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La fatuité est le privilège des ratés

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Hippy Pop

Aujourd’hui sur Radio Absurdement Pêcheresse, un MC solitaire, un peu atypique : habillé de peaux de bêtes et d’une cape noire, sorte de croisement bizarre entre Zorro et Rahan, fils de Crao, avec cheveux longs réunis en catogan. Mais les plus intégristes d’entre vous auront surtout du mal avec autre chose : en effet, il zozotte et ses paroles sont quelque peu moqueuses… Alors sans plus attendre, place à Fêtard Zan !  
Ze ne rappe pas, ze ne remue pas les bras…
C’est connu : pour être un rappeur, fais des zestes avec tes doigts !
C’est bien vu si t’es un poulpe, une pieuvre, un calamar,
Un malabar de rappeur faisant des zestes avec ses doigts.
Moi sss’peux pas, c’est comme ça : pas de bras, pas de chocolat.
Pas de médaille en cacao zenre kakou qui peu-ra,
D’ailleurs sssuis plutôt coco : plus chocolat blanc que re-noi.
Ô flûte & zut : pas de pigments – pas de peau… C’est désolant ?
Un vrai curry coco sans piments : z’ai pas les bons ingrédients.
Rappeur inverti, inversé : Fêtard Zan !
Ça s’avère raté, ze suis une noix de cazou râpée… Ce n’est pas du hip-hop, c’est un style que ze chope,
Fainéant et facile : ouais c’est de la hippy pop.
Ce n’est pas du hip-hop, c’est un tic que ze troque,
Un truc en stuc en toc : ouais c’est de la hippy pop.
Ce n’est pas du hip-hop, c’est un tag que ze tope,
Fatiguant voire futile : ouais c’est de la … pop ! Ze ne rappe pas, ze ne fais pas de brouhaha…
C’est connu : pour faire un buzzzzz, faut cracher sur les michetonneuses !
C’est bien vu si t’assimiles les sons à des meufs faciles,
Faisant croire que t’es un mac, déshonorant la mélodie,
Que dans ton clac, l’échantillon – à ta guise – est dans ton lit.
Mais Fêtard Zan vous le dit : tout rappeur est un zéro.
Poison incompétent, ne sachant user d’un diapason,
Désirant faire du bizz, le bozo, avec le peu qu’il maîtrise,
Ne voulant payer les royalties des samples – qu’il utilise –
Empruntés… à plus doué que ce zozo !
Pas d’accord, moi sssuis hippy : les loziciels, c’est pas naturel… Ce n’est pas du hip-hop, c’est un style que ze chope,
Fainéant et facile : ouais c’est de la hippy pop.
Ce n’est pas du hip-hop, c’est un tic que ze troque,
Un truc en stuc en toc : ouais c’est de la hippy pop.
Ce n’est pas du hip-hop, c’est un tag que ze tope,
Fatiguant voire futile : ouais c’est de la … pop ! Ze ne rappe pas, ze ne cherche pas ma voix…
C’est connu : pour avoir un bon flow, faut cultiver son ego !
C’est bien vu si t’as ton style, plaçant des oukazes en mode habile
Sur un tempo fat et hostile, zouant le fauve ou le reptile.
Vas-y : sois pape ou encore pope, moi sssuis l’arnaqueur du hip-hop.
Fêtard Zan use de mazie – Cheeta et le Z sont ses amis.
Oui ze m’en tape, ze suis pop, volant vos mots pour être au top,
Vos vocaux que ze détourne, quand escroqués de vos phrasés
Que ze retourne, vous finissez, extorqués de vos phases
Et retournez à la case… Nazes !
Chers affranchis défroqués, z’en dévore ces délits avérés… Ce n’est pas du hip-hop, c’est un style que ze chope,
Fainéant et facile : ouais c’est de la hippy pop.
Ce n’est pas du hip-hop, c’est un tic que ze troque,
Un truc en stuc en toc : ouais c’est de la hippy pop.
Ce n’est pas du hip-hop, c’est un tag que ze tope,
Fatiguant voire futile : ouais c’est de la … pop !   Je vous avais prévenu, c’est atypique : j’espère que nous entendrons encore parler de lui par la suite. Rappelons que nous sommes toujours sans nouvelles du groupe Occis Mort que nous vous avions fait découvrir il y a peu… Espérons que l’Horrible Organisation du Rapolitiquement Correct – de sinistre mémoire – n’ait encore frappé. Mais notre invité de ce soir à l’air de pouvoir se défendre : je le vois par la fenêtre repartir à dos d’éléphant. Tout n’est pas perdu, donc...

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Néo-Jésus

Las ! Tenté de céder à la facilité
Me pendre, m'ouvrir les veines, m'empoisonner
Du plomb dans la tête – puis tout serait réglé
J'apprécierais de voir ma cervelle éclater Dépressif à souhait tels tous mes congénères
Le manque d'argent : voici le nerf de la guerre
Désir de cloner le chanteur de Nirvana
Petit blanc constipé et junky « à la foi » Les experts assurent que je suis nihiliste
Mais en fait – juste – de religion hypo-christ
Dévoué martyr de la défonce atomique
Car je me fous de tout, y compris quand je ?
NikeTM Moderne messie du XXI° siècle
Tel le vieil Occident, je suis pourri-z'et-piètre
Problème : trop fainéant pour fonder ma secte
Je mens aux meufs en surjouant l'esthète ?
2-BeatTM Parvenu – à l'âge béni de 33 ans
Hélas ! Sachant qu’il faut crever dès à présent
J’écarte d'arrêter la drogue : sur vos écrans
Quelque soit mon cancer, la « fausse commune » attend Mieux vaut baiser mon prochain ou porter ma croix
Qu'elle soit en fer, en plastique ou même en bois
Avec ça, je suis bien certain d'être reconnu
En 1000 ans, croîtra le culte du Néo-Jésus Donnez pour moi !
Jouissez pour moi !
J’accepte tout : vos sexes, vos euros ! Votez pour moi !
Priez pour moi !
Démago, mégalo est mon ego !

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Un Jour

Un jour Je vais mourir Plus de pleur, ni de rire Plus de pleur – Plus de ni – Plus de rire Un jour Tu vas mourir Plus d’envie de vomir Plus de vie – Plus de veau – Plus de Mir Un jour Il va mourir Plus d’amour, de « je suis » Plus de Mour – Plus de jeu – Plus de suie Un jour Elle va mourir Plus d’odieux, Dostoïevski Plût aux dieux – Plus d’hosto – Plus de ski Un jour Ça c’est mourir Plus châteaux ni ghettos Plus de gay – Pluie de chats – Plus de tôt Un jour Nous, c’est mourir Plus de comment ni pourquoi Plus de comme – Plus de pour – Plus de caoua Un jour Vous, c’est mourir Plus de crime ni de loi Plus de cri – Plus de lime – Plume d’oie Un jour Eux vont mourir Plus dedans ni dehors Plus de dents – Plus de deux – Plus Médor Un jour On ? Va mourir ! Plus regrets ni remords Plus de grès – Plus de plus – Plus de mort =========================================== Bande son : THE MISFITS – "Last Caress"

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Ma Mort

Ma mort attend
Ma mort, et là
Sans mouvements
Rôdant : telle est sa loi Une main froide, rude
Dans une autre, roide
Quand cela – dru – dure
À portée de doigts Ma mort
C'est un shish kebap au porc
Ou black-jack pour cul de jatte
En blême cunnilingus cuit Poupée de laine qui penche
Qui peine et qui calenche En boité
Digéré jus d'en pire écarlate
L’eau-de-vie qui a obvié
À une journée obvie En portée de doigts
Quand cela – dru – rude
Dans une main roide
Une autre, froide, dure Rôdant : telle est sa loi
Sans mouvements
Ma mort est là
Ma mort, à temps   =========================================== Bande son : SCOTT WALKER – "Bolivia '95" http://www.youtube.com/watch?v=xcwJJP3HjZY

Tequila Moor

Tequila Moor

 

La Roue De Fortune

T'as encore bien trop fait la teuf ! T’es encore bourré comme un bœuf !
Rentrant chez toi où – bien déchiré – là tu te fais ramasser :
Yvelines, département ; cellule de dégrisement.
Par un témoin t’es reconnu, avec un autre confondu Puis, par une policière, interrogé pour une affaire
Dont tu ne connais rien du tout : tu nies ? Alors retour au trou.
Otés tes : clefs, objets précieux, cartes d’identité et bleu.
T’en sortiras avec la honte, mais plus tard : refaisant tes comptes… Gros zéro ! Tes dépôts sont au rouge –
Gros zéro ! L’avenir te semble noir –
Gros zéro ! Faudrait que tu te bouges –
Gros zéro ! Si tu ne veux pas déchoir –   Pas de pot ! Non. Et plus de trèfles : tu t’en iras manger des nèfles,
Mais ce n’est pour faire la fête qu’elle aura piqué tes pépètes.
Oui, pour des cartes de tarot, elle te mettra sur le carreau :
Accro à la divination, virtuelle consultation Sur internet, pour son bonheur, ses petits problèmes de cœur.
Vouloir la chance ou le destin, et que ça ne lui coûte rien.
Qui aurait crû que – de mystique – la flic ferait dame de pique ?
À tes dépends, tu l’apprendras, gardé dans son commissariat… À vue ! Tes dépôts sont au rouge –
À vue ! L’avenir te semble noir –
À vue ! Faudrait que tu te bouges –
À vue ! Si tu ne veux pas déchoir –   Las ! Arrêté par la police, tu n’aurais cru à un tel vice.
Y’a vraiment plus de justice : l’IGS en fut complice,
S’occupant de plus gros pourris, laissant ces délits impunis.
Idem : ces insultes menties, ta défense en fut au déni. Si tu te rebelles contre elle, t’auras des ennuis à la pelle :
Sur l’étal – s’acharnant de zèle – fatal jugement sera cruel.
À 1-2 mains de ton outrage, en 3-4 enverra en cage :
L’art 5-6 tu n’es jamais sage, au 7-8 en faire un usage… Neuf ! Tes dépôts sont au rouge –
Neuf ! L’avenir te semble noir –
Neuf ! Faudrait que tu te bouges –
Neuf ! Si tu ne veux pas déchoir – Essaye donc de porter plainte … !   Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20080215.OBS0743/une-policiere-aurait-escroque-ses-prevenus.html

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Hyper-Inconnu

Matin. Où, j'apparus dans un décor indifférent et dangereux, désolé, d'un gris sale que le pâle astre de ce printemps naissant n'arrivait pas à diluer. Je ne reconnaissais rien ici, je ne me reconnaissais d'ailleurs guère plus : sur moi, un harnachement aux couleurs passées se trouvait, m'oppressant, m'agrippant. Serré à la gorge, à la taille et aux pieds ; gêné dans mes mouvements par un textile rigide ; au poignet un objet métallique tel un anneau ; du cou au nombril, un losange de tissu pendant. Je me trouvais alors au sommet d'un escalier de quelques marches, dans ce qui était apparemment une cité : en bas de la volée commençait une étrange rue, formée de 2 plate-formes entre lesquelles une voie était tracée, mais où le sol dans sa totalité était recouvert d'une matière indéfinissable. Ce me semblait des cendres de cadavres agglomérées solide. Sur chaque bas-côté, de curieuses constructions en fer, figurations de bêtes chimériques, étaient posées à intervalles réguliers : j'eus bientôt déduit, par un système de vitrage incorporé, que ces statues étaient évidées et pouvaient accueillir des êtres humains. Etait-ce une sorte de demeure miniature où seul le repos était possible ? En avançant dans l'artère, je trouvais hautement probable d'avoir dormi dans un de ces dispositifs, bien qu'aucun souvenir ne me revienne. Brusquement, sur ma gauche, une porte se mit à coulisser vers le haut, révélant les sombres entrailles d'une bâtisse devant laquelle je me trouvais : hypnotisé, je voyais cette bouche édentée s'ouvrir ; j'entendis des grincements, plus un rugissement sourd sortir d'une apparence de souterrain. Puis, - l'échine supportant un parasite d'allure simiesque à la tête dilatée, - un insecte de métal me fonça dessus, ses yeux émettant une vive lumière, ses mandibules enserrant une roue dont le destin devait être de m'écraser. Je fis un bond de côté, le symbiote me frôla, l'air froid vibra de ses bruits, de mes cris : ensuite, ce danger s'éloigna à grande vitesse, indifférent à mon sort. Aussi, même si je ne compris point comment son mouvement s'opérait, je pus constater qu'il était pourvu d'un autre boyau circulaire retenu entre ses griffes arrières ; or ces roues étaient recouvertes d'une matière semblable au sol, était-ce donc qu'il se nourrissait de ce dernier et ainsi avançait ? Encore halluciné par cette rencontre, mes pas me portèrent à la suite du monstre, à mesure que mon esprit échafaudait des hypothèses. Plus loin, la voie se terminait par une arche composée d'un édifice de quelques étages, à l'architecture déplorable et austère, en tout point comparable à ceux qui bordaient les accotements mais d'où aucune porte ni escalier n'émergeaient. Je passais cette voûte, pour m'arrêter devant une scène dépassant en horreur ce que j'avais jusqu'alors supporté. Car il y en avait d'autres qui circulaient, de bien plus fantastiques, de bien plus répugnants, et formaient un grouillement doublé de relents pestilentiels, d'un tumulte frénétique ; cette agitation me fit lever les yeux, chercher du calme dans ce chaos. Peine perdue. Au loin, en haut : davantage de constructions gigantesques, hideuses. Et sur, encore cette teinte gris-mort, par endroits doublée de miroirs reflétant le gibbeux halo qui tenait lieu de lumière à ce paysage. Même, il semblait que ces immenses colonnes ou cubes poussaient la chape plombée pour la soutenir, offensaient le ciel pour le contenir tels d'agressifs obélisques : un firmament à tourmenter. Seuls de sonores points de couleur y traçaient leur route, clignotants sur ce qui de loin m'apparaissaient dards d'acier tirés, rugissants en l'espace pareils à des flux de bruit fixe. Pour certains, une traîne de fumée blanchâtre indiquait une combustion intense : étoiles filantes, brasiers volants ? Je me mis alors à marcher au hasard, sonné. Puis mes yeux quittèrent le lointain pour descendre au plus proche… C'est enfin que je les vis : mes doubles, mes semblables, cachés presqu'entièrement par ces vêtements ridicules que je portais aussi. Même les femmes arboraient de prudes costumes, hormis quelques jambes recouvertes de transparent noirci. Tous, semblables à des mannequins de cire. Et surtout aucun sourire, et partout des allures mécaniques, et surtout et partout l'identique œil absent, en point de fuite. Certains parlaient dans le vide, d'autres dans des boîtes adaptées à leur main. Beaucoup marchaient vite, couraient presque, un fil pendant d'une ou de chaque oreille. J'en vis regarder avec anxiété leur anneau porté au poignet : néanmoins je n'y voyais rien qui puisse distiller l'angoisse, à part une inscription de chiffres qui changeait constamment. Déambulant parmi ces pantins, je me faisais l'effet de traverser un cyclone au ralenti : leurs regards à l'opposé de l'épicentre. Soudain, je rencontrais un homme : idem, ce tiers scrutait ce fourmillement, cette infamie, ces dangers permanents ; lui pointant de son doigt des silhouettes tel un enfant jouant au bandit ; moi avec une expression d'hébétude certaine. Mais, ahuris oui, nous nous trouvions tous deux près l'un de l'autre, rapprochés peut-être, - nous égarés, - par les buts obscurs de ceux qui nous bousculaient sans y prendre garde : qu'étaient-ils donc ? J'interrogeais cette moitié retrouvée sur la signification de ces catastrophes continuelles qui se déroulaient à nos côtés, sur les mots exacts qu'il fallait utiliser pour désigner ces apocalypses. Il enchérit, peut-être seulement pour lui-même, dans un souffle : « bienvenue, en enfer tiède ».

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Jom & Terry

Terry est un bandit, une vraie pourriture.
Au pays des moisis, il fait bonne figure.
Son truc, c’est : braquage puis la fuite en voiture,
Gunner un ch’tit otage et vogue l’aventure ! Là il doit se refaire : libéré de prison.
Accroc du revolver accroché au pantalon,
Il s’est vengé d’un mac qui détournait son pognon :
Pris la main dans le sac ! Ses affaires tournaient rond… Jom est un galopin qui fait 400 coups :
Un sacré plaisantin, sauvage et casse-cou.
Avec sa tête d’ange il a l’air d’un bout d’chou :
Même à poil, dans la fange on lui pardonne tout. Etrange ! Car il a depuis longtemps passé
La ligne rouge ayant, de ses voisins, cassé
Les tympans ou le toit ou le service à thé,
Volé le chocolat, itou le chien violé ! Ci-joint cartoon de nos amis, Jom & Terry :
L’un n’est pas un vrai chat, l’autre pas vraie souris.
L’un n’est pas vraiment Good, l’autre est vraiment Ugly :
Ils sont Bad tous les deux, et c’est ça qu’est funky.
Terry va voir son père, pour lui taper du fric,
Aussi taper sa mère, tapant dans l’alambic.
Son géniteur – jamais - n’a trouvé ça tragique :
Lui aussi, il lui met des beignes d’alcoolique. Or ils n’ont plus de paie, tous les ans ça empire.
Ils perdent le sommeil, les huissiers leur aspirent
Tous les suc et sève que leurs trafics retirent.
Terry rêve qu’ils crèvent – insultes – se tire. Jom comme tout môme rentre dans son chez-soi.
Ses parents ne chôment pas pour faire la loi,
L’attendent de pied ferme, pour lever la voix,
Mettre enfin un terme à ses caprices de roi. Ça dure 10 minutes ; puis il les endort.
En gentil il se mute – fera des efforts.
Cela les rend heureux, et puis maman l’adore.
Papa ferme les yeux : demain Jom est dehors. Ci-près cartoon de nos amis, Jom & Terry :
L’un n’est pas un vrai chat, l’autre pas vraie souris.
L’un n’est pas vraiment Good, l’autre est vraiment Ugly :
Ils sont Bad tous les deux, et c’est ça qu’est funky.
Terry sort de la banque en ayant tout prévu :
Dans son plan, rien ne manque – ni les flics au cul !
Il s’échappe en moto, file à travers les rues :
6 minutes chrono, ils l’ont perdu de vue. Jom a les mains sales, il s’en fout et prépare
Ses blagues de carnaval : œufs avec pétards,
Farine et puis de l’huile à mélanger, plus tard,
Pour décorer la ville en dégradés criards. Terry change de fringues, puis de véhicule.
Il garde son flingue – sans ? Il est minuscule :
En scooter il avance ; puis soudain bascule.
Bang ! Et pas de chance – Bang ! Et il s’émascule. Jom avait fait choir de l’huile sur le macadam
Changé en patinoire : bonne blague au quidam.
Il ne pensait à rien, c’est ainsi : à Paname,
Gavroche est un vaurien ; et alors, bonne dame ? Ci-gît cartoon de nos amis, Jom & Terry :
L’un n’est pas un vrai chat, l’autre pas vraie souris.
L’un n’est pas vraiment Good, l’autre est vraiment Ugly :
Ils sont Bad tous les deux, et c’est ça qu’est funky.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Monsier Vobary

« Madame Bovary, c'est moi. » Gustave Flaubert (ou peu s’en faut) An 2005 : mister Vobary est un enfant du nouveau siècle, il a quitté sa vieille nation trop attachée à des valeurs sociales datant de la précédente ère glaciaire, tout du moins du siècle dernier. Il s'est intégré à la nouvelle frontière du marché commun, frontière bien entretenue, civilisée et européenne, bien délimitée et défendue, riche en promesses d'avenir et en virtuelles aventures. Elevant la flexibilité au rang de talent, il s'est adapté à la nouvelle donne, s'est converti à l'esprit de concurrence, de même façon qu'auparavant, lorsqu'il avait abandonné ses rêves d'adolescent épris de liberté – vision qu'il trouve maintenant naïve – pour espérer travailler dans le tertiaire, avec comme objectif de devenir riche, très vite, en vendant son temps de cerveau disponible, plus exactement en vendant des prestations de services intellectuels à haute valeur ajoutée, comme nomme ceci l'OMC. Mister Vobary est maître de sa destinée, de ses choix, de sa capacité même à choisir, qui pour lui est synonyme de libre arbitre : tout va bien, son bonheur repose sur sa rationalité. Il ne s'imagine guère refuser de choisir, est strictement incapable d'inventer d'autres choix que ceux qu'on lui propose : qu'en ferait-il ? Cet immense marché commun ne comble-t-il pas tous ses désirs, ne lui assure-t-il pas la découverte d'excitants nouveaux besoins, ne lui apporte-t-il pas déjà tout ce dont il a – et pourra – avoir envie ? Il ne voit aucun intérêt à s'arrêter, ou simplement ralentir, il se construit une existence passionnante, un exploit à taille humaine : depuis sept ans déjà, il n'est plus salarié mais travaille en freelance. À l'instar d'un mercenaire, il gère ses affaires de façon discrète et internationale : son siège social est installé en Irlande, pour la fiscalité réduite, ses comptes bancaires sont regroupés au Luxembourg, pour le secret bancaire, et ses divers domiciles sont établis en Pologne, pour les bas prix du marché foncier. Malgré tout, mister Vobary partage le plus clair de son temps entre France et Belgique : de fait, c'est là où sont placés la totalité de ses clients, c'est là aussi où sont ses racines, tout du moins c'est ce qu'il aime à dire à ses collègues, car hormis des cousins éloignés qu'il voit une paire de fois l'an, il n'a aucune famille en ces pays. Pas plus d'ailleurs que d'amis, ceci ne le gênant nullement, il a peu de temps à consacrer à ce type de liens : de simples connaissances lui suffisent, surtout si elles sont bien placées dans les hauts cercles. Dans le cyclone qu'est devenu sa vie, il garde ainsi trace de ses copains d’avant sur les réseaux sociaux, habitué depuis beau temps à déménager sans discontinuer. Des amours, par contre, il en a autant que possible : inscrit dans plusieurs clubs de célibataire, où son sourire étudié et ses pectoraux bronzés en cabine font merveille, il y pratique bon nombre de palpitants loisirs, où il peut réclamer un régime de faveur, en tant que client-roi. La possibilité de relations stables, non étouffantes, adultes, étant aussi présente, il se veut là pour ça : il a même essayé le speed-dating mais ça n'a pas bien marché, trop rapide à son goût – il vieillit, sans doute va-t-il être temps pour lui de prendre femme dans un pays du Tiers-Monde. Mister Vobary possède toutes sortes d'artefacts indispensables et intéressants : un ordinateur portable wi-fi, un assistant personnel miniature, un téléphone cellulaire multifonctions – dans son esprit, virtuel est synonyme de libération. Il ne s'attarde point à connaître l'effet que peut provoquer la multiplication d'émissions d'ondes dans l'atmosphère, si ces divers rayonnements sont sains ou non : il cherche avant tout à savoir si les gigantesques investissements réalisés dans ces domaines peuvent grever les résultats des entreprises du secteur, sociétés qui doivent constamment ajuster leurs prix à la baisse pour rester compétitives, à moins bien sûr de proposer rapidement de nouveaux articles vendus plus chers, ce qui participe à remplir les décharges publiques plus vite qu'elles ne se vident. Ce dernier point, mister Vobary n'en a cure : seul l'aspect financier l'intéresse, il se doit de gérer au mieux son portefeuille de valeurs mobilières, et tant pis si une bulle spéculative susceptible de provoquer un krach boursier international se crée ainsi, qui entraînerait illico presto quelques suppressions d'effectifs. Tout ceci n'est pas de son ressort : il est libéral, il fait confiance au marché et aux autorités capables de le réguler. Point. Mister Vobary, par ailleurs, n'a guère porté attention au référendum concernant le Traité Constitutionnel Européen : ni à la campagne, ni au vote proprement dit. De façon étonnante, pour quelqu'un qui fonde autant ses actes sur sa raison, il a cru que les choses étaient jouées d'avance : que les débats houleux qui partageaient l'opinion, au final, n'empêcheraient pas le bon sens de l'emporter. De plus, il pense intimement que voter est une perte de temps et d'énergie, suivant en cela les brillantes conclusions de Prix Nobel d'économie – même si cette dernière catégorie ne fut jamais citée par Alfred Nobel comme devant faire l'objet d'une récompense à son nom. Après tout, que pourrait sa supposée voix au milieu de centaines de millions d'autres ? Qu'est-ce que ça pourrait bien lui apporter de l'utiliser ? Qui donc pourrait lui reprocher de ne pas se comporter en citoyen ? Très sérieusement, la vision qu'a mister Vobary des affaires publiques passe dans ses actes, bien entendu apolitiques, et non en un quelconque suffrage : il n'a confiance ni en la notion de peuple, ni en celle de communauté, seulement en celle d'argent. En produit typique de son époque, il est séparé de la conscience d'appartenir à groupe plus grand que lui, voire fermé au simple sentiment d'appartenir, ne serait-ce qu'à quelqu'un : à l'inverse, perméable à ces sirènes subliminales – mais tellement sociales – qui l'enchantent de promesses, rationnelles et raisonnables. Ce qui explique qu'il se désigne souvent sous le terme « homo european economicus » : cela l'amuse follement, il répète cette innocente private-joke à qui veut bien l'entendre. C'est un grand gamin : une autre de ses plaisanteries est de raconter la fois où il reçut sur son téléphone portable un SMS d'une personne inconnue, qui était manifestement un message d'amour fou, et qui laissait à penser que l'individu se suiciderait s'il ne recevait pas de réponse... Il n'a jamais répondu, même si le numéro émetteur était lisible, pas même pour signaler l'erreur d'émission : il aime à dire ensuite, cyniquement, que l'amour est la chose la plus pitoyable au monde. Dans son monde, le sexe est une affaire sérieuse, du reste mister Vobary aime être d'une santé parfaite : chez lui cela prend la forme d'une obsession, qui l'a incité à se faire vacciner contre toutes les maladies possibles, n'hésitant pas à essayer tout nouveau sérum mis en vente, en particulier ceux vantés comme plus efficients que les précédents par les groupes pharmaceutiques. Il prend ainsi soin de son corps comme de son ordinateur, mais ne sait pas encore que son marché chéri l'a déjà autorégulé, lui : parmi ces diverses vaccinations passées, il y eut celle contre l'hépatite B, et notablement un produit qui présentait un petit défaut... Chez certains sujets, il pouvait provoquer le malheureux développement d'une sclérose en plaques. « Multiple Sclerosis » : ça rime avec Vobary s'abysse - bye, mister ! Las ; Lui s'efface... Mais dix autres ont déjà pris sa place.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Péchés Capiteux

Etant
Semblable à un étang
C’est sûr
Je m’étends, prisant le bon temps Fêtant
C’est bien embêtant
Je sors, me détends
Paresseux et charmant Mes péchés capiteux
J’embrase leur bûcher
Foyer généreux   En tant
Que corps caressant
Luxure
En dedans, en sus, tel un présent Sentant
L’érogène échauffant
Désirs excitants
Ou plaisirs prenants Mes péchés capiteux
J’en brasse mon bonheur
En passent mes heures
Mes péchés capiteux
J’embrase leur bûcher
Foyer généreux   Ayant
Le goût du gourmand
Fruit mûr
Ou faisan, vins fins, chocolat blanc Frayant
Avec l’alourdissement
Poignées d’amour
Autour, me guettant Quand tu as les péchés capiteux
Orgueil et colère, sont piteux
Nul besoin des péchés capitaux
Avarice et envie, au poteau   Et ces derniers forment, à eux deux
Le capital, péché le plus haut
Et ceux qui ont les 7, malheureux
En sont fous, au-delà du défaut Mes péchés capiteux
J’en brasse mon bonheur
En passent mes heures
Mes péchés capiteux
J’embrase leur bûcher
Foyer généreux

Tequila Moor

Tequila Moor

 

puis Ganesh brama, ce fut dur, gars : on rama...

1° août. Après l’avoir laissée à l’aéroport, elle, m’octroyant un baiser hollywoodien et partant la tête haute, avec son air ravi de Lauren Bacall de cour de récré, j’étais en forme : trucs divers à faire, puis j’ai tracé vers ma maison de campagne. Long périple pour y arriver, pour cause de retard du bus ; autres trucs à faire, puis je repars vers Paname. Parti tôt : envie de manger avant de prendre le train. Mais dans mon joyeux village, pas possible évidemment. Ou alors avec un lance-pierres. Décidé donc d’aller au buffet de la gare : j’en sors ¾ d’heure après, avec 3-4 bières dans le cornet. Idéal pour voyager, sauf que je supporte plus difficilement de ne rien faire, en étant high. Posé dans une voiture, sans grand monde : un type à mots croisés, à ma gauche, de l’autre côté du couloir. 5 minutes après, un rastacouère vient s’installer plus loin devant, sens inverse de la marche. Un temps passe : arrivée dans une station, puis on repart. Une demoiselle est entrée, genre mannequin, en tenue de vacancière d’été. Elle va s’asseoir, formant un parallélépipède parfait avec nous 3, de sa place : symétrie de figure qui répond à l’asymétrie des regards qui se sont posés sur elle... Puis on l’oublie. Ensuite, elle change de siège, furtivement. Ou presque. Se place d’une façon qui me permet de la voir entre 2 fauteuils, de biais. Puis commence à se déshabiller. Pour mieux se rhabiller, dans un idem mouvement : j’entrevois son short corsaire crème qui descend, dévoilant une fine culotte de dentelle blanche. Puis elle enfile une robe brune qui recouvre cette charmante vision, enlève son chemisier jaune en faisant remonter la robe, cachant sa peau bronzée – avant de refermer le zip arrière de sa nouvelle tenue, elle n’oubliera pas d’ôter son soutien-gorge... Cela en observant souvent derrière elle, au cas où on entrerait dans le compartiment : elle se rendra compte assez tard que je la matais, peu après, rencontrant mon oeillade et mon sourire, goguenards. Non gênée, elle me sourira en retour, se concentrant de suite sur sa tâche : un temps, puis elle se recoiffe, va ensuite reprendre sa place d’origine. J’ai toujours été surpris par l’aplomb de certaines femmes, correspondant aux critères de beauté valorisés dans nos sociétés, qui leur fait oser ce que de moins jolies filles ne s’aviseraient de faire : une sorte d’arrogance légère, doublée d’une conscience aiguë de leur capacité à séduire, leur permet d’agir comme si elles étaient dotées de droits spécifiques. Changer de tenue dans un train, entourée d’hommes, et répondre par un sourire à leur voyeurisme, en faisant partie ; mais sans doute savait-elle ne rien craindre, dans cette situation : il aurait suffit qu’un de ceux présents ose un geste irrespectueux, se permette une parole déplacée, pour que les autres réagissent. Amusant, et curieux. M’enfin : arrivé à Paris, debout sur le quai, je l’ai vue pour ce qu’elle était. Moins anorexique qu’une professionnelle du mannequinat, mais habillée prolo jet-set (mules dorées imitation cuir de luxe, sac prout-prout à l’avenant, lunettes de soleil clinquantes pour tenir sa décoloration, et cætera) et qui, bien sûr, se la jouait. Son visage était anodin, typique de la jeune fille n’ayant aucun charme spécifique, qui cherche à ressembler la plus possible à l’archétype plastique montré ad nauseam dans les magazines, soit disant féminins. Je l’avais trouvée bien plus émouvante, ne voyant d’elle que fragments de ses yeux, de son sourire. Mais foin de ces plaintes : ne pas médire d’une occasion de rigoler dans un train... Cependant il faisait faim, mes bières m’ayant ouvert l’appétit : il était temps de sortir de la gare, partir manger un morceau – direction un resto nord-africain déjà essayé avec ma douce et tendre, j’avais envie d’harissa ! Grande salade marocaine en entrée, tajine canard olive citron confit à suivre, et salade d’orange en dessert. Accompagnement ? Un bon gris tunisien, je n’avais pas qu’envie de manger. L’entrée expédiée, le tajine arrive : je commence à dévorer ; là un truc bizarre se passe... Un autre client, non loin de ma table, un solitaire dont j’avais déjà croisé le regard – entre solitaires, on se comprend, non ? – commence à causer dans son cellulaire. À causer fort. En fait, de ma petite personne. De ma queue de cheval. De ma face de petit-bourgeois content de lui. De ma tenue ridicule. Du fait qu’il me mettrait bien une balle dans la tête. Tiens tiens. Truc intéressant. Selon son discours, il est très méchant, flic assermenté, autorisé à tuer, etc… Il a connu de vrais hommes, il n’aime pas les pédales, il est même branché dans le Milieu, il en croque… Tous les poncifs y passent. Au début je m’interrogeais, si c’était du lard ou du cochon : le mec était à fond dans la provoc’, me jetant des coups d’oeil, et avait une gueule pas nette. Me suis demandé si on n’allait pas devoir me frapper, s’il venait à ma table : et là, avec environ 2 litres d’équivalent bière dans le sang, et du sommeil en retard, je ne le sentais pas. Mais après… Quand il commença de divaguer, détourner les yeux quand je lui imposais les miens, ainsi que mon sourire de soûlard, il fallut se rendre à l’évidence : j’avais affaire à un petit schizophrène hargneux, un poil plus insultant que toi, chère génitrice, mais qu’il suffisait de gérer. Donc lui montrer que je fais attention, s’imposer même dans sa folie, par le rire et l’œil, mais sans exagérer, sans confrontation directe ; en gros réduire à néant le discours de sa personne, sans vouloir réduire à néant sa personne. Cela ne se fit sans mal, les serveurs du couscoussier peuvent en témoigner : surtout quand notre ami le fou à commencé à déblatérer sur les noirs et les arabes, que certains se sont sentis visés… On frisa l’incident diplomatique : pseudo Place Beauvau contre fierté marocaine, la totale ! Au final, la guerre méditerranéenne n’eut pas lieu : y’avait un diplomate dans le staff du restaurant, et mister dingo est reparti tranquille. Il a même payé, c’est dire… Je discutai ensuite avec tout le monde, constatant que tous ne croyaient pas aux problèmes psychologiques du type : ça les arrangeait, ils gardaient ainsi le beau rôle dans un film où ils se voyaient lui dévisser la tête. Contagion classique de l’aliénation. Puis le diplomate (en fait le patron) m’a offert un digestif, et je les quittai en affirmant qu’ils se trompaient, que le plus barjo était moi ! Bien bourré donc. Bien content aussi d’avoir eu une mère folle : ça sert dans certains cas… Restait plus qu’à rentrer. À pinces. Profitant du temps clément. J’avoue avoir eu envie de finir de m’enivrer dans un bar hype de Bastille, mais qui était fermé. C’est quand même beau – clic-clac cliché – une ville la nuit : spécialement quand on passe sur un pont où, dessous, des SDF font la fête au milieu de leurs tentes. Commençant à délirer un peu, je m’imaginais le moment où la société exploserait, où plus de routards-crevards-clochards-soulards-zautres-en-tard prendraient leur revanche : « Vive le Feu » de Bérurier Noir, ce genre de choses… J’exultais. Puis je me suis rappelé être pas trop mal intégré dans cette société, et sacrément risquer de connaître le feu vengeur, au cas où… Enfin rentré, j’ai discuté un peu sur le net. L’endroit idéal pour un membre virtuel comme moi du sub-boboïsme – un de ces gogos qui crachent sur les bobos en attendant de prendre leur place. Ou peu s’en faut. Puis dodo, en pensant à elle, point encore arrivée en Inde… Mais qui me manque, mince !

Tequila Moor

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Hit-parade

Faire rimer
Amour
Avec toujours Spécialité
Des sourds
Au verbe gourd Si mélioré :
Au s'cours
Et prendre un four En résumé
Les jours
Aux fiers vautours De la chanson
Des cons
Sont à rebours d'être terminés Faut-il parler
Ouïghour
Mofu-gudur ? Faire pousser
Rambours
Topinambours ? Multiplier
Recours
Et calembours ? Pour contourner
Le hourd
De leurs discours De leurs chansons
De cons
De troubadours si nuls, si grossiers Si je voulais
Ta cour
Faire, tambours Résonneraient
Yogourts
Et petits-fours Te nourriraient
Velours
En pantacourt Je t'offrirais
Glamour
Sont tes atours Dans ma chanson
De bon
Et mes mamours sont doux chants de geai Si tu voulais
Bonjours
Belles-de-jour Nos vies seraient
Humour
Puis blanc-en-bourre On s'aimerait :
Balourds
Notre bravoure Célèbrerait
Ressours
Allers-retours Dans nos chansons
De bons
Et nos parcours s'en mélangeraient Ce sans deleatur…   =========================================== Bande son : DIABOLOGUM – "Mieux Vaut Se Taire"

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Attentifs, Ensemble

À la Sainte-Anne, en fin du jour, je pris le RER. Je fus très fatigué : ayant beaucoup absorbé le soir d'avant, mon corps se trouva dans un de ces moments, fébriles, où retrouver un état équilibré ne fut guère une sinécure... Genre de fatigue pas si désagréable : déformant subtilement les sens, apaisant, favorisant la rêverie. Je m’en fus donc, en transport en commun, en route pour retrouver ma compagne de coeur en banlieue, et nous roulâmes sur un tronçon de voie non souterrain, déjà en dehors de Paris : le soleil nous fit encore honneur, sa chaleur nous rendit alanguis. Rare moment, où le plaisir fut communication sans paroles. Je ressentis cette ambiance, aidé de partielles parcelles d'alcool se trouvant en moi, et me sentis bien, pendant ces instants où la dernière station ne fut pas encore arrivée : dans ma mémoire, l'impression que ça dura des heures. L’arrivée, enfin : je me levai. Mon attention fut captée par une affichette, collée à même la tôle, près les portes de sortie. Je reconnus l’une de ces incitations à la peur subliminale, si répandues dans nos sociétés : rien de sublime, que du minable. Application du plan Vigipirate. Voici ci-dessous le « message » ; à la RATP, aucun comique en coulisse, selon la reproduction à gauche ; je crus donc obligé d’y ajouter ma fantaisie, à droite : * Ne vous séparez pas de vos bagages Pour toujours vous trouver en voyage Assurez vous qu'aucun paquet Aucun accessoire coquet N'a été oublié sous un siège Ou sinon, offrez-lui un cierge Signalez-nous tout colis Abandonnée avanie * Qu'il vous déplairait de remémorer N'hésitez pas à nous solliciter Nous et Vous * Vigies & Pirates Attentifs, Ensemble À l’ampleur de nos pas ambles * Certaines fois, la vie fut belle, il suffit de la laisser se montrer telle. À son zénith.

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Schizes Aliens

Et de nouveau
Mon cerveau veut te remercier
De m’avoir offert ta nervose
De m’avoir fait l’héritier
De cette belle psychose
Qui sait si bien
Me conseiller Car, en dedans C’est si facile à faire
Mais pas vraiment à exprimer
Que me vient de tes ovaires
Cette envie de laisser aller
L’amour
D’une mère
C’est atterrant, en dedans Rester vivant Avec tant de pertes dans cette vie
De dettes que j’ai gagnées
Cela chatouille mon ironie
Que mon principal créancier
Soit toi, dont l’agonie
De notre fusion
Fût l’alliée Car, en dedans Depuis peu, je découvris
Que nous nous étions rapprochés
Mon crime n’a pas suffit
À me débarrasser
De toi, dont le sang
À jamais
Se répand, en dedans Rester vivant Et de nouveau
Mon ego veut te remercier
De m’avoir offert ta narcose
D’avoir su m’aliéner
Injectant cette schizose
Dans nos esprits
Unifiés     Car, en dedans C’est si facile à faire
Mais pas vraiment à exprimer
Que je chéris cette chimère
Il n’est rien d’autre qui me tente
En souvenirs de tes artères
Les schizes aliens hantent
En dedans Schizes Aliens
En dedans : restez vivants

Tequila Moor

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Fragmentation

Fange. Elle se dresse, observe la tristesse qui gronde, la verve insondable, belle de sable Mais qui devra pourrir, que des roses perlées viennent à refleurir ? Novae en interlude
Impression d'une certitude
Yeux clos, des sensations défilent
Progresser un peu, de cent, de mille À suivre, la pente immaculée
L'aurore étoilée
À chaud, la surface est lisse
Exponentielle en supplice Entré en elle il n'y a pas longtemps
Resté, en se sentant bien
Ressenti les premières nuées, les premiers crachins
Un pylône se tord sous un ciel rouge sang
Sorti enfin, se voir arriver de loin
Sans dents, et à tombeau ouvert
Venu quérir la chair et les vers Être une vieille courtisane
Coeur séduit, fleur qui fane
Rire du ventre crâne Autant que ces anches lassent
Enfante, et les heures fassent
Oh Temps, que tes anges cassent Et à la brûlante fosse
Nos corps suivent l'arythmique
Tes nus et Thanatos
Succombent à l'hypnotique
Calcification des os
D'une bienvenue rythmique Bonheur enfoui
Les fées s'enfuient
Solitude au zénith
La plénitude se mérite Tard, quand la tempête est là
Le propre des cités s'en va
Encore le choix Prends et accélère
Remonte la colère
Danse la chimère Dedans est le don
Anathèmes qui t'appartiennent
Suivront les sermons
Les miens seront les siennes Au loin les chiens chient leurs foies
Du sang est en gage
Faut trouver sa foi
Sinon devenir otage L'envie est là, simiesque de blancheur
Vif et argent, miasme des flûtes
Douceur divine Quel bonheur, ce corps qui se force
On convoite cette amorce
Et nos choeurs charrient l'air, atroce Les nerfs partis dans l'au-delà
Seul reste horrifié, Scylla
Qu'un trop-plein l'emplisse
Que ses yeux se plissent
Une ascension aiguisée, écarlate
Sourire suspendu, et moite Seuls, sur une terre déserte
Serrer ces âmes offertes
Luxure d'une anatomie
La Pitié, antinomie Mouvements soumis à l'accélération
Les départs se jouent à l'unisson
Fission ou fusion ? L'aurore est faible
Dirait la fable
Semence friable La vie crie dans la fureur
Pluie qui trouble, les yeux pleins d'une lourdeur
L'herbe ruisselle, cheveux trempés de sueur Le monde est en transe, là
Le long des sirènes
La mort de l'enfance, ça
Remonte dans nos veines
En elle est la souffrance
En elle la loi
Elle, la Haine Avoir l'acide en dedans
Ronge et mords, suintant
Noeud des amants Femme, tu crieras l'arme
Et blesser la larme
De fond, charnier de charme Parcourir, aller et suivre
Les entrailles sont monotones
Morbides dans leur course
Errantes, les artères s'arrêtent
Tout est calme
Cautérisé Je...   =========================================== Bande son : THE DOORS – "L.A. Woman"

Tequila Moor

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Rester vivant

Tu muais
Tout étant résolu d'avance
Tu donnais, tant et tant d'importance
À des avidités
Qui te furent, caprices d'enfance
Avanies avinées se joignant aux avaries Exténuée
L'évolution fut à prévoir
Hors, à jamais d'or
Tu n'aurais su décevoir
Tant il est rare qu'on s'aborde dans le brouillard
Tendre temps qui s’amuse à se rendre, car Rester vivant est le prix à payer
Rester vivant ou déterrer l’idée
Rester vivant, dont rêve un suicidé
Rester vivant, avenir rassurant Débuts et fins sont des parties du temps
Haine et amour plient sous le poids du temps
Chagrin et joie ne sont rien face au temps
Douleur et jouissance sont brisées par le temps Hier est déjà fini, demain à naître
Colifichets à faire disparaître
Des illusions enfin à reconnaître
Jouer la liberté, déléguer son mal-être
L'important c'est l'instant
Si tu es bien portant
S’écoule ton présent, donc Rester vivant puis choisir la survie
Rester vivant, et s’en croire grandi
Rester vivant, trouver un idéal
Rester vivant et croire au bien au mal Regrets et remords ne sont que non-sens
Telle la non-vie d'avant la naissance
Rêver d'avenir peut être envahissant
Aussi vide que mort et son néant, alors Rester vivant, et on est éligible
Rester vivant ou singer l’impossible
Rester vivant, et on est philosophe
Rester vivant ou voir la catastrophe Celle-ci
Un tunnel au bout de la lumière
D’ici-bas, une mise en bière
Pour seule occupation
L’ennui en pâte à modeler
En petits pots à cuire
Au four, le sablier expire Ainsi reste vivant
On ne veut que ton bien
Et vois comme on l’obtient
Sans plus de sentiments

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Heure d’été, heure d’hiver

Matin d’automne
Une feuille morte
Sertit d’orange mes veines : s’en vieillir
Chaque jour long
Reste sang vécu La fatigue d’exister
Relatée par qui s’est trop vite désisté
Qui n’a pas résisté, oubliant qu’être élégant
C’est une certitude, non un simple habillement
Attitude du roseau pliant Montagnes ensoleillées
Orgueils encore plus hauts
Et nous, ici bas : se prendre pour un chêne
T’assure de casser net
Au vent qui vient de Chine La vieillesse est là pour qui souhaite ne plus se confier à personne
Ni la vie que l’on accorde, ni la parole que l’on donne, ne sortant plus du cœur
Pour qu’il n’y ait plus qu’entre nos propres mains qu’on remise ce moteur à heurts Heur d’été, heur d’hiver
Le monde s’adapte
Je me marre d’être mûr
La mort en point de mire
Et l’amour à demeure Regards qui se découvrent dans l'infini
Fleuve gelé
Et deux âmes s'embrasent La fatigue d’aimer
Relatée par qui adore jouer les pleureuses
Bobo à la libido
Les mêmes assurant qu’il faut souffrir pour être beau
Quels fatigants ! Lune solitaire
Stratus intermittents
SOS en morse : aube bientôt levée
Indifférente au genre humain Le ciel se déploie
Pour le détester, il en faut de la force
Se voir circonscrit de cercueils
Se vêtir de deuil
Comme écorce Sur le chemin
Je me fiche de mes pas anciens
De mes trépas, de mon butin
Seul compte le futur incertain : si tout doit s’arrêter demain
Je souris, pensant à qui continuera
D’y aller bon train Printemps prometteur
J'aurai pépié ceci
Un peu de temps, délicatement perdu
Pas pour tout le monde ?

Tequila Moor

Tequila Moor

 

L'Angle d'Attaque

Bienvenue pour un freestyle rap, sur Radio Absurdement Pêcheresse, la seule radio qui ne propose pas d’espace pub à la seule bière qui pourrait pourtant envisager d’en faire… Ici ! Ouf, je reprends mon souffle… Donc aujourd’hui dans le studio, le tout jeune groupe Occis Mort, composé de Phil Paydo, MC Mer et Fessard Cosy, qui se mettent déjà en piste. Alors, balançons le bon son, et place à la nouvelle école !   Veni Vedi Vici,
Au beau milieu du hip-hop français,
Où la vindicte phallocrate flippe & flop de façon rance, hey !
La misogynie sert de mise, de génie au rap hexagonal.
Une blennorragie lui sert de rage, aïe ! ça chauffe pour ses gonades :
Gonorrhée de gangsta du slip, logorrhée de p'tite frappe anale,
Sodome et Gomorrhe dans le flow – vice réfugié en ces monades.
Car détester autant les femmes, c'est forcément être pédéraste.
Rasta ? Pas forcé, mais pédant... ou Paydo Phil pour les plus chastes !
L'inceste pour les plus chanceux, « NTM » en palimpseste :
Violer de vieux parcheminés, ce sera tout ce qui leur reste.
User de décalcomanie, étrange manie pour des icônes :
Sexisme décalotté, revoici l'attaque des clones. Ces falots phallocrates jalousent les trompes de Fallope,
Se trompent d'angle d'attaque,
Transforment les femmes en salopes. OK,
Ce morceau tu ne l’as pas quitté, ou t’as le don d’ubiquité.
Tu te volatilises si j’vocalise ? Lors j’cause par onomatopées :
Non ! – mais ! – à ! – l’eau ! – quoi ? ça va, reste cool ou reste cois !
Tu t’es retrouvé, dans le premier couplet, le premier coup (reçu) de fil ?
MC Mer t’en remercie, la suite n’en sera que plus facile :
Les MCs merdeux, je les débite, ceux atteints d’une phlébite de la beat-
Box, vos faces de MCs médiocres, les roxxxe de mes gants d’ambidextre,
Vos faciès s’en rendent ocres, MCs mythos je vous exècre.
C'est con : le cave qu'on vexe se révèle souvent concave.
Je vais réunir toutes tes ex sous la forme d’un conclave :
Elles ont une liste de griefs en faveur de ton ostracisme.
Virer le macho de son fief ? Nouvelle forme de racisme.
 
Ces falots phallocrates jalousent les trompes de Fallope,
Se trompent d'angle d'attaque,
Transforment les femmes en salopes. Mouh !
Je n’suis pas fan de Hollande, préférant le fromage de Groland.
Président de la raie publique ? Certains pourtant l’assurent inique…
Fessard Cosy sur son berceau, ça va le frapper d’apoplexie,
D’aphasie, de lumbago, tout pour lui passer l’appétit :
La mauvaise fée que je suis va le tourner en tournedos,
Paul Bocuse est aux fourneaux, Bacchus nous abreuve aux tonneaux,
Rajoutons un peu de quinine pour continuer son quinquennat…
Le queutard qu’il est se câline, je préférais quand c’était moi :
Avec mon mega swag – bling-bling – j’écopais d’un Kokaïne Karma,
Carla aggravant mon cas, plus que ne l’avait fait Cecilia.
Me voici tel le rap francophone : vertueux… les années bissextiles,
Et encore… une fois sur 2 ! iPhone et Rolex me rendent viril. Ces falots phallocrates jalousent les trompes de Fallope,
Se trompent d'angle d'attaque,
Transforment les femmes en salopes.   Oulah c’était chaud ! En direct, et spécialement pour vous, le groupe Occis Mort vient de clasher plus de 90 % du rap de France et de Navarre, et a même débordé sur nos chers & aimés présidents… Un grand moment de radio, comme disait l’autre à la grande époque de l’ORTF ! Donc remercions chaleureusement ces jeunes incendiaires linguistiques, sachant que nous risquons de ne plus entendre parler d’eux par la suite, ou alors en rubrique « faits divers »… bon courage, les gars, votre nom de groupe était bien trouvé ! Tout de suite, le nouveau single de…

Tequila Moor

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Alice

En hypocrites prolégomènes, l'auteur tiens à préciser qu'il n'est pour rien dans l'écriture de la bouffonnerie qui suit : celle-ci lui a été dictée par son inconscient - suite à l'injection de substances délétères quoique légales - qui n'hésita pas à employer la violence à l'encontre du dit auteur pour parvenir à ses fins. Le dit auteur tient donc à préciser qu'il ne serait pas contre une censure de ce texte, même s'il ne serait pas pour non plus, car il faut bien avouer que son inconscient se débrouille pas trop mal pour la description des fantasmes de vieillards, zut alors...   J'étais las, éteint par nos étreintes
Elle, enceinte
Se mirait dans un miroir sans teint
Lui, caché derrière
Hors d'atteinte
Jouant l'onaniste adultère
Sans frein Alangui, sur le sofa allongé
J'attendis qu'elle vienne onduler
À l'envi, son ventre arrondi
En balancier vint se placer
Par-dessus mon poitrail
Nonchalant En l'attente d'une ondée
Alice, en l'attente d'une ondée Hors-champ
Lui, n'avait pas très en-
Vie de sentiments
Au piège du ressenti
Mentant, s'était pris
Pour un sultan, en son box
En silence, l'insultant
Le sexe en latence Elle, toute diction
M'abreuvait de ses mots à foison
Tendres frissons en sa toison
Alice, répondait au rex en érection
Os, au supplice
De l'autre côté de la glace En l'attente d'une miction
Alice, en l'attente d'une miction Pur délice
L'attente fut difficile, malhabile
Pendue à la peur de ma Narcisse
Envahie de son image de verre
Etre ici
Maintenant, elle ne pouvait guère Malgré ces yeux, quelques gouttes
Vinrent se répandre
S'éprendre
De mon plexus amoureux
Mon nombril, coupe pleine
Pissenlit en cette terre sienne
Se fit sébile
Emplie d'exhalaisons dorées En l'attente d'un répit
Alice, en l'attente d'un répit

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Oedipe

Vie
Cet infini
En apparence
Rebelle
Ma conscience
Eternelle
Alternance
D’icelle
En cellule
Et pendule
L'heure enfin
Un psaume
Plus n'est rien
Juste atome
Et ce lien
Diplôme
Allie l'étrange
À la fange Mater Gaïa
Zélé complexe d'Oedipe Point de fuite
Somme construite
D’aventure
Saigner en suite    
Falot futur
En la fracture
Père paix
Tu renais
Hydre outragée
Fixe un forfait
Déraciné
Humain mort-né
Néant en vue
Vers incongrus
L’ivre d’ire
Vérité nue
Bel avenir
Vil désir Mater Gaïa
L'humanité s'émancipe
En son samsara
Zélé complexe d'Oedipe Polaris
Appuie sur "ON"
Ci-gît jadis
Gomme et carbone
La pomme se tisse
Doktor Newton
Doktor Einstein
Ces Frankenstein
Sont vos aliens
Que l'on s'aliène
Libre arbitre
Dessert ou poire
Voix au chapitre
Un fol espoir
Tomber talitres
En sautoir Mater Gaïa
L'humanité s'émancipe
Fixant ton karma
Et s'assimile polype
En son samsara
Zélé complexe d'Oedipe Que s’annihilent
Micropyles
Là où l’on creuse
Ensemenceuse
Enfants troncs
Chaîne de réactions
Ainsi ma mère
En l’ignition
Feu nucléaire
Année-lumière
Chairs tendres
À répandre
Limivores
Quand nos cendres
Scellent le sort
Mort   =========================================== Bande son : GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR – "Dead Flag Blues"

Tequila Moor

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Polis

T’as vu ? On est ivres, il est tard… Si demain vient, je penserai à changer mes vieilles fringues : elles puent.
Puis à te changer, camarade : tu pues aussi.
Puis j’irais voir mes vieux amis, ceux de ma vie d’avant : pour eux, je pue.
Navrant.
Autre jeu, partie suivante. Si demain vient, j’irai sonner la vieille.
On ne sait jamais : peut-être, elle a besoin de quelque chose.
Je lui offrirais un truc : j’en peux plus, ces remords qui durent.
Demain. Tout était simple. Longtemps, je m’en fichais de la vieille.
Depuis, j’ai appris l’amour, ne m’a pas réussi.
Longtemps, je m’en fichais de tout.
Je l’avais, tout : et l’innocence, la fierté avec. Dégage !
T’es comme les autres. Tous.
Vous avez, t’as tout volé.
Sauf mon dégoût. Qui augmente.
Plus on me fait confiance, pire c’est.
Mais pas de douceur, surtout – rien qui retienne. T’as vu ?
Si demain vient, je continuerai la leçon.
Apprendre à être fliqué, cataloguer.
Pas changer de rôle, c’est mauvais genre.
Savoir être tout petit, en sa bonne place.
Content d’arriver jusque là. Pas demander plus.
Compartimenter : plus de 50 % aux élections, ne s’oublient pas. Aimer le cynisme.
Aimer le christianisme.
Aimer tendre une joue après l’autre, s’en foutre, trouver de quoi en rire.
Aimer le côté « j’suis à côté ».
Aimer n’avoir aucune explication pour ça, pourtant aimer ça. Parfois penser au suicide, pas comme les prostituées du coin, qui s’en fichent.
Elles en ont trop vu, qui se déchargeaient de leur vie, juste après l’avoir fait en elles.
N’ont pas envie de leur ressembler.
Même se tuer, ce n’est pas assez bon pour elles.
Elles ont raison : tout comme l'autre, j'ai peur qu'il y ait une vie après la mort. T’as vu ?
Tu glisses de mon épaule, je glisse de la tienne – c’est mort d’avance.
Nous sommes déjà déçus, d’avoir été jeunes. Voulant vivre.
Nous sommes des miteux pluriels, se raccrochant à plus ambitieux, lui disant « oui » du haut de nos mines de perdants magnifiques.
Contre nos dégaines obscènes lui échanger quelque raison de vivre.
Au singulier.
Et jusqu’à demain, s’il vient. Mon chéri ? Ma chérie ? Je sais plus, merde…
Regarde ! On va y être.
Foutre le feu au navire fantôme, au hollandais volant, à tous les bateaux ivres.
S’en fiche, on l’est et même pire.
S’en fiche, on vit dans la jeunesse éternelle – on ne la reconnaît plus, mais on l’idéalise.
S’en fiche, on s’est mangé le mur de la rébellion en pleines dents. Pour tous les jours, tenter le ravalement de notre râtelier.
Vieillards en suspens. Allez, reprendre à boire.
Ce soir, me pendre à une bouteille.
Presque pleine, debout : encore là.
Au contraire de nombre de mes ex, donc.
Tu n’es pas vraiment mieux, non, mais on se connaît pas.
Cela excuse, oui, mais n’est guère rassurant.
Je devrais aimer mon plancher ce soir : je pense y éteindre les lumières, même celles du plafond. T’as vu ?
On se souvient de tout, de rien.
D’excuses exotiques, de plus forts qui ne se sont pas excusés : de l’être, de nous laisser.
De mensonges incroyables, de plus malins qui ne se sont pas rappelés l’avoir été – ou qui ont su avancer.
Souvenirs d’un rien qui pour nous est un tout. Quoi !
Tu rigoles de la blague que je t’ai racontée la dernière fois.
T’es assez ivre pour croire que c’était en début de soirée… Et on glisse encore.
Et hormis nos épaules, il y a les langues, celles de gens qui savent parler, pas la nôtre.
Et quand ça glisse, des leurs dans nos bouches, on voudrait se croire avoir parlé de ces choses.
Qu’on aurait faites.
Qu’on n’a même pas pensées. La blague.
Je me rappelais pas : je te l’ai jamais racontée…
J’aime ça.
Ces fins de soirées, celles où l’on coule.
Pourtant, la lumière doit être belle à Malte.
Toi non plus, oui : tu n’y es jamais allé. T’as vu ?
Si demain vient, je tenterai de voyager.
Pas loin, juste assez.
Pour commencer.
Car hormis nous, il y a un autre monde : celui qui fait avancer ce dans quoi on se maintient.
Tant bien que mal.
Quand on croit ne pas avoir de prises sur lui, quand on se croit malin, de se lier à un premier de cordée même pas capable d’être guide de catacombes. On pourrait déjà, faire une balade, le long du Rhin.
Je sais : là aussi c’est bas, mais…
Ce serait bon, pour l’enclume, qu’on aura à la place du cerveau demain.
Mens pas, tête de bois.
Ce genre de métal, pour oublier sa vie, c’est l’idéal : oublier qu’on du plomb dans l’aile. Si demain vient, j’en jurerai.
Même si j’ai faim. Même si ma soif m’emplit l’estomac.
Jure ! Si tu pouvais trouver, autre chose que l’alcool, qui te rende aussi ivre, t’arrêterais de boire ?
Si nos lunes pouvaient dégorger la tumeur de ces temps déportés de loin teins.
OK, je finis la prune. Allez, viens te coucher : demain vient.
À chaque jour son essai de vie, à chaque nuit son démenti.
Allez, viens te coucher – je t’aime.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

On ferme !

Juste un autre instant pour toi et moi, d'autres instants avec l'ennui en soi : avoir passé des années avec lui pour ennemi, devoir encore en passer avec l'envie pour amie. Rien à dire, rien à faire, à part se sentir vieux. Et usés. Attendre la prochaine journée. Ou vivre en solitaire : toujours seuls, sans ce recours suprême, d'être amoureux d'autres soi-même. Subir le sabir de l'ennui, qui pourrit sa vie. Continuer à mourir, petit à petit, sans le dire. On va sourire pourtant, cacher ses sentiments, mais il faut emplir ce trou. Alors debout, recherche de bouts ; pour la prochaine fois échapper à son soi, se perdre à nouveau dans le ferme et le choix. Inutile d'insister : je ne te raconterai pas l'histoire de la marchande de Foix qui a perdu la foi en maquignonnant du foie. On se tait, ou on n’intéresse personne. Toujours faire comme si, où personne n’intéressant personne ne s’intéresse à personne. Toutefois parler. Plutôt baratiner. Ecouter aussi. Oui ça va jusque là, quand ça parle pour soi : jusqu’à l’écoute qu’on accorde aux autres qui peut parler pour soi. Dès lors on se tait, ou on s’en fiche. Se trouver des raisons d’avancer, colorer son passé, ses erreurs, ses humiliations, avec du rire. La dérision aidant, se raconter des histoires pour ainsi nier son histoire. Mais la glace de la moquerie craque, les éclats se morcèlent, les illusions cèdent, quand les noyés remontent à la surface. Se rappeler alors avoir touché le fond, se forcer à ne pas sombrer de nouveau. Le rire encore, comme seule bouée pour affronter la haute mer, car le bonheur n'est utile qu'en piscine couverte. Et moi, qui voudrait parler de beauté, mais ne sait comment faire. Cependant : intuition, il suffirait de la créer. Pas si facile : les mots sont un corps, rendu féminin par le fait d’être caressé, qui s’accordent au diapason d’une douceur qui sait les rendre déraisonné-e-s. D’informes, devenir aventure, lande d’expérimentation : luxure. M'en voici tel un libertin qui aurait trop défloré d’hymens, rendu cynique par une vision anatomiste du phénomène : sous un angle juste technique. Quand savoir faire plaisir conduit au contraire d’aimer faire plaisir… Devenir mécanicien : actionner mes outils quand la raison me fuit, enchaîner des mots pour flatter mon ego, chercher l'ultime allégorie pour rayer la frénésie. Ou la passion, peut-être : je me perds dans les synonymes. En tout cas, ça débordait du réservoir fût une époque, la jauge en était pleine, ça brûle encore mes veines. Non, je ne te parle pas de l'histoire en question, même si je te l'ai déjà racontée : un bout de foie dans les veines, ça n'a pas de sens. Depuis lors, embrasser l’ironie : pulvériser la vie. Ne plus réduire l'allure : dévorer le futur. Et puis après ? Demain, faudra vieillir – après-demain, faudra puer – plus loin, faudra être froid. Allez, je paye ma tournée ; de toute manière c'est la dernière.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Motus

J'ai des muscles bien fermes
un cerveau où ça germe
fort, mené à son terme
une chair sous un derme Qu'est plus ou moins foncé
plus ou moins coloré
ça suffit pour bouger
ça suffit pour sauter Puis rester dans le ton
quand on tournoie au fond
quand on ressent le son
qu'il s'offre comme un don Nos coeurs suivent la rythmique
femelles, mâles quantiques
nos corps sont statistiques
de ce champ magnétique * Nos vies dans cette foule
comme la mer et la houle
que l'on boit tout son soûl
mais où parfois l'on coule Certains plongent au plus haut
d'autres nagent dans ces eaux
fièvre, sueur sans repos
l'ivresse nous tient chaud Puis tout ce que l'on fume
points rouges qui s'allument
se transforment en brume
s'estompent en écume Nos maux et nos envies
s'oublient en énergie
positive folie
soeur de la mélodie * On savoure le présent
déjà voué au néant
rêve et réel et temps
évanouis dans l'instant Car il faudra sortir
abandon d’élixir
vider les lieux, partir
gérer nos souvenirs Retourner dans vos rues
où ne se trouve plus
monseigneur l’Inconnu
ennui du déjà-vu Retrouver vos silences
vos acouphènes rances
annihilant nos chances
éternelle constance * Vos silences
Vos silences : une éternité
Vos silences durent une éternité
Vos silences ainsi durent une éternité
Vos silences suivent – ainsi durent une éternité
Vos silences se suivent ; ainsi durent une éternité
Vos silences s'ensuivent mais ainsi endurent une éternité

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Hola Hombre

Hola hombre Prends garde que ta salive n’aille sombrer avec moi.
Je ne cherche plus ce que tu crois avoir trouvé. Je n’ai plus besoin de rien ; ou pas du tien.
Garde ta loi loin de nos verres, de ma foi. Ce sera meilleur pour notre santé.
Car nous buvons de cette eau-vive en guise de récidive. J’ai laissé mes salutations / mes bénédictions
Aux bouteilles que j’ai vidées
Aux vies que j’ai ôtées Mon antique colère est telle un serpent.
Elle s’agite en profondeur. Loin de tes mains moites, de ta jambe qui boîte
Sous le poids de ton ressentiment. L’envie d’être utile qui te ronge le coeur. J’ai laissé mes bienvenues / mon salut
Aux routes que j’ai traversées
Aux portes que j’ai forcées J’ai vécu telle la chienlit qui s’enracine à midi,
Mauvaise herbe qui rend le passant acerbe. Parfois, celui qui s’arrêtait pouvait servir d’engrais.  

Tequila Moor

Tequila Moor

 

L'Orphelinat

Je veux être orpheline
Être là, arrachant les bulbes
Qui poussent sur ce que je suis devenu : un tertre Avant que les jours ne deviennent pauvres
Que ces murs blafards ne veuillent sourdre
Que même les remords se veuillent humbles
Orpheline Je connus des moments de triomphe
Que même le roi des Belges
Troquerait contre son sceptre
Je vis mon corps combattre, les sylphes
Ou l'effet du girofle Une rime qui se cherche, simple
Venue avec amis et quelques
Mais personne n'en sort indemne
Ces rivières sont-elles quatorze
Salées, peut-être même quinze ?
On est seul, on en hurle Non ! mon cerveau se veut docte
Mais s'oublie cependant : il n'est que monstre
Qui se goinfre Changements qui usurpent
Les heures de ma mémoire : un meurtre
Récitant sa prière et son dogme
Pour vous forcer à ne jamais changer de genre
Orphelines Des yeux maintenant s'ourlent
De mots parfumés au poivre
Cherchent un abri, sur une douleur mixte
Pour vous chuchoter le fait d'être orphelines Comme l'accoutumé au camphre
Qui m'a, de sa plume-pixel, couchée dans ce cirque
Qui croit que rime & vie sont synonymes de muscle Je veux être orpheline
Ai besoin d'être celle qui sarcle
Debout, sur ce que je suis devenu : un sépulcre

Tequila Moor

Tequila Moor

 

S'en givrer

Chère vie – j'espère que je peux encore t'appeler ainsi ? Proclamons que oui, temporairement, par intérim. Chère vie, donc, tu m'as tellement déçu, j'en suis venu à te détester : me voici à te dire que j'ai décidé de te quitter. À jamais, moi non plus. Ô bien entendu, tu pensais m'avoir, je croyais te tenir : les amourettes dureront toujours, on se le dit tout du moins. Mais tu t'es refroidie et, de mon côté j'ai grandi, mal : nous sommes maintenant étrangers l'un à l'autre, le pire est que nous ne nous en excusons plus. Au début, mon amour pour toi fut forgé dans un espace-temps où j’étais seul à y croire – envers et contre tout. Or il y eut des choses, venant de toi, qu’il n'aurait fallu me dire, qu'il n'aurait fallu me faire, au risque de me voir repartir en cet espace-temps. Et ainsi, j’ai combattu. T’ai battue – envers et contre tout ! Tu as perdu, en fait nous nous sommes perdus : un amant de plus, certes, ce n'est pas grand chose. Pour toi c'est idem qu'un amant de moins, sans doute le pire reproche qu'il est possible de te faire : ton insensibilité à ce qui te compose, ta possible régénération en ce qui se décompose. Que tu es émaciée – que le tanin paraît beaucoup trop clairement sur tes lèvres ! Tu n'es guère heureuse, n'est-ce pas ? Cela n'est plus très grave : je m'allongerai près d'une autre froideur, je cacherai la vérité à ce qui me sert de conscience ; endors-toi juste une fois dernière, là. Adieu : maintenant je suis ma mort toute personnelle ; mon tiédasse enfer, et sa subtile tendresse je la suis d'en dedans. Pour toute réclamation concernant l'après, je te prie de voir avec mon avocat : le même que celui du diable – ça ne te changera pas, nous savons que ceci restera en famille. Souvent, la solitude humaine est comme un fruit trop vert : le moment est encore loin où elle pourrira pour former l'engrais du suicide. Sachant que la mort peut être choisie tous les jours, exactement d'idem façon, contrairement aux raisons de vivre. Las j’y arrive... Non, je plaisante ; haha ! Tu ne crois quand même pouvoir te débarrasser de moi aussi facilement ? Oui, ça t’arrangerait – donc je n’ai pas l’intention d'y tomber, dans ce piège tellement grossier : me désespérer afin que j’endosse tous les torts, ensuite ne surtout pas me porter secours. Garce ! Je suis fatigué de toi, mais encore plus de cette trop vivante mort : du fait de ne jamais rien essayer. Refusant de finir effrayé, par ce simple fait que je pourrais échouer. Préférant tenter d’accomplir quelque chose – au moins le fait d’échouer. Chère vie, tu es par trop gâchée : en vrai, pour que je puisse me permettre de t'écourter, il te faudrait ne plus rien pouvoir m’apporter. Or je suis empli d’une sainte indifférence : maintenant je le sais, que tu ne pourras me proposer pire, que ce que nous nous sommes déjà imposés. Ainsi ne t’avorterai-je pas, même si je ne te gagnerai pas non plus. C'est d'ailleurs plutôt toi qui m'aura gagné, en me dégoûtant de tout rater, mais là n'est plus la question : à défaut d’un divorce d’amour, je continue notre mariage de raison... Quel sens du sacrifice, n’est-ce pas ?

Tequila Moor

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