tout, par l’être humain lui-même, évoque plutôt des lacunes à combler.
Qu’en est-il ? Je tente un parallèle entre un individu et notre monde tel qu’il est :
Lorsqu’un individu présente des virtualités d’adaptation sociale, mais joue avec sa santé et ne se soucie pas de son entourage, c’est qu’il veut vivre comme bon lui semble, sans s’occuper du lendemain.
Cependant, à l’occasion d’un sérieux revers, il n’est pas impossible qu’il revienne sur cette attitude et décide de se donner une règle de vie ou au moins, des repères pour son jugement. Sur cette prise de conscience, en recouvrant de la lucidité, il peut reconnaître l’opportunité de reprendre le contrôle de lui-même et, s’il le désire, parvenir à exercer quelque maîtrise sur son comportement.

Il lui suffit, pour cela, d’utiliser son cerveau.

Mais, problème : l’ensemble comprenant le monde vivant et son substrat terrestre, auquel nous participons, n’est pas aujourd’hui doté d’un dispositif global de régulation ou de référence comme l’est le cerveau.
Dans ces conditions, il apparaît impossible à la communauté mondiale, malgré la multiplicité de mécanismes technologiques et sociaux dont elle est pourvue, de s’adapter autrement que par réaction aux évènements, sans être capable de les anticiper _ et, faute d’un contrôle approprié de ces mécanismes, cela devient de plus en plus difficile à réaliser.

En effet, toute organisation, pour atteindre la meilleure adaptation possible, nécessite coopération, spécialisation et coordination, schéma qui a fait ses preuves tout au long de l’Histoire, naturelle, puis humaine : dans l’évolution animale, en particulier, puis dans celle des groupes humains, depuis le clan et la tribu jusqu’à la constitution d’États, voire d’empires, en passant par les communautés territoriales et citadines _ et en les conservant.
Pour chacune de ces étapes, il a fallu une référence et une autorité apte à projeter et à coordonner.

Or, ce qui distingue la communauté mondiale d’une personne, ou bien d’une organisation unifiée ou fédérée, c’est que ces dernières, l’une disposant de son cerveau, l’autre, d’un gouvernement ou d’un directoire, sont susceptibles d’une adaptation autre que réactive, dans les limites qui leur sont propres, sinon dans celles qu’elles sont susceptibles de s’assigner collectivement.
La question posée par la crise concerne les évolutions respectives de ces deux catégories de limites et la manière dont peut s’en trouver affectée la répartition des contraintes pour tous :

Vers plus de stress ou vers plus d’autonomie ?

Si l’on s’en tient au statu quo, celui où le monde ne peut se réguler seul et que, à l’instar des individus, chaque structure de la société _ en panne de dialogue _ ne cherche alors qu’à évacuer des contraintes en utilisant systématiquement le déni, le stress ne cessera de s’accumuler partout et la crise de s’enrichir de conflits et de s’amplifier.

La crise générale présente est une crise du développement de notre monde.

Reo

Constat

Le déséquilibre économique mondial, tel qu'il se présente actuellement, réside dans la coexistence :

- d'une insuffisance globale des prestations de base (éducation, habitat, alimentation, santé, protection...), faute de rentabilité ou de financement pour les prestataires dédiés, faute de solvabilité pour les bénéficiaires : pour l'essentiel, des ménages et des collectivités _ établissements publics, associations, communes, régions, Etats _ ne disposant pas des fonds nécessaires;

- d'un surplus global pléthorique d'offres de biens et de services accessibles en fait à une clientèle restreinte, en raison de l'incapacité du plus grand nombre à les honorer.

Il en découle :

- d’une part, l’astreinte à d’importantes restrictions pour des catégories nombreuses et diverses de la population _ voire, pour certaines, à l’errance ou au confinement _ y compris dans des pays considérés comme développés,

- d’autre part, l’encombrement de notre espace et l’accaparement de nos temps de vie, occasionnés par une surabondance

. d’offres de services et de produits dont beaucoup trop ne trouvent pas de demandeurs, solvables ou pas,

. de matériels rendus impropres, en raison de ces méventes (souvent imprévisibles au niveau des producteurs et des sous-traitants), à l’usage auquel ils avaient été destinés,

. de nuisances, voire de risques sanitaires imputables à cet état de fait.

 

Ces anomalies paraissent de nature à expliquer en grande partie les désordres constatés dans le monde, tels que :

- affrontements sociaux provoqués par des facteurs d’exclusion : pertes d’emplois, manque en denrées de base, défaut d’équipements de première nécessité;

- épuisement intermittent ou progressif _ inopiné ou organisé _ de ressources naturelles (eau, pétrole, minéraux rares, biodiversité….);

- pollution multiforme en mer, dans les cours d’eau, au sol, en sous-sol, atmosphérique,… entraînée conjointement par

. l’accumulation d’articles fonctionnels ou inutilisés, obsolescents, dégradés, de fragments divers (stocks, rebuts, déchets....) et de leurs effluents éventuels,

. l’insuffisance de prise en compte des effets, sur l’environnement _ et le voisinage _ de leur utilisation, raisonnée ou non (puis, de leur non utilisation), comme de leurs modes de production et d’acheminement;

 

- retard de développement subi, au-delà des populations les plus fragilisées, par la totalité des Terriens, en raison de ce manque de maîtrise de nos diverses activités (en témoigne la persistance d’affrontements armés....).

Cette interprétation s‘appuie sur un point de vue qui :

1 - attribue la dégradation de notre cadre de vie à nos errements collectifs, particulièrement en pratique financière et économique,

2 - n’en attribue pas la responsabilité exclusive à des individus ou à des groupes particuliers.

Ce deuxième point ayant déjà été largement exploité dans de multiples approches _ finalement sans grandes avancées _ il me semble naturel que le premier soit enfin abordé de manière étendue et débattu de manière approfondie, pour enrichir ou infléchir l’hypothèse avancée ici, ne serait-ce que pour :

- apporter un autre éclairage aux jugements que l’on a coutume de formuler _ souvent à l’emporte-pièce _ sur les différentes responsabilités, en définition comme en attribution,

- recadrer l’ensemble de celles-ci pour amener à des rectifications, et probablement à des révisions, dans nos modes de fonctionnement.

Et, en tout premier lieu, afin de s’interroger sur ce renversement des objectifs et des charges qui nous a conduits, sans qu’on y prenne garde :

_de

_ l’institution des personnes morales, dans le but de faciliter les missions d’appui propres à garantir la satisfaction des besoins (relationnels autant que biologiques) des personnes, comme une meilleure gestion de leurs contraintes, et par là même, l’amélioration et l’enrichissement de leurs relations mutuelles,

_ à

_ l’alourdissement progressif de la charge imposée, comme priorité absolue, aux individus et aux collectivités humaines pour pérenniser _ sans réelles garanties en retour _ les revenus des personnes morales qui les représentent,…

…les revenus et services destinés aux gens n’étant dorénavant, quant à eux, créés ou maintenus qu’à proportion de la sauvegarde des objectifs comptables, naguère garants d’un équilibre des prestations _ en qualité comme en répartition _ ce qui, à l’évidence, n’est plus le cas.