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La fatuité est le privilège des ratés

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Interim-Bidule

MEPHISTO FAUST 666 avenue d'Enfer 75000 LUTECE SUR SEINE via INTERIM-BIDULE Impasse de la Petite Truanderie 75000 PANAME « Société internationale recherche secrétaire de direction bilingue. Sens de l'organisation et bon sens indispensables. » À l'Internationale, Votre annonce publicitaire placardée dans le métropolitain parisien a retenu toute mon attention : vous recherchez en effet une ou un, je cite, "secrétaire de direction bilingue". Il semble fort que vous en manquiez cruellement pour placer l'adjectif "bilingue" en épithète de "direction". Il eut été plus heureux de l'associer à "secrétaire" et d'accorder au pluriel l'ensemble, à moins bien sûr que vous ne vouliez trouver qu'une ou un seul(e) secrétaire, non absolument bilingue, pour une seule direction qui, elle, serait bilingue. Hormis ce point de détail, je pense correspondre à votre poste : mimer un secrétaire, même en essence de bois rare, doit être à la portée de tout un chacun. J'en profite d'ailleurs pour vous féliciter sur le choix de ce meuble comme accessoire de votre développement : il est paraît-il doté du "sens de l'organisation", qualité dont vous auriez grand besoin pour éviter le redoublement de "sens" (sic) dans votre offre. Cependant, je me permettrai de refuser celle-ci : m'installer à quatre pattes, faire le dos rond et me faire mettre dans le "bon sens" ne sont pas – a priori – mes désirs premiers ; même si j'imagine qu'ils sont, pour vous, "indispensables". En vous remerciant par avance, chère – parmi tant d'autres – société, de cet aimable divertissement, je vous prie d'agréer, M'Edam, M'Essieu, l'expression de mes vifs vœux à ne plus jamais vous lire dans les transports en commun. Votre dévoué, MEPHISTO FAUST

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Sur la tête de ma mère (1_II)

Salut maman, tu m’excuseras, je me suis assoupi, mais il faut que je te raconte la suite… Le bruit de ta porte qui s’ouvrait m’a réveillé, même si ce fut fait doucement : changement d’ambiance, ma sœur faisait son entrée dans la pièce. Seule – son mari étant resté fumer la pipe dans la voiture, pour ne pas déranger, au cas où. Ma sœur, c’est quelqu’un qui a tellement de respect pour toi qu’elle m’a fait « shuuttt » quand je lui dis « bonjour » un peu trop fort, car on risquait de te déranger. Ma sœur je l’aime beaucoup, même si elle peut être tentée parfois d’imposer sa volonté au tout d'elle, un peu comme toi donc. Là, ce fut cool : on discuta un petit quart d’heure, de toi bien sûr, puis on descendit chercher son mari. On en a profité pour remonter les fleurs, de la voiture les porter dans ta chambre, en attendant que les pompes funèbres arrivent, histoire d’avoir le plaisir de redescendre les fleurs, et de ta chambre les porter dans le corbillard : c’est compliqué un enterrement – ceci dit, les fleurs t’allaient bien. Justement, il sont arrivés les travailleurs de force de la faucheuse, avec tout le matériel : cercueil, vis, couvercle, tournevis, gants de protection, porte-cercueil pliable, etc… On ferma les portes sur leur passage, pour que les personnes âgées alentour ignorent le spectacle : ils savent assez bien où ils sont, pas la peine d’en rajouter – puis ils t’ont mise en bière. À ce moment, ce sont eux qui ont fermé la porte, pour qu’on n’assiste pas à cette représentation : faut le faire en coulisses, y’a des fois où c’est peu ragoûtant, sans vouloir entrer dans les détails... Puis on est rentré dans ta chambre : tu paraissais plus petite dans le cercueil, curieusement un peu de biais aussi ; puis on a posé du gui autour de toi, ma sœur t’a embrassée, moi non ; puis ils ont refermé la boîte. Direction le corbillard, puis le cimetière, où nous nous retrouvâmes donc à sept : trois de la famille, deux des pompes funèbres, deux de la Mapad – directeur & secrétaire. Direct, on t’a mise dans un caveau provisoire : peu prévoyants comme nous le sommes, nous n’avions pris de concession à ton nom dans aucun cimetière, on t’imaginait vivre éternellement… L'a fallu parer au plus pressé : donc obsèques provisoires, dans une étagère de béton à l’entrée du cimetière, un peu comme une répétition avant de plus grandes et de plus vraies, éventuellement avec toute la famille, qu’on te préparera aux petits oignons un peu plus tard, dès qu’on trouvera de la place – pas de chance, te voici victime de la maladie infantile de l'époque, l'instantanéité ! Là, ma sœur a dit un petit mot, genre hachis, car les sanglots lui étouffaient la gorge ; moi je n’ai rien ajouté, ne trouvant rien d’intelligent à dire, donc au contraire de d’habitude je me suis tu ; mon beau-frère n’a rien dit non plus car il ne te connaissait pas assez ; et les gens de la maison de retraite ont émis un mot gentil : ça n'était pas hypocrite en sus, ils devaient bien t’aimer, toi et ta folie douce. Bon, les croquemorts sont restés cois, mais on va leur pardonner, hein… Après, on a discuté un peu tous ensemble : de toi, nous par rapport à toi, tes bizarreries ; de façon sympathique, en riant souvent, sans pathos inutile. Les yeux verts pétillants de malice, Mme Bohémienne évoqua l'histoire de ta lettre de démission, que ma soeur ne connaissait pas, donc il fallut la raconter : vrai que ce n'est pas banal un courrier envoyé en recommandé au conseil général, pour exprimer en substance que tu souhaitais être révoquée de ton poste de pensionnaire à la maison d'accueil, estimant qu'il devrait revenir à quelqu'un de plus méritant, ou de plus nécessiteux. Et que toi, un simple logement social dans une petit ville, près d'une boulangerie, ça t'irait merci. Avec cerise sur le gâteau : copie de la lettre à la gendarmerie, ce qui occasionna une visite cocasse de la force publique... Inspiré par cette histoire ou n'ayant visiblement rien compris, un des gars des pompes funèbres ajouta que les gendarmes du coin sont vraiment trop rigides, donnent trop d’amendes, inspirés qu’ils sont par le maire, blabla – ceci pendant qu’il était en train de cimenter ton caveau, comme quoi c’est mieux quand ils ne causent pas. Ensuite le directeur et la secrétaire nous ont dit adieu, on a été voir les places restantes dans le cimetière pour une concession définitive de trente ans (cherchez l’erreur) puis les fossoyeurs sont partis aussi sans oublier de discuter bien sûr de la facture, après ce fut passage éclair chez le notaire pour démarrer la succession, puis à la mairie pour réclamer des certificats de décès qu’en fait on avait déjà. Enfin nous repartîmes en voiture, vers la civilisation : sur le trajet, ma sœur et son mari se firent une petite scène de ménage à propos d’un motif futile – la vie qui continue, donc, et c’est très bien comme ça. (à suivre)

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Sur la tête de ma mère (1_I)

Salut maman. Aujourd’hui, c’était ton enterrement. Une journée originale, à ton image : éveillé tôt, je tentais de trouver un car à destination de ton bourg. Première embûche de la journée… Impossible, j’ai téléphoné aux trois compagnies privées de transport de cette ville : aucun bus ne partait pour chez toi le matin. Obligé d’en prendre un qui me déposait à dix kilomètres, de me débrouiller ensuite : les joies de l’hiver dans les régions paumées. Là, je crois que j’ai été trop confiant : j’aurais dû prendre un taxi pour faire les trente bornes, ç’aurait été plus simple… Au lieu de ça, il fallut appeler le seul taxi du hameau où tu habitais, en vue de faire jonction avec le bus : il me dit « j’arrive » et ce fut vrai. Une heure et demi plus tard, je le vis arriver. Cool ; cela me donna du temps pour faire mon courrier, sur un banc de la place du village, vu que le seul troquet du coin était fermé… Alors, je suis tout de même arrivé vers midi moins le quart à l’endroit de ta dernière demeure : direction le bistro-supérette, pour se restaurer un peu car je n'avais rien mangé le matin, puis la maison de retraite. Quand j’ai poussé la porte, j’ai cru à une blague : le personnel buvait le champagne, il y avait foule dans l’entrée, des gens apparemment bien trop jeunes pour être ici pensionnaires. On ne m’avait rien dit : peut-être qu'une fête était organisée pour ton départ – ce qui n’aurait pas été pour te déplaire – mais je trouvais qu’il y avait trop de monde d’invité. Simple : il s’agit du pot annuel que la Mapad paye à ses fournisseurs, ce que j’appris en discutant avec la secrétaire, celle que tu nommais Mme Bohémienne, une jolie rousse dans sa quarantaine flamboyante – qui me dit d’un ton goguenard, que si tu avais été là, tu aurais tenté de chaparder une ou deux flûtes... Je rencontrais aussi le directeur, avec qui je montais voir ta dépouille à l’étage, lui devant m’accompagner, ayant fermé ta chambre à clef. Enfin je te voyais, telle que la mort t’avait prise, en ta gisante posture : il n'y avait là rien d'extraordinaire. Ton corps semblait juste une statue de cire tout droit sortie du musée Grévin, avec sa chair blanche et rigide, froide bien sûr, et ses traits figés. Tu semblais dormir, sur le point de te réveiller, presque souriante. Dans la pénombre, je m’y serais laissé prendre : mais là, avec le lobe de ton oreille droite qui avait commencé de pourrir, cela ne risquait guère ; surtout en pleine lumière, petite cachottière ! Sans compter le bruit de frigo, fréon des années soixante, qui provenait de la table réfrigérée sur laquelle tu étais allongée : pas très confortable, pour qui aimait comme toi sa douillette couette. Alors, je suis resté cinq ou dix minutes avec toi ; puis comme tu n’avais pas beaucoup de conversation, je me suis éclipsé aux toilettes. Une fois revenu, je m’ennuyais vraiment trop, je partis donc discussionner en bas – voir si je ne pouvais grapiller quelques verres au passage, pour te faire honneur. Point tu ne m’en veux, j’espère ? L’alcool aidant, je me rendis un peu sociable, discutant avec : une aide-soignante qui venait de démarrer son contrat, qui t’aimait bien ; un type du coin qui commençait déjà à être bien imbibé, chauffeur je crois ; la jolie secrétaire qui décidemment me plaisait ; un cuisinier qui travaillait ici depuis longtemps, qui connaissait bien mon frère – tu le sais, je ressemble beaucoup à ce dernier, le rapprochement fut vite fait – et m’apprit où celui-ci avait élu résidence dernièrement. Le « où » voulant dire « dans quel bar de la région »… Résultat des courses ? Patienter tranquillement le temps que ta fille et son mari n’arrivent, me sentir vivre au lieu de me morfondre une heure durant à côté de ta dépouille. J’ai même poussé l’incruste jusqu’à aller boire un café dans la salle de détente du personnel ; et comme ce dernier est presque exclusivement féminin, on peut y admirer des photos d’acteurs ou de sportifs, dans des tenues qui vont du suggestif au carrément dénudé – je ne sais si tu étais au courant, mais comme tu ne rigoles plus beaucoup là où tu es, il me fallait t’en informer. Mon image préférée était le ballon de rugby qui cache le service trois pièces d'une star du jeu à XV, façon originale de rappeler que nous sommes ici sur le causse du Quercy, où ces dames aiment les montagnes de muscles et le ballon ovale. Puis, tant d’agitation m’a permis de commencer une sieste réparatrice dans le fauteuil, une fois remonté près de toi, au frais. Gros problème avec le café : des fois il me fait dormir. (à suivre)

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Caïssa

Par message privé, ouvrant la partie, tu lui auras proposé de coucher avec toi. Elle sera restée stupéfaite, bouche bée devant son écran, hésitant entre te dénoncer à la modération ou te faire comprendre que ces choses ne vont pas être à lui dire. Pas ainsi, du moins : avec tact, au mieux. Devant son silence virtuel, tu avanceras un autre pion : attention, ce ne sera pas ce qu’elle aura imaginé, cette proposition sera à entendre au sens propre. Coucher : s'allonger dans un lit, ensemble. Sans coït, ni rien de génital. Pourquoi ? Bonne question. En résumé : vos chairs respectives révélées à celles de l'autre, les protections tomberont, et le tête-à-tête pourra s'affranchir des fausses pudeurs, des tactiques de séduction, des platitudes élevées au rang de conversation. Voici ce que tu auras expliqué. Sans insister sur le terme tactique de séduction – ne pas la cabrer d'entrée de jeu, avancer en diagonale. Pour un dialogue plus honnête ? Nus, nécessairement ? Oui, nécessairement : la nudité des corps comme symbole de franchise à retrouver. Non, pas de piège à redouter. Car si le sexe seul allait être ta recherche, pourquoi employer pareille méthode ? Certes, forcée de l'admettre. Même si, tu l'auras deviné hésitante : l'idée semblant cacher autre chose. Idée follement excitante, cependant. Ou excitante car folle ? Puis hésiter pour d'autres raisons : mère d'enfants déjà grands, n'étant plus jeune femme, elle aura craint de s'exposer ainsi. Au final, ses enfants, un éventuel mari, ne la retiendront pas : au final elle n'aura eu envie que d’y croire. Surtout quand tu ajouteras, de ta plus belle plume (ou clavier) de fier cavalier, un « ne me feras-tu confiance ? » de bon aloi. Dans un hôtel, un endroit neutre, une chambre riante, vous vous serez donné rendez-vous. Là, tu l'auras senti gênée de se dévêtir devant toi, tu diras : je vais aller dans la salle de bain, te laisser t’installer dans le lit. En revenant, tu constateras qu'elle se sera cachée sous les draps. Après t’être allongé à ses côtés, toi aussi dénudé, tu ôteras doucement sa dérisoire défense. L'air digne, elle couvrira sa poitrine de ses bras, aura serré les cuisses : en montrer le moins possible, tour imprenable. Alors vous parlerez, longuement : elle s'apaisera, et de sa bouche, de cette source auront jailli les mots. Sur ses déceptions, ses rêves, tout ce qu’elle aura voulu, pas pu faire ; peut-être, elle n’en aura pas réellement eu envie ? Ou bien si ? Ensuite, elle demandera pourquoi tu te seras allongé sur le ventre, et tu devras parler de ton érection, de ta volonté de cacher ce trouble. Là, d'instinct elle prendra la posture d'une reine outragée, moqueuse de tes chastes résolutions, et tu devras gentiment assurer que les réflexes auront toujours été les plus forts. Mais aussi que ça allait passer. Elle te croira : car les occasions de te faire pressant, tu ne les auras pas prises. Puis vous continuerez à discuter de vos enfances, adolescences, vies d'adulte. Puis, elle aura voulu te toucher. Oui, diras-tu. Et peu à peu, sa parole désormais profondément intime, son anatomie caressant la tienne, son désir se sera éveillé. Mais non, diras-tu, car vous n'aurez pas convenu de réaliser ces envies. Alors elle : blessée. Ebahie aussi. Incrédule enfin : ton sexe excité, ce roi impérieux, là pour fournir un démenti à ta froideur, plus ou moins mollement. Mais tu n’auras pas changé d'avis : une fois prochaine, votre soif de l'autre, y donner corps. Là, elle aura explosé ; car pour qui donc te seras-tu pris, à vouloir mener ce jeu à ta guise ? Sur ses lèvres sera inscrit « viens ! » et toi, en cet instant, encore à préférer l'artifice ? Là où sa confiance aura été donnée, pourquoi t'accrocher au narcissisme ? Les réponses t'appartiendront. Bon retour devant ton écran ; avec le manque de sa peau, sous la tienne.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

B.U.R.P.

Epître en épithète, à un poète sans table, postiche qui, au fond de la lie mouvante, s'ensable. Tente un avantage, en toute fin de pastiche : s'endormir las, avec en tête, des rêves aplatis, pacifiés – les bras en pagaille. Il finira bien, du rade, par partir. T’es qui, l’Amour ? En cette dictée, la lumière sombre est un enjeu, les sous-titres sont importants : en ombre portée, moi-je. Sanguinolent guignol : le pivot. Votre honneur poivrot, je vote les objections – abjection, votre horreur ! – de ce bel et bon bougre. T’es qui, l’Amour ? Fors, il n'y a pas de fumée sans feu, même pour ceux qui n'ont plus la force de se consumer. Il n'y aura donc aucun problème, à consommer cette ciguë à petites doses : l'alcool de la nécrose. T’es qui, l’Amour ? Non : Tequila Moor

Tequila Moor

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