Aller au contenu
  • billets
    183
  • commentaires
    1 482
  • vues
    187 918

À propos de ce blog

La fatuité est le privilège des ratés

Billets dans ce blog

 

Spasme

L'oubli un jour s'en est venu Rien dans les mains puis les pieds nus Ce famélique et vermoulu Aura rongé l'autre goulue   Ma mémoire ? Bien entendu ! Elle qui m'avait descendu Etait-ce une autre ? Je n'sais plus... Mais lui, oui, m'était dévolu   Voilà pourquoi c'est bien bizarre Je m'sens à côté d'mon falzar Tel un collabo maquisard Ou un eunuque partouzard   J'ai rigolé tant que j'ai pu Cherchant à ? Bin qu'il soit repus Filant du rab à cet intrus Cherchant à ? Bin qu'il soit ventru   Mais il a peur de la cohue Des souvenirs, ou du chahut De mes remords, les fort accrus L'oubli est couard... L'eusses-tu cru ?   Voilà pourquoi c'est bien bizarre Je m'sens à côté d'mon falzar Tel un mécréant bondieusard Le Sahara sous un blizzard   Après ? Désolé, c'est confus Mes regrets étaient à l'affût Mon amnésie s'est bien battu Pourtant y'a eu de l'impromptu...   L'omniscience, dès le début Voulait m'insérer son obus Tout ça tourna panpan-cucul Mais je m'en fous, j'aurai vécu !   Voilà pourquoi c'est bien bizarre Je m'sens à côté d'mon falzar Tel un non-né nommé Lazare L'hydrogène tournant quasar   Je sais tout, c'est mon néoplasme L'oxymore est mon enthousiasme Occis mort ? C'est un pléonasme ! Tout ça, ne serait-ce qu'un chiasme ?

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Nature Morte

Puis quelques années. Plus tard, trop tard peut-être. Les manèges se sont ressentis éraflures, la découverte du monde s'est colorée lumière noire, l'abîme s'est offert les pas du garçon… Ou encore est-ce ce dernier qui s'est offert ce racaille luxe : plongée en continu, sourires carnassiers, regards hypocrites. Tout l'attirail de ceux qui détestent la vie par attitude, parce qu'ils ne connaissent rien d'autre, ou qu'ils désapprirent de rire, par choix. Aussi, solitude de sa génitrice qui s'est muée en dévoration de l'intérieur, du cerveau s'est occupé le lent ravage d'aiguilles qui trottent : fatigue renoncement, rêves mués en auto-emprisonnement, jolie fuite dans l'imaginaire qui se solde en détraquement pour marotte. Elle n'a plus l'air jeune, ô ça non ! – n'a même plus l'air féminine, plutôt l'air vicié de ceux qui sont restés dans l'ombre trop longtemps, dédaignant ce soleil qui n'offre ses joies que lors contre lui d'un affrontement. Ils vont encore se promener ensemble, au jardin ou ailleurs, qu'importe : l'habitude. Mais les jeux ne sont plus les mêmes, leur addition un plus un est redevenue égale à deux, ils ne savent plus être unis ni encore deux + un… Ce jour, l'addition qui préoccupe l'esprit du garçon, c'est l'addiction à la caillasse qu'il saura trouver dans la poche de sa mère, le pognon qui s'apprend qui se prend dont on s'éprend. Comme souvent, sa main trouvera son chemin, en vol. Pour sûr, il pourrait demander mais ne demande-t-on pas qu'à ceux qu'on respecte ? Quoi ? Faudrait-il avoir du respect pour cette crevure qui n'a pas pu pas su pas voulu nous éviter cet auto-questionnement ? Etait-elle là quand la honte nous bouffait la gorge, devant ses délires, ses dérives en public ? Excuse – ses remparts furent fossés, quand l'intime commença de nous assiéger – donc solution classique, égoïsme, et propre destruction recherchée : impossible de saisir ses parents dans ses bras quand on ne sait que glisser sur leur image. Sa mère supportera comme toujours la petite arnaque, elle sait qu'il y a là manque de réflexion atterrant : son pauvre fils ne peut se rend compte que, vu leur situation, elle est obligée de savoir où leurs finances les mènent, qu'elle dissèque la moindre unité… Elle ne dira plus rien : en un reste de coin bleu roi du cerveau, souvenir de l'enfance s'amenuise mais résiste, image bonheur pour avancer dans cette vie, où les nuages ne se forment plus qu'en brouillard gris télévision, mire qui accompagne ses nuits. Elle veut juste. S'occuper du. Moins possible. Las, séparation s'achève : où, l’utérus pue…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Ulysse 69

Heureux qui, comme Ulysse, a vu un effeuillage Commis par celle-là qui tondit sa toison : Quand elle s'est retournée – du pénis l'oraison – Son âme s'est perdue en projets de mariage.   Quand se tairont, hélas, tous ces vains babillages Commis par celles-ci qui, en toutes saisons, Abreuvent de mélasse, ou bien d'exhalaisons, Le mâle que rebutent tant de verbiages ?   Son désir ne se prête aux délires spécieux, Son phallus ne se dresse aux esprits fallacieux, Si las qu'il se trouve de vos ruses vulpines...   Si clair qu'il voit, d'ici, dans votre baratin Qu'à moins de vous offrir dans des draps de satin, Inutile d'attendre une autre rime en –pine !   (machin pondu sur le forum en un moment de désoeuvrement... replacé ici pour archivage... puis si ça peut plaire... tout le monde aura reconnu l'hommage à Du Bellay ...)

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Une Victoire de Peu

J'observe les esclaves dans leurs bureaux, autrement dit la ressource humaine, dans son état tertiaire : elle a l'air conditionné, celui qu'elle prend comme celui qu'elle respire… On ne s'en lasse pas, toujours de nouvelles choses à découvrir dans leurs comportements, ils parviennent à surprendre jusque dans l'ennui de leurs mœurs. Lors de la pause déjeuner, quand quelques uns d'entre ces employés, modèles interchangeables, se laissent aller à manger ensemble – par pure sympathie croient-ils, en fait pour tromper leur lassitude – alors ne tardent pas à apparaître dans leur conversation, bien entendu non à bâtons rompus, déjà pleine d'humour à ricaner ou autres clichés, quelques silences prolongés, ceux où leurs yeux s'abaissent jusqu'aux assiettes, ceux pendant lesquels on entend leurs cerveaux se demander qui sont donc ces étrangers, en face, pourquoi diable leurs vies se sont croisées aujourd'hui : il suffit d'un rien, une parole mal placée qui se révèle pour nulle raison politiquement incorrecte, ou le souvenir d'un collègue qui, comme ils disent d'un air navré, « péta les plombs »… Ou encore, le rappel du lent parcours des heures avant la retraite, alors les trésors d'amabilité qu'ils déployaient juste avant muent en simples ordures, leur conscience se ferme et s'avale d'elle-même pour retomber en dedans, et cette soudaine absence de communication leur renvoie une image réciproque de solitude. Mais celle-ci idem est sordide et torve, basse comme la queue de ces chiens qui suivent d'un œil craintif leurs maîtres, ne s'aventurant jamais à tirer sur leur chaîne. Certains pourtant continuent leur repas, parlant par épisodes, diplomates, ne voulant guère de trop d'aigreur gâcher la digestion, se disant qu'une bonne entente peut toujours servir, qu'une relation saine de travail implique des concessions, car ce n'est pas de leur faute s'ils sont là, attablés, les uns au milieu des autres, sans trop savoir pourquoi ; ils ont tous à gagner leur vie, ce qui signifie se côtoyer, se supporter, se draguer parfois peut-être, en un mot se serrer dans cet espace-temps qu'ils n'ont pas choisi, dépendants qu'ils devinrent de la sacro-sainte économie qui trône dans leurs journaux, royale et despotique, courtisane de luxe qui les a tous séduits et les a tous trompés. Encore, elle s'accroche à leurs lèvres quand ils parlent de leurs rêves : augmentations de salaire, crédits à rembourser, exonérations d'impôts, plus-values diverses et autres associations de consommateurs… Cela prend toute la place, il n'y a plus rien d'autre, plus de salive pour le reste, pour la honte éprouvée à ne pouvoir s'avouer cette mutuelle impuissance, ce fait lucide qu'ils sont à présent incapables d'autrement jouer : à part le rôle qu'ils acceptèrent, dans la tragi-comédie des études et du travail, quand tout jeune déjà, ils endurèrent de suivre la voie de leurs parents. Ceux-là attendant que ceux-ci deviennent indépendants, alors ceux-ci passant leur permis de conduire pour que ceux-là les estiment permis de sortir, puis l'argent de poche remplacé par celui des jobs d'été, l'apprentissage du manque, du comment pour en avoir à peu près il faut s'abaisser – ce qu'ils nomment autonomie. À une époque passée pourtant – celle-ci lointaine – dans la caverne de ces poitrines retentissait un rythme différent, plus frais, impétueux et nature, comme un fleuve sauvage voulant déborder les artères, un appétit à dévorer la terre, et une encore après si celle-ci n'aurait pas suffi : en cette époque, on s'en amusait du travail et de sa cohorte d'hypocrisies, on les voyait de loin, ceux aux dix ans de plus, dos déjà courbés, on savait s'en moquer, remarquer les visages gangrenés de gris, puis venaient pitié ou mépris, au minimum on lâchait un « y'a pas que ça dans la vie » ou « j'veux pas leur ressembler plus tard ». Peur bien légitime. Aujourd'hui, certes on est toujours moqueur, mais c'est cette jeunesse qui est visée, c'est son propre passé qu'on crible de traits, ses désirs déjà morts que l'on dénigre : ironie désespérée de ceux qui finissent de ressembler à l'adulte occidental dont, en sortant d'être adolescents, ils n'ont pas compris la simple lutte pour subsister, à croire que le libre arbitre n'existe pas. Aujourd'hui donc, boucle fermée, ils inversent les rôles, ne font le plus souvent que parler : travail, argent, le sexe pour la légèreté, ou l'enfance qu'ils respectent encore, sinon ils affectent de traiter le reste de biais, infectant tout de leur inintérêt. Mais cela ne trompe personne, l'ironie cache l'amertume sans l'éradiquer, et le dégoût de leur propre condition rejaillit au travers de phrases inutiles, telles « c'est beau d'avoir vingt ans » ou « nous étions jeunes » ; comme si vouloir partir en vacances, au soleil ou à la montagne, ne serait pas le signe d'un désir d'absolu toujours présent, simplement mal satisfait. Je suis attablée dans les mêmes endroits, à part, par trop désireuse de scruter sans toutefois me mêler à ces ombres, à ces ersatz d'humains : je repense à vous, mes tendres amis, et ma mélancolie me fait ravaler quelques larmes, me fait plus souvent errer la vision parmi ce troupeau, où parfois elle en croise une autre égarée. De façon chagrine, car dans nos contrées, quand des regards se croisent, la plupart du temps s'y découvre la peur, peur de s'ouvrir, de laisser voir à autrui son miroir intérieur… plus rarement, car pour individus expérimentés, ceux pour qui le miroir est déjà poli, comme il faut, ceux qui savent donc faire remonter celui-ci à la surface, s’y trouvera de l'indifférence, du mépris, de la colère ou de l'envie de séduire, toutes attitudes affectées comme il se doit, pour oublier cette peur toujours là, juste maintenant enfouie… presque jamais, se découvre dans cet échange furtif une saine curiosité, non encore fanée, non encore flétrie : de simples globes qui posent la question « mais pourquoi me regardes-tu ? » et qui renvoient, en l'acceptant, leur propre recherche d'un regard questionnant. Ainsi, faut-il que l'on en soit rendu à l'extrême limite de nos relations, qualifiées d'humaine, pour que ce qui devrait être lot commun soit de l'ordre de l'exceptionnel ? Faut-il dès lors comprendre que je ne puisse plus trouver personne tels que vous dans cette foule ? Vous étiez parmi elle, diamants généreux, trop purs, trop bruts, de ceux qui n'ont pas eu la chance de se frotter à plus dur pour devenir coupants, fragiles mais tranchants, d'un inexorable minéral sur lequel tout épiderme s'accorde de s'offrir, sur lequel la vie s'épanche mais s'ouvre : oui, vous l'ambitionniez, être de ceux qui donnent, de ceux qui – dégrossis – vont jusqu'à s'imbiber de cette source qu'ils violentent chez d'autres pour ainsi rejaillir, répandre et, s'épandre, s'en déprendre, l’espoir d’apaiser la soif des asséchés qui ne manquent pas, même en devenir, qui naissent à ce monde déjà stériles, la bouche pleine de lésions. Il vous aura manqué un peu de possibilités, de fermetés aussi, pour vous avant tout, car vous n'avez pas plus travaillé à votre salut que vous n'avez su travailler à celui de vos pareils. Vous étiez parmi eux, mes chéris, vous tentiez de résister, chacun de votre manière, faits pour vous rencontrer, un jour ou l’autre : me rencontrer, également ? Vous aviez développé chacun de votre côté, un décalage, une vision interne, un poison secret, sécrété par vos cerveaux, processus que vous n'avez su stopper, avant qu'il ne vous dévore, avant qu'il ne détruise la confiance que vous pouviez vous accorder. Et nous accorder. Déjà trop solitaires, trop de détestation du monde dans vos artères, trop envie d'en découdre, détruire, plus assez d'évolution en devenir, à offrir ou développer vers l'abstraite troupe contre laquelle le combat s'est résolu, avant qu'il n'apparût : combat perdu d'avance, vos virtuelles existences ne servant à rien ; décor d'abnégation, holocauste de carton. Maintenant vous êtes décédés, vos organes répartis pour sauver quelques vies, vos corps servant pour la science : j'y ai veillé, à ce que vous soyez dépecés de cette façon, à ce que vos prétentions de don se soient concrétisées post-mortem, que vos trépas en forme de dégoûts n'aient été seulement futiles, aussi utiles. Or cela ne me sert en rien, ne me rassure guère, de savoir que des parties de vous sont encore de ce monde : je sais juste que vous n'êtes plus là, cela m'est horrible, car vous n'avez sans doute pas abreuvé grand monde, mais moi oui, et votre absence s’en trouve trop présente à mon esprit, étouffante. Reste une satisfaction – savoir que vous ne serez plus torturés par vos chimères, qu'il ne sera plus nécessaire d’en douceur vous rasséréner, que l'angoisse ne vous meurtrira plus. Ainsi, mes défunts amis, voici comment se résume ma civilisation, comme la vôtre. Je vous garde en moi, foi de Victoire, mais je veux à tout prix vivre. Ne plus jamais faire partie de ce monde.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

La Bouffe à Charlie

Certes oui, bouffer halal, ça me rend musulman Bouffer comme à Katmandou, ben ça me rend hindou Certes oui, bouffer kasher, ça me rend juif errant Bouffer comme en Haïti, ben ça me rend vaudou Mais si je ne bouffe pas, ça me rend-il Bouddha ? Bouffer un gras saucisson, ça rend-il gros et con ? Moi j'm'en fous, je change de foi plusieurs fois par semaine Oui j'm'en fous : la crise de foie, c'est vraiment ça que j'aime   Puis dévorer des sushi, ça me bride les yeux Puis si je végétarien, j'aromite les riens Puis avaler des champi me rapproche des cieux Bouffer tel Hannibal me rendant cannibale Mais si je ne bouffe plus, ça me rend-il velu ? Bouffer ce que j'ai rendu, ça vomit tant et plus ! Moi j'm'en fous, je change de foi plusieurs fois par semaine Oui j'm'en fous : la crise de foie, c'est vraiment ça que j'aime Si j'm'en fous ? De cette vie belle et saine que je mène ? Si, j'm'en fous ! Car c'est du temps qui s'égrène que je sème   Las ! Bouffant à Nazareth, j'entendis « Naze, arrête... » C'était cousin Goulu s'enfilant un Jésus « ... Va pas faire d'omelette avec un Mahomet ! » L'avait raison, Loustic, depuis je bouffe que pouic Si je n'avale plus guère, ça vaut-il une guerre ? A la mort d'un bouffon, encore en coeur, bouffons ! Moi j'm'en fous, je change de foi plusieurs fois par semaine Oui j'm'en fous : la crise de foie, c'est vraiment ça que j'aime V'là qu'je broute les pissenlits par-dessous mon dolmen J'm'en fous : si t'en amènes, j'boufferais tes chrysanthèmes...

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Eglogue à une Grégairophobe

(p'tit truc écrit en l'honneur de Mite_Railleuse... vu qu'elle a malicieusement réclamé... au prétexte que je me proposais de la séduire... mon bon coeur me perdra...)   Si tu me lis, Mite
J'en ferai un scénar'
Si tu me dis « na ! » Mite
Prends garde à mon bagout Car je n'en a pas l'air, Mite
Mais je suis un Bernard
Donc si tu te marres, Mite
Prépare-moi en ragoût Trois pincées de raifort, Mite
Sont trop, car goguenard
Me voici chatte, Mite
Te trouvant à mon goût Or – tout ceci : un mythe
Je cours dans la mitraille
Ma cour, soudain tu railles
Chère beauté de corail qui me rendra grigou
Pour qui le sait, Mite
Je descends de Nemrod
Alors tels d'Adam, Mite
Ou d'Eve... Déshabillons-nous... Pitié, pas le stalag ! Mite
Je m'érige, tu m'érodes
Je ne suis guère anti, Mite
Plus pour, être coquinou Mais si tu veux plus d'âme, Mite
Use de tes électrodes
Pour que le seau d'eau, Mite
Soit un devenir-gnou Car – tout ceci : un mythe
Je cours dans la mitraille
Ma cour, soudain tu railles
Chère beauté de corail m'ayant mis à genoux
Est-ce ne plus toucher terre, Mite,
Que vouloir t'enlacer ?
Est-ce supplice du pal, Mite
Que te voir me railler ?
Devrais-je jouer mono, Mite ?
Ailleurs devrais-je aller ? Va savoir : peut-être qu'après tout, la Mite y est...

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Douceur Salée (recette de cuisine alambiquée)

Après les classiques étapes pour en arriver à cet endroit, ainsi qu’une tonique douche ou un bain relaxant : dans un moment de calme, allongez votre partenaire sur le ventre et sur une surface soyeuse, confortablement, de façon alanguie... Pour la suite de cette comptine, vous serez dominant, l’Autre sera dominé, mais sachez d’avance que tout ceci est parfaitement unisexe : qu’ici vous ne serez homme, que l’Autre ne sera femme. Pour commencer, caressez ce corps retourné sur toute sa nudité, du talon peut-être calleux jusqu’au dessous musqué de ses bras, en passant par le creux de ses reins – volcans au repos – ou par tout autre endroit que vous jugerez bien disposé. Cependant, caressez seulement ! N’allez pas encore réveiller les muqueuses : au contraire, rendez-les jalouses, ces habituées. De même, ne soyez pas pressant : n’utiliser que l’intérieur de la paume ou le bout des doigts selon les endroits est source de découverte, n’utiliser que le dessus de la main ou l’en dessous du poignet réveille la curiosité... Ensuite, placez-vous de façon propice pour commencer à l’embrasser, ce de façon très calme : dans le cou, sur ses épaules, son dos, ses reins, ses cuisses, ses jambes, ses pieds, et bien évidemment en sens contraire jusqu’à ce que soupirs s’ensuivent... Oui vous avez remarqué, je n’ai pas encore parlé des fesses : là où la peau est fine, douce, élastique, là où intérieurement vous rugissez de ne pouvoir vous ruer. Pour bien s’en occuper, je vous accorde le droit d’y porter... votre souffle : oui, un souffle chaud peut être excitant ! Mais non, ne vous y arrêtez pas : descendez, remontez le long de ce corps, en variant comme il se doit les efforts. Et les plaisirs. Par exemple, si vous avez de longs cheveux, laissez-les participer au jeu. Par exemple, si votre ventre est un peu rebondi, faites qu’il effleure son derme, aussi. Par exemple encore, le long de la colonne vertébrale, titillez son fin duvet à l’aide de vos lèvres humides ou de votre langue avide, en évitant de toucher la peau. Par exemple toujours, passez la toison de votre pubis près la raie de ses fesses, juste pour rendre le jeu électrique. Par exemple enfin, faites que vos mains deviennent le coussin de sa poitrine, de son bassin, ou que vos doigts jouent avec sa langue, et ses lèvres, autour... Maintenant, vous pouvez vous attarder : commencer à humecter ce que vous voulez explorer, que vous allez honorer. Petit à petit, restez tenir compagnie à ce cul, forcément magnifique. Caressez-le tendrement, tout en passant votre langue sur le fil de son sourire magique : en l’écartant gentiment, laissez votre organe descendre vers ce délicieux trou caché, vers cette douceur salée... Que vous n’hésiterez pas à contenter, l’Autre l’aura bien mérité : une attente aussi longue doit être récompensée. De même, profitez de la promiscuité des organes, rendez visite au charmant voisinage : vous pourrez convier vos mains, ainsi que votre nez, s’il le sent. Cette fin n’est que le début, mais c’est un autre conte : votre irrépressible besoin de chaleur vous fera trouver votre voie, et le désir pour sûr exacerbé de l’Autre vous y aidera... Sachez que c’est une façon de faire qui peut plaire : idéale pour une « première fois », en somme. Idéale aussi pour mettre les corps en confiance, en résonance (si j’ose dire). Idéale enfin, et là je m’adresse à mon lectorat masculin, pour s’intéresser à ce que votre corps ressent en son entier, non seulement toujours au même endroit monopolisateur. Puissiez-vous donc vous rendre compte que tout est ouvert !

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Pantomime

Dans ces lits : chacun sa place,
Se replier face à face.
À vie, de notre liaison lasse
Sentir s'ouvrir l'espace. On a manqué notre but :
Bonheur rapide mais lent uppercut.
Trop tôt fut stoppée la lutte,
– erreur livide –
Pour suspendre sa chute. Pantomime des chagrins :
Teint terreux du matin,
Venin à vomir.
Pantomime des amants
Dont l'aveu se répand,
Néant à venir… Rire en retour : freiner l'engrenage
S'il faut faire bon ménage.
Reproches et amour se naufragent –
Mutuelle prise d'otages. Pesant est le passé :
Tout est joute et refrain obsédé.
Tout à recréer : reprendre la route,
Nos destins séparés. Et partir au plus loin,
Traîner l'adieu un moment,
Sans inutiles sentiments. Sans mentir, on est bien :
On est léger pour l'instant.
Ce sera hostile – cependant. Eteints… Pétrifiés au pourtour,
L'âge ricanant de nos beaux discours.
Du sel s'abreuve de nos croûtes :
Douleur rompant la digue de nos doutes. Puis s'annoncent les pluies acides :
Deuil obsédant et nos yeux humides.
Alors rayer nos nostalgies,
L'éreintant de nos veilles manies ; De nos imitations,
De nos mîmes,
De ces pantomimes :
Pantins dans l'abîme.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Revolving

Il regarde tourner le linge :
Son bonheur, lui, il le singe.
C’est un peu triste, mais bien pratique…
C’est l’air de la chrématistique Inversée, car elle consiste
À prodiguer des richesses
Non accumulées : idéaliste,
Il croit mettre l’argent HS ; Se voyant en néo-bourgeois,
Il esquive le travail
Puis hypothèque aussi dans la joie –
Aura recours au crédit-bail. Aura-t-il assez vécu ?
En aura-t-il assez du
Revolving ? Ce revolver,
Du vase Ming, évolue vers Le découvert !
Le voyage en terre Viking ! Le révolu verre de Riesling !
Puis, dévolu destin d’hiver :
Ne valoir même un Schilling…
Il regarde tourner le linge :
Ça lui remue les méninges.
C’est un peu triste, mais bien pratique…
C’est l’aria du lavomatic À utiliser aujourd’hui
Et tous les jours qui lui manquent.
La vie ne lui fera plus crédit :
Ne parlons même pas des banques ! Les huissiers se sont régalés ;
Chez lui ce fut la razzia :
Meubles, bijoux, machine à laver,
Parts d’entreprise ou de pizza. Son utopie est-elle réelle ?
Le hait-il son – empli de fiel –
Revolving ? Ce revolver,
Du vase Ming, évolue vers Le découvert !
Le voyage en terre Viking ! Le révolu verre de Riesling !
Puis, dévolu destin d’hiver :
Ne valoir même un Schilling…
Il regarde tourner le linge :
Telle une énigme de sphinge.
C’est un peu triste, mais bien pratique…
Epître aux realpolitiks Qui auront demain fort à faire :
Les Etats étant solvables
Si les capacités financières
Des cons, citoyens, restent fiables. Sinon, la paix lui dire : Bye !
Goulûment, s’attendre au pire.
Sinon, banqueroutes en pagaille
Auront raison de nos Empires. Fasse que ce monde disparaisse !
Fasse que ton règne absurde cesse,
Revolving ! Un revolver,
Du Wyoming, évolue vers – Tombeau ouvert –  
Le bombardement de Beijing ! La nucléaire dinde à Thanksgiving !
Puis, saison d’atomique hiver :
Drôle de terraforming…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Racaille Le Rouge (journal d'un sociopathe, partie 3)

En tant que pauvre, dans ma jeunesse, j’eus recours au racket, au vol, à la resquille généralisée pour espérer vivre un peu mieux : en majorité, j’usai de ces techniques envers d’autres pauvres, et on en usa aussi envers moi. D’un point de vue cynique, ce fût légitime. Plus âgé, je jouai même le gigolo de pacotille, car gigolo conjugal : habiter chez des femmes que l’on n’aime pas mais qui ont de l’argent, en faisant croire à notre amour, blabla, à la solidité de notre couple. Guère plus légitime, au moins était-ce agréable ; parfois… Foin de mauvaise foi, tout ceci fût injuste, mais je n’éprouve aucun respect pour ceux qui n’usent pas de tels expédients : l’état de pauvreté implique le fait d’avoir à se débrouiller pour subsister, il n’existe aucune raison de respecter ceux qui ne veulent subsister. Cependant, je n’éprouve aucun respect non plus pour ceux qui acceptent ce jeu de la survie, aucun respect pour la racaille que je fus : accepter ce qui est imposé, c’est le propre de l’esclave. Là est le piège fondamental posé par l’état de pauvre : on serait idiot de refuser la moindre possibilité qu’on trouve de se débrouiller, mais dans le même temps, on ne peut être fier d’accepter cette possibilité car elle n’en est pas une – comme nous n’avons pas le choix, ce n’est pas une possibilité ; comme elle nous est imposée, c’est une injonction. Que des raisons de se mépriser, en gros. Passent les années, ce mépris finit par s’oublier, ou alors on en crève – le seul moment où il peut revenir est lorsque, un peu plus chanceux ou malin que d’autres, on s’en sort. Ici, la vie devenant plus facile, et n’étant plus obligés d’user de mêmes méthodes pour se débrouiller, nous avons tout le temps et le loisir de nous mépriser. Cependant c’est un luxe, car rien ne s’oublie, et si nécessaire on reprendra demain les bonnes vieilles habitudes pour ne pas se retrouver sur la touche : le seul hic étant l’éventualité de se faire pincer, alors on essayera d’user de méthodes plus élaborées, plus policées – surtout éviter une lourde décision de justice. Pure logique : si on éprouve peu de respect pour ceux qui ne volent pas, et aucun pour ceux qui volent, on en a encore moins pour ceux qui se font prendre ! Nouvelle règle d’adaptation : arrêter d’être pauvre, s’élever sur l’échelle sociale, signifie ici se civiliser, acquérir un vernis. S’infiltrer donc, pour dévorer de l’intérieur. Et pour mieux s’infiltrer, copier les us et coutumes autour de soi, reproduire ces manières : cela fait partie des choses à comprendre, vite, qu’on ne peut se permettre de parler et d’agir comme on le faisait avant, sous peine d’être rejeté par ses nouveaux amis – voire sa nouvelle caste. Là aussi, on se retrouve esclave, tout du moins en théorie. Dans la pratique, il peut arriver de jouer l’ancien pauvre de service, l’arriviste sympa tout de même, le type qui en a vu mais évite d’en causer, celui qu’il ne faut pas chatouiller mais qui a des excuses, etc… La clef ? Ne point en abuser, ne pas trop en faire : rire de son passé, en faire rire, taire les choses les plus dures. Connaître quelques anecdotes de petits malheurs sympathiques, à ressortir sur commande pour détendre l’atmosphère, ou lors de soirées. Surtout, ne jamais se mettre en colère. Principalement quand on entend les tonnes de mielleux sentiments, déversés par les bonnes âmes au sujet de la pauvreté. Ou bien, il faut un gain possible en échange du spectacle de sa colère, cela doit servir : exemple, pour se faire bien voir. Le vernis, toujours… Comme milieu, j’ai opté pour le cultureux : on m’a inculqué assez tôt le goût de la littérature et de la musique, de façon désordonnée certes, mais suffisante pour hériter d’une curiosité envers tout ce qui est art & culture, arrivé à l’âge adulte. À force d’efforts, je finis donc par rencontrer musiciens, acteurs, écrivains, peintres ou metteurs en scène : des gens avec plus ou moins de talent, mais n’allez pas le leur dire ! « Regarde, j'ouvre ma boîte de compassion. Oh, elle est vide… » Foin de moqueries. Ces gens m’auront permis d’acquérir les nécessaires patins culturels, afin d’exister lors des vernissages, d’être introduit dans les soirées qui suivent la première d’un spectacle, de ne pas avoir l’air idiot lorsque j’apporte mon avis ô combien constructif sur une œuvre quelconque, ou encore de séduire des étudiantes en anthropologie. Tout ceci en gagnant ma vie dans un domaine connexe, celui du traitement de l’information : connexe pour le vulgaire, je suis à classer parmi les informaticiens, non les journalistes ou les publicitaires, mais ça me va de rejoindre les bourgeois-bohèmes. De plus, je gagne aujourd’hui assez pour bien me fringuer, avoir la juste apparence du bobo arrogant, mes origines pauvres ne se distinguant plus : au premier coup d’œil, on me catalogue plutôt dans la catégorie (plus très jeune) cadre dynamique moderne. Ça marche tellement du feu de dieu, que d’authentiques pauvres ne me calculent plus comme l’un des leurs : j’ai juste l’air blanc et friqué, qui prend soin de lui, peut-être même homosexuel. N’hésitant pas à y ajouter un discours de gauche, quand le besoin s’en fait sentir : plus rouge que vert, donc ; et dans le rouge, plus libertaire pirate que marxiste doctrinaire. Bien intégré, non ? La dernière fois, j’en eus la confirmation : je venais d’aller voir la première d’une pièce de théâtre qu’une connaissance écrivit puis mit en scène, petit truc sans avenir vu qu’elle l’avait financé elle-même, qu’il n’y avait aucune structure pour l’épauler. Mais qui avait au moins le mérite d’exister ; en plus elle croit avoir du talent. Bien sûr, je n’avais pas payé l’entrée, et je fus invité au pot juste après la représentation : un bon plan. Ensuite, nous partîmes au resto avec elle, son mec, les acteurs, des amis à elle : petite dizaine en tout. La soirée se passa tranquillement, dans une ambiance très « féminisme de journaux féminins » vu les personnes là rassemblées : un peu revanchardes envers les hommes, mon amie et ses copines sont surtout frivoles ; elle savent que leur féminisme branché accepte plutôt bien que leurs mecs payent le loyer afin de leur permettre de jouer les artistes ; tout ceci étant bon enfant. Pas très révolutionnaire dans l’âme : on trouvait presque autant d’envie d’en découdre chez la clientèle du bar ; semblant exclusivement composée d’agents de sécurité fans du PSG, ou de sympathisants du VRP de droite à talonnettes – le même qui deviendrait résident de l’apprêt public en France, comme quoi certaines racailles réussissent à très haut niveau. Ceci étant une autre histoire, revenons sur Terre. Je quittais ce joli monde vers minuit, me dépêchant pour attraper le dernier métro. À l’une des correspondances, je croisais un noir costaud genre zyva-tu-veux-du-tosh qui venait juste de resquiller au tourniquet : au moment de me dépasser – bon timing – ce blaireau ouvre une canette de coke, faisant en sorte que la pression me jette à la gueule quelques millilitres de boisson acide, visant pour me faire sentir tout son mépris. J’étais crevé, bien saoul, je devais attraper le RER pour ne pas rentrer en taxi, et surtout je n’avais guère envie de m’embrouiller avec ce mec, plus grand et plus large, au risque de me faire dévisser la tête. J’ai donc continué ma route, tant pis si je passais pour un boloss… Cependant, je me dois de remercier cet abruti, il m’a confirmé que j’avais l’apparence exactement désirée, certainement pas à ses yeux, mais aux miens oui : cela veut dire que je suis parfaitement assimilé, tandis qu’il reste tricard. Aux prochaines émeutes, faudra que j’allume un cierge ou que je prie pour lui : il lui faudra bien ça, pour échapper aux milices blanches aussi racistes que lui, aux flics galvanisés par la politique de plus en plus sécuritaire du pays, ou aux bandes rivales. Mais non, je rigole : qu’il crève. Restons positifs, cette rencontre m’aura appris quelque chose : avoir la possibilité d’abandonner le masque est libérateur, ne serait-ce que pour quelques instants, pour montrer à quelqu’un d’autre, ce que l’on pense vraiment. Il faudra que j’y pense, mais comment éviter le puéril mépris ? De même pour la misanthropie. Celle-ci est une affection déplacée – guère d’intérêt à détester son prochain, ou l’Humain, ou les masses bêlantes quand il suffit d’y être indifférent. Tourmenter, exécrer, mépriser : bien trop d’attention accordée à ce qui n’en mérite aucune. Puis toute l’énergie que ça demande : un bon mot par-ci, un méchant regard par-là, quelques insultes à lancer, parfois même condescendre à dégénérer en querelleur... Tout pour faire savoir aux gens autour, qui s’en foutent, qu’on ne peut les supporter. Tout également pour se donner l’impression d’exister, avec sa fade gueule, ses idées torves, sa méchanceté sur-jouée. Haïr le monde revenant à se haïr soi, ou encore trop s’aimer. Alors qu’être indifférent, envers ses contemporains, de façon égalitaire… Dans mon cas, ce serait finir par n’en avoir plus rien à faire de ce qui peut m’arriver. C’est le danger, je me demande si je pourrais devenir ainsi. Peut-être alors, faire un livre de tout ceci.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Vapoter Higher

Kof ! Kof ! Kof ! Rrrrr… désolé, je m’éclaircis la voix : le studio de Radio Absurdement Pêcheresse est particulièrement enfumé ce soir… Nous avons l’insigne honneur de recevoir Mort Ali-T, ancien pilier de l’Horrible Organisation du Rapolitiquement Correct, qui va nous interpréter quelques misogynes rimes de son flow rauque typique du fumeur de gitanes... Aïe ! De Havanes, pardon grand seigneur… Lancez la bande son !   « Vapoter Higher » tu m’as dit, croyant allumer l’incendie
De mon cigare, or l’indécent, tu ne l’auras... Incidemment,
L’allure de ta E-clope te donne un air condescendant –
Tu mégotes sur les mégots, tu voudrais le feu sans les cendres.
Tu chipotes sur les chipolatas, barbecue pourtant tendre :
Hips ! Tu t’es mise à la chicha afin d’accompagner tes chips
Et tes potes, qui vapotent, mecs des beaux quartiers jouant les cheick.
Cool, tu t’es dit, ou bien chiche ? Ça coule avec le kebap shish !
Mais tes efféminés sont cheb : des cheba même, tes éphèbes…
Fans d’un hip-hop de turques chiottes, lançant des « yo », « swag » ou « check »,
Croyant tchatcher – verlan ? arabe ? – en atchoumant quelques syllabes.
Au mieux ils aiment « Cliché Hot » & chuintent du bec quand ils rotent. Vapoter Higher ? E-Clope ? Trucs d’éclopé(e)s.
Va poter ailleurs : boire, fumer vrai, me bottent. Alors dis-donc, l’éclopée : est-ce que t’avales la fumée ?
Car – empotée – tu fais des mines pendant que, là, je fulmine
Or oui, te laminer, minable, est belle raison qui m’anime :
Te malmener – abominée – toi et ton style gominé.
Un sombre dessein se ramène, enjolivant cet animé…
À élimer en un rāmen, nippon ni bon, c’est bien shōnen
Ou hentaï : je suis bien chaud, naine, à émincer ton bel hymen.
Entailles y faire en aumône, cadeaux pour tes minets… amen !
Détends-toi : c’est juste une blague, à tabac, un immonde gag.
Truc virtuel, pour te passer à tabac, te voir dépassée.
Ta toison blonde, brune ou rousse, je ne me vois l’attiser :
Après t’avoir fichu la frousse, par contre – hop ! – aller tiser… Vapoter Higher ? E-Clope ? Trucs d’éclopé(e)s.
Tu ne me donnes guère envie de papoter,
Schisme entre moi, despote, et tes parfums de fiotte.
Va poter ailleurs : boire, fumer vrai, me bottent. Me revoici, Mort Ali-T, j’en jette une pour l’alité,
L’adepte d’une utilité, oui du fait de se mutiler :
Sur la peau, la clope écraser ; allumée, les nerfs embraser…
Arrêtons les futilités : pour ça, faut du 900 degrés,
Un foyer de toute beauté, pas la vapote dénigrée.
Car ton électro-calumet carbure au mieux comme un sifflet,
Ça oblige à prendre un briquet pour, au derme, mettre un soufflet.
Pour les vrais hommes : brasero de rigueur, ou bien hauts-fourneaux.
La E-clope : pour les zéros ! Comme refuser le porno !
Comme avoir envie de l’Eros et refuser qu’il soit féroce !
Et d’ailleurs, petit caniche : comment tu fais pour le haschich ?
Peut-être que tu veux, boniche, une pipe en photo-finish ? Vapoter Higher ? E-Clope ? Trucs d’éclopé(e)s.
Tu ne me donnes guère envie de papoter,
Plutôt ta vie l’ôter : guerre de papauté,
Schisme entre moi, despote, et tes parfums de fiotte.
Alors, ça vapote ? Non : ça va pas, pas pote.
Va poter ailleurs : boire, fumer vrai, me bottent.   Certes… Non non, c’est très bien comme rap ! Aïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïe ! Toutes mes excuses, grand seigneur, mais nous cherchons à développer en ce moment un partenariat avec des marques de cigarettes électroni… Que ? Je ferme ma gueule ? Heu… D’accord…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Junk-Food Diary (journal d'un sociopathe, partie 2)

Ou fast-food diarrhée, ou fast-writing logorrhée : que ceux qui ne comprennent pas ces quelques mots fassent l'effort d'ouvrir un dictionnaire, ça les changera. Idée : il faudrait écrire un « journal noir » dédié aux cafeterias et aux fast-foods, en particulier – à tout saigneur tout honneur – au plus international d'entre eux, celui que je ne nommerai ici pour ne lui faire de publicité, celui attifé du clown Ronny... Vous vous direz sans doute que c'est une idée à la con, et vous aurez raison : cependant, je voudrais préciser un peu pourquoi j'aime tant ces endroits, pourquoi j'y reviens souvent, pour éviter toute confusion. Ce n'est ni pour la nourriture – je me débrouille un poil aux fourneaux, personne ne me fera donc dire que c'est bon, ou même sain – ni pour la rapidité : de cet aspect je me fous, car curieusement je ne vais là que lorsque j'ai du temps devant moi. Non, c'est pour autre chose : l'ambiance d'une part, vu qu'on y croise un concentré d'humanité sur une échelle d'âge très élargie, beaucoup de personnes âgées s’y rendant, de plus ces restos possèdent souvent des espaces de jeux pour enfants... Et d'autre part, pour une raison qui génère la première, pour le simple fait qu'il s'agit de restaurants pour pauvres. Et oui, le Pauvre : vous savez ? Ce personnage emblématique que les droitistes essayent d'effacer et les gauchistes de récupérer ? Cet emblème fantasmé par beaucoup : affublé des pires travers par les uns, des meilleures qualités pour les autres – à défaut d'être connu, bien entendu. Pourtant, pas compliqué à connaître : suffit d'aller dans les cafeterias et les fast-foods plus souvent qu'aller déguster des plats du terroir... Pour enfin, au bout d'un moment, s'apercevoir que le Pauvre n'existe pas : ce n'est qu'un personnage justement, il n'existe que DES pauvres, donc des esclaves du manque d'argent, qui n'ont que ça en commun. Autre chose. J’aime que tout le cynisme de nos contrées soit réuni dans le personnage de Ronny le clown : un truc rigolo, sympathique, abêtissant. Un truc qui déclare aimer les enfants, et même plus : les aider ! Car il est la façade repeinte d'une ONG célèbre qui s'occupe d'orphelins – et pour ça, il massacre d'autres enfants, tous les jours, dans le monde entier, à coup de cholestérol et de diabète, qu'il leur vend. Terrifiant d'ailleurs, le taux de graisse et de sucre qu'il y a dans une bouffe qui ne remplit jamais assez le ventre. Qui parle de génocide ? N’exagérons pas : le terme exact serait plutôt purification malnutritionique (sa mère). Il faut l’avouer : il y a dans mes propos un parti pris. Je n'ai pas oublié avoir eu une enfance pauvre, que ma première indigestion de gosse se fit en récupérant – par terre, aux poubelles – des coupons de promotions qui donnaient droit à des hamburgers gratuits. Personne ne trouvait bizarre que je vienne toutes les dix minutes réclamer ma dose de graillon rance : j’avais l’air si mignon avec ma tête d’enfant des rues. On ne parlait pas à l’époque de malbouffe – me donner à manger était un acte citoyen. Puis c’était bien, être gamin, même si je suis de cette caste de gens nés en ville, élevés en ville, ayant toujours vécu en ville, et presque angoissés quand ils se retrouvent à la campagne. Oui c’était bien, être gamin : d'aussi loin que je me souvienne, mes terrains de jeu étaient de durs trottoirs qui n'absorbent pas le sang quand tu t’écharpes dessus, des arrières de boulangerie pour chiper des gâteaux en loucedé, magasins soit disant culturels où l'on pouvait lire des BD, sorties de salles de cinéma pour resquiller, passages piétons où il fallait courir vite lors que les voitures démarraient... Les végétaux je les ai surtout connus dans des squares, où l'on se cachait dans les buissons pour jouer à papa & maman ; et dans des terrains vagues, où l'on grimpait aux branches d'un figuier sauvage qui résistait, courageux, aux envahisseurs nommés poussière & béton. Dommage : né à la campagne, peut-être aurais-je eu la chance d’habiter dans un endroit où, tous les ans, passe le Tour de France. L’occasion de voir les super champions, splendides organismes chimiquement modifiés, se faire arroser d’eau tiède dans les virages par des beaufs venus les acclamer. Et ne croyez pas que j’utilise ce terme de façon méprisante : pour moi, le coureur cycliste n'a rien à envier au beauf qui, du haut de sa suprême volonté, réussit lui aussi à plier son corps via une discipline rigoureuse, celle-ci l'ayant transformé en un des canons de beauté que le XX° siècle aura inventé... L'obésité généreusement mise-en-pratique. Car je ne vois guère au nom de quoi il faudrait privilégier celui qui se sera tourné vers l'EPO – et sa génération corollaire de faiblesse au niveau coronaires – plutôt que celui qui aura usé du pastis OGM ou de la cellulite consommée en fast-food : l'un comme l'autre sont 2 reflets d'une même médaille, le corps mis au service d'une machine déshumanisante. Et oui, on bouffe mal également à la campagne… J'applaudis donc bien fort nos délicieuses sociétés qui permettent ce double miracle, puis recommande à toute reine de la pédale d'aller baiser le pied du prochain beauf bipède qu'il croise : sans ce délicat bovin et ses congénères, pas de faramineuses recettes publicitaires, et aucune raison d'aller se bousiller la santé pour gagner des millions, n'est-ce pas ? Que cela se sache : on peut être grand champion sans être grand ingrat... Quant à moi, c’est la petite forme aujourd’hui : me sens un peu comme un Big-Gras invendu, pain rassis, salade se fanant, la viande refroidissant sur l’étal, ma sauce tournant au rance. Presque bon pour la promotion, voire la poubelle ; misère de la ressource humaine en week-end, qui ne peut s’empêcher avec effroi, de penser au lundi. Je vais aller me faire une petite frite, ça ira mieux après, ça me la rendra peut-être.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Pilules

Pour être en forme le matin
Hop ! Pilule du lendemain
Pour le teint frais, la bonne mine
Vive un plein bol de vitamines Pour me filer de l’appétit
J’ai foi en l’homéopathie
Pour me filer de la chance
Plein d’espoir dans les neurosciences Et si j’ai du mal à dormir
Un cacheton du Cachemire
Et si j’ai du mal à sourire
Direct : pilules qui font rire Jusqu’ici, certes, tout va bien
La chimie est mon amie
Mais ne plus ressentir rien
Serait salvatrice accalmie
Fasse qu’on l’invente demain
La pilule de l’oubli
Etre performant à la bourse ?
Pilule de la bioressource…
Etre performant au travail ?
Pilule du biosamouraï… Draguer les sexuées amibes ?
Prendre celle qui désinhibe…
Dresser mon tentacule gras ?
Prendre celle nommée Viagra™ Du calme, ma misogynie !
Tentons l’onguent d’Abyssinie
Pour calmer ma misanthropie
On trouve rien, alors tant pis ! Jusqu’ici, certes, tout va bien
La chimie est mon amie
Mais ne plus ressentir rien
Serait salvatrice accalmie
Fasse qu’on l’invente demain
La pilule de l’oubli
Pilules pour halluciner
Me voir au bras de dulcinées
Puis d’autres pour gélatiner
Mes neurones, les calciner Pilules pour se coltiner
Les regrets dès potron-minet
Pilules pour se lutiner
Les remords les plus choupinets Pilules jouent avec ma tête
Gélules la muent en soviet
Granules rient de la pauvrette
Capsules l’excisent, en quartet Ça ne va plus vraiment bien
La chimie est mon ennemie
Ne plus en avoir besoin
Serait salvatrice accalmie
Je n’espère plus voir demain
La pilule de l’oubli   Marre d’attendre, il est trop tard
Puis je n’en ai plus rien à faire
Tant ma chimie me zombifie
Yabon le cocktail de crevard
À base de somnifères
L’oubli en pilule est servi !

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Equation de Degré 7 à une Inconnue

. I . Perdu ma maison, mon amour Emportés dans un flot furieux De ce moment, ne reste plus un souvenir Sur mon banc, je sens un désir Il en va de sa nature d'être impérieux Une branche d'arbre où discourent trois vautours La vie sera houle à saisir Eviter les deleatur Semaine profane : savoir à acquérir Garder la tête froide ou n’en croire ses yeux ? Ironique éternel retour Nous sommes lundi – or, je suis toujours envieux . II . Tu es, cher outil de compte Instrument de mesure de mes facultés Les acquises, ou les innées Tu es, à notre grand’honte De nos envies ou besoins, équivalence De nos efforts, de nos chances Tu es la magie qui permet De poser comme analogues Riz sud-américain, miel & rhum pour le grog Produit financier, habitat périurbain Prostitué thaïlandais, nounou pour chérubin Survient mardi – or, je suis entre guillemets . III . Tu es, cher intermédiaire Instrument de beaux échanges Frange crève-la-faim & crème qui mange Sont grâce à toi en relation fiduciaire Mis sur un pied d’égalité, en confiance Sans risque de défaillance Tu es la magie qui permet De valoriser ce qui ne s’achète pas Imaginer un gain sur qui ne se vend pas Vouloir rendre privé ce qui n’est que public Ou droit ce qui est oblique Mercredi – or, il faut y croire pour te voir . IV . Tu es, cher outil d’épargne Pour qui te possède, réserve de valeur Pour qui tu obsèdes, réserve de malheur Et tu poursuis de ta hargne Qui veut un matelas contre les aléas Qui veut d’une vraie fortune être lauréat Plaçant l’un et l’autre en clones Apparents, car l’un maîtrisera un monde L’autre n’aura que faconde Plus on a, plus on peut faire Et moins on a, plus c’est l’enfer Tiens ? Jeudi – or, j’en suis réduit à l’aumône . V . Voir ton existence s’échapper Nommer ceci l’ordinaire Mangeant, buvant, baisant lorsque c’est possible Nulle part d’autre où s’évader Quand il n’est rien d’autre à faire Que suivre le flux, sans : pouvoir ? sens lisible ? Mais briller, brûler de cent feux Puis se racornir peu à peu Car de la simple survie, se satisfaire Quand ne restent présents, que misère et ennui Lorsque rêve, espoir, ou même passion s’enfuient Vendredi – or, je suis encore ta cible . VI . C'est un douloureux spectacle De les admirer, habillés pour la soirée Lancer leurs sourires et regards à tous vents Elégantes, ou élégants S'en vont tourner et retourner Avalant lippées qui portent au pinacle Mais jamais ne pourront en ingérer assez De ce style, de ces choses Je le comprends derrière les portes closes Les vitrines des restaurants Ou autres, de ton cénacle Déjà samedi – or, je suis toujours vivant . VII . On ne peut les en instruire Grands bourgeois, réinventant l’idée de bonheur Se sustentant de haute littérature On ne peut les y conduire Petits bourgeois, se reposant du dur labeur Se repaissant de miettes de la culture Du pauvre, la compréhension De ton manque, l’appréhension Ils lisent, écoutent, mais manquent d'avatars Les seconds ? Ton sens, le suivant Les premiers ? Le manipulant De nouveau dimanche – or, ne sois plus en retard

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Cadavres Exquis

[ texte interdit aux moins de 18 ans, mais non pornographique ; ou disons pas vraiment... ]     Poivre-sel, ongle et poil, pour les sauces à la poêle
Salive et langue accompagnées de mangues
Ou cervelle bouillie pour mettre en appétit
Peau marinée, avec sueur citronnée Vos cuisines s'enlisent, la mienne vous stérilise
Cuisine mystique, hérétique ou bien pratique
Ma cuisine expérimente
Les épices et la tourmente Pustules pleines de pus rendent un excellent jus
Anus enivrant farci aux excréments
Pour ragoût de rein, de l'urine du matin
Salade de nez avec morve vinaigrée Vos cuisines bassinent, la mienne vous assassine
Cuisine maniaque, orgiaque, du zodiaque
Ma cuisine vous embellit
Mes invités cadavres exquis Testicules fermes garnis d'un coulis de sperme
Des yeux crevés, noyés dans larmes salées
Avec bile et suif, foie en apéritif
Verge et vagin dégustés sur du pain Vos cuisines végètent, la mienne vous fend la tête
Cuisine gourmande, de votre viande friande
Ma cuisine expérimente
Les latrines et le farniente A réduire dans leur lait, les seins seront vite prêts
Oreilles à apprécier dans miel orangé
Gelée fraîche d'ovaires, crème d'ovules pour dessert
Lymphe et sang, en guise de vins rouges et blancs Vos cuisines brouillonnent, la mienne vous assaisonne
Cuisine létale, animale et cannibale
Ma cuisine vous apprécie
Mes invités cadavres exquis

Tequila Moor

Tequila Moor

 

EtranZ

Etrange
Que jouir sans entraves soit le comble du masochisme
Etrange
Qu’une crémation ne soit pas un foyer de chaleur humaine Etrange
Quelques unes, ou quelques uns
Ayant trop de fantasmes, n’en essayent jamais aucun
Etrange
Comme deviens ce que tu es
Soi : la meilleure façon de faire du surplace Etrange
Que se suicider soit un paradoxe pour l’agonisant
Etrange
Qu’il ne faille jamais prendre légendes pour des contes Etrange
Cette croyance sociale
Qui voit l’individu primer sur le social
Etrange
D’aimer le glas, suave et coloré
Qu’est une gerbe de fleurs coupées Etrange
Le vibromasseur sera à l'amour, ce que le livre de recettes est à la gourmandise
Etrange
Avant l’arrivée de la vieillesse, l’amour sera le dernier piège à nous être tendu Etrange
Prêcher le faux pour savoir le vrai
Sans doute façon la plus médiocre d'avouer son ignorance
Etrange
Que n’avoir plus droit de cité
Soit devenu privilège de la mendicité Etrange
Qu’ici-bas, il y ait 2 sortes d'individus
Ceux qui se mettent à la place des autres
Et ceux qui la leur prennent Etrange
La vie mérite d'être vécue
Ne serait-ce que pour accepter la mort
Avant que celle-ci n’arrive Etrange
Comme trouver plus vulgaire que soi devient d’un commun
Comme un accord
Etrange

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Lettre Ouverte Aux Gens Fermés

Tout ce qui n’est pas volontaire est autorisé, tout ce qui est permis est superflu. Barbares danses nocturnes dans vos stations de métro, à ciel ouvert. Hommes politiques tournés en dérision dans vos jardins pour enfants. Guignol illégal. Bombes à eau jetées sauvagement – comment pourrait-il en être autrement ? Des corps conçus exprès pour vos décors de surveillance. Des artéfacts extra-terrestres laissés dans vos endroits publics. Caméras iniques... Pénétrons par infraction dans vos musées ; au lieu de les cambrioler, ajoutons-y nos oeuvres. Dans vos fast-foods, multiplions les pains. Et le vin, sans la messe. En réponse à vos publicités : recevez par la poste notre saint sacre. Ex crémant. La poésie ? Aucun sens sans mise en musique, si non scandée ou chantée, si non reliée au corps : une idéale combinaison, de mots et de son, devrait plonger l'auditoire dans une noble réaction physique. Mais vous lisez sous influence, le cerveau pris dans un bocal, flottant dans un inesthétique formol cartésien ; le reste de vos organes sur la table de dissection, incapables de se réunir. Même une simple récitation devrait provoquer mouvements, couleurs, applaudissements à chaque métaphore – tandis que vous écoutez la poésie, rassis, au mieux capables d’un petit rire de connivence ou d’une grimace de complaisance, assis, oublieux pour un temps de la station debout. De votre nature de bipède. Si cela vous choque, c’est que vous faites partie du public, cet amant des artistes, ce mécène et ce flic. Mais sachez que notre peur est de toc, notre dégoût un tic, que notre libido se tacle ; et que la certitude de ne pas mourir de faim s’alimente du risque de mourir d’ennui. Le bonheur est une idée mort-né – il reste à l’enterrer, et vivre à sa place. Détruisez les endroits où vous avez été heureux, construisez là où vous avez été malheureux. Allez nus, tel un signe : allez nus à la recherche d'un signe. N’achetez rien, consumez. Ne consommez rien, dévorez. Organisez une grève sauvage, ne revendiquez rien, faites la trouble-fête. Ce jeu de rôle grandeur nature s’appelle : autodigestion de la vie quotidienne. Importons nos drames là où n’existent ni scène, ni sièges, ni billetterie. Exportons nos rires en pleine rue, mais pas dans le théâtre de rue. Portons nos pièces de boulevard au bureau, pour y avoir l’air moins conditionné. Nul besoin de changer la vie, juste de vivre de changement. Nul besoin de chercher un emploi, juste de s’employer à chercher. Nul besoin, que des volontés. Et pas des dernières. La première étant de mériter la prison : quel meilleur compliment pour des clowns ? Ecartons-nous du grandiose chemin de l’art, qu’il se prenne le mur en pleine dents. L’art n’est crime que si le crime est art. Aujourd’hui, nous exprimons ce que nous voulons : hier étant sinistre punition, nos films servant d’excuse à l’utilisation de lunettes 3D, nos MP3 à l’utilisation de bouche-oreilles, nos livres se lisant majoritairement sur la cuvette des toilettes. Aujourd'hui, la multinationale est le genre humain : et demain ? Une solution : séduire un individu voué au pouvoir, non pour lui faire du bien, mais pour le quitter et lui apprendre le manque. Imaginez la tête du grand patron qui peut tout se payer, sauf ce qu’il désire ? Voici un jeu raffiné : faire apprécier l’érotisme aux abstinents romantiques, la pornographie aux amoureux exclusifs, et l’abstinence aux libertins revendiqués. À chacun selon sa perversion : relâcher une personne de son obsession, pour lui révéler de nouveaux désirs, la rendre plus ouverte au monde. Imaginez : finirions-nous ainsi par croire en quelque chose qui sorte de notre ordinaire ? Par nous échapper de ces deux clans qui accaparent l’amour depuis la nuit des temps : ceux qui le font et ceux qui le subissent ? Non, bien sûr : cette question ! Pour qui vous vous prenez, nous dites-vous ? Et nous vous répondons : nous nous prenons pour vous… À tout hasard, nous laissons un faux nom, à charge pour vous de l’utiliser. Les déguisements sont comme les jouets, SM ou SMS : ils servent à tous les genres, même ceux à inventer. Le bleu restera gris tant qu'il n'aura pas été re-bariolé. Ce texte restera logorrhée tant qu’il n’aura pas été torché. Reste à faire : quelque chose dont les enfants se souviendront toute leur vie. Grandir à rebours. (librement inspiré du « Poetic Terrorism » de Hakim Bey)

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Le Factice

18-H-15
Le soleil a violé le ciel
Les nuages ont leurs menstrues
En partance, je bois seul
En terrasse, au Dernier Bar Avant la Fin du Monde 21-H-30
Il y a une fille au regard inaccessible, entouré de khôl
Ses habits ? Une espèce en voie d’extinction
Elle est la dernière note d'un air continuant à me parler de vous
Quand je découvre la danse du vide
Les pieds à Paris-Plages 02-H-45
Bruit, fureur, explosion de cris
Là où ce DJ passe, les corps ecstasyés trépassent
Je suis toujours vivant
Mais les journaux me rassurent, cela ne durera qu’un été À l’envers, à l’Enfer
Traversant de mornes mortes frontières
Sans plus rien à déclarer flou-H-flou
En sortant
Le Tambour est dans ma tête
Echapper aux casseurs qui passent
Puis prendre le pruneau perdu du flic 05-H-00
Paris : ses veilles, ses tires, ses travs…
Reste à vomir mon passé au sol
Ou l’écraser comme un cafard
A l’abri d’une borne Autolib’ Au creux de la vague, quand la marée se retire
Je ne peux me la jouer plus longtemps
Cette fin : rien d’autre qu’une naze plaisanterie 06-H-15
Le factice de la ville me donne envie d’un deuxième trou de balle

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Sale Retraite En La Salle Des Fêtes

Un bâtiment imposant, allongé, à l'écart des regards, aux égards reculé, loin des centres-villes, plus sûrement loin des villes ; la misère esseulée sur sa fin, cachée, pour ne point déranger notre modernité solitaire. Des gens sont arrivés ici en fin de course : le plus souvent en roue libre, certains calent avant le passage au point mort, d'autres épuisent leur réserve de carburant, jusqu'à la dernière ratée. En entrant, avant l'éventuel bonjour venu du guichet d'accueil, une sensation se révèle : odeur aigre et discrète, mélange de poussière et d'urine, qui quoiqu'on fasse s'insère un peu partout, qui malgré le désinfectant s'incruste en sourdine ; lors des repas d'hiver, ce pot-pourri s'impose derrière les senteurs – plus variées – des soupes et des bouillons : légumes et viandes qui s'allient à l'urée, à la saleté, pour combattre la javel. La deuxième sensation est celle d'un silence feutré, qui s'avère plutôt murmure éternisé, comme si toutes les vieilles gorges présentes jouaient une symphonie de soupirs, sur une partition au tempo ralenti, à la mesure de la pression de leurs coeurs vénérables, moderato, qui s'accorde si mal avec les rythmes par lesquels vivent ceux qui les visitent, effrénés certes, mais ralentis dès qu'il s'agit de venir embrasser ceux qui les ont faits, ou vu naître. La troisième n'en est pas une, c'est une certitude intellectuelle : sauf heureuse exception, nous finirons toutes et tous nos vies dans un endroit comme celui-ci, malgré nos rodomontades habituelles, nos « il vaudrait mieux partir avant de devenir ainsi » et autres fadaises, qui cachent mal notre peur devant l'inéluctable. Voilà peut-être pourquoi nous ne venons pas souvent : au fond, nous savons que nous y viendrons bien assez tôt, définitivement. De façon confuse, aussi, nous devinons que la situation est anormale : que le fait de liquider sa vie loin de ceux qu'on aime, dans des endroits spécialement conçus pour cela, ou encore le fait de ne pouvoir garder ses proches dans leur vieillesse, car cela nous empêche de gagner notre vie, bref que cette double condition inhumaine est absurde... Et cette infamie nous abreuve de rancoeur, laissant pousser la mauvaise herbe de la honte, celle qui s'enracine et paralyse. En ces lieux, existent ces iris que l'on croise, de ces personnes âgées qui espèrent un reflet, espèrent que c'est elles dont nous venons égayer la lente mort, parfois même nous adressant la parole en nous appelant du nom chéri de leur enfant, ne se rappelant plus de l'apparence de ce dernier, juste de l'amour qu'elles lui portent encore, et l'espoir de le revoir en nous les fait tendre les bras. À l'inverse, la ou le vénérable que l'on vient visiter, parfois ne se souvient plus de nous, et il faut réveiller ses souvenirs en donnant presque des preuves de notre identité, lui parlant de que l'on a connu ensemble, dans le passé. Et de façon curieuse, elle ou il n'a pourtant pas changé, quand soudain nous est adressé un reproche identique à ceux dont on était abreuvé auparavant : sur notre caractère, notre apparence, ou sur la moindre petite chose qui l'énervait avant, en nous. Cela nous fait rire, ou nous accable, nous dégoûte, fait surgir notre pitié, parfois ressurgir notre rancoeur : l'amour, la haine, l'une ou l'autre, également les deux mêlés. Puis l'ennui. Qui peu à peu assombrit le décor, ennui provoqué par ces gens qui furent moteur de notre vie auparavant – en bien ou en mal, qu'importe, ils agissaient sur notre jugement – mais qui aujourd'hui n'ont plus rien à apporter, le cerveau en veille jusqu'à l'extinction finale de leurs feux, plus rien à dire à part ce qu'ils ressassent, que cela indiffère ou étouffe. Alors on regarde autre chose – les infirmières vigilantes, les aides-soignantes d'une patience rare, les nettoyeuses qui souvent dépassent leur simple rôle, les visiteuses bénévoles qui font office d'animatrices : tout un petit monde féminin qui s'efforce d'apporter un peu de vie à cet antique monde oublié, avec plus ou moins de bonheur suivant la situation de chaque pensionnaire, plus ou moins d'envie suivant leur situation personnelle. L'exemple du moment précédant le déjeuner : fumets de nourritures dans le corridor, répandus par des plateaux portés sur un chariot roulant, en prime l'agitation caractéristique de cet instant. Ces femmes qui s'agitent, car elles doivent en même temps finir les tâches de la matinée, apporter les mets aux pensionnaires, s'occuper des imprévus. Quels sont ceux-ci ? Les malades impotents qui propagent leur râle dans les couloirs, les sonnettes tirées pour un oui pour un non, une envie pressante qui nécessite qu'on change un appareillage, un manque d'affection qui prend subitement, une douleur aiguë et soudaine, une perfusion débranchée ; péripéties. On vient parfois partager le repas de nos parents – pour des raisons de planning, essentiellement, car ce n'est guère un moment agréable : pour sûr, il y a le regard gourmand de nos ascendants lorsque c'est bon, regard qui fait plaisir à voir car rendant à leurs visages ravagés une malice enfantine, mais il y a surtout la maladresse qui fait tomber leurs serviettes, ou des morceaux de viande à côté de l'assiette, ou leur fait se barbouiller le nez de chocolat par mégarde. Et cette maladresse nous serre le coeur, car c'est nous maintenant qui coupons la viande, qui sucrons les yaourts, parfois apportons le tout à la bouche. Impossible d'avouer notre trouble, de montrer cette tristesse devant ceux qui perdent petit à petit leurs facultés, devant eux pour qui nous répétons les gestes de la prime enfance, en renversé. Ainsi on sourit à ces corps gangrenés par la vieillesse, qui nous conçurent pourtant de toute la force de leur jeunesse : sourire forcé pour ne pas montrer qu'on a mal de voir la peau flétrie, les gestes tremblants, les yeux aveugles, les dents inexistantes. Immédiatement après le festin, l'attention qu'ils portaient sur le seul plaisir qui leur reste s'estompe, les délices de sensualité de leur palais se rompent : le travail de sape de la digestion va pouvoir commencer, une lente torpeur s'emparer de leur organes brisés, et le parcours des aliments s'accompagner de plaintes concernant leurs besoins. Peu à peu, leur conscience se déporte sur ce qu'ils sont obligés de connaître le mieux, leur état physique, et des douleurs qui furent éventuellement oubliées avec le repas, maintenant se réveillent et accaparent leurs pensées, puis les plaintes commencent : alors on se doit de compatir, ou faire de l'humour pour enrayer la chute du moral, trouver des sujets de conversation, d'enfin aller s'enquérir de possibles changements de leur état de santé auprès du personnel. ****************************** Cela faisait 3 semaines que je ne l'avais vue : je m'étais rendu 2 fois à l'hôpital, rapidement, pour visite. J'attendais son entrée dans un centre de rééducation, pour rester plus longtemps près d'elle, sûrement une semaine... Ma mère et moi : comme au bon vieux temps, si on peut dire. J'en profitais pour apporter un nouveau ventilateur multifonction : c'était bientôt son anniversaire, aussi l'été. Au vu de la canicule qui était annoncée, cette fois encore, je n'avais guère envie que ce soit son dernier : ses obsèques, on pouvait remettre ça à plus tard, au moins l'an prochain. Elle n'avait pas été acceptée, dans ce centre à la con : trop tributaire de, trop vieille, trop délirante, trop. Il ne fait point bon être légèrement fou, et sous tutelle, dans notre nation civilisée, encore plus si on a dépassé la date de péremption. Enfin, elle existe au moins pour d'autres, la rééducation... Donc retour à la case départ, maison d'accueil pour personnes âgées dépendantes : on ferait venir un kinésithérapeute. Ces derniers temps, je ne l'avais vu qu'allongée. Là, je découvrais la récompense pour sa fracture – col du fémur, – ce fauteuil roulant dont elle voudrait divorcer, la connaissant, mais qui risquait de la poursuivre dans le meilleur des cas, symbole d'une finitude proche. Ce fauteuil roulant, dont elle essaya de se lever dès qu'elle me vit ; pour montrer qu'elle avait forcé la nature, inciter à être fier d'elle et de son exemple, m'éprouver peut-être : au cas où, ne pas perdre mon amour. Tentative un peu ratée, mais l'effort me rassura quant à son mental. ****************************** Elle et toi ? Ces quelques jours, c'est comme cela : Sa présence dans le cercle des vieux, dans la salle commune, rassemblement de pierres magiques, ancestrales, qui ne communiqueraient plus entre elles : et toi, comme un intrus en train de lui parler, gêné par la présence des autres, car tu sais ne rien pouvoir faire pour eux. Certes, tu sais les oublier comme tout occidental sait le faire, mais tu sais qu'ils envient ta présence auprès d'elle, tu ressens ceci comme un parasitage de votre conversation. Aussi, tu répugnes à penser comme cela, alors tu restes également dans le cercle – puis elle ne veut en bouger. Sa peau parcheminée que tu caresses et embrasses avec certaine gêne, cette émotion confuse, comme si tu avais peur que cette protection patinée tombe en lambeaux en effleurant la tienne. Son siège mobile que tu commences de lui apprendre à utiliser, le personnel n'ayant pas le temps de le faire, car avec les années de plus en plus d'antiques en ont un. Ou même : n'ayant pas envie de le faire, car ils peuvent ainsi contrôler les mouvements de chacun. Son siège mobile qu'il faudra lui apprendre à quitter, pour ne pas qu'elle en devienne esclave. Son ironie qui ne désarme pas, même devant tes capacités qui n'ont rien à lui envier : toi qui te moque d'elle, mais en retour, elle qui te donne encore une leçon là-dessus, ses quatre-vingt ans d'expérience triomphant de ta quasi-jeunesse présomptueuse. Ses cheveux presque entièrement blancs, et un voile de résistants noirs qui forment une sombre voie dans sa coiffure : alors qu'à l'inverse dans ton enfance, des traces argentées rehaussaient le voile aristocratique de sa coupe noir de jais, et aimantaient le regard des hommes – beauté naturelle dont tu es encore fier. Sa vieille schizophrénie qui reste stationnaire, l'ayant placé en orbite satellisée, il y a beau temps, qui la protège apparemment du moindre risque de dégénérescence du cerveau : mais tu as perdu l'envie de comparer le mal certain contre le bien possible, ou le contraire, perdu l’envie d'échanger les hypothèses. Cette propension que tu as de saluer chaque employé de l'endroit, au cas où ceci rendrait plus sympathique la personne que tu viens visiter, à leurs yeux. À l'inverse : propension que tu as de fuir le regard des autres pensionnaires, ne pas éterniser le contact avec eux, comme si tu voyais mieux chez eux la déchéance que tu refuses de voir chez elle. Sa façon de mâcher, devenue simiesque avec les années, au fur et à mesure de la perte de ses dents, de l'affaissement de son cou, du tonus musculaire qui s'en va, ou de l'ostéoporose qui s'en vient. Ses repas que tu sautes, préférant aller au restaurant du village : donc, tes plats que tu lui racontes, qu'elle ne peut partager pour cause de diabète avancé. Son déambulateur, que tu as remarqué en la ramenant dans sa studette : le petit espoir que ça déclenche, dans un coin de ton cervelet, d'entendre sa voix quand elle te prie de le lui apporter, pour s'exercer. Mais elle abandonne : le repos aussi l'attire. Son faux sommeil, vrai désintérêt pour la réalité, dont elle accepte d'être tirée quand tu l'incites à ne pas perdre le contact, car tu as peur de la voir se laisser aller – comme dit la chanson. Cette dernière que tu lui fredonnes, de façon à tout tourner en dérision, elle et la situation : mais là, elle t'envoie à brûle-pourpoint que tu as quelques améliorations à apporter au niveau chant – te connaissant, cela mouche évidemment ton orgueil, mais le contact est repris. Ses yeux qui s'allument quand tu lui proposes de lui offrir une plus moderne télévision, avec télécommande car son état la clouera au lit le plus souvent, à moins bien entendu qu'elle ne remarche vraiment. Ses yeux qui, pourtant, n'arrivent pas à lire la pendule, à deux mètres d'elle sur le mur, qui ont depuis longtemps abandonné la lecture, promesse d’autres mondes – ses yeux qui sont faibles et qui le savent. Son goût pour la musique : elle te demande de siffler un air, puis elle embraye dessus, puis c'est ton tour, et votre cacophonie devient de plus en plus juste. La prochaine fois, tu lui apporteras à écouter le bruit que tu pratiques dans ta cave ; la prochaine fois, tu apporteras de quoi enregistrer vos ballades, en guise d'appareil photo. Sa lutte pour reprendre le contrôle de son corps, oublier la douleur, montrer qu'elle n'est pas encore bonne à mettre à la casse. Pour marcher malgré tout, et même si avec déambulateur : dans sa chambre, tout d'abord, du lit jusqu'aux WC – chemin qu'elle parcourait lorsqu'elle eut sa fracture – puis du lit à la porte d'entrée. En la soulevant ou non au début, en la tenant ou non une fois debout, en la suivant ou non avec la chaise à roues, ensuite. Enfin elle ose sortir, parcourir la moitié du long couloir, encadrée de toi et d'une infirmière, encadrée de vos attentions et encouragements. Ses pieds qui s'emprisonnent de sel – rétention d'eau – et ainsi paraissent brunis, pelés, gonflés : ces orteils tous déformés ; les ongles n’y sont plus que corne. Ses vomissement systématiques après un effort trop violent, signes d'un affrontement entre un organisme plié par les années et une volonté qui veut encore dompter celui-ci : alors oui, elle gagne chaque bataille de sa rééducation naissante, mais la carcasse renâcle, et s'en venge. Le temps que tu as perdu à ne pas aller la voir, plutôt devrais-tu dire « son temps que tu as perdu » – personne n'est redevable de son propre temps perdu. Ces moments qui à présent s'écoulent de façon plus intense, l'urgence de son besoin de quelque aide te mettant à son service ; ces instants, ensemble, que tu ne veux gâcher à avoir des remords, tu en auras suffisamment après sa mort – le deuil est un exercice de mortification solitaire, qui à rebours s'enclenche. ****************************** « - C'est gentil à votre fils d'être venu vous voir, madame X : on l'aura vu rester longtemps, cette fois-ci... Et puis, j'en ai rarement vu qui s'occupe aussi bien de leur maman : je vous ai observée marcher dans le couloir l'autre jour, il y a du mieux ! - Ha non, mademoiselle, vous faites erreur une nouvelle fois, vous savez bien que ce n'est pas mon enfant : celui-ci, c'est un agent secret, qui interprète également le rôle d'Amadeus dans un film connu ! - Heu... Ha bon ? - Parfaitement ! D'ailleurs quel hypocrite ! Ceci dit, il est serviable tout de même. J'ai fait quelques progrès, je suis heureuse... Mais ça m'a éreintée, toute cette activité – il y a quoi de goûteux au repas de ce soir ? »

Tequila Moor

Tequila Moor

 

De l’Utilité du Silence

Matin désillusion
L’aube comme un saccage
Dégradation nocturne
Ombré, ton beau visage
Voudrait s’enfouir en mes bras
S’enfuir loin de ce que sabra
Ma bouche, d’ordinaire taciturne
Au présent, tu l'entends
Différemment Nuit de confusion
L’heure, après la guerre des corps
Où l’on ramasse les petites morts
Dans ton monde intérieur
Se sont fracassées mes phrases
Ce fut – pour moi – anodin et rieur
Quand, d’intime, tu devins courtoise
Au passé, j’ai persisté
Surplus : on ne s’est plus entendu Matin résolution
Cette aube en blanche page
Edification diurne
Tu fais vœu, sans ambages
D’user du silence comme arme
De m’en ré-enseigner le charme
Pour le futur de notre coturne
Je t’entendrai
Maintenant ou jamais En cause ? Un trop-plein
Vrai ou faux, cristallin
Mise à sac de l’espace
Tu aurais préféré
Une haleine avinée
En lieu et place
De ces mots violence
Ce bris de silence

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Dédale

Dans un dédale de marbre blanc
Assis ici, me souvenant
Il y a combien d'années déjà ?
À une fête foraine, te tenant enlacée
Tu m’ensorcelais avec silence
Manèges, barbe à papa
Et douces lèvres salées
Les miennes ne sentirent depuis goût plus intense Dans ce dédale de promesses d'enfants
De nos espoirs ou jeux adolescents
De ton silence chéri
Emergeaient ces mots, à rebours
« Ce fut un plaisir et un privilège »
Et je n’y aurai rien compris
Ni à l’époque, ni ces derniers jours
« Ce fut un plaisir et un privilège » Dans le dédale de ton enterrement
Il n'y aura que peu de gens
Exceptée une dame âgée
Qui s’est murée dans le silence
Ma présence comme sacrilège
Pour toi, mes mots étranglés
Resteront en latence
« Ce fut un plaisir et un privilège » Trop de mots ne furent dits
Trop de mots ne furent entendus
Trop de mots en ce dédale nommé cerveau
Trop de mots

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Lego-Trip

Quand je vous vois, mon inconnue, je vous voue ma foi, épicée et crue.
D'autres ne perçoivent rien or moi, j'admire une déesse :
Une simple femme, un regard, d'insolents seins, un sourire, une démarche, de sublimes fesses…
Et même si tu n'es pas celle qui m'assujettira en vie,
Ta féminité est une dentelle qui soudain attise mon envie. Tu incites au désir et aux jeux de l'amour.
Je t'offre mon plaisir : je le perds dans tes atours.
Je veux te faire resplendir, que brûle ta flamme en ce jour. Je saurai m'oublier pour te porter toujours plus haut :
Te faire jouir et crier deviendra mon unique credo.
Mais sans être égoïste : te rassasier me suffira,
Jamais je ne serai triste… même si mon f.l.o.w ne jaillit pas. Car j'aurai vu ton corps s'enflammer,
Se perdre et se retrouver,
Puis senti ton ventre descendre et monter,
Exploser en chaleur moitée. Vos soupirs seront ma récompense :
Mon âpre tendresse sera ainsi vôtre.
Et après le plaisir, et dans l'inconscience,
Nous reposerons l'un contre l'autre :
Après l'un dans l'autre, enfin l'un avec l'autre.   Si vous êtes arrivés jusque là, je vous tire mon chapeau : vous l’aurez en effet remarqué, ce poème est plat comme une galette bretonne sans beurre salé, et d’un convenu qui frise l’indécence. Ne m’en veuillez pas trop : il s’agit d’un écrit de jeunesse, le genre où on met tout son sérieux là où il faudrait du frivole... Mais ce n’est pas l’intérêt littéraire du texte que je souhaite aborder, plutôt mon envie du faire-jouir de l’époque : c’est croquignolet n’est-ce pas ? Dans ce texte, je me la jouais à fond Sex Machine (stay-on-the-scene) blablabla : vrai petit soldat de l’amour, qui croit que vouloir faire jouir l’autre va suffire. Imaginez la demoiselle qui lit ce texte, écrit par son amoureux : soit elle a grave envie de se foutre de sa gueule ; soit elle est amoureuse, aussi. Dans ce cas, vu les efforts qu’il se fait fort de déployer, tout du moins l’affirme-t-il, que pensez-vous qu’elle va faire ? Bingo ! Vous avez tout bon. Simuler. Et au bout d’un moment, on a beau être un idiot congénital, on a comme un doute... Mais on est vraiment idiot, alors on pose la question à sa chère & tendre, en espérant que non. Et on reçoit une réponse affirmative, vlan ! Qui fait mal à l'ego – ce dernier devrait d'ailleurs s'écrire lego, tant il se construit. Passons. Donc oui, il lui arrive de simuler. Cependant, en creusant un peu, on en arrive à se demander quand donc l'orgasme féminin est devenu synonyme de virilité. Car c'est bien le sujet : le mâle, de nos jours, n'est plus celui qui en a une grosse mais celui qui sait provoquer chez sa partenaire l’automatique émoi – les deux n'étant guère incompatibles, en sus. Or c'est con, comme façon de voir les choses, surtout à une époque où les femmes peuvent connaître très bien leur corps, et donc atteindre l'orgasme facilement. Et dans les faits, toutes mes amantes furent à même, soit de me diriger quand j'étais trop nul, soit de m'utiliser comme un jouet. Ce qui n'est guère désagréable, et prouve qu’elles ne croyaient point en mes nazes poèmes – les malines ! Peut-être, ce qui devrait être demandé à l'homme, ce ne serait pas de savoir faire jouir la femme à coup sûr, mais plus simplement de ne pas oublier la jouissance d'icelle en ne s'occupant que de son bon plaisir : une règle d'élégance en quelque sorte, accompagner madame vers l'orgasme en voulant bien attendre un peu au lieu de décharger comme un malpropre au bout de 7 secondes et 13 dixièmes. Alors comment cela se fait-ce, que l’homme ait maintenant consigne de faire jouir, que cette injonction soit devenue plus importante que sa propre jouissance – car synonyme de virilité – et qu’elle puisse générer en retour obligation pour la femme de simuler la jouissance ? Vu comme ça, on atteint des sommets de complexité en terme de ressorts psychologiques pervertis, n’est-il pas ? Sans compter que la jouissance de l’homme passe au second plan. M’enfin bon... Pour monsieur, il paraît que c'est facile. Tout du moins, c'est l'opinion généralement partagée par toute une chacune. Probable que ce soit une opinion fausse, mais c'est un autre sujet – tout comme l'est le fait que l'homme peut simuler aussi, ou le fait qu'éjaculation ne signifie pas toujours orgasme. Hmm ? Bref j’arrête là, surtout que je viens de tartiner 2 pages A4 pour un sujet qui tient sur un ticket de métro usagé, et qui pourrait fort partir en vrille vu la haute teneur en testostérone de quelques lecteurs. Evitons juste, si c’est possible, les discussions passionnantes sur les recettes de chacun et chacune, n'est-il pas ? Allez, je vous laisse avec de circonstance, musique & Champagne !  

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Ypérite

[ texte interdit aux moins de 18 ans, pouvant être qualifié d'érotisme voire de pornographie / non mais c'est une blague, en fait, vous pouvez repartir fantasmer ailleurs... ]   Comme un poison, comme une harpie
Vaquant au fond de mon esprit :
Tu es toujours en agonir
Sur mes détours, sur mes désirs. J'ai senti ta marque trouer la surface
Pour te repaître à ce repas.
Dangereux monarque, jamais ne te lasse
D'avaler l'atma, le sang-froid. Curare que racaille, vie, dont le fumet nous poursuit
Dans le bourbier de ces rêves.
Cul rare que salaud, l'amour, qui la rejoint aux faubourgs    
Pour mieux agresser sans trêve. Allez, viens flouer :
Passe-moi par-dessous,
Enchaîne-moi dans ton dédain.
Je voudrai rester
Comme ça, je suis saoul –
Subit, l'âme de tes parfums. Ceux qui ondulent au tour d'émoi,
Pour me faire traînée dans des bras
Qui me violent, me volent la nuit :
Zen, extase et dégoût en sursis. Cette chose flasque fait me sentir si bien. Cette chose est flasque or je ne pense plus à demain. Cette chose sombre ainsi me glisse entre les mains. Cette chose sombre puis accompagne jusqu'au matin. Cette chose dure qui se faufile entre mes reins. Cette chose dure et je me sens comme au tapin. Cette chose m'enlace, moiteur dégueulasse, du plus vierge à la surface. Puis, abandon sans laisser de … défloration :
Dans un souci d'émouvoir l’annihilation,
L'appétit prend de tendres plus-loin.
Même si l'espoir ne sert à rien.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Serre-Moi Fort

Les jolis mots, ce soir, m'abandonnent.
En sangsues, d’autres sons m’arraisonnent :
Taillés pour le pire, ils savent nuire,
Ceux que le suicide aide à produire. Pour les conjurer, je t’évoque, enfant.
Car tu es le sens, l’intuition, la foi,
Un « parce que » : or je ne sais pourquoi –
Arbre sans fruits – je ne sais que comment. Je nous souhaite, espérant ton arrivée,
Ces belles choses dont j’ai profité ;
Ces plats que je te préparerai
Auront le goût du bonheur… J’en jurerais ! Serre-moi fort, que je sois mère ou père.
Serre-moi fort, car tu es réel :
Emplis ce vide, en moi virtuel,
Avant-goût de la mort – dévorant, apert.   Raison d’espérer pour qui n’en sut jamais
Autre qu’argent, sexe ou m’as-tu-vu,
Qui firent tourner ce monde obtus.
Douce revanche que tes yeux guillerets Car la vie n’est pas que souffrance ;
Pour l’espèce humaine, c’en est même loin…
Puis je crois ne pas être batracien :
Pour toi, mon têtard, que d’espérance ! Mes lèvres, d’amour, biseront ton front.
Totems contre Destin, le Vicomte :
Ce dernier – préserve qui l’affronte –
Nous abandonne si nous lui cédons. Serre-moi fort, que je sois mère ou père.
Serre-moi fort, car tu es réel :
Emplis ce vide, en moi virtuel,
Avant-goût de la mort – dévorant, apert.   Où te caches-tu, marionnette ?
Mes liens, sans toi, ne sont pas à la fête
Quand j’attends de t’unir à l’être –
Mais désolé, demain, de disparaître. Il me faut vieillir pour que tu grandisses,
Puis mourir pour que tu survives :
Cette perte semble incisive
Pourtant je suis en toi… Ma fille… Mon fils… Donc, lorsqu’à ton tour, tu sauras vieillesse,
Seras oubli, désert, mollesse –
J’espère que mon souvenir t’aidera,
Que ton cœur flétri me serrera Fort, encore… que je sois mère ou père.
Fort, encore… car je suis réel :
J’emplis ce vide, en toi virtuel,
Avant-goût de la mort – dévorant, apert.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Lignes

Temps incertains, personne ne veut le voir :
Nous aurions perdu de la guerre, le but.
Ne jamais trouver de voie – sans y croire,
Sans tenir compte de ces si nombreux « chut ». Brouillard,
Dans l’atmosphère du matin :
Je te sens
(rien ne m’est plus à dire)
Collée à mes gerçures. Il est tard.
Nous redécouvrons ce chemin
D’avant,
(plus ne m’est rien à vivre)
Gênés aux entournures. Irons-nous, s’en décider de le suivre ?
Mains dans la fange, doigts sur la gâchette ?
De ce moment, à partir, qui délivre
Nos mains dans la fange, nos doigts sur la gâchette. À partir d’un rien… Libres et normaux,
Peur pendue aux côtés :
Avec d’autres, je n’en voulais plus. Sexes et cerveaux :
Victoires égarées.
Amour – avec toi, j’en veux plus.

Tequila Moor

Tequila Moor

×

Information importante

Ce site internet utilise des cookies pour améliorer l'expérience utilisateur. En naviguant sur ce site vous acceptez que des cookies soient placés sur votre navigateur. Conditions d’utilisation Politique de confidentialité