Aller au contenu
  • billets
    183
  • commentaires
    1 482
  • vues
    187 922

À propos de ce blog

La fatuité est le privilège des ratés

Billets dans ce blog

 

Serre-Moi Fort

Les jolis mots, ce soir, m'abandonnent.
En sangsues, d’autres sons m’arraisonnent :
Taillés pour le pire, ils savent nuire,
Ceux que le suicide aide à produire. Pour les conjurer, je t’évoque, enfant.
Car tu es le sens, l’intuition, la foi,
Un « parce que » : or je ne sais pourquoi –
Arbre sans fruits – je ne sais que comment. Je nous souhaite, espérant ton arrivée,
Ces belles choses dont j’ai profité ;
Ces plats que je te préparerai
Auront le goût du bonheur… J’en jurerais ! Serre-moi fort, que je sois mère ou père.
Serre-moi fort, car tu es réel :
Emplis ce vide, en moi virtuel,
Avant-goût de la mort – dévorant, apert.   Raison d’espérer pour qui n’en sut jamais
Autre qu’argent, sexe ou m’as-tu-vu,
Qui firent tourner ce monde obtus.
Douce revanche que tes yeux guillerets Car la vie n’est pas que souffrance ;
Pour l’espèce humaine, c’en est même loin…
Puis je crois ne pas être batracien :
Pour toi, mon têtard, que d’espérance ! Mes lèvres, d’amour, biseront ton front.
Totems contre Destin, le Vicomte :
Ce dernier – préserve qui l’affronte –
Nous abandonne si nous lui cédons. Serre-moi fort, que je sois mère ou père.
Serre-moi fort, car tu es réel :
Emplis ce vide, en moi virtuel,
Avant-goût de la mort – dévorant, apert.   Où te caches-tu, marionnette ?
Mes liens, sans toi, ne sont pas à la fête
Quand j’attends de t’unir à l’être –
Mais désolé, demain, de disparaître. Il me faut vieillir pour que tu grandisses,
Puis mourir pour que tu survives :
Cette perte semble incisive
Pourtant je suis en toi… Ma fille… Mon fils… Donc, lorsqu’à ton tour, tu sauras vieillesse,
Seras oubli, désert, mollesse –
J’espère que mon souvenir t’aidera,
Que ton cœur flétri me serrera Fort, encore… que je sois mère ou père.
Fort, encore… car je suis réel :
J’emplis ce vide, en toi virtuel,
Avant-goût de la mort – dévorant, apert.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Pilules

Pour être en forme le matin
Hop ! Pilule du lendemain
Pour le teint frais, la bonne mine
Vive un plein bol de vitamines Pour me filer de l’appétit
J’ai foi en l’homéopathie
Pour me filer de la chance
Plein d’espoir dans les neurosciences Et si j’ai du mal à dormir
Un cacheton du Cachemire
Et si j’ai du mal à sourire
Direct : pilules qui font rire Jusqu’ici, certes, tout va bien
La chimie est mon amie
Mais ne plus ressentir rien
Serait salvatrice accalmie
Fasse qu’on l’invente demain
La pilule de l’oubli
Etre performant à la bourse ?
Pilule de la bioressource…
Etre performant au travail ?
Pilule du biosamouraï… Draguer les sexuées amibes ?
Prendre celle qui désinhibe…
Dresser mon tentacule gras ?
Prendre celle nommée Viagra™ Du calme, ma misogynie !
Tentons l’onguent d’Abyssinie
Pour calmer ma misanthropie
On trouve rien, alors tant pis ! Jusqu’ici, certes, tout va bien
La chimie est mon amie
Mais ne plus ressentir rien
Serait salvatrice accalmie
Fasse qu’on l’invente demain
La pilule de l’oubli
Pilules pour halluciner
Me voir au bras de dulcinées
Puis d’autres pour gélatiner
Mes neurones, les calciner Pilules pour se coltiner
Les regrets dès potron-minet
Pilules pour se lutiner
Les remords les plus choupinets Pilules jouent avec ma tête
Gélules la muent en soviet
Granules rient de la pauvrette
Capsules l’excisent, en quartet Ça ne va plus vraiment bien
La chimie est mon ennemie
Ne plus en avoir besoin
Serait salvatrice accalmie
Je n’espère plus voir demain
La pilule de l’oubli   Marre d’attendre, il est trop tard
Puis je n’en ai plus rien à faire
Tant ma chimie me zombifie
Yabon le cocktail de crevard
À base de somnifères
L’oubli en pilule est servi !

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Orgasme Volé

[au vu de son thème et du vocabulaire employé, ce texte est interdit aux moins de 18 ans selon les lois de notre beau pays... et selon mon expérience, sa lecture en est aussi déconseillée aux personnes prudes] Ils n'auront pas beaucoup de moments pour eux, chaque fois, les amants pliables, pour voguer d'hôtel en hôtel, de monde perdu en orgasme volé. Elle aimera ses mains de bébé, lui aimera ses expressions infantiles : deux immatures pliés dans l'espace-temps. Se seront-ils aimés ? Il la désirera si fort, quand ils se déshabilleront, il se jettera sur elle, insatiable impatient : alors, tout ce qu'il voudra de la vie, c'est sa queue qui le trouvera, pénis qu'il sentira conquérant, auquel il s'identifiera, enfin entrouvrant ce dans quoi il s'oubliera. Elle, émue, éperdue, aimera sentir ce feu ; parfois pour jouer, en rajoutera dans l'attente, abusera de son ardeur, diffèrera la pénétration, ainsi éprouvera mieux son envie. Un jour, il y pensera, à cette virilité, cette bite : sa puissance. Quand nu il se sera dressé, que le regard féminin l’aura photographié en instantané, il se croira pourvu d'un levier à soulever des montagnes. Se rendant compte qu'il s'enivrera de ceci, de cette force, du jus qui rugira dans ses entrailles et qu'il déversera en elle, sur elle, pour elle… Aimante de cela, de cette tendre frénésie, loin très loin d'une violence aveugle : elle en sortira épanouie, un instant en parenthèse. Une autre fois, il se demandera, la baisant, se voyant en son vagin, détaché alors, il réfléchira, non entier à leur présent ; si son sexe devra perdre de sa fermeté, que se passera-t-il ? Soudain, une panique atroce, un reflux : comme évoqué par sa question, l'événement se réalisera, parfaite prophétie. Sa fierté se mettra à dégonfler, deviendra comme inutile : il persistera pourtant, contractera ses muscles, mais ce qui aura été relaxé glissera hors de son antre, hors du ventre. Ce ne sera pas immédiat, mais elle se rendra compte assez vite, tout mou, elle ne comprendra pas, le repoussera un peu, puis moqueuse, un peu vexée, commencera à rire. Lui détournera la tête, de honte, de colère, – contre lui, eux deux, elle : qui réagira, alors attendrie et cessera de rire, sourira seulement, lui parlera, le prendra dans ses bras comme un enfant, le réconfortera car rien de grave, de nos jours, à être nœud coulant. Cela arrivera à tout le monde ; oui bien entendu. Or justement, ceci aura été le plus dur : devenir tout le monde. Ensuite, toutes les autres fois où ils s'aimeront, il aura la peur au coeur, la confiance lui manquera, le doute le ravageant même s'il rebandera, même s'il se dressera encore, heureusement, car il sera fortement amoureux. En sus, elle saura comment l'aviver, réveiller sa verge, exciter ses parties génitales : jouets d'amour. Et elle aimera ce combat, certes ce sera parfois dur à obtenir, parfois dur à maintenir, or leur jouissance se gagnera. Puis cette fragilité l’aura touchée : ceci continuera donc, une certaine période. D'hôtel en hôtel pourtant, l'angoisse distillera son venin, paralysant son envie, empoisonnant leur vie : elle voudra savoir si c'est de sa faute, est-ce qu'il la trouvera toujours aussi belle, ne regardera-t-il pas d'autres culs dans la rue ? Lui dira que non, qu'il l'aimera toujours, il n'y aura eu personne d'autre : d'ailleurs il voudra vivre quelque chose de plus sérieux. Elle, ne saura pas, ne sera pas sûre, surtout avec sa situation difficile, ce qu'il aura dû comprendre. Bien entendu, s'entendra-t-il répondre : statu quo. Insensiblement, les rendez-vous s'espaceront : elle sentira blessée son image de femme, commencera à apprécier les regards, les mots d'autres hommes. Lui pendant, verra son désir renaître par l'absence, curieusement : elle occupera plus ses pensées quand il sera seul, car en sa présence, l'anxiété augmentant, sa virilité s'étiolera ; il imaginera qu'elle fera exprès de ne pas être là, quand il brûlera pour son corps de façon intense, lorsqu'il aura su lui montrer que… Mais elle, dans une autre chambre, une autre nuit, connaîtra une langue nouvelle à fouiller sa fente. Un jour d'après, ils se verront, elle aura insisté pour cela : lui ne sera pas prêt, ce qu'il racontera, suite à quelques pitoyables efforts, fataliste, presque minable. Elle maintenant, n'en pourra plus, lui racontera comment l’autre s'y sera pris, comment elle aura été prise. Lui réalisera alors, qu'il aura attendu ce moment, la tension se relâchant enfin : elle s'habillera, dans le silence du mépris. Il la regardera partir, regardera s'éloigner sa libido, se dira qu'il aura bien été temps, – que tout ça lui passera, puis tant pis pour ses bourses : elle sera déjà descendue par l'ascenseur. Après qu’il aura payé la chambre, sortant : il sera, devenu tout le monde, à présent.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Cadavres Exquis

[ texte interdit aux moins de 18 ans, mais non pornographique ; ou disons pas vraiment... ]     Poivre-sel, ongle et poil, pour les sauces à la poêle
Salive et langue accompagnées de mangues
Ou cervelle bouillie pour mettre en appétit
Peau marinée, avec sueur citronnée Vos cuisines s'enlisent, la mienne vous stérilise
Cuisine mystique, hérétique ou bien pratique
Ma cuisine expérimente
Les épices et la tourmente Pustules pleines de pus rendent un excellent jus
Anus enivrant farci aux excréments
Pour ragoût de rein, de l'urine du matin
Salade de nez avec morve vinaigrée Vos cuisines bassinent, la mienne vous assassine
Cuisine maniaque, orgiaque, du zodiaque
Ma cuisine vous embellit
Mes invités cadavres exquis Testicules fermes garnis d'un coulis de sperme
Des yeux crevés, noyés dans larmes salées
Avec bile et suif, foie en apéritif
Verge et vagin dégustés sur du pain Vos cuisines végètent, la mienne vous fend la tête
Cuisine gourmande, de votre viande friande
Ma cuisine expérimente
Les latrines et le farniente A réduire dans leur lait, les seins seront vite prêts
Oreilles à apprécier dans miel orangé
Gelée fraîche d'ovaires, crème d'ovules pour dessert
Lymphe et sang, en guise de vins rouges et blancs Vos cuisines brouillonnent, la mienne vous assaisonne
Cuisine létale, animale et cannibale
Ma cuisine vous apprécie
Mes invités cadavres exquis

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Katel

Matin ravin. Du fond de celui-ci, les pieds dans la mauvaise herbe et ma langue léchant les cailloux, j'écoute une musique racée, douce ou dissonante – même des chœurs archanges s'y retrouvent – qui me lacère le corps d'âme. Encore dame, encore toi à qui je pense : mais tu t'es mise à ma place, patate douce, et la note bleue m'enfle peu à peu. À quand : la rupture des digues, le largage des amarres, être quitte du rivage ? Alors court et court dans la sorgue, cette autre méprise à l'infini, qui se perd et s'agite, s'investit dans l'homélie. Oui nous en sommes : fidèles à cette table, mangeant nos pratiques sur l’orgue, le poison mésusant – que perds-tu ? Une cascade exposition, pour chasser la passion, la garder en trophée pour toujours atrophiée ; document de sérail pris au vif sur le tard afin de dévoiler, en somme, ou de faire voir. Car du diable implacable, nous ne sommes que d’humbles serviteurs, et voulons montrer la voie. Comme un abcès qui ne veut se crever, un nouveau-né qui ne peut respirer : nous avons trouvé le venin, là. Maintenant on s'écœure cet amour, ces cerveaux, ces cœurs. Mystification quasi zéro, un espoir sans atours… Et nos bas-ventres, chérie, se rendront dans d'autres lits : culs de basses fosses qui se viandent en notre lie. Hors ; la douceur est pandémie, et il faudra un jour savoir renoncer au monde, lorsqu'on s'apercevra que le monde n'a jamais aspiré à soi. Ils m'ensemblent, qu'eux – la sente à susciter sera celle qui circule parmi les putréfactions, sans contrefaçon : à accepter, la défécation, pour sortir feu follet exhalé de sa propre dépouille. Où s'exister exilés, qu'à la fin nos repères vacillent ? Dans la nudité de ces silences, dans l'enjeu : reverdir, libéré du souffle de nos vœux. Pour au printemps nouveau, naître enfin – enfant – de soi même, et savourer cette avouée pédophilie. Il pleut ; reste à se vider tendrement, presque nonchalant. Arracher tes écorces sans que cela t'écorche. Il pleut ; la boue commence à couler – nous partageons le ciel, or, il s'enbleue. Sang bleu. Va falloir avancer.   =========================================== Bande son : KATEL - "Charnelle"

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Gus ! Gus !

Allô ? Allô ? Ici, Radio Absurdement Pêcheresse, nous avons quelques problèmes d’antenne, j’espère que vous nous captez ! Ce soir dans le studio, un rappeur senior aux cheveux d’or qui nous vient du Nord voire même au delà… Hip-hop non stop pour vos oreilles ! Place à Bémol Dave !   Voici venir Gustave, De condition choux-rave : D’origine Mohave, Se cache en une cave… Ce qu’il aime ? Bédave Bien entendu, bouillave, Puis aussi la pillave. Mais son métier ? Chouraver : Ce qu’en bref, il fait comme un chef. Depuis peu, il s’est activé Avec un Yougoslave – De race betterave – Connu dans une rave : Pas vraiment le gars brave Mais un type assez grave ! Pillage des épaves Ou trafic des esclaves : Des années de GAV. Hey Gustave ! Gus ! T’as vu ? Parmi tous tes ‘soss, là, y’avaient Ceux qui priaient Allah, ceux qui priaient Yahvé, Pour rouler les boloss… Yalla – Avé !   Ces narvalos se gavent : En bizness à Barnave, L’antique angusticlave Ils l’ont volé… Mais ‘tave, Là, doit l’autre marave Pour un deal de goyaves Où le naze a poucave : Aux flics, il a tout bavé En lui arrachant le bénèf’ Patiemment sauvé… Son CV Ne disait rien – dicave ! – De son esprit concave, De son vice : pounchave Un collègue se lave Dans le sang, dans la lave, Le volcan, la courave… Pour ne pas se rodave, Ici, Gus doit s’encaver. Hey Gustave ! Gus ! T’as vu ? Parmi tous tes ‘soss, là, y’avaient Ceux qui priaient Allah, ceux qui priaient Yahvé, Pour rouler les boloss… Yalla – Avé !   Bon ! Faut ici pénave Que l’histoire est pourrave : Gros mytho & balnave… Et je m’y connais, zouaves ! J’ai de nom Bémol Dave, Le seul rappeur batave : Quand l’étrave aime Dave, Bémol aime les travées. (De bons travs, y’en a pas bézèf’ Mais d’eux seuls, j’aime me lover) Mon Dieu des Fables bave Devant ceci : l’octave De sa belle voix suave S’est abaissé… S’aggrave Donc mon cas, et j’entrave Qu’il faut cesser : « Moukave » Crie mon Démon... Latchave ! Voyez donc le SAV Si vous voulez m’en porter grief : Désolé, j’ai récidivé... Hey Gustave ! Gus ! T’as vu ? Parmi tous tes ‘soss, là, y’avaient Ceux qui priaient Allah, ceux qui priaient Yahvé, Pour rouler les boloss… Yalla – Avé !     Pour les plus vieux qui n’auraient rien compris à ce morceau, pour celles et ceux à qui manque le vocabulaire ad hoc, vous trouverez sur notre site un petit lexique de mots d’argot divers & variés, non exhaustif ! On enchaîne de suite avec… Bédave = fumer du cannabis Bouillave = coïter gaiement Pillave = boire de l'alcool Chouraver = voler, dérober Gus = type, homme ‘Soss = associé Boloss = victime potentielle Yalla = allez, allons, vite ! Narvalo = marginal Se gaver = gagner de l'argent Bizness, deal = affaires illicites, trafics Marave = battre, casser Poucave = dénoncer, avouer Flics = maréchaussée Bénèf’= bénéfice Dicave = regarde ! gaffe ! Pounchave = sodomiser Courave = combat, affrontement Se rodave = se faire repérer Pénave = parler, dire Pourrave = pourri, inutile Mytho, balnave = mensonge Bézèf’ = beaucoup Entraver = comprendre Moukave = la ferme ! Latchave = décamper, fuir

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Belle-île

Sur des eaux houleuses avoir quitté le port, être porté en bateau, sentir les vent, froid, crachin s'abattre sur le visage, emplir les narines d'un air sauvage, faire trembler les paupières, l'île déjà loin derrière. Pourtant rester droit, en équilibre sur le pont, combattre le mal de mer, rafales s'engouffrant dans les artères, sang qui les déserte ; la main près d'un garde-fou auquel se raccrocher, la confiance en ses réflexes pour aux flots ne pas tomber. Malgré l'amplitude des vagues, la fatigue des membres, ou la lumière qui pourfend la vision. Et jouir. À un village côtier discuter avec les gens – renseignement proposés en toute sympathie, échanger quelques mots d'esprit. À la boulangerie l'achat d'une pâtisserie, au bar de la place la commande d'une café, et la patronne apporte une serviette, spontanée, pour aider à manger sans se salir, n'attendant rien en retour. Hormis merci au revoir, une fois prochaine bonsoir. Là, écouter des pochards s’étant retrouvés, après avoir bourlingué aux 4 coins de la planète ; l'un ne sait plus raconter l'histoire du petit canard noir, mélange à celle de paf le chien. Sourire. Une soirée éternisée, un repas agréable, une chambre d'hôtel. Rater le moment où 2 corps peuvent s’étreindre, en un étrange flottement, sans savoir si ça aurait été possible. Se coucher seul, se promettre d’offrir son amitié, sans d’inutiles errements sentimentaux à ajouter. Ne pas s’assoupir de suite, profiter du parfum féminin qui flotte dans l’air, de la présence si réelle de l’autre à quelques pas de là. Entrevoir l’ironie, que l’un veuille donner n’entraîne nullement que l’autre veuille recevoir. Puis le sommeil. Qui délivre. Lendemain matin, début de dimanche sain : visiter l'église dédiée aux pêcheurs, admirer de modernes vitraux qui retracent leur mode de vie, s'extasier devant les statues qui s'intéressent à ici – pas ailleurs. En sortant, de jeunes gens font la manche sur la place, ayant passé la nuit en bamboche ou à chanter sur une plage, qu'importe, voudraient juste quelques sous pour l'achat de viennoiseries. Une dame leur offre plein sac de croissants, se disant que ça pourrait être un jour de ses enfants le tour, qu'il est hors de question qu'ils ne puissent s'amuser. Et vivre. Après une longue errance, sur une abrupte falaise, surplombant des rochers découpés et traîtres, sur lesquels des vagues s'abattent en faisant retentir leurs embruns, s'allonger dos contre pierre ; écouter son coeur battre dans la roche, humer la bruyère, yeux clos, membres dans les fougères, et rêver aux premiers hommes qui adoraient la mer. Qui pour l'apaiser lui dédiaient des sacrifices, qui devant l'ampleur de sa colère vivaient dans la terreur, qui savaient qu'elle et sa soeur terre étaient l'alpha et l'oméga de leurs misères. En dormir. Plus tard. Bien plus tard. Des souvenirs s'étripent dans le dédale de la mémoire, cette élitiste, qui se plaît à rappeler les malheurs que nous avons rencontrés, cette désertrice, qui s'entend à faire oublier les malheurs que nous avons ratés. Ou mis en fuite. Sapant ainsi notre bonheur, notre présent. Voire celui très humble d'être envie. Alors s'obliger, avoir la politesse du souvenir, faire que seule la joie demeure – si ce n'est la joie, au moins l'enthousiasme. Un jour. Tous les jours. Puis périr.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Dysboulique

Mon aimance, Il existe des écrivains – ou autoproclamés tels – qui causent de l’absurdité (et) de la vie, ou l’inverse ou les deux, de leur vision de l’existence qu’ils espèrent élevée au rang d’art, d’un vomir intrabiliaire quoique intrinsèque qu’ils désirent éternel, d’une chierie vocabulaire qui leur appartient en propre (sic) mais qu’ils veulent partagée par d’autres, ayant encore besoin d’un lectorat pour être raccord avec eux. Ils ont tout loisir de parler, dans une société comme la nôtre : ils ont la liberté d’expression, ont de petits problèmes à faire partager – pas de trop grands, on s’en détourne – puis portent leur immense nihilisme en bannière. À notre époque, n’est-ce point une hérésie de ne pas jouer nihilistic-style, d’ailleurs : fidèle à ses principes comme elle l’est, mais sans trop le savoir comme toute société vivant d’une foi cachée, en belle du poker ! De mini-misères pour une totale détestation de la vie, cocktail gagnant, surtout qu’ils ont l’avantage de mieux savoir parler que la plupart de leurs contemporains – ce qu’il faut bien l’avouer n’est plus très dur, depuis que l’inculcation d’un sens à l’existence fut définitivement abandonnée, juste avant l’abandon de l’inculcation du sens des mots ; les uns soutenant l’autre, et vice-versa pour les plus vicieux. Il y aura donc dans ces lignes mes insultes aux scribouillards qui annihilent, veulent rendre leur alentour fossile, oui ! Comme une envie de faire rendre gorge à leurs écrits, à ces pisse-froid qui non contents de ne savoir vivre tiennent absolument à le faire savoir, ou à ce que d’autres se risquent à les suivre, dans leur glauque assomption qu’ils érigent en rocs sanctions : suçons de l’esprit, inefficaces dédicaces qu’ils offrent en pâture à l’humanité – tout du moins à ce qu’ils croient connaître d’elle. Mon aimance, errer en tes fragrances est réifier un honneur pétri d’innocence, y compris s’il faut pour ce jouer aux adultes épris d’ironie, à s’exercer l’esprit sur l’autre pour succomber à sa propre fragilité – car il n’est point vrai que l’erreur primaire est père de tous les vices, tant l’horreur ne sait mordre que par artifice, et les palmaires familles qu’il nous reste à créer seront délétères pour ceux qui rétrécissent. Là, où un seul café pris dans un troquet bondé suffit à jouir, on apprend l’immunité que les premiers de cordée prennent aux surplombs du délire ; et on ne va certainement pas s’offusquer que vivre fasse plaisir ! Alors cachez-vous, les impromptus du dégoût : on, nous offrirons 1000 et 1 ans d’escalade sur les falaises de vos sarcasmes, et la sueur de vos miasmes jamais ne s’érigera au-dessus de nos cieux, purs du bleu de ne vous avoir jamais rencontrés. Vous êtes des ascètes de l’anorexie, matérialistes du manque d’appétit, mais nos appétences abandonnent vos étrons à n’être que de la lourdeur promise aux bas-fonds, idem haut-fonds s’ils s’en sentent le pouvoir d’abjuration – alors votre plancton rejoindra ce limon d’où sortit l’énergie. Et l’espoir, car tel est le juste à-voir que le cycle vivant promet aux déchets. Mon aimance, tu seras une fleur issue de ce fumier qui aura chlorophyllé au-delà de la pensée, servie aux handicapés du sobriquet vital. En anaérobie, tu auras été une résistance – une de plus – qui ne se laisse décomposer ; et il faudra encore seoir à les asphyxier pour assouvir la torture du plaisir, un soir souvenant nos désirs d’une aurore réservée au rugir. Où nous fauves, croquant l’empérite, nous écrirons qu’il n’est qu’une cénesthésie et qu’eux ne furent que mites. Mais on s’en fout. Car ils perdirent, au croisement des ermites, la route du je-m’en-foutisme sachant ravir nos frites – les cénobites. D’amarrage, classés sans suite, où la fuite des idées est un carquois de fortune, halte de Père Noël parti aux gallinacés pour relaxer ses rênes. Tu m’étonnes ! Son hymen lui sert de sonotone depuis qu’ils le malmènent ! Vierge de toute acouphène, il s’en rend sourd ; depuis dans son domaine, bras-dessus bras-dessous, on s’y promène, ma chère aimance amène... Yabof, comme qui dirait.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Goulamour

C’est arrivé, au dernier jour : tu manquas me changer en sourd,
Vampirisant par ton discours mon chaud, mon cœur & mes mamours.
Transformation ! Ancien amant = âme damnée se lamentant.
Tu fis ça… Sadiquement… Lentement… Sûrement…. Invisible, un péché – ton dard – me décharna de mes égards.
J’en mourus à corps et à cris, flagellé hors mes rêveries.
Je plongeai dans un cauchemar, délice du Père Fouettard,
Tripes suintant en mélodie ; idem pour ma santé d’esprit. M’as-tu tué une première fois ? Suçotant mon cerveau – goût l’amour –
Cru, sans cuisson, sans même à faire revenir.
M’as-tu tué une seconde fois ? Tu fus une belle goule – amour –
Puis, désolée, me demanda de revenir.
Oui ! Au-dehors du cimetière, tu m'appelas quand nécessaire,
Sentant un désir de sorcière en ton fantastique derrière.
Nous eûmes donc quelques coïts, sans plus aucun effet ensuite :
Etrange, une morte sue – bite – tandis qu’un vil vagin s’effrite. Or j’en satisfaisais ma peau : tu étais, ma mie, un appeau.
Qu’aurais-tu pu faire en ce lit sinon la froide, à l’infini ?
Ma lumière dans ce caveau – vie – roide et dur tel un couteau :
Tu usas de moi comme ami avant que tout ne soit fini. M’as-tu tué une première fois ? Sur tes lèvres ivres, goût l’amour,
Se formait un fantôme voulant – saoul – venir.
M’as-tu tué une seconde fois ? Je suis aussi une goule, amour,
Le temps viendra – où ton sang va s’en souvenir.
Tu as rencontré un vivant, en devint mordue, du dedans :
Ça sentait le prince charmant sur chacun de tes vêtements.
Tu m’avouas, pieuse confession, être en amour et dévotion :
Hélas ! Devant un tel aplomb, mon ouie se perdit pour de bon. Rien pour me sauver de la haine. Rien pour que ton destin ne freine.
Ma vue vira au cramoisi, puis se leva mon bras moisi !
En vertu de la lune pleine, je jure que tu seras mienne :
Donc je dois t’écharper, chérie, que tu deviennes mon zombie. Ne m’as-tu tué la première fois ? Ne m’as-tu tué la seconde fois ?
Voici venir ma dernière rime : te voici prisonnière en l’abîme,
Tu vas connaître d’horreur, le film…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Bredouillis, Ronny

De la viande à contraindre
& sans saine raison,
J’étais habitué à geindre :
Ma seule motivation. Une merde affligée,
Depuis longtemps mégot.
Morte vivante, figée
Sous forme de sale égo. Le dernier
De mes jours premiers
Pleure de jeune avidité. (Barres aux T)   Ne point vouloir s’éprendre
Du même vieux jeu :
Brandir des scolopendres
Et s’en dire heureux. De mes sœurs, mes amis,
Pensées à découvrir –
De mes frères, mes amies,
Fondations à construire. Feu nourri
Et beaux gribouillis,
Pour nous toutes et tous : envie. (Points aux I)   Sera faite, rencontre
Au futur antérieur :
Pour ce, suivre la montre
Et ma voix intérieure. Elle ou il sera bienvenue,
Tel un coup de soleil
Qui bronze la peau nue…
Jurons de lui être pareil ! Imprévus,
Là : nous aurons bu
De gaies jarres de jeu vécu. (Queues aux Q)     =========================================== Bande son : THE REBORN IDENTITY – "I've Never Missed You" – Trentemøller & Charlene (mash-up)

Tequila Moor

Tequila Moor

 

SMS

Le bus coincé dans les bouchons. Ça rend tout le monde ronchon : Les p'tits bébés, puis les adultes Ou les autres, dans le tumulte   Des klaxons, des bruits de voiture. C'est ça Paris, c'est l'aventure Du bus qui entre doucement Par la Porte Ménilmontant.   Bonheur des transports en commun : Pour la transe, on verra demain... Mais qui donc me transporte ? Toi, Comme un air qui met en émoi.   Donc, je t'envoie un SMS : J'ai le temps, je pense à tes... tresses, A tes nattes, à tes cheveux... Je ne sais, je fais mon envieux !   Faut dire : on ne se connaît point. Pourtant, on prend déjà grands soins De l'autre, arrivant à marier Electrons & complicité,   Sur internet, dans nos échanges En invisibles – c'est étrange. Faut dire : on ne s'est jamais vus Hormis en photos. Mais pas plus.   Pourtant : attirance en apôtre, Virtuels égards l'un pour l'autre, Font partie de nos rituels ; Modernes riens si sensuels.   Donc, je t'envoie un SMS : J'en veux, du toucher... des caresses Puis admirer tes beaux yeux bleus Qui sont deux – ou suis-je bigleux ?   Las... Retour au bus : il avance. J'appuie sur « send » en bienveillance. Là, les bébés ne pleurent plus. Tu me manques, tendre inconnue.   C'est l'hiver... As-tu une belle Météo ? Mets tes bas, s'il gèle ! Mais je suis bête : dans le Sud Le temps est doux. Ici c'est rude.   Voilà mon arrêt, c'est fini : Je descends – rentre dans la nuit – Me souviens de notre rencontre Dans le futur. Contre la montre.   Donc, je t'envoie un SMS : En marchant, le coeur en kermesse... De te voir, je fais le voeu pieux. Dans l'attente ? Bisous en jeux !

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Alchimie

Voilà, c’est dit
C’est le foyer suprême
Beau comme des éphémères
Qui viennent flamber en ton lit
Ou la gemme de ce désir ; désert
Improvisé incendie
C’est toi qui resplendit
Comme un cristal de bohème Et ensuite, atomique
Voici que ça ruisselle
Pilote automatique
Ce liquide qui t’ensorcelle
Cette eau-de-vie, paradoxale
N’éteint pas le feu allumé
C’est une houle sentimentale
Humide animalité Mais qui est donc cet être – ou c’est Eve ou c’est Adam –
Que tu voudrais connaître ou des lèvres ou des dents ?   Quelle est donc dès à présent
Cette aire que tu te donnes
Surface alanguie
Un éther qui t’emprisonne
Ton intime superficie
Tu songes à la raccourcir
L’oxygène, maintenant
Le point ultime de ton jouir Tu veux, de l’évanescence
Passer au terre-à-terre
Tu souhaites du concret
Du solide – pair ou tiers
Tendre naissance
Ou brutale injection
Être la cible ou la flèche
Suprême pénétration Mais qui est donc cet être – ou c’est Eve ou c’est Adam –
Que tu voudrais connaître ou des lèvres ou des dents ?   C'est moi et c'est un jeu
Où « je » fait tout pour perdre
Un émoi, un enjeu
Où nos chairs vont se mordre L'appeau de notre fringale
Source qui s'en vient sourdre
Que vivent nos martingales
Veine que tu aimes polyandre

Tequila Moor

Tequila Moor

 

N'heureux

J'écris une chanson à propos de nous deux
Pour affirmer l'effet que me font tes yeux
Mais je ne découvre pas les bons mots
Pour raconter ça comme il le faut Tous les mots sont peureux
Quand on est un n'homme n'heureux   J'aimerais pouvoir dire mon amour tout de même
Qu'avec toi, je voudrais faire du tandem
Mais j'ai peur qu'on cherche à te séduire
Que d'autres hommes veuillent te ravir Tous les mots sont dangereux
Quand on est un n'homme n'heureux   C'est une bonne chose que je sois mondialement inconnu
Pour bien vivre, mon amour, vivons cachés - et nus !
Cette chanson, on ne l'écoutera
Ni sur FaceNaze, ni sur MonTube, ni sur TonBuzz
Et sans doute sera-t-elle avec guitares & fuzz Je convoque toute ma poésie de seconde main
Pour exprimer nos : hier, aujourd'hui et demain
Mais ne dégote aucune belle métaphore
Me faisant l'effet d'être un vil doryphore Tous les mots sont désastreux
Quand on est un n'homme n'heureux   Et peut-être que Tous les mots sont inutil-eux
Quand on est un n'homme n'heureux

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Tonnerre d'Applaudissements

Quand j'ai levé les yeux
Le monde s'est écroulé
Au milieu du ciel bleu
Un oiseau est tombé
Puis un autre a suivi
Puis 10 l'ont imité
Cela donnant une pluie
Il fallut s'abriter
Et on n'y pouvait rien
Et on n'en a rien fait
Et on n'en croyait rien
Et pourtant ce fut vrai
Est-ce à cause de la crise ?
Est-ce qu'il fait trop frais ?
C'est ce que les gens disent
Car on ne sait jamais
On s'attend donc à plus
On implore le chaos
C'est bon d'avoir connu
Une belle pluie d'oiseaux Bon d'avoir connu / une telle pluie d'oiseaux En sortant de l'abri
On s'est mis à compter
En faisant des paris
Sur le nombre estimé
Sur le sexe et puis l'âge
Donnant des coups de pied
Dans leur joli plumage
Aucune utilité !
En cours de chemin
On a croisé des vieux
Pains rassis dans la main
Ils n'avaient pas l'air mieux
On leur demanda l'heure
Puis on se moqua d'eux
Ils parlaient de malheur
En étant trop sérieux...
On rentre à la maison
Regarder les infos
La spéciale édition
D'une belle pluie d'oiseaux Spéciale édition / d'une telle pluie d'oiseaux « Ce succès fera des émules
Nul doute en nous
Tonnerre d'applaudissements
Nous avons bien vérifié
Tous les calculs
Sommes contents de nous
Tonnerre d'applaudissements
Il faut tout revérifier
Au cas où
Tonnerre d'applaudissements
Quelques ratés, mais normal
Dommage collatéral
Notre service
Communication
A du travail... » Au journal, ils disent
Oh les pauvres oiseaux
Sur internet, ils disent
Qu'il s'agit d'un complot
M'en fiche de ce qu'ils disent
Je n'y ai jamais cru
M'en fiche car j'aurai vu
D'ultimes bouts de cieux
Volants, tombés des nues
Je peux remercier Dieu
D'une belle pluie d'oiseaux Remercier Dieu / d'une telle pluie d'oiseaux   Source : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/01/05/005-oiseaux-mort-subite.shtml

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Caïssa

Par message privé, ouvrant la partie, tu lui auras proposé de coucher avec toi. Elle sera restée stupéfaite, bouche bée devant son écran, hésitant entre te dénoncer à la modération ou te faire comprendre que ces choses ne vont pas être à lui dire. Pas ainsi, du moins : avec tact, au mieux. Devant son silence virtuel, tu avanceras un autre pion : attention, ce ne sera pas ce qu’elle aura imaginé, cette proposition sera à entendre au sens propre. Coucher : s'allonger dans un lit, ensemble. Sans coït, ni rien de génital. Pourquoi ? Bonne question. En résumé : vos chairs respectives révélées à celles de l'autre, les protections tomberont, et le tête-à-tête pourra s'affranchir des fausses pudeurs, des tactiques de séduction, des platitudes élevées au rang de conversation. Voici ce que tu auras expliqué. Sans insister sur le terme tactique de séduction – ne pas la cabrer d'entrée de jeu, avancer en diagonale. Pour un dialogue plus honnête ? Nus, nécessairement ? Oui, nécessairement : la nudité des corps comme symbole de franchise à retrouver. Non, pas de piège à redouter. Car si le sexe seul allait être ta recherche, pourquoi employer pareille méthode ? Certes, forcée de l'admettre. Même si, tu l'auras deviné hésitante : l'idée semblant cacher autre chose. Idée follement excitante, cependant. Ou excitante car folle ? Puis hésiter pour d'autres raisons : mère d'enfants déjà grands, n'étant plus jeune femme, elle aura craint de s'exposer ainsi. Au final, ses enfants, un éventuel mari, ne la retiendront pas : au final elle n'aura eu envie que d’y croire. Surtout quand tu ajouteras, de ta plus belle plume (ou clavier) de fier cavalier, un « ne me feras-tu confiance ? » de bon aloi. Dans un hôtel, un endroit neutre, une chambre riante, vous vous serez donné rendez-vous. Là, tu l'auras senti gênée de se dévêtir devant toi, tu diras : je vais aller dans la salle de bain, te laisser t’installer dans le lit. En revenant, tu constateras qu'elle se sera cachée sous les draps. Après t’être allongé à ses côtés, toi aussi dénudé, tu ôteras doucement sa dérisoire défense. L'air digne, elle couvrira sa poitrine de ses bras, aura serré les cuisses : en montrer le moins possible, tour imprenable. Alors vous parlerez, longuement : elle s'apaisera, et de sa bouche, de cette source auront jailli les mots. Sur ses déceptions, ses rêves, tout ce qu’elle aura voulu, pas pu faire ; peut-être, elle n’en aura pas réellement eu envie ? Ou bien si ? Ensuite, elle demandera pourquoi tu te seras allongé sur le ventre, et tu devras parler de ton érection, de ta volonté de cacher ce trouble. Là, d'instinct elle prendra la posture d'une reine outragée, moqueuse de tes chastes résolutions, et tu devras gentiment assurer que les réflexes auront toujours été les plus forts. Mais aussi que ça allait passer. Elle te croira : car les occasions de te faire pressant, tu ne les auras pas prises. Puis vous continuerez à discuter de vos enfances, adolescences, vies d'adulte. Puis, elle aura voulu te toucher. Oui, diras-tu. Et peu à peu, sa parole désormais profondément intime, son anatomie caressant la tienne, son désir se sera éveillé. Mais non, diras-tu, car vous n'aurez pas convenu de réaliser ces envies. Alors elle : blessée. Ebahie aussi. Incrédule enfin : ton sexe excité, ce roi impérieux, là pour fournir un démenti à ta froideur, plus ou moins mollement. Mais tu n’auras pas changé d'avis : une fois prochaine, votre soif de l'autre, y donner corps. Là, elle aura explosé ; car pour qui donc te seras-tu pris, à vouloir mener ce jeu à ta guise ? Sur ses lèvres sera inscrit « viens ! » et toi, en cet instant, encore à préférer l'artifice ? Là où sa confiance aura été donnée, pourquoi t'accrocher au narcissisme ? Les réponses t'appartiendront. Bon retour devant ton écran ; avec le manque de sa peau, sous la tienne.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Racaille Le Rouge (journal d'un sociopathe, partie 3)

En tant que pauvre, dans ma jeunesse, j’eus recours au racket, au vol, à la resquille généralisée pour espérer vivre un peu mieux : en majorité, j’usai de ces techniques envers d’autres pauvres, et on en usa aussi envers moi. D’un point de vue cynique, ce fût légitime. Plus âgé, je jouai même le gigolo de pacotille, car gigolo conjugal : habiter chez des femmes que l’on n’aime pas mais qui ont de l’argent, en faisant croire à notre amour, blabla, à la solidité de notre couple. Guère plus légitime, au moins était-ce agréable ; parfois… Foin de mauvaise foi, tout ceci fût injuste, mais je n’éprouve aucun respect pour ceux qui n’usent pas de tels expédients : l’état de pauvreté implique le fait d’avoir à se débrouiller pour subsister, il n’existe aucune raison de respecter ceux qui ne veulent subsister. Cependant, je n’éprouve aucun respect non plus pour ceux qui acceptent ce jeu de la survie, aucun respect pour la racaille que je fus : accepter ce qui est imposé, c’est le propre de l’esclave. Là est le piège fondamental posé par l’état de pauvre : on serait idiot de refuser la moindre possibilité qu’on trouve de se débrouiller, mais dans le même temps, on ne peut être fier d’accepter cette possibilité car elle n’en est pas une – comme nous n’avons pas le choix, ce n’est pas une possibilité ; comme elle nous est imposée, c’est une injonction. Que des raisons de se mépriser, en gros. Passent les années, ce mépris finit par s’oublier, ou alors on en crève – le seul moment où il peut revenir est lorsque, un peu plus chanceux ou malin que d’autres, on s’en sort. Ici, la vie devenant plus facile, et n’étant plus obligés d’user de mêmes méthodes pour se débrouiller, nous avons tout le temps et le loisir de nous mépriser. Cependant c’est un luxe, car rien ne s’oublie, et si nécessaire on reprendra demain les bonnes vieilles habitudes pour ne pas se retrouver sur la touche : le seul hic étant l’éventualité de se faire pincer, alors on essayera d’user de méthodes plus élaborées, plus policées – surtout éviter une lourde décision de justice. Pure logique : si on éprouve peu de respect pour ceux qui ne volent pas, et aucun pour ceux qui volent, on en a encore moins pour ceux qui se font prendre ! Nouvelle règle d’adaptation : arrêter d’être pauvre, s’élever sur l’échelle sociale, signifie ici se civiliser, acquérir un vernis. S’infiltrer donc, pour dévorer de l’intérieur. Et pour mieux s’infiltrer, copier les us et coutumes autour de soi, reproduire ces manières : cela fait partie des choses à comprendre, vite, qu’on ne peut se permettre de parler et d’agir comme on le faisait avant, sous peine d’être rejeté par ses nouveaux amis – voire sa nouvelle caste. Là aussi, on se retrouve esclave, tout du moins en théorie. Dans la pratique, il peut arriver de jouer l’ancien pauvre de service, l’arriviste sympa tout de même, le type qui en a vu mais évite d’en causer, celui qu’il ne faut pas chatouiller mais qui a des excuses, etc… La clef ? Ne point en abuser, ne pas trop en faire : rire de son passé, en faire rire, taire les choses les plus dures. Connaître quelques anecdotes de petits malheurs sympathiques, à ressortir sur commande pour détendre l’atmosphère, ou lors de soirées. Surtout, ne jamais se mettre en colère. Principalement quand on entend les tonnes de mielleux sentiments, déversés par les bonnes âmes au sujet de la pauvreté. Ou bien, il faut un gain possible en échange du spectacle de sa colère, cela doit servir : exemple, pour se faire bien voir. Le vernis, toujours… Comme milieu, j’ai opté pour le cultureux : on m’a inculqué assez tôt le goût de la littérature et de la musique, de façon désordonnée certes, mais suffisante pour hériter d’une curiosité envers tout ce qui est art & culture, arrivé à l’âge adulte. À force d’efforts, je finis donc par rencontrer musiciens, acteurs, écrivains, peintres ou metteurs en scène : des gens avec plus ou moins de talent, mais n’allez pas le leur dire ! « Regarde, j'ouvre ma boîte de compassion. Oh, elle est vide… » Foin de moqueries. Ces gens m’auront permis d’acquérir les nécessaires patins culturels, afin d’exister lors des vernissages, d’être introduit dans les soirées qui suivent la première d’un spectacle, de ne pas avoir l’air idiot lorsque j’apporte mon avis ô combien constructif sur une œuvre quelconque, ou encore de séduire des étudiantes en anthropologie. Tout ceci en gagnant ma vie dans un domaine connexe, celui du traitement de l’information : connexe pour le vulgaire, je suis à classer parmi les informaticiens, non les journalistes ou les publicitaires, mais ça me va de rejoindre les bourgeois-bohèmes. De plus, je gagne aujourd’hui assez pour bien me fringuer, avoir la juste apparence du bobo arrogant, mes origines pauvres ne se distinguant plus : au premier coup d’œil, on me catalogue plutôt dans la catégorie (plus très jeune) cadre dynamique moderne. Ça marche tellement du feu de dieu, que d’authentiques pauvres ne me calculent plus comme l’un des leurs : j’ai juste l’air blanc et friqué, qui prend soin de lui, peut-être même homosexuel. N’hésitant pas à y ajouter un discours de gauche, quand le besoin s’en fait sentir : plus rouge que vert, donc ; et dans le rouge, plus libertaire pirate que marxiste doctrinaire. Bien intégré, non ? La dernière fois, j’en eus la confirmation : je venais d’aller voir la première d’une pièce de théâtre qu’une connaissance écrivit puis mit en scène, petit truc sans avenir vu qu’elle l’avait financé elle-même, qu’il n’y avait aucune structure pour l’épauler. Mais qui avait au moins le mérite d’exister ; en plus elle croit avoir du talent. Bien sûr, je n’avais pas payé l’entrée, et je fus invité au pot juste après la représentation : un bon plan. Ensuite, nous partîmes au resto avec elle, son mec, les acteurs, des amis à elle : petite dizaine en tout. La soirée se passa tranquillement, dans une ambiance très « féminisme de journaux féminins » vu les personnes là rassemblées : un peu revanchardes envers les hommes, mon amie et ses copines sont surtout frivoles ; elle savent que leur féminisme branché accepte plutôt bien que leurs mecs payent le loyer afin de leur permettre de jouer les artistes ; tout ceci étant bon enfant. Pas très révolutionnaire dans l’âme : on trouvait presque autant d’envie d’en découdre chez la clientèle du bar ; semblant exclusivement composée d’agents de sécurité fans du PSG, ou de sympathisants du VRP de droite à talonnettes – le même qui deviendrait résident de l’apprêt public en France, comme quoi certaines racailles réussissent à très haut niveau. Ceci étant une autre histoire, revenons sur Terre. Je quittais ce joli monde vers minuit, me dépêchant pour attraper le dernier métro. À l’une des correspondances, je croisais un noir costaud genre zyva-tu-veux-du-tosh qui venait juste de resquiller au tourniquet : au moment de me dépasser – bon timing – ce blaireau ouvre une canette de coke, faisant en sorte que la pression me jette à la gueule quelques millilitres de boisson acide, visant pour me faire sentir tout son mépris. J’étais crevé, bien saoul, je devais attraper le RER pour ne pas rentrer en taxi, et surtout je n’avais guère envie de m’embrouiller avec ce mec, plus grand et plus large, au risque de me faire dévisser la tête. J’ai donc continué ma route, tant pis si je passais pour un boloss… Cependant, je me dois de remercier cet abruti, il m’a confirmé que j’avais l’apparence exactement désirée, certainement pas à ses yeux, mais aux miens oui : cela veut dire que je suis parfaitement assimilé, tandis qu’il reste tricard. Aux prochaines émeutes, faudra que j’allume un cierge ou que je prie pour lui : il lui faudra bien ça, pour échapper aux milices blanches aussi racistes que lui, aux flics galvanisés par la politique de plus en plus sécuritaire du pays, ou aux bandes rivales. Mais non, je rigole : qu’il crève. Restons positifs, cette rencontre m’aura appris quelque chose : avoir la possibilité d’abandonner le masque est libérateur, ne serait-ce que pour quelques instants, pour montrer à quelqu’un d’autre, ce que l’on pense vraiment. Il faudra que j’y pense, mais comment éviter le puéril mépris ? De même pour la misanthropie. Celle-ci est une affection déplacée – guère d’intérêt à détester son prochain, ou l’Humain, ou les masses bêlantes quand il suffit d’y être indifférent. Tourmenter, exécrer, mépriser : bien trop d’attention accordée à ce qui n’en mérite aucune. Puis toute l’énergie que ça demande : un bon mot par-ci, un méchant regard par-là, quelques insultes à lancer, parfois même condescendre à dégénérer en querelleur... Tout pour faire savoir aux gens autour, qui s’en foutent, qu’on ne peut les supporter. Tout également pour se donner l’impression d’exister, avec sa fade gueule, ses idées torves, sa méchanceté sur-jouée. Haïr le monde revenant à se haïr soi, ou encore trop s’aimer. Alors qu’être indifférent, envers ses contemporains, de façon égalitaire… Dans mon cas, ce serait finir par n’en avoir plus rien à faire de ce qui peut m’arriver. C’est le danger, je me demande si je pourrais devenir ainsi. Peut-être alors, faire un livre de tout ceci.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Nos Tables

Nous aimons dire « merci monsieur »
C’est important, la politesse
Moins pour être révérencieux
Que pour être vu comme altesse Nous allons nous voir pour dîner
Y parlerons d’idem façon
Nos femmes savent nous aimer
Que nous aimons d’idem façon Quels autres choix aurions-nous eu ?
On mena le bétail aux champs
Il fut acheté… revendu…
Il fallait gagner de l’argent Nos tables seront réservables
Comme d’habitude : notables
Sommes, qui plus est, respectables
De compagnie fort agréable
Dans nos propos, la certitude
N’est pas feinte : ces vérités
Savent combler la solitude
Nous lier à la réalité Nos filles et leurs attifets
Qui parfois nous voient parvenus
Ces hommes que nous avons faits
Ceux que nous sommes devenus Tout concourt au progrès social
Antithèse du bon sauvage
Tout assied un contrat moral
Simple : c’est nous, ou les carnages Nos tables seront réservables
Comme d’habitude : notables
Sommes, qui plus est, respectables
De compagnie fort monnayable
Nous avons vendu tous nos rêves
C’est à peine si nous en eûmes
Nous avons dissout notre sève
Dans la cravate & le costume Donc, il est un cadavre infus
Englouti en ce meurtre traître
Non le damoiseau que je fus
Mais l’homme que je voulais être Un cadavre qui bouge encore
Qui te reconnaît, ô mon frère !
Quand avec moi, tu es accort
Que tu me tends la poivrière Nos tables seront réservables
Comme d’habitude : notables
Sommes, qui plus est, respectables
De compagnie fort dispensable
Et qu’il ne s’y trompe, le Diable :
Si il y venait – pactisable –
Nous le rendrions corvéable…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Demain est idem

Je ne me souviens que peu d'hier
Rances relents, pissotière
Tout souci a sa solution
Un flash de détermination Suffit pour finir en beauté
Joyeux air frais à barjoter
Pour supporter l'ennui ultime
De mon spectre nommé intime   Demain n'est ni loin ni trop tard
Demain est idem, monotone
Jusqu'au libre instant du départ
Le reste appartient au carbone M'en voici donc extra-lucide
Mon futur, ça le génocide
Ça me gêne aussi : mon présent
Ne s'en trouve pas mieux portant Pourtant je ne fais pas de bruit
Faut pas révéler à autrui
Quand, de mi-figue à mi-raisin,
L'esprit flirte avec le zinzin   Demain n'est ni loin ni trop tard
Demain est idem, monotone
Jusqu'au libre instant du départ
Le reste appartient au carbone Si c'est su, on me catalogue
M'envoie voir le suicidologue
Qui hop ! Devant ma bonne mine
Diagnostique un manque d'amine Après, je ne ressens plus rien
On appelle ça "aller bien"
Des cachets m'envoient dans la brume
Retour au normal : en légume   Demain n'est ni loin ni trop tard
Demain est idem, monotone
Jusqu'au libre instant du départ
Le reste appartient au carbone Mais si demain est idem, gourd
Alors autant mourir aujourd'...

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Vilaine

Vilaine est de retour sur le net.
Elle est promesse de galipettes :
Va s'offrir à tous, la midinette –
Va s'ouvrir à toutes, la nénette. Elle pourrait être ta promise
Ou pourrait faire ton analyse.
Elle pourrait être ta soumise ;
Choisis ! Car l'apparence est de mise. Dites, les garçons ? C'est bon d'être de retour...
Avez-vous serré vos oreillers dans vos lits
Quand j'étais partie ? Frustrés, m'aimiez-vous d'amour ?
Etais-je citée dans vos insultes, vos cris ?
Vilaine encore va t'exciter
Aidée d'une fausse identité,
De faux attraits, d'un faux sexe : armée
De tout pour te voir participer. Elle pourrait être ta masseuse
Ou pourrait faire sa chatouilleuse.
Elle pourrait être ta vicieuse ;
Oui ! Les apparences sont trompeuses. Dites, les filles ? C'est bon d'être de retour...
Jalouses, me décriviez-vous à vos amis ?
Etais-je vue comme un modèle ? Mes atours
Ont-ils changé vos tenues viles en sexy ?
Vilaine sur le net fait sa loi :
Exquise, mystérieuse est sa voie.
Inutile de chercher pourquoi
Elle fait tant d'effet chaque fois... Pourquoi doit-elle être si Vilaine ?
Pourquoi ce désir teinté de haine ?
Que dans les cerveaux, la morne plaine
Se dispute aux caresses de l'aine ? Dites, les garçons ? C'est bon d'être de retour...
Avez-vous poissé vos claviers durant vos nuits
De solitude aigrie, voire durant vos jours ?
Mes photos sont-elles toutes sur vos ordis ? Dites, les filles ? C'est bon d'être de retour...
Imitez-vous mon style ou tout mot que je dis :
Suis-je pour vous la source même du glamour ?
Voudriez-vous être Moi, mais en moins jolies ?  

Tequila Moor

Tequila Moor

 

L'Orphelinat

Je veux être orpheline
Être là, arrachant les bulbes
Qui poussent sur ce que je suis devenu : un tertre Avant que les jours ne deviennent pauvres
Que ces murs blafards ne veuillent sourdre
Que même les remords se veuillent humbles
Orpheline Je connus des moments de triomphe
Que même le roi des Belges
Troquerait contre son sceptre
Je vis mon corps combattre, les sylphes
Ou l'effet du girofle Une rime qui se cherche, simple
Venue avec amis et quelques
Mais personne n'en sort indemne
Ces rivières sont-elles quatorze
Salées, peut-être même quinze ?
On est seul, on en hurle Non ! mon cerveau se veut docte
Mais s'oublie cependant : il n'est que monstre
Qui se goinfre Changements qui usurpent
Les heures de ma mémoire : un meurtre
Récitant sa prière et son dogme
Pour vous forcer à ne jamais changer de genre
Orphelines Des yeux maintenant s'ourlent
De mots parfumés au poivre
Cherchent un abri, sur une douleur mixte
Pour vous chuchoter le fait d'être orphelines Comme l'accoutumé au camphre
Qui m'a, de sa plume-pixel, couchée dans ce cirque
Qui croit que rime & vie sont synonymes de muscle Je veux être orpheline
Ai besoin d'être celle qui sarcle
Debout, sur ce que je suis devenu : un sépulcre

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Ne Pas Déranger

Sur son affichette
« Ne pas déranger »
Il y avait
Et sur son assiette
Du yabon manger
On lui servait
Aux matins drolatiques
Guettaient les domestiques Car il n’y touchait pas
N’en voulait pas
N’ouvrit jamais
Plus ne lui était rien
Rien ne lui était plus
Hormis la paix
Son plateau, apparu
Intouché, disparut… À la fin c’est mortel
En Rolex, c’est la classe
La mort dans un hôtel
De luxe, pas de passe
Séjour de 5 mois
Est réservée
Une suite
D’avance, 2 mois
Il a payé
Nuits gratuites ?
10 % des vacances
Remise d’importance Au début, il sortit
Puis ses draps les prit
A la porte
Bien vite abandonna
Ne se plaignit pas
De la sorte
Passa pour un ivrogne
Mais l’odeur de charogne… Ah ! La faim c’est mortel
Dura lex, c’est la classe
La mort dans un hôtel
De luxe, pas de passe
Contraire au SDF
Qui affiche sa faim
Au trottoir
Sa volonté de chef
Le fit devenir fin
Purgatoire
Misanthropie aiguë
Ou mysticisme cru ? S’est-il vu en ermite
A dévorer les mites
Les cafards ?
S’est-il cru musulman
À faire un ramadan
Du bizarre ?
A-t-il atteint l’extase
D’une étrange oxylase ? Allah feint c’est mortel
Et fiat lux, c’est la classe
La mort dans un hôtel
De luxe, pas de passe   Source : http://www.7sur7.be/...-deranger.dhtml

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Spasme

L'oubli un jour s'en est venu Rien dans les mains puis les pieds nus Ce famélique et vermoulu Aura rongé l'autre goulue   Ma mémoire ? Bien entendu ! Elle qui m'avait descendu Etait-ce une autre ? Je n'sais plus... Mais lui, oui, m'était dévolu   Voilà pourquoi c'est bien bizarre Je m'sens à côté d'mon falzar Tel un collabo maquisard Ou un eunuque partouzard   J'ai rigolé tant que j'ai pu Cherchant à ? Bin qu'il soit repus Filant du rab à cet intrus Cherchant à ? Bin qu'il soit ventru   Mais il a peur de la cohue Des souvenirs, ou du chahut De mes remords, les fort accrus L'oubli est couard... L'eusses-tu cru ?   Voilà pourquoi c'est bien bizarre Je m'sens à côté d'mon falzar Tel un mécréant bondieusard Le Sahara sous un blizzard   Après ? Désolé, c'est confus Mes regrets étaient à l'affût Mon amnésie s'est bien battu Pourtant y'a eu de l'impromptu...   L'omniscience, dès le début Voulait m'insérer son obus Tout ça tourna panpan-cucul Mais je m'en fous, j'aurai vécu !   Voilà pourquoi c'est bien bizarre Je m'sens à côté d'mon falzar Tel un non-né nommé Lazare L'hydrogène tournant quasar   Je sais tout, c'est mon néoplasme L'oxymore est mon enthousiasme Occis mort ? C'est un pléonasme ! Tout ça, ne serait-ce qu'un chiasme ?

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Enfoui Hors l'Abri de Tes Nuits

En quête de l'antique esprit de discorde, aidé de mains maladroites et d'un couteau rouillé, j'ai besoin de trouver quoi viander, afin que ce vieux maître puisse me reconnaître, j'ai soif de mon propre sang, pour qu'en un baiser il m'envahisse et l'épaississe. Au loin, impérial, impérieux, j'entends son chant hurler : « esclave, ne prends pas peur, évanouis-toi en moi, je n'ai que ton souffle à perdre mais j'ai au moins cela, plus l'éternité pour t'étreindre, froideur de l'éther en promotion ». Et, de cet ancien génie, je sais deux vérités : son verbe est Loi, son nom est Amour. Quand sa voix s'élève, les faciès s'affaissent au sol : « mes martyres en devenir, ne vous battez pas pour être soumis, vous viendrez tous à moi, vos vouloirs ont peu de prix face à ce miracle, je suis le pinacle de vos douces chaînes, la fin ultime de votre règne ». Il est le plus cruel de tous les proxénètes : pour lui nous subissons la sacrée prostitution, tour à tour l'enrichissant de nos passes au rabais, tour à tour pratiquant l'abattage pour ce tyran implacable, laquais qui se croient heureux dans cette soumission, ce divin racolage. Il nous hante de promesses où abîmer nos vies, il nous coupe le souffle et nous laisse les paumes vides, il ne nous donne rien quand nous lui offrons tout. Seul sentiment reconnu comme valeur universelle dans nos sociétés, l'amour n'est pourtant qu'une chose flasque, un épiphénomène, un fourre-tout conceptuel, qui n'a ni âme ni corps ni énergie, ce qui n'empêche guère ses sévices. Oui, fourre-tout conceptuel. Les âtres humains se comportent envers ce diable toujours de même façon, à l’image de Platon, ce qui s’est compliqué avec les progrès de la civilisation : parer l’amour de toutes les perfections, lui rendre hommage de tout ce qui est inventé et découvert dans le domaine de l’esthétique, de la philosophie, des délicatesses & raffinements... On passe des orateurs du Banquet à nos actuels rhéteurs qui vivent sur la bête en entretenant, même sans le vouloir, la confusion. Car si ce démon existait vraiment, qu’il faisait exprès d’y participer ? Or, aimer c'est se détruire la vie à l'aide d'un stupéfiant, persister à aimer c'est prendre un remède toxique afin de ne plus être dépendant. Aimer, c'est s'approcher d'un grand fauve, s'obstiner à aimer c'est vouloir le caresser en croyant pouvoir l'assujettir. Aimer, c'est à vif s'écorcher, continuer à aimer c'est mettre de l'alcool sur les croûtes en espérant cautériser. Or, aimer c'est tout donner et ne pas savoir si cela suffira, car tout donner n'engage pas l'autre à accepter l'élan qui nous anime, en sus de ce qui est légué ; l'autre peut fort bien n'accueillir que ce qui est offert, avec reconnaissance : à nous de nous arranger avec nos émotions, qu'y peut l'autre si nous l'aimons ? Là est une haute duperie de l'amour, quand il accule à donner encore, même dans le chagrin de notre affection impartagée – sinon nous n'aimerions plus. Certes, on le sait : et alors ? Alors : au temps, c'est l'impossibilité de l'amour qui résiste le mieux. Ce sentiment se vendant sous forme d'excuse impossible, dont nos oreilles sont rebattues, qui sert à convertir, à convaincre, à séduire au moyen de discours commerciaux, programmes politiques, propositions sociales, œuvres à l'eau-de-rose, toutes choses semblables par ailleurs : du rêve falsifié, aussi évanescent que la petite jouissance sexuelle, même si celle-ci est un moment satisfaisante, étant justement apaisement du désir, et non manipulation continuelle de celui-ci. Du rêve qui sert de supplément d'âme à des gens fatigués, du mensonge généralisé à la place de valeur plus fédératrice, de l'ersatz d'idéologie à défaut de cause commune… Vavounia, misère ! Pouvoir échapper pour toujours à ces bonimenteurs du sentiment, tous ces pickpockets de la dilection, ces quêteurs du romantisme frelaté ! Pourtant, il en existe un autre d'affect, souverain. Celui-ci, vampire, résiste bel et bien, et s'enracine tel le chiendent jusqu'à notre dévoration. Là, il s'agit de celui qui prend aux tripes, qui fait mal à en crever, le contraire des fleurs bleues et des petits oiseaux, celui qui deviendra la règle pour quelques maudits, en ces temps incertains où l'on sait blablater sur le sujet, mais où on ne sait plus aimer. Partant, j'ai conscience au présent d'écrire ces mots du fin fond d'une des cellules du despote. Feu de courte paille, ou encore suprême tromperie, l'amour est ce qui nous souffle que l'on a tort quand on dit ne pas aimer. Alors, à qui le sait : je demande pardon pour la haine dépeinte en substance, je demande pardon pour ces semailles et sa semence, pardon pour un vœu d'envieuse défaillance. Alors, à qui le veut, je demande l'absolution de nos rêves usés, de mes fantasmes psychédéliques, de tes cauchemars anamorphiques : demande aussi réparation des bouteilles consignées, des téléphones portables, du médiocre dégoût, du tout à l’égout. À toi, mort : je gis et crie et prie ainsi, enfoui hors l'abri de tes nuits.  

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Secondes

La pluie s'effondre solitaire, en un désert de gris, un océan de vert.
Mon âme se referme, coquillage mourant :
Les terres promises n'ont pas tenu leur serment. Et les clameurs de la marée humaine
Remontent, déferlantes
Comme la tempête, en automne. La beauté est en chute, oisillon en liberté.
L'abandon discute, debout à tes côtés. Le vide peut se lire dans la vague, corail de fatigues atrophiées,
Telles ces artères exsangues où s'époumone mon coeur.
Un mot est sur toutes les langues, le ton en est moqueur. Pauvre alcôve d'eau vive,
Ton filet est fragile :
La vie l'a traversé. Esprit au centre de l'océan, le calme te révèle :
D’humides duvets, promesses d'arc en ciel. Ainsi, le silence s'est tu, la musique revenue.
Oiseaux, je vous remercie : j'ai aimé ce sursis. Une âme est la solitude incarnée,
Car elle est un espace-temps
Où rien d’autre qu’elle ne réside.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Interim-Bidule

MEPHISTO FAUST 666 avenue d'Enfer 75000 LUTECE SUR SEINE via INTERIM-BIDULE Impasse de la Petite Truanderie 75000 PANAME « Société internationale recherche secrétaire de direction bilingue. Sens de l'organisation et bon sens indispensables. » À l'Internationale, Votre annonce publicitaire placardée dans le métropolitain parisien a retenu toute mon attention : vous recherchez en effet une ou un, je cite, "secrétaire de direction bilingue". Il semble fort que vous en manquiez cruellement pour placer l'adjectif "bilingue" en épithète de "direction". Il eut été plus heureux de l'associer à "secrétaire" et d'accorder au pluriel l'ensemble, à moins bien sûr que vous ne vouliez trouver qu'une ou un seul(e) secrétaire, non absolument bilingue, pour une seule direction qui, elle, serait bilingue. Hormis ce point de détail, je pense correspondre à votre poste : mimer un secrétaire, même en essence de bois rare, doit être à la portée de tout un chacun. J'en profite d'ailleurs pour vous féliciter sur le choix de ce meuble comme accessoire de votre développement : il est paraît-il doté du "sens de l'organisation", qualité dont vous auriez grand besoin pour éviter le redoublement de "sens" (sic) dans votre offre. Cependant, je me permettrai de refuser celle-ci : m'installer à quatre pattes, faire le dos rond et me faire mettre dans le "bon sens" ne sont pas – a priori – mes désirs premiers ; même si j'imagine qu'ils sont, pour vous, "indispensables". En vous remerciant par avance, chère – parmi tant d'autres – société, de cet aimable divertissement, je vous prie d'agréer, M'Edam, M'Essieu, l'expression de mes vifs vœux à ne plus jamais vous lire dans les transports en commun. Votre dévoué, MEPHISTO FAUST

Tequila Moor

Tequila Moor

×

Information importante

Ce site internet utilise des cookies pour améliorer l'expérience utilisateur. En naviguant sur ce site vous acceptez que des cookies soient placés sur votre navigateur. Conditions d’utilisation Politique de confidentialité