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La fatuité est le privilège des ratés

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Viscéral (journal d'un sociopathe, partie 1)

Dans la rue, certains se cachent derrière leurs téléphones, leurs oreillettes, leurs écrans, leurs lunettes de soleil, leurs cheveux, leur attitude… Ne pouvant m’empêcher d’être original, je me cache derrière mon sourire. Ce n’est pas un sourire commercial, loin de là. Au contraire, il est avenant, doux, intelligent et un peu moqueur : le sourire d’un homme qui prend les choses du bon côté, croit-on. Le sourire d’un homme vers qui on a envie de se tourner. Sauf qu’il est figé, et qu’il suffit à tout un chacun de croiser mon regard plus d’une seconde pour comprendre qu’il est tombé dans un piège. Froid et délicat, le piège : qui s’intitule « je vais te forcer à sourire pour te montrer à quel point tu es hypocrite ». Car dans nos sociétés utilitaristes, on ne sourit pas aux autres sans une idée derrière la tête : c’est toujours en préambule à une demande de service, ou une amorce de vente, ou pour sûr la vieille rengaine de la parade sexuelle. Or croyez-moi, je sais très bien que personne n’aime voir les autres sourire pour rien : oui, je le sais, c’est ce que je faisais il y a longtemps. Je souriais à la vie, et la vie ne rendait rien. Tout du moins, les handicapés du cœur qui m’entourent ne rendaient rien. Je parle de vous, là, hein… Enfin, disons de la plupart. Aujourd’hui, ce sont les salopes, femelles et mâles, qui sont une des mes proies préférées : vous savez bien ? Ces espèces d’animaux sociaux pervers qui ont besoin de vérifier dans le regard des autres leur potentiel de séduction. J’aime quand leur sourire de satisfaction se trouble, quant la haine affleure dans leur regard, quand elles ou ils comprennent que cette victime potentielle, en face, vient de les dépasser d’une coudée sur la règle graduée du cynisme. Un avantage existe à être ainsi. Personne ne va me faire la charité, personne ne va essayer de me refourguer de sourires pour nécessiteux à la Raoul Follereau : « nul n'a autant besoin d'un sourire que celui qui ne peut en donner aux autres » qu’il écrivit, le brave homme. Désolé, tu ne me refileras pas ta fausse monnaie, ami des lépreux. Comme disent les naïfs : tu peux laisser ton sourire changer les gens, mais ne laisse pas les gens changer ton sourire. Aucun risque : le masque est bien arrimé. Dr Jekyll & Mr Hyde, à côté, c'est un conte pour enfants. Certes, ce sourire n’est pas synonyme de bonheur : il veut dire que j’apprécie ce que la vie m’a donné, c'est-à-dire de voir les autres, de les haïr. Car voyez-vous, mon sourire existe parce qu’il sont là, que ça grouille autour. Je souris parce qu’ils sont la laideur incarnée : il n’y aurait que beauté autour de moi, je n’aurais pas besoin de sourire. Osons le dire : je serais heureux. En résumé, mon sourire est une protection contre la médiocrité, y compris la vôtre. Et maintenant que vous le savez, il vous protègera aussi de ma médiocrité. C’est fort pratique. Puisque j’en suis aux confidences : la prochaine fois, je vous parlerai de mon utilisation redoutable de l’aveu et de la vérité…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Nos Tables

Nous aimons dire « merci monsieur »
C’est important, la politesse
Moins pour être révérencieux
Que pour être vu comme altesse Nous allons nous voir pour dîner
Y parlerons d’idem façon
Nos femmes savent nous aimer
Que nous aimons d’idem façon Quels autres choix aurions-nous eu ?
On mena le bétail aux champs
Il fut acheté… revendu…
Il fallait gagner de l’argent Nos tables seront réservables
Comme d’habitude : notables
Sommes, qui plus est, respectables
De compagnie fort agréable
Dans nos propos, la certitude
N’est pas feinte : ces vérités
Savent combler la solitude
Nous lier à la réalité Nos filles et leurs attifets
Qui parfois nous voient parvenus
Ces hommes que nous avons faits
Ceux que nous sommes devenus Tout concourt au progrès social
Antithèse du bon sauvage
Tout assied un contrat moral
Simple : c’est nous, ou les carnages Nos tables seront réservables
Comme d’habitude : notables
Sommes, qui plus est, respectables
De compagnie fort monnayable
Nous avons vendu tous nos rêves
C’est à peine si nous en eûmes
Nous avons dissout notre sève
Dans la cravate & le costume Donc, il est un cadavre infus
Englouti en ce meurtre traître
Non le damoiseau que je fus
Mais l’homme que je voulais être Un cadavre qui bouge encore
Qui te reconnaît, ô mon frère !
Quand avec moi, tu es accort
Que tu me tends la poivrière Nos tables seront réservables
Comme d’habitude : notables
Sommes, qui plus est, respectables
De compagnie fort dispensable
Et qu’il ne s’y trompe, le Diable :
Si il y venait – pactisable –
Nous le rendrions corvéable…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Quoique Couac

Dans les brumes glaciales d'un marais tropical, vers la dernière escale d'une aurore boréale, enfoui dans la tourmente d'une galaxie galante, l'or des années perdues se dessine et s'invente. Immaculée vermine d'un éclat d'opaline, en l'amore d'un signe t'époumone en sourdine : restant à tout jamais, par la beauté d'un trait, sourd au calice fendu tinté luisant de jais. Les nuages s'amoncellent sur un lit de crécelles, les armées de ce ciel du rêve et du réel savent jouer pour douleur de plaire à leur seigneur, milles parodies de vie en folies et rondeurs. Une simple présence rejette à l'espérance au loin toute la semence, fruit de tant de souffrance – sur ce gouffre béant, vers un chaos suintant, chacun rit à l'envi des larmes et du néant. Un hombre soudain frappe la surface de ce globe :
Jeté par cette trappe,
Affolé sans sa robe. Sans but et sans manières, sinueux de colère. Ses yeux vitreux sont lourds :
Il sourit en retour,
Pour toujours.   =========================================== Bande son : HÜSKER DÜ - "New Day Rising"

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Etrangler d’Estorgue

L’argot des voleurs du XIX° siècle étant de toute beauté, j’y renvoie pour les mots étranges que vous ne manquerez pas de rencontrer dans ce texte : http://www.russki-ma...rgot/Argoji.php   Bien trop de mots en ton cerveau
Ça s’y bouscule, cherche à s’enfuir
Faire bascule, au-dehors séduire
Tu n’es que viande de morgue Faussetés ? Secrets inavoués ?
C’est plus marrant, ne choisir son camp
Pure comédie : changer la vie
Pouvoir l’étrangler d’estorgue Te faudrait : une ogresse, un ogre…
En vrac, alors, vider le sac
D’un ton badin, sans être radin
Va rien rester à tout déballer
Manger ces phrases sur l’orgue Ton subterfuge est un refuge
En jésuite qui ne démérite
L’abcès crevé ? Le désinfecter
Savoir s’étrangler d’estorgue Te faudrait l’autre…
Sous ton charme
Peut-être à ta merci
Tu détruis, reconstruis
C’est du faux, ce carme
Dommage, pour toi l’enfumage
N’en finit plus, donc meugle… beugle !
Hop-là… perdu ! Ça rend aveugle
De maquiller à la sorgue T’auras bien mal en ton dédale
Tes victimes se libèreront
Amours et intimes te feront
Devoir t’étrangler d’estorgue Te faudrait : au cœur, la camarde…     Et vu que je suis sympa, le vocabulaire utilisé ! Estorgue : mensonge. Bascule : guillotine. Faire bascule : guillotiner. Viande de morgue : personne imprudente. Ogresse : tenancière de bordel. Ogre : receleur. Orgue : homme, quelqu’un ; mon orgue = moi ; ton orgue = toi ; leur orgue = eux. Manger : dénoncer. Manger sur l’orgue : dénoncer quelqu’un. Carme : argent. Sorgue : nuit. Maquiller : travailler, trafiquer. Maquiller à la sorgue : voler durant la nuit. La camarde : la mort.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Katel

Matin ravin. Du fond de celui-ci, les pieds dans la mauvaise herbe et ma langue léchant les cailloux, j'écoute une musique racée, douce ou dissonante – même des chœurs archanges s'y retrouvent – qui me lacère le corps d'âme. Encore dame, encore toi à qui je pense : mais tu t'es mise à ma place, patate douce, et la note bleue m'enfle peu à peu. À quand : la rupture des digues, le largage des amarres, être quitte du rivage ? Alors court et court dans la sorgue, cette autre méprise à l'infini, qui se perd et s'agite, s'investit dans l'homélie. Oui nous en sommes : fidèles à cette table, mangeant nos pratiques sur l’orgue, le poison mésusant – que perds-tu ? Une cascade exposition, pour chasser la passion, la garder en trophée pour toujours atrophiée ; document de sérail pris au vif sur le tard afin de dévoiler, en somme, ou de faire voir. Car du diable implacable, nous ne sommes que d’humbles serviteurs, et voulons montrer la voie. Comme un abcès qui ne veut se crever, un nouveau-né qui ne peut respirer : nous avons trouvé le venin, là. Maintenant on s'écœure cet amour, ces cerveaux, ces cœurs. Mystification quasi zéro, un espoir sans atours… Et nos bas-ventres, chérie, se rendront dans d'autres lits : culs de basses fosses qui se viandent en notre lie. Hors ; la douceur est pandémie, et il faudra un jour savoir renoncer au monde, lorsqu'on s'apercevra que le monde n'a jamais aspiré à soi. Ils m'ensemblent, qu'eux – la sente à susciter sera celle qui circule parmi les putréfactions, sans contrefaçon : à accepter, la défécation, pour sortir feu follet exhalé de sa propre dépouille. Où s'exister exilés, qu'à la fin nos repères vacillent ? Dans la nudité de ces silences, dans l'enjeu : reverdir, libéré du souffle de nos vœux. Pour au printemps nouveau, naître enfin – enfant – de soi même, et savourer cette avouée pédophilie. Il pleut ; reste à se vider tendrement, presque nonchalant. Arracher tes écorces sans que cela t'écorche. Il pleut ; la boue commence à couler – nous partageons le ciel, or, il s'enbleue. Sang bleu. Va falloir avancer.   =========================================== Bande son : KATEL - "Charnelle"

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Enfoui Hors l'Abri de Tes Nuits

En quête de l'antique esprit de discorde, aidé de mains maladroites et d'un couteau rouillé, j'ai besoin de trouver quoi viander, afin que ce vieux maître puisse me reconnaître, j'ai soif de mon propre sang, pour qu'en un baiser il m'envahisse et l'épaississe. Au loin, impérial, impérieux, j'entends son chant hurler : « esclave, ne prends pas peur, évanouis-toi en moi, je n'ai que ton souffle à perdre mais j'ai au moins cela, plus l'éternité pour t'étreindre, froideur de l'éther en promotion ». Et, de cet ancien génie, je sais deux vérités : son verbe est Loi, son nom est Amour. Quand sa voix s'élève, les faciès s'affaissent au sol : « mes martyres en devenir, ne vous battez pas pour être soumis, vous viendrez tous à moi, vos vouloirs ont peu de prix face à ce miracle, je suis le pinacle de vos douces chaînes, la fin ultime de votre règne ». Il est le plus cruel de tous les proxénètes : pour lui nous subissons la sacrée prostitution, tour à tour l'enrichissant de nos passes au rabais, tour à tour pratiquant l'abattage pour ce tyran implacable, laquais qui se croient heureux dans cette soumission, ce divin racolage. Il nous hante de promesses où abîmer nos vies, il nous coupe le souffle et nous laisse les paumes vides, il ne nous donne rien quand nous lui offrons tout. Seul sentiment reconnu comme valeur universelle dans nos sociétés, l'amour n'est pourtant qu'une chose flasque, un épiphénomène, un fourre-tout conceptuel, qui n'a ni âme ni corps ni énergie, ce qui n'empêche guère ses sévices. Oui, fourre-tout conceptuel. Les âtres humains se comportent envers ce diable toujours de même façon, à l’image de Platon, ce qui s’est compliqué avec les progrès de la civilisation : parer l’amour de toutes les perfections, lui rendre hommage de tout ce qui est inventé et découvert dans le domaine de l’esthétique, de la philosophie, des délicatesses & raffinements... On passe des orateurs du Banquet à nos actuels rhéteurs qui vivent sur la bête en entretenant, même sans le vouloir, la confusion. Car si ce démon existait vraiment, qu’il faisait exprès d’y participer ? Or, aimer c'est se détruire la vie à l'aide d'un stupéfiant, persister à aimer c'est prendre un remède toxique afin de ne plus être dépendant. Aimer, c'est s'approcher d'un grand fauve, s'obstiner à aimer c'est vouloir le caresser en croyant pouvoir l'assujettir. Aimer, c'est à vif s'écorcher, continuer à aimer c'est mettre de l'alcool sur les croûtes en espérant cautériser. Or, aimer c'est tout donner et ne pas savoir si cela suffira, car tout donner n'engage pas l'autre à accepter l'élan qui nous anime, en sus de ce qui est légué ; l'autre peut fort bien n'accueillir que ce qui est offert, avec reconnaissance : à nous de nous arranger avec nos émotions, qu'y peut l'autre si nous l'aimons ? Là est une haute duperie de l'amour, quand il accule à donner encore, même dans le chagrin de notre affection impartagée – sinon nous n'aimerions plus. Certes, on le sait : et alors ? Alors : au temps, c'est l'impossibilité de l'amour qui résiste le mieux. Ce sentiment se vendant sous forme d'excuse impossible, dont nos oreilles sont rebattues, qui sert à convertir, à convaincre, à séduire au moyen de discours commerciaux, programmes politiques, propositions sociales, œuvres à l'eau-de-rose, toutes choses semblables par ailleurs : du rêve falsifié, aussi évanescent que la petite jouissance sexuelle, même si celle-ci est un moment satisfaisante, étant justement apaisement du désir, et non manipulation continuelle de celui-ci. Du rêve qui sert de supplément d'âme à des gens fatigués, du mensonge généralisé à la place de valeur plus fédératrice, de l'ersatz d'idéologie à défaut de cause commune… Vavounia, misère ! Pouvoir échapper pour toujours à ces bonimenteurs du sentiment, tous ces pickpockets de la dilection, ces quêteurs du romantisme frelaté ! Pourtant, il en existe un autre d'affect, souverain. Celui-ci, vampire, résiste bel et bien, et s'enracine tel le chiendent jusqu'à notre dévoration. Là, il s'agit de celui qui prend aux tripes, qui fait mal à en crever, le contraire des fleurs bleues et des petits oiseaux, celui qui deviendra la règle pour quelques maudits, en ces temps incertains où l'on sait blablater sur le sujet, mais où on ne sait plus aimer. Partant, j'ai conscience au présent d'écrire ces mots du fin fond d'une des cellules du despote. Feu de courte paille, ou encore suprême tromperie, l'amour est ce qui nous souffle que l'on a tort quand on dit ne pas aimer. Alors, à qui le sait : je demande pardon pour la haine dépeinte en substance, je demande pardon pour ces semailles et sa semence, pardon pour un vœu d'envieuse défaillance. Alors, à qui le veut, je demande l'absolution de nos rêves usés, de mes fantasmes psychédéliques, de tes cauchemars anamorphiques : demande aussi réparation des bouteilles consignées, des téléphones portables, du médiocre dégoût, du tout à l’égout. À toi, mort : je gis et crie et prie ainsi, enfoui hors l'abri de tes nuits.  

Tequila Moor

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Fiat Lux

Auriez-vous déjà remarqué la sonore similitude entre une porte qui grince, un bébé qui pleure & un chat qui miaule ? Trois sons qui donnent envie d'être absent au monde, de ne plus jouer l'équilibriste à la sale eurythmie. Car le Beau ne fait plus partie de nos vies, dans ces aires de supermarché pour maudits, en cette ère où soeur télévision remplace la poésie. Vil spécimen en est le beaujolais nouveau : ersatz de bon cru, vite vendu le soir, vite rendu le matin – Veni Vidi Vici de la vinasse en ravin. Le Beau geôlait : tournoiement ? En ces cellules grises capitonnées de papier peint pour ilotes modernes : le Beau n'est plus que banal-à-produire, reproduire en N exemplaires, dans des usines de tyranniques badernes. Mais nous, gais libertins, pourrions tout aussi bien Aimer se contenter, sans toi, de petits riens. L'alcool n'est qu'un début : tout vrai excès des sens Suppose une étape dans l'inversion. D’avance, Lucide Lucie, luciole de cette commençante sorgue... Faut-il se cramer à te dire que nos « oui » restent espiègles ? Que seuls nos « non » scintillent au frontispice de notre morgue : Eux savent froncer nos sourcils d'un opiniâtre teint de seigle ! A tes côtés – bleu pour le trésor de ta foi, M’en cramoisir pour le décor de tes émois, Virer bordeaux pour le matador de ton zeste : Tu m'y invites, pour rejouer mon cant de geste. Eclectique électrique, ma mue saura se faire menu Tel l'intrus de ta formule, cantique restant inconnu : Mon chant seul te touchera, mes gestes remisés au trépas – Simiesque virtualité sismique de cet ego gras. De singerie ressemblante, pour non-réponse, Dans ma strophe précédente, me suis taxé : Lucie, interrogeons cette douce semonce… Ce soir, ce matin : serais-je poil à gratter ? Mon Beau geôlait, disais-je. Qu'ouïr ! Oui-da : jeu... Que voulez-vous, gente dame : sur nos terres de Paname, en fait de növo böjo, nous avons droit à l'affreux picrate du vieux Jo qui, on vous l’assure, n'est ni nouveau ni beau. Car le Beau, en poésie, est l’important. Non le sens : il ne s'agit point là de philosophie. D’où, pour nous cette maxime : l’en-vers, de même que la solitude, n'est plus une maladie honteuse. Boycott en option. Or sans l'effort de me partager l’espace vôtre, guère de spasme littéraire, de miasme éthéré. Ô chaos, sonde : inonde ton monde, mon Beau. Puis lève la bonde. Je est un objet trouvé.

Tequila Moor

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Zinedine Zenith

« - Excusez moi : vous avez laissé tomber quelque chose... - Mon joli sourire j'imagine ? On me l'a déjà faite. - Heu... oui mais "on" ce n'était pas moi, sinon je me souviendrais de vous ! - Certes, mais si je devais individualiser toutes les bouches assoiffées d'où sortent ces pauvres phrases, je n'aurais plus une case mémoire de libre... » Cela avait démarré ainsi, par une drague bas-de-plafond. Fred n'était pas au meilleur de sa forme ces derniers jours – il y avait la chaleur de l'été pour l'accabler. Et surtout cette Coupe du Monde 2006 pour l'énerver prodigieusement. Aujourd'hui c'était la totale : la France jouait en finale contre l'Italie, dans sa banlieue les mots "allez les Bleus !" avaient remplacé les plus traditionnels "ça va ou quoi ?" et le drapeau tricolore revenu à la mode – sans l'aide de Le Pen – s'affichait jusqu'en face de chez lui, sur le balcon du voisin. 3 ans qu'il habitait dans cette ville-dortoir pour classe moyenne : venu là pour se rapprocher de sa future femme, il se morfondait depuis dans un logement trop grand pour lui, depuis que leur idylle s'était décidée à décéder en d'atroces souffrances. Pas très malin le Fred, parfois, au niveau de ses choix de vie. Donc ce soir, pour échapper à : jets de pétard, conversations animées, incendies de poubelle, embrassades éthylisées, trompettes de pacotille, bagarres de rue, bris d'abribus, et autres joyeusetés que ne manquerait guère de provoquer la fin du match, quelle qu'en soit l'issue, jusque tard dans la nuit... Ce soir donc, il s'était préparé pour faire une sortie sur Paname, dans quelque bistrot fashion inscrit à son carnet d'adresses. Il n'avait sans doute pas assez d'argent pour se payer un studio dans les quartiers les plus select de Paris, mais suffisamment pour s'y cuiter au champagne de temps à autre, jusqu'à la fermeture de 5 H, les lendemains où il n'avait rien à faire. Et là, c'était vacances ! Alors ce serait le Harry's Bar, où Hemingway inventa un jour le cocktail Bloody Mary à la vodka inodore, pour feinter sa femme. Fred y était arrivé vers 19 H, l'endroit curieusement désert pour un dimanche : quelques touristes anglo-saxons en famille, pas l'ombre d'un jeune requin de la finance, un couple de "bobos" discourant des ressemblances Royale-Sarkozy, aucun habitué au comptoir... L'effet finale jouait son plein. Mais une femme au bar : la mi-trentaine révolue, lectrice de magazines féminins chics sans doute, à voir sa ligne de corps forcée et ses muscles gagnés en salle de sport, jusqu'à la tenue sage-mais-sexy-aux-couleurs-gaies tant vantée dans les pages de ces journaux. Jolie tout de même, d'une beauté un peu passée, mais était-ce ses yeux ciel délavés, les tâches sur sa peau commençant à faner, ou son sourire ironiquement doux qui laissaient cette impression ? Il n'aurait su le dire. La seule chose à laquelle il avait pensé, en faux produit de banlieue inside, était : "elle est bonne ! si j'essayais de la brancher ?" Le courage né du premier verre aidant, il se décida pour passer à l'abordage – avant que d'autres pirates plus aguerris pénètrent dans la taverne – tout en surveillant du coin de l'oeil le barman, au cas où ce dernier se moque... Il est vrai, le premier contact fut ardu, la dame étant dure à la répartie, heureusement elle ne le renvoya dans sa moitié de terrain qu'afin de s'amuser un peu : il avait maigri en début d'année, et quand il parvenait à cacher sa calvitie naissante par sa longue chevelure, pouvait faire illusion auprès de la gent féminine, avec son style mi-cool mi-timide. En fait, il avait appris à user de sa timidité comme d'une arme de séduction, ça faisait beau temps qu'il était moins impressionné par les belles femmes, en ayant rencontré beaucoup de par sa profession. Puis Fabienne s'ennuyait, aussi : ce qui aide quelque peu pour accepter de se faire accoster. Ses enfants étaient partis la veille, une semaine de vacances chez son ex : elle vivait seule avec ses 2 fils, qui seraient ravis de voir l'ultime match de la compétition sur l'écran géant dernière génération de leur père. Elle aussi était fatiguée du football, de l'obsession que ça avait générée dans leurs têtes de piaf de 7 et 11 ans. Son samedi fut consacré au ménage, soir à un dîner entre copines, le dimanche à une grasse matinée méritée, après-midi à "prendre soin d'elle" comme on pouvait lire dans Elle – puis s'étant trouvé belle, Fabienne avait choisi de vérifier si elle savait encore faire gonfler les corps caverneux du prévisible désir masculin... OK, celui qui l'abordait maintenant s'y prenait comme un adolescent boutonneux, mais son regard rigolard lui rappelait ses fils, et un léger tremblement à la commissure des lèvres dénotait son manque de confiance en lui : pas si désagréable au fond. Il y avait d'autres points positifs : il n'était pas saoul, par contre plus jeune qu'elle. Il n'était pas grand – elle le dépasserait certainement en talons hauts – mais plutôt bien bâti : en bref, ça pourrait aller pour le moment, la soirée ne faisait que commencer. La conversation démarra donc, elle attaquant dès le début, lui forcé de défendre, puis plaçant quelques contres, pour petit à petit que s'équilibre le jeu. De séduction en tout cas. Le football, ils en parlèrent peu après 20 H, quand la France marqua son premier but, quand le "bobo" mâle admirateur de Ségolène – il avait entre-temps allumé son portable dernier cri pour suivre le début du match – meugla comme un veau dans la salle... Sa joie fut comme on sait de courte durée, mais Fred en profita pour placer quelques bons mots sur le jeu à baballe au pied, incité par Fabienne qui commençait à relâcher sa pression, le laissant de plus en plus pénétrer dans ses 16 mètres. Ils parlèrent ainsi de l'après France-Portugal : du joli résultat de 4 morts à zéro en faveur de la connerie humaine, du fait qu'il pouvait y avoir des dommages collatéraux même au football, malgré les frappes chirurgicales des buteurs... En bref, ils s'amusaient comme le font les adultes, essayant de revigorer leur innocence perdue pour séduire l'autre, essayant de paraître de grands gamins dans l'attente de redevenir sérieux au moment de consommer. À force de discussions, de plus en plus enjouées, de sous-entendus de moins en moins voilés, ils arrivèrent à vider la demi-bouteille de champagne que Fred avait offert : c'était leur dernier verre, et de plus en plus de clients entraient dans le saloon, apportant bruit de cow-boys et fumée de cigarettes. Fabienne, qui commençait à avoir les joues en feu, proposa d'aller faire un tour dans la vile lumière, pour profiter de la fraîcheur de la nuit, également avant que le match ne se termine et que l'endroit ne soit envahi de supporters égrillards. Fred, qui commençait à avoir l'imagination en feu, proposa de la raccompagner chez elle en taxi, avant qu'il n'y en ait plus un de libre, mais elle lui posa un index sur la bouche d'un air mutin... Il paya, ils partirent. Il la laissait passer devant aussi souvent que possible, quand les trottoirs par exemple rétrécissaient : sans avoir des jambes véritablement superbes, Fabienne avait ce petit balancement des hanches qui hypnotise nombre d'hommes, et sa jupe mi-longue faisait merveille... Au bout d'un moment – finaude – elle le lui dit, qu'elle voudrait qu'il passe devant aussi, mais en tenant sa veste à la main, pour profiter du paysage à son tour. Il s'exécuta, plutôt amusé de la situation, et marcha à 2 mètres maximum devant elle pendant ce qui leur restait à descendre de l'avenue Opéra, en direction du Palais-Royal : ils continuaient à discuter, et souvent à rire. Avant d'arriver place Malreaux, elle lui dit "stop ! c'est bon... tu peux revenir à mes côtés" : apparemment le test était passé avec succès, car elle lui souriait de façon coquine, tête légèrement penchée sur le côté, le regardant dans les yeux. Fred, se sentant proche du but, s'approcha doucement, prêt à s'emparer de ses lèvres. Elle se recula, juste un petit peu, puis ajouta qu'en fait, elle habitait à 2 pas : autant y aller, avant de devoir supporter les fans de football, même si on ne savait à quelle heure le match se terminerait. Les enfants absents, ils seraient certains d'être 2 tranquillement, dans l'appartement. Qui était vaste, catégorie confortable : même si ce n'est pas du neuf, ça fait toujours plaisir de marcher sur un parquet bien ciré, en manquant de tout renverser, car on s'embrasse et s'agrippe en mouvements désordonnés, trop nerveusement. Et le lit aussi est vaste, et le corps de Fabienne également confortable, bien entendu. Les ébats démarrent, on sort les munitions de latex, se déshabillant – on se goûte, avec des bouches encore parfumées au champagne, goûte au parties intimes de chacun(e) : puis les mains s'activent, les choses sérieuses se profilent. Avec le cortège d'inhibitions qui en découlent : non pas par-là, oui mais pas tout de suite, attention ça fait mal, etc... Les corps qui se choquent "on the rocks", qui s'apprennent et s'imprègnent : ou presque. Puis l'un(e) ou l'autre accélère le mouvement, ça s'enfiche ou s'enfile du mieux qu'on peut, tout devient pulsation, avec des ratées évidemment, comme en toute première fois. Fred continue, ça pousse des petits cris, on ralentit, se parle, accélère – changement de position pour profiter d'une vue, d'un angle de friction différent, c'est laborieux. Le temps passe, on s'étale sur le lit biplace, puis on jouit si on peut : en tout cas, ça arrive à l'un(e) ou l'autre. Enfin on se repose... Routine des étreintes d'un soir : l'autre anatomie qui redevient étrangère, au contraire de l'état amoureux où elle reste familière. Enfin on parle. « - Alors, heureuse ? - Un peu, moyen moyen. Ton sexe est à ton image : costaud mais petit. - Heu... - Je plaisante ! Evite juste de poser des questions idiotes, d'accord ? - C'est que justement, je complexe, héhé. - Pauvre chou, va... Et si je le prends dans ma bouche, ça te rassure ? - Oui... aïe ! - Cela va te revigorer... C'est mieux là ? - Là oui... - Comme ça alors... Hmmm. » Et elle recommença. Et ils recommencèrent. En avant, en arrière, en envies réchauffées ou désirs secondaires. Cependant sans folie. Décidemment, même en remettant le couvert, ça manquait de passion – pas de profondeur, non, juste du zeste de réussite qui fait la différence : ce n'était certainement pas sur le gazon de Fabienne que Fred allait se métamorphoser en Zizou. Il y avait bien quelques bruits de feux d'artifice provenant du dehors, mais assurément pas pour lui. Au final, il lui resta comme un léger goût d'humiliation consolante car empli d'une tendresse tendue, comme quand enfant on récite une leçon pour faire plaisir à ses parents, alors que ceux-ci attendent la fin dans un silence d'indifférence polie. Veule valse où le vagin végète, où la verge vagit. Passé minuit, elle lui demanda de prendre congé : curieusement, alors qu'il ne se sentait aucunement amoureux, son narcissisme lui commandait de ne pas partir. Il essaya de la convaincre, sans aller pourtant jusqu'à la supplier, de le laisser au moins dormir chez elle, puis devant son refus, qu'elle accepte de le revoir un autre jour. Il croyait encore que c'était lui qui menait le jeu, qui avait dirigé les opérations : il ne comprenait décidemment rien. Elle finit par le mettre dehors, gentiment mais fermement, sans le laisser se laver comme il demanda : elle devait se lever tôt pour aller travailler, alors ce serait bien maintenant qu'il soit gentil... Il ravala sa fierté et sa soif de douceur, et s'éclipsa devant la décision de l'arbitre : ça lui ferait au moins un point commun avec Zidane, quoique ce dernier soit parti du terrain la tête haute, après avoir vengé son honneur. Restait plus qu'à trouver un taxi, ou retourner se saouler. Et voilà... Fabienne avait laborieusement pris son pied, Fred s'était vidé de son trop-plein existentiel, et un grand champion avait suivi sa voie : tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes – si c'est possible. La France ? Désolé, rien à foutre.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Mort cérébrale d’un en-je

Subir à une autre route, hypnose du « qu'est-ce que c'est, ma... » gît plus de narcose au thé d'un doute en mois, jeu suie en corps sur le divan limées de toutes mes dents, visage pâle d'un phrodite, réaliser l'occis dans sept amertumes, des cumins lisent hormis Don se réveille. Du sommeil du juste ? Est-ce la fin(i) ? Sion est le Lyon – sans dehors – glyphe j'te soumets à ma table : gourmet d'étable ; vile ignominie et ma nature sur le ciel bleu rature de ton regard chaloupé révèle azur dans les tréfonds la souvenance d'enfances où tout est beau mais vît sait ce que c'est pas bateau qui la nuit est un domaine où les songes sont phénomènes de quand l'émerveille glisse sous la peau, en l'on ressent l'étau de la tendresse de la terre et de (la mer est de) la mère jaillit nos ressources qui peuvent enfin pleuvoir et te voir moire ce soir est un bonheur à nul autre pareil se payant de la flemme du musc vif-argent quand la loi émane et cécité rosée, je t'aime tu m'aimes, on sème de toutes nos forces à tout vent car l'ondée est là et la langueur de la vie ne permet pas l'heur de mourir incessamment ou se dissoudre dans ce labeur rigoureux que réclament des ares d'aires insondablement emplies de viande qui se penche, de cerveau qui s'épanche, mais qui sonne sinon ta foi dans ce poème, ha ? Synchrone arythmique, à soliloque j'ai vu puisque ce n'était une ville et je (me garde de savoir si vous me regardez vous regardant) lui ai parlé d'un roi qui meurt de vous être destiné – quelle brêle ! Quant à jeu-nous il surplombe de tous ses forts, irruption dans le cœur, érection de moiteur, l'aine se remplit joyeuse on ne peut empêcher ça de se former avec le vide futur qui va te sillonner, éradiquer A=valeur, finir par choisir ce régent : corps humain. Segment circonflexe céder voile aveuglant, acier présent dissimule l'agonie novæ pour l'arbre cache-cache la forêt, joute sur l'image d'une piste horizontale : stroboscope qu'on perçoit est camouflage du vide trou noir, glouton sur hamac. Des toiles. Caloriques. Idem-itou à perte de vue en atours d'une viscère, qui se noue et se découd via le bras d'un long fleuve : tendreté. De matière allumée, l'atout de l'air effraye et sans celle repose là cet amant religieux ; en icelui, l'ex-immensité résolue résidus vire au venin – soi-même – supplice d'un été, sans merci comme martyr, s'immerge en flocons, s'insère nain stance d'égout, dans le roc le ressac tomahawk tabernacle. Où, girouette inséminée sous l'esprit des nuances, s'onirise l'iris sauf : la vision peut-elle voir la vision ? Sensation ressentir sensation ? Sainte démence chaotique, imprègne néant, prélasse raisonnement, grâce aux vins qui boiteux et lois se revendiquent en l'instant, car de fatigue : arête. Je est un nôtre.   =========================================== Bande son : BAD BRAINS – "I & I Survive" http://www.youtube.com/watch?v=PVOME9EkJ_M

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Elégie Jaculatoire

Encore à ton dernier souffle, debout !
À l’amer de la mistoufle, debout !
Pour ta haine de maroufle, debout ! En corps à la mort qui marche, debout !
À l’âge de la ménarche, debout !
Contre vos fiers patriarches, debout ! En cuir face à la vermine, debout !
Au son d’un beau thérémine, debout !
Déficit de dopamine, debout ! En cuire un cordon bleu bifteck, debout !
Pour un autre esclavage high-tech, debout !
Pour la levée d’hypothèque, debout ! Encours d’interdit bancaire, debout !
Vise l’art de la chimère, debout !
Tiens ton serment de colère, debout ! En cours de tiers rattrapage, debout !
Lobotomie du servage, debout !
Las d’un génie des alpages, debout ! En couard du social suicide, debout !
Gaffe à prendre le morbide, debout !
Légal : ton propre homicide, debout ! En croire qu’on peut joindre les deux bouts…   =========================================== Bande son : CHARLELIE COUTURE - "L'indifférence"

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Requiem Païen

Arrêtez vos montres, vos ordis, vos iPhones.
Jetez des os aux chiens – qu’ils s’étouffent, aphones.
Vos gueules les pianos ! Silence les tambours !
Refermez cette fosse où je réside, gourd. Que les polluants avions qui hurlent, dehors,
Tracent dans le ciel cette farce : Je Suis Mort.
Egorgez donc poulets, moutons ou agneaux blancs :
À moi le droit d’être... Mardi Gras… Ramadan… Egoïste, je fus ponant, sud, levant, nord ;
Ou travail détesté, ou vacance qui dort ;
Un ami, un amour ? Puis l’oubli, les regrets !
Je crus, à tort, que l'enthousiasme ne fuirait.
 
Détruisez étoiles, qu'il n'en reste plus une ;
Démâtez ce soleil, démontez cette lune ;
Lutinez vos séants, jouez ainsi aux gorets,
Car la solitude, jamais, ne disparaît. Figez tout, inventez nous une vie parfaite,
Rédimez nos parcours en la sale défaite :
Vous en aurez besoin pour continuer… Adieu !
Un « Je » qui crut être plonge en le rien. Tant mieux.   Librement inspiré du « Funeral Blues » de W. H. Auden :

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Orgasme Volé

[au vu de son thème et du vocabulaire employé, ce texte est interdit aux moins de 18 ans selon les lois de notre beau pays... et selon mon expérience, sa lecture en est aussi déconseillée aux personnes prudes] Ils n'auront pas beaucoup de moments pour eux, chaque fois, les amants pliables, pour voguer d'hôtel en hôtel, de monde perdu en orgasme volé. Elle aimera ses mains de bébé, lui aimera ses expressions infantiles : deux immatures pliés dans l'espace-temps. Se seront-ils aimés ? Il la désirera si fort, quand ils se déshabilleront, il se jettera sur elle, insatiable impatient : alors, tout ce qu'il voudra de la vie, c'est sa queue qui le trouvera, pénis qu'il sentira conquérant, auquel il s'identifiera, enfin entrouvrant ce dans quoi il s'oubliera. Elle, émue, éperdue, aimera sentir ce feu ; parfois pour jouer, en rajoutera dans l'attente, abusera de son ardeur, diffèrera la pénétration, ainsi éprouvera mieux son envie. Un jour, il y pensera, à cette virilité, cette bite : sa puissance. Quand nu il se sera dressé, que le regard féminin l’aura photographié en instantané, il se croira pourvu d'un levier à soulever des montagnes. Se rendant compte qu'il s'enivrera de ceci, de cette force, du jus qui rugira dans ses entrailles et qu'il déversera en elle, sur elle, pour elle… Aimante de cela, de cette tendre frénésie, loin très loin d'une violence aveugle : elle en sortira épanouie, un instant en parenthèse. Une autre fois, il se demandera, la baisant, se voyant en son vagin, détaché alors, il réfléchira, non entier à leur présent ; si son sexe devra perdre de sa fermeté, que se passera-t-il ? Soudain, une panique atroce, un reflux : comme évoqué par sa question, l'événement se réalisera, parfaite prophétie. Sa fierté se mettra à dégonfler, deviendra comme inutile : il persistera pourtant, contractera ses muscles, mais ce qui aura été relaxé glissera hors de son antre, hors du ventre. Ce ne sera pas immédiat, mais elle se rendra compte assez vite, tout mou, elle ne comprendra pas, le repoussera un peu, puis moqueuse, un peu vexée, commencera à rire. Lui détournera la tête, de honte, de colère, – contre lui, eux deux, elle : qui réagira, alors attendrie et cessera de rire, sourira seulement, lui parlera, le prendra dans ses bras comme un enfant, le réconfortera car rien de grave, de nos jours, à être nœud coulant. Cela arrivera à tout le monde ; oui bien entendu. Or justement, ceci aura été le plus dur : devenir tout le monde. Ensuite, toutes les autres fois où ils s'aimeront, il aura la peur au coeur, la confiance lui manquera, le doute le ravageant même s'il rebandera, même s'il se dressera encore, heureusement, car il sera fortement amoureux. En sus, elle saura comment l'aviver, réveiller sa verge, exciter ses parties génitales : jouets d'amour. Et elle aimera ce combat, certes ce sera parfois dur à obtenir, parfois dur à maintenir, or leur jouissance se gagnera. Puis cette fragilité l’aura touchée : ceci continuera donc, une certaine période. D'hôtel en hôtel pourtant, l'angoisse distillera son venin, paralysant son envie, empoisonnant leur vie : elle voudra savoir si c'est de sa faute, est-ce qu'il la trouvera toujours aussi belle, ne regardera-t-il pas d'autres culs dans la rue ? Lui dira que non, qu'il l'aimera toujours, il n'y aura eu personne d'autre : d'ailleurs il voudra vivre quelque chose de plus sérieux. Elle, ne saura pas, ne sera pas sûre, surtout avec sa situation difficile, ce qu'il aura dû comprendre. Bien entendu, s'entendra-t-il répondre : statu quo. Insensiblement, les rendez-vous s'espaceront : elle sentira blessée son image de femme, commencera à apprécier les regards, les mots d'autres hommes. Lui pendant, verra son désir renaître par l'absence, curieusement : elle occupera plus ses pensées quand il sera seul, car en sa présence, l'anxiété augmentant, sa virilité s'étiolera ; il imaginera qu'elle fera exprès de ne pas être là, quand il brûlera pour son corps de façon intense, lorsqu'il aura su lui montrer que… Mais elle, dans une autre chambre, une autre nuit, connaîtra une langue nouvelle à fouiller sa fente. Un jour d'après, ils se verront, elle aura insisté pour cela : lui ne sera pas prêt, ce qu'il racontera, suite à quelques pitoyables efforts, fataliste, presque minable. Elle maintenant, n'en pourra plus, lui racontera comment l’autre s'y sera pris, comment elle aura été prise. Lui réalisera alors, qu'il aura attendu ce moment, la tension se relâchant enfin : elle s'habillera, dans le silence du mépris. Il la regardera partir, regardera s'éloigner sa libido, se dira qu'il aura bien été temps, – que tout ça lui passera, puis tant pis pour ses bourses : elle sera déjà descendue par l'ascenseur. Après qu’il aura payé la chambre, sortant : il sera, devenu tout le monde, à présent.

Tequila Moor

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Poisson d’Avril

Tel un héros des temps modernes
Tu seras enfin décidé
Oui ! Toutes ces vieilles badernes
Que tu vas risquer d’escroquer Vont ressentir ce qu’il en coûte
D’abandonner l’autre au servage
Le salariat ? Rien qu’une joute
Ses soldats étant ses otages Gladiateurs, qu’il faudra absoudre
Des influents marchands du temple
Idéologie à dissoudre ?
La propagande par l’exemple « Management », dans leur novlangue
Que tu retourneras contre eux
Maîtrisant cet idiome : cangue
Pour piéger les ingénus, ceux Qu’il faudra sauver de l’ASAP
Condamnés à rester aphones
À supporter le handicap
À rêver de TV, d’iPhone S’il est vrai qu’il existerait
Des millions de voies pour mourir
Travailler, de nos jours, serait
La plus répandue ; voie du pire… Poisson d’avril – Journée du fou & du mandrill
Poisson d’avril – Les requins préfèrent le krill
Poisson d’avril – Pas trop bon à passer au grill X entra dans notre entreprise
Début août de l’an écoulé
Projets, sujets, malgré la crise
Dès le début furent confiés À son expérience, puis mieux
On lui délégua les grands comptes
De son profil, le sérieux
Transparaissait, et nos gros pontes Aimaient valider un process
Avec quelqu’un de proactif
Ou projeter des SOS
À pur titre spéculatif On ne sait ce qui se passa
Le challenge était-il trop grand ?
Toujours est-il qu’il nous quitta
Sans être, du tout, transparent 1er Avril, il fut parti
La DRH, cette low-cost !
Le crut en arrêt maladie
Et non en abandon de poste Or, pour engager des poursuites
Quand on comprit, il fut trop tard
Il fallait que rien ne s’ébruite
Faute grave ? Escroc ? Au revoir… Poisson d’avril – Journée du fou & du mandrill
Poisson d’avril – Les requins préfèrent le krill
Poisson d’avril – Pas trop bon à passer au grill Vrai que, bon… j’aime ne rien faire
Tous les jours, grasse matinée
Puis ce monde me désespère
Or, bon… c’est beau de rêvasser Mais la révolte, j’en reviens !
Beaucoup veulent le paradis
Toujours repoussé à demain
Et se battre, ça ne leur dit Rien qui vaille, liés à la glèbe
Soumis aux pouvoirs, durs ou doux
Les patriciens, aussi la plèbe
Sont deux faces d’un même sou Surtout, raz-le-bol des rêveurs
Attendant la révolution
Quand je ne suis qu’un profiteur
Touchant sa bonification Pas d’indemnités, cependant
Y’a du bon : palpant le chômage
En retard… « bien cordialement »
Pour mon talent, quel gaspillage Car ça demande autant d’efforts
Qu’assurer un travail normal
Détourner les règles, c’est fort !
N’est s’en affranchir, au final… Poisson d’avril – Journée du fou & du mandrill
Poisson d’avril – Les requins préfèrent le krill
Poisson d’avril – Pas trop bon à passer au grill

Tequila Moor

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Âme Nôtre

(dédié à une personne qu'est partie puis qu'est revenue, puis qui repartira peut-être, car ainsi va la vie)   Âme nôtre
Nous sommes l’œil de l’ouragan – âme nôtre
Âme autre
En la charpente, son écho chantant Souffles qui s’alimentent
Vies qui s’aimantent
Notre grâce Un commun viatique
Une mise en pratique
Face à face Ceux ne sachant donner ne savent pas ce qu'ils perdent
Ceux ne sachant recevoir ne savent pas ce qu'ils perdent Âme nôtre
Nos douleurs se lovent dans nos bras – âme nôtre
Âme autre
Chacun prend les coups pour soi, et l’autre L’obsession qui détient
Le néant qui étreint
S’abandonnent Protection mutuelle
Passion fraternelle
On se donne Et nos faiblesses se mêlent de ce qu’on veut se dire
Et nos forces se mêlent à ce qu’on vient se dire Âme nôtre
Nos cœurs se sentent parties d’un nous – apôtres
Âme autre
Pour être vassal d’un tout, du Nôtre L’extérieur est hostile
Notre écoute tranquille
Relation De nous être inclinés
Nous nous sommes rapprochés
Fondation Et l’échange entier est dans le sentiment
Âme autre, comme l’éternité dans l’instant
Nous recevons une preuve de non-solitude
Âme nôtre, merci à ta vie de cette gratitude

Tequila Moor

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Mythomane

Suite à des problèmes avec la maréchaussée, pour cause de l’attentat sonore qui eut lieu dernièrement sur Radio Absurdement Pêcheresse, nous sommes dans l’impossibilité d’assurer votre émission préférée en direct… Vous écouterez donc la rediffusion d’un enregistrement passé : il s’agit du moment mythique où le salace Mythe-Ô-Man nous a gratifié d’une de ses meilleures inspirations. Mais attention : éloignez vos enfants du ste-po, de l’autoradio, ce qui suit est interdit aux moins de 18 ans ! Vous voici prévenus : si vous êtes mineurs, merci de ne pas continuer plus avant…   Fascinante, éreintante, elle descendait l’avenue.
Fasciné, éreinté, j’en attendais la venue –
Observant sa tenue, l’imaginant nue
Dans mes bras ; sans haut, sans bas ; le chaud de sa peau sous mes doigts.    
Dès lors piégé je fus, alors l’aborder je dus
En pirate : je l’accostais donc, et la charmais,
Lui expliquant l’effet qu’elle m’avait fait.
Lolita rigola à l’ouïe de l’insolente parole, Sculpturale damoiselle, en suspendit son vol
Puis abolit ma folie évolutive,
Lascive telle une indolente idole.
Déesse à adorer ; secret à pénétrer ; vive convive !
Jovial, je l’invitais ainsi dans mon repère
En rappant – bien, évidemment – pour lui plaire,
Avec savoir-faire… Idée ? Nous envoyer en l’air,
Nous effeuiller, nous caresser. Et plus si affinités. Mythomane !
Langue pendante,
Tu ne la connais ni des lèvres ni des dents
Mais tu rêves de ton Eve : la serrer en tenue d’Adam.
Mythe-Ô-Man
Ment & invente
Ta vie quand, perfide, la peur t’habite
De voir pousser ton bide, et rétrécir ta bite… Yo ! Je ne veux paraître poète arrogant,
Plutôt voir onduler tes cheveux, et ton corps.
À tes yeux, je vois que cela te surprend : isochore,
Mon style est habile dans l’éroto-core.
Romantisme qui, sans efforts te cajole,
Te frôle – pour que tu miaules – et t’affole :
Tel de l’alcool frivole, bu à la bouteille.
Ou baisers volés, bémols polissons en veille     D’heureux ébats ; batifolage & merveille.
Avec toi, je saurai prendre des gants vermeils :
Sensuellement, suspendre ton affolement,
En être tendre virilement, car enfin tu te fends.
Vénérable vestale, je t’en dévoile,
T’en dévêts assurément ; oui sans égal !
Mes mains polissent – quel délice – ta peau lisse,
Voyagent – où ? – vers tes seins, visitent le doux de tes cuisses. Mythomane !
Langue pendante,
Tu ne la connais ni des lèvres ni des dents
Mais tu rêves de ton Eve : la serrer en tenue d’Adam.
Mythe-Ô-Man
Ment & invente
Ta vie quand, perfide, la peur t’habite
De voir pousser ton bide, et rétrécir ta bite… Tant effet se diverge, tant disque long s’excite ;
Comme je le sais que ce n’est pas difficile :
Laissons ton habit m’éclore – si nubile –
Pour te vêtir d’une rose – et intime. Satisfecit ?
Cela te rend expressive, pour ne pas dire active :
Nos corps se découvrent tandis qu’on se recouvre,
Et ne cessent mes caresses, sur ton fessier
Qui s’abaisse… Ou se dresse ? Enfin on laisse aller… Lors, des lèvres s’entrouvrent pour m’avaler
Or les fruits de ton verger gémissent – où mon asperge
Se déplie – et m’emplissent : de joie, déployée
Par nos choix, à sa loi nous pliant, le désir s’en répand.
Car si, avec douceur je sors de ton antre,
Avec ardeur, aussitôt j’y rerentre –
Et soudain l’explosion, nos plaisirs implorants
Implosant à l’unisson : instant de perfection. Mythomane !
Langue pendante,
Tu ne la connais ni des lèvres ni des dents
Mais tu rêves de ton Eve : la serrer en tenue d’Adam.
Mythe-Ô-Man
Ment & invente
Ta vie quand, perfide, la peur t’habite
De voir pousser ton bide, et rétrécir ta bite…   Ah j’adore ! Merci Mythe-Ô-Man ! Et à toi auditeur, j’ajoute : choisis l’éroto-core, si t’es pas mort ; si t’es d’accord, c’est sans remords ! Et une spéciale dédicace de première classe en forme de respect osé, sucré et raffiné, pour toutes les miss qui jouissent de nos kiss. Et comme disait l’autre : peace. Quel talent…

Tequila Moor

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Clasher Sur Vos Tombes

Yo les kidz ! Voici le retour de la vengeance de Radio Absurdement Pêcheresse ! On vient juste de rattraper Fêtard Zan, qui croyait nous échapper : quelques fiers anciens membres de l’Horrible Organisation du Rapolitiquement Correct nous l'ont ramené, pieds et poings liés, dans un sale état... Contrit (et un peu contraint) ce brave petit nous a demandé de faire des excuses publiques au micro de notre radio : nous allons donc lui faire cette joie, sans artifices, sans musique.... A cappella !   Seigneurs du hip-hop, d'éclatante renommée,
Au verbe fécond, de faconde non aphone !
Entretenons-nous du ridicule avéré
Que transmettent rimes et rythmes monotones :
Résultats de vos flows pour publics sonotones...
Car vous n'êtes pas princes mais vils parvenus,
Vos discours se pavanent dans le convenu :
Panoplie du gangster ou crevard en l'impasse,
Quand des quartiers chics vous fréquentez les palaces,
Demandant du respect, pour vous, blanches colombes...
Heureux, que vous et votre hypocrisie merdassent,
Sera le jour où j’irai clasher sur vos tombes. Saigneurs du hip-hop, qui jouez les garçons bouchers,
Les dangereux zonards, les vrais qui se la donnent,
Ou les heureux queutards aux gonades d'acier :
Vides vos phrases sont, en radio ça résonne ;
Blêmes vos phases sont ! Or, de là le glas sonne :
Vous vous testez – réputation entretenue –
Par vidéos interposées... C'est saugrenu
De voir vos ego-trips couler sous la surface :
Noyés en clownerie, ce même à marée basse.
Vous vous rêviez faucons mais n'êtes que palombes !
Heureux, plein d'espoir en la saison de la chasse,
Sera le jour où j’irai clasher sur vos tombes. C’est nieurs du hip-hop qu’il faut vous renommer.
Vous êtes – malgré vos punchlines mégatonnes –
Incapables de freestyle... Alors vous clashez :
Les fans lancent des « heil ! » et au game s'abonnent ;
Les rappeurs font les durs, à la guerre s'adonnent.
L'entente entre labels – oui, le fait est connu –
Changent ces pitreries en marketing de rue.
Ce jour, le label Z pousse DJ Darass,
Demain le label X placera MC Krass :
Lançons un clash entre les deux, comme une bombe !
Heureux, que vos deals publicitaires s'effacent,
Sera le jour où j’irai clasher sur vos tombes. Ô vous les inconnus ; Ô vous les reconnus :
Suivez l'idem chemin, de mensonge et de chiasse
Verbale. Avenir tracé en mortelle nasse :
Clashs se suivant... Raps... Mutuelle hécatombe...
Heureux – car enfin, de l'espace, de la place –
Sera le jour où j’irai clasher sur vos tombes.       Hein ? C'est ça tes excuses, sale porc ? C'est quoi ton problème ? Tu n'as pas pris assez de coups, c'est ça ton délire ? Si t'es masochiste, on va t'en donner encore plus, tu vas voir... Ramenez-le à la cave ! Toutes nos plates excuses à nos annonceurs, du plus petit au plus grand label de rap français, ainsi qu'à tous les artistes qui auraient pu se senti visés par cet étron. Nous rappelons d'ailleurs être partenaires de la chaîne web de vidéos TousVosClashs, consultable sur TonTube...

Tequila Moor

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Vivant d’Attente

Salut ! C’est gentil d’être passé, mon vieux pote…
Oui, ça faisait longtemps : je ne sors plus beaucoup.
Fois dernière : quelle anecdote ?
On aura bu comme des trous. Bien sûr que ça va, j’ai réussi à maigrir.
Voilà qui me sert bien, tu en conviendras même :
Depuis le temps, mon ventre œdème
N’avait jamais faibli – sans rire ! Vivant d’attente,
Converse de mort lente ;
Goûter l’absence pour dévorer ma présence. Or, je me préfère vaincu
À être vainqueur dans votre armée mexicaine :
Là, voguant toujours dans la vingtaine… Déçu ?
Mon apathie crue se déchaîne. Je veux, cher avocat du diable,
M’oublier – loin – en un non-lieu jurisprudent ;
Ton haleine de tabac froid également…
Jugement de dieu ineffable ! Vivant d’attente,
Envie de plaie béante ;
Goûter une absence : en savourer la présence. Vexé, tu vas hausser la voix,
Te sentant exclus, agressé. Voire inutile :
Voici que je démolis le peu de ta foi
Qui reste en l’amitié virile. Le dégoût fait rester poli ;
Pourtant tu ne le vois plus gai, ce destin nôtre.
Tu repartiras, comme tant d’autres :
Tire bien la porte, derrière toi – merci ! Vivant d’attente,
Deux vies insuffisantes. Première existence : rêve d’omniprésence.
Seconde commence, elle n’est guère qu’absence.

Tequila Moor

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P…-De-Nez

La loi du talon, ou comment trouver chaussure à son pied :
Oeil pour œil, le regard, vers le bas, attiré...
Ensuite qui remonte, aux cuisses, aux fessiers...
Fort dommage, qu’il s’arrête avant de, vos yeux, rencontrer. L’appétit masculin, ainsi accroché à l’hameçon.
Pourquoi ne pas le dire ? Ils ont l’estomac dans les talons.
Pour prendre son pied – qu'on dénomme aussi arpion –
Que voilà d’excellents harpons ! Ou, ses jambes à son cou, si délicate position… Est-ce une force, une faiblesse, voire un talon d’Achille ?
Promesse de merveilles, ou torture pour les chevilles ?
En aurez-vous bon pied bon œil ou le dos qui s’éparpille ?
Sur un pied d’égalité – avoir les disques qui oscillent ? Chose sûre, mesdames :
Si ces Ô talons vous rendent femmes,
Ils ne sont point faits pour la marche, à haute dose ! Plutôt, pour vous permettre de prendre,
Lascives, la pose.

Tequila Moor

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Je est un nôtre, adjectival

J’étais tel le Dormeur du Val
Assassiné par son rival,
Sur la pente que l’on dévale :
La piste noire du manque. Maintenant, ton visage anvale
D’étranges cauchemars ovales
Et ma fierté, je la ravale…
Redevenu saltimbanque. Dans mon crâne, c’est carnaval ;
De tes masques, le festival ;
Et ton symbole : le cheval
Galope dans mes calanques. Je calanche quand tu cavales :
Lors, ma nature de serval
Fait des ronrons... Mode estivale :
Billard, baby-foot, pétanque ! Si on allait en teknival ?
Musiques aéronavales
Pour bouger façon médiévale :
Pour sûr, oublier la banque. Si ta beauté, qui se dévoile,
Eveille un désir ogival –
Il n’attendra que ton aval
Pour aimer ton âme franque. Je t’invite, dans l’intervalle,
Dans un paysage nival
Pour, sur une route hivernale,
Voyager en super-tank… Rimbaud ? Je le nie, ce branque !
Juste un nom pour mon pagerank :
Ô, que ses rimes se planquent…
« Je » est un nôtre, adjectival.

Tequila Moor

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Anti-Core

… tagada tsoin tsoin, yo check ça ! Aujourd’hui sur Radio Absurdement Pêcheresse, nous allons… Hey ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Nous avons une intrusion dans les studios, et je… Aïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïe ! (krouik, vrrrrrzzzzzz, boing…) Salut les fans de rap ! Alors ça gaze ? Ou alors ça ronronne, comme d’hab ? On va vous défourailler les cages à miel avec du bon gros rock qui nique tout : faut refaire toute votre inculture, vous en avez grand besoin… Considérez ceci comme une prise d’otages hertzienne ! Alors on branche amplis, micros, samplers et sans reproches, et c’est parti : façon torture auditive à Guantanamo ! Et ne vous inquiétez pas pour votre présentateur fétiche, le bâtard n’est que bâillonné ! 1 – 2 – 3 – go !   Ceux pour qui rock ne serait pas synonyme de musique
Ceux qui en font dans la rue chaque 21 Juin tous les ans
Ceux pour qui rock est synonyme de coma éthylique
Ceux qui en font dans la cave pour déplaire à papa-maman
Ceux se la jouant cynique ; ceux se la jouant mélancolique
Ceux qui vont s'auto-produire & rester maîtres de leurs erreurs
Ceux – incompris par le public – soudain reniant leur éthique
Les mêmes feront de la soupe pour plaire à leur manageur… Ceux laissant choir sans compromis : dégoût au ventre ou rage au cœur
Ceux qui imitaient Saez pour plaire à sa jeunesse française
Ceux qui imitaient Noir Dèz pour les groupies ou pour le pèze
Ceux dont on vole les idées ; ceux qui savent jouer aux poseurs
Ceux qui, sans concessions, arrivent à vivre de leur passion
Ceux qui, avec concessions, restent loyaux à leurs convictions
Ceux se plaignant par mollesse qu’un existant disparaisse
Les mêmes ne bougeant leurs fesses – qu’un excitant paraisse… Et certains sont présidents de l’arrêt public
Pendant que leur sale son, à pic, coule au fond
Où d’autres sont résidents de l’après public
En pole position de la zik de salon Ceux ne sachant pourquoi le succès les prit sans crier gare
Ceux qui – les écoutant avant – dirent « ça devient commercial »
Ceux qui, tels des génies incompris, ne joueront que dans des bars
Ceux qui n'écoutent que l'underground pour se montrer marginal
Ceux vendant du rêve aux ados en imitant les porno-stars
Ceux voulant être adorés, se croyant dieux de la guitare
Ceux n’allant jamais en concert tant leur bon goût est sûr et fier
Les mêmes ne pourraient rien braire s’ils tentaient de le faire… Ceux qui se font distribuer ou ceux qui se font licencier
Ceux que j'eus l'honneur d'observer, qui m'ont gardé à leurs côtés
Ceux se plaignant de la télé, continuant à la regarder
Ceux donnant envie de foncer d’une parole bien placée
Ceux citant « ni dieu ni maître » : de l’anarchie, ils sont prêtres
Ceux pour qui « do it yourself » est divinité désuète
Ceux ne voyant pas l'intérêt de discuter sur internet
Les mêmes, dans leur propre vie, qui ne font jamais la fête… Et certains sont présidents de l’arrêt public
S’agitant, à foison, dans le pathétique
Pendant que leur sale son, à pic, coule au fond Où d’autres sont résidents de l’après public
Devisant d’émotions, leur air ironique
En pole position de la zik de salon Ceux clonant les anglo-saxons ; la vile veule vermine !
Ceux voulant être originaux qui alors souvent s'échinent
Ceux connaissant du rock les groupes qui passent à la radio
Ceux connaissant du rock les groupes grâce à leur clip vidéo
Ceux travaillant dans les fanzines, webzines, magazines
Ceux s’y comportant tels de petits chefs : de bureau, d’usine
Ceux qui, patrons de labels, sur-jouent le rôle du rebelle
Les mêmes prenant les artistes pour : vaches à lait… poubelles… Ceux inventant le son de demain, rendant la vie plus belle
Ceux diffusant des décibels issus d’enjouées tours de Babel
Ceux n'apportant aucun son neuf, se foutant de le faire ou pas
Ceux pour qui le rock, c’est neuf, car ils connaissent depuis 3 mois
Ceux qui soutiennent leurs idoles en gravant leurs MP3
Ceux qui se la jouent le plus punk – noise – pop indie – blablabla
Ceux disant que les artistes doivent faire : ceci… cela…
Les mêmes n'agissant jamais ainsi… ni com’ci, ni com’ça ! Et certains sont présidents de l’arrêt public
S’agitant, à foison, dans le pathétique
Pendant que leur sale son, à pic, coule au fond
À défaut, ils s’en repartent arrivistes Où d’autres sont résidents de l’après public
Devisant d’émotions, leur air ironique
En pole position de la zik de salon
En un mot, comme en 1000 – en sang sur ma liste !   (boing, vrrrrrzzzzzz, krouik…) Poursuivez-les, ces chiens ! Rattrapez-les ! Dispatchez-moi ces boloss en patchwork ! Ça y est, chers auditeurs : nous avons repris le contrôle de la radio ! J’annonce déjà qu’il y aura une forte récompense pour toute personne qui retrouvera la trace de Fêtard Zan, que l’on avait programmé ici il y a quelques jours : c’était lui le chanteur de ce groupe de sous-punk immonde, sauf qu’il ne portait aucun postiche aujourd’hui ! Pour désinfecter l’air ambiant, voici tout de suite…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Gus ! Gus !

Allô ? Allô ? Ici, Radio Absurdement Pêcheresse, nous avons quelques problèmes d’antenne, j’espère que vous nous captez ! Ce soir dans le studio, un rappeur senior aux cheveux d’or qui nous vient du Nord voire même au delà… Hip-hop non stop pour vos oreilles ! Place à Bémol Dave !   Voici venir Gustave, De condition choux-rave : D’origine Mohave, Se cache en une cave… Ce qu’il aime ? Bédave Bien entendu, bouillave, Puis aussi la pillave. Mais son métier ? Chouraver : Ce qu’en bref, il fait comme un chef. Depuis peu, il s’est activé Avec un Yougoslave – De race betterave – Connu dans une rave : Pas vraiment le gars brave Mais un type assez grave ! Pillage des épaves Ou trafic des esclaves : Des années de GAV. Hey Gustave ! Gus ! T’as vu ? Parmi tous tes ‘soss, là, y’avaient Ceux qui priaient Allah, ceux qui priaient Yahvé, Pour rouler les boloss… Yalla – Avé !   Ces narvalos se gavent : En bizness à Barnave, L’antique angusticlave Ils l’ont volé… Mais ‘tave, Là, doit l’autre marave Pour un deal de goyaves Où le naze a poucave : Aux flics, il a tout bavé En lui arrachant le bénèf’ Patiemment sauvé… Son CV Ne disait rien – dicave ! – De son esprit concave, De son vice : pounchave Un collègue se lave Dans le sang, dans la lave, Le volcan, la courave… Pour ne pas se rodave, Ici, Gus doit s’encaver. Hey Gustave ! Gus ! T’as vu ? Parmi tous tes ‘soss, là, y’avaient Ceux qui priaient Allah, ceux qui priaient Yahvé, Pour rouler les boloss… Yalla – Avé !   Bon ! Faut ici pénave Que l’histoire est pourrave : Gros mytho & balnave… Et je m’y connais, zouaves ! J’ai de nom Bémol Dave, Le seul rappeur batave : Quand l’étrave aime Dave, Bémol aime les travées. (De bons travs, y’en a pas bézèf’ Mais d’eux seuls, j’aime me lover) Mon Dieu des Fables bave Devant ceci : l’octave De sa belle voix suave S’est abaissé… S’aggrave Donc mon cas, et j’entrave Qu’il faut cesser : « Moukave » Crie mon Démon... Latchave ! Voyez donc le SAV Si vous voulez m’en porter grief : Désolé, j’ai récidivé... Hey Gustave ! Gus ! T’as vu ? Parmi tous tes ‘soss, là, y’avaient Ceux qui priaient Allah, ceux qui priaient Yahvé, Pour rouler les boloss… Yalla – Avé !     Pour les plus vieux qui n’auraient rien compris à ce morceau, pour celles et ceux à qui manque le vocabulaire ad hoc, vous trouverez sur notre site un petit lexique de mots d’argot divers & variés, non exhaustif ! On enchaîne de suite avec… Bédave = fumer du cannabis Bouillave = coïter gaiement Pillave = boire de l'alcool Chouraver = voler, dérober Gus = type, homme ‘Soss = associé Boloss = victime potentielle Yalla = allez, allons, vite ! Narvalo = marginal Se gaver = gagner de l'argent Bizness, deal = affaires illicites, trafics Marave = battre, casser Poucave = dénoncer, avouer Flics = maréchaussée Bénèf’= bénéfice Dicave = regarde ! gaffe ! Pounchave = sodomiser Courave = combat, affrontement Se rodave = se faire repérer Pénave = parler, dire Pourrave = pourri, inutile Mytho, balnave = mensonge Bézèf’ = beaucoup Entraver = comprendre Moukave = la ferme ! Latchave = décamper, fuir

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Goulamour

C’est arrivé, au dernier jour : tu manquas me changer en sourd,
Vampirisant par ton discours mon chaud, mon cœur & mes mamours.
Transformation ! Ancien amant = âme damnée se lamentant.
Tu fis ça… Sadiquement… Lentement… Sûrement…. Invisible, un péché – ton dard – me décharna de mes égards.
J’en mourus à corps et à cris, flagellé hors mes rêveries.
Je plongeai dans un cauchemar, délice du Père Fouettard,
Tripes suintant en mélodie ; idem pour ma santé d’esprit. M’as-tu tué une première fois ? Suçotant mon cerveau – goût l’amour –
Cru, sans cuisson, sans même à faire revenir.
M’as-tu tué une seconde fois ? Tu fus une belle goule – amour –
Puis, désolée, me demanda de revenir.
Oui ! Au-dehors du cimetière, tu m'appelas quand nécessaire,
Sentant un désir de sorcière en ton fantastique derrière.
Nous eûmes donc quelques coïts, sans plus aucun effet ensuite :
Etrange, une morte sue – bite – tandis qu’un vil vagin s’effrite. Or j’en satisfaisais ma peau : tu étais, ma mie, un appeau.
Qu’aurais-tu pu faire en ce lit sinon la froide, à l’infini ?
Ma lumière dans ce caveau – vie – roide et dur tel un couteau :
Tu usas de moi comme ami avant que tout ne soit fini. M’as-tu tué une première fois ? Sur tes lèvres ivres, goût l’amour,
Se formait un fantôme voulant – saoul – venir.
M’as-tu tué une seconde fois ? Je suis aussi une goule, amour,
Le temps viendra – où ton sang va s’en souvenir.
Tu as rencontré un vivant, en devint mordue, du dedans :
Ça sentait le prince charmant sur chacun de tes vêtements.
Tu m’avouas, pieuse confession, être en amour et dévotion :
Hélas ! Devant un tel aplomb, mon ouie se perdit pour de bon. Rien pour me sauver de la haine. Rien pour que ton destin ne freine.
Ma vue vira au cramoisi, puis se leva mon bras moisi !
En vertu de la lune pleine, je jure que tu seras mienne :
Donc je dois t’écharper, chérie, que tu deviennes mon zombie. Ne m’as-tu tué la première fois ? Ne m’as-tu tué la seconde fois ?
Voici venir ma dernière rime : te voici prisonnière en l’abîme,
Tu vas connaître d’horreur, le film…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

LA Party

Ma saleté est mon envie
L’acarien est mon idéal
La société me l’interdit
Me désirant propre et banal Il faut donc en payer le prix
Autant m’en faire porter pâle
Depuis j’en reste dans mon lit
Pour régresser au stade anal Why ? Aïe – J’dois me faire opérer l’incisive !
Why ? Aïe – La douleur ? Un sacré leitmotiv !
Why ? Aïe – Les crocs pris en la rafle du Vel’ d’Hiv’ !
This time – non ! –  pas d’échappée : pas d’esquive !
Tout ça parce qu’elle est partie
Tout à côté, chez mon voisin
Pas dans une LA Party
Avec celui qu’habite au coin Lors, me sentant moins que zéro
J’voudrais bien défoncer ce chien
Problème ? Il est trop bien costaud
Puis j’suis raide, et pas très serein Why ? Aïe – J’dois me faire opérer l’incisive !
Why ? Aïe – La douleur ? Un sacré leitmotiv !
Why ? Aïe – Les crocs pris en la rafle du Vel’ d’Hiv’ !
This time – non ! –  pas d’échappée : pas d’esquive !
Boire est devenu mon credo
Certes ! Or oui, ma soif déclenche
Que j’en refoule du goulot
Au fond, le son de mes boutanches Seul, me rappelle au caniveau
Où c’est – las – tous les jours dimanche
Faudrait me soigner les chicots
Avant que faim-calle calenche

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Bredouillis, Ronny

De la viande à contraindre
& sans saine raison,
J’étais habitué à geindre :
Ma seule motivation. Une merde affligée,
Depuis longtemps mégot.
Morte vivante, figée
Sous forme de sale égo. Le dernier
De mes jours premiers
Pleure de jeune avidité. (Barres aux T)   Ne point vouloir s’éprendre
Du même vieux jeu :
Brandir des scolopendres
Et s’en dire heureux. De mes sœurs, mes amis,
Pensées à découvrir –
De mes frères, mes amies,
Fondations à construire. Feu nourri
Et beaux gribouillis,
Pour nous toutes et tous : envie. (Points aux I)   Sera faite, rencontre
Au futur antérieur :
Pour ce, suivre la montre
Et ma voix intérieure. Elle ou il sera bienvenue,
Tel un coup de soleil
Qui bronze la peau nue…
Jurons de lui être pareil ! Imprévus,
Là : nous aurons bu
De gaies jarres de jeu vécu. (Queues aux Q)     =========================================== Bande son : THE REBORN IDENTITY – "I've Never Missed You" – Trentemøller & Charlene (mash-up)

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Paranoïa

L'ordinateur est mon ami Etant une unité centrale Je ferai ça toute ma vie Je serai moins qu'un animal Cyberpunké dans mon esprit Chouchouté : supplice du pal Certainement, ainsi je suis Condamné au SIDA mental Trisomie Informatique ! Lobotomie Technologique !   Télévision est mon idole En vrai pratiquant cathodique De tous mes voisins je m'isole Or, nous sommes tous identiques Tels dépendants d'un éthanol Qui dissout notre esprit critique Communauté de camisoles Servitude enfin extatique Trisomie Médiatisée ! Lobotomie Satellisée !   La distorsion est mon amour Kiffant les musiques amplifiées Bientôt, j'adore être enfin sourd Ou peut-être décérébré Alors je crierai au secours Mon cerveau vraiment défoncé Oreilles pourries pour toujours J'aurai pas perdu mes soirées

Tequila Moor

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