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La fatuité est le privilège des ratés

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Zinedine Zenith

« - Excusez moi : vous avez laissé tomber quelque chose... - Mon joli sourire j'imagine ? On me l'a déjà faite. - Heu... oui mais "on" ce n'était pas moi, sinon je me souviendrais de vous ! - Certes, mais si je devais individualiser toutes les bouches assoiffées d'où sortent ces pauvres phrases, je n'aurais plus une case mémoire de libre... » Cela avait démarré ainsi, par une drague bas-de-plafond. Fred n'était pas au meilleur de sa forme ces derniers jours – il y avait la chaleur de l'été pour l'accabler. Et surtout cette Coupe du Monde 2006 pour l'énerver prodigieusement. Aujourd'hui c'était la totale : la France jouait en finale contre l'Italie, dans sa banlieue les mots "allez les Bleus !" avaient remplacé les plus traditionnels "ça va ou quoi ?" et le drapeau tricolore revenu à la mode – sans l'aide de Le Pen – s'affichait jusqu'en face de chez lui, sur le balcon du voisin. 3 ans qu'il habitait dans cette ville-dortoir pour classe moyenne : venu là pour se rapprocher de sa future femme, il se morfondait depuis dans un logement trop grand pour lui, depuis que leur idylle s'était décidée à décéder en d'atroces souffrances. Pas très malin le Fred, parfois, au niveau de ses choix de vie. Donc ce soir, pour échapper à : jets de pétard, conversations animées, incendies de poubelle, embrassades éthylisées, trompettes de pacotille, bagarres de rue, bris d'abribus, et autres joyeusetés que ne manquerait guère de provoquer la fin du match, quelle qu'en soit l'issue, jusque tard dans la nuit... Ce soir donc, il s'était préparé pour faire une sortie sur Paname, dans quelque bistrot fashion inscrit à son carnet d'adresses. Il n'avait sans doute pas assez d'argent pour se payer un studio dans les quartiers les plus select de Paris, mais suffisamment pour s'y cuiter au champagne de temps à autre, jusqu'à la fermeture de 5 H, les lendemains où il n'avait rien à faire. Et là, c'était vacances ! Alors ce serait le Harry's Bar, où Hemingway inventa un jour le cocktail Bloody Mary à la vodka inodore, pour feinter sa femme. Fred y était arrivé vers 19 H, l'endroit curieusement désert pour un dimanche : quelques touristes anglo-saxons en famille, pas l'ombre d'un jeune requin de la finance, un couple de "bobos" discourant des ressemblances Royale-Sarkozy, aucun habitué au comptoir... L'effet finale jouait son plein. Mais une femme au bar : la mi-trentaine révolue, lectrice de magazines féminins chics sans doute, à voir sa ligne de corps forcée et ses muscles gagnés en salle de sport, jusqu'à la tenue sage-mais-sexy-aux-couleurs-gaies tant vantée dans les pages de ces journaux. Jolie tout de même, d'une beauté un peu passée, mais était-ce ses yeux ciel délavés, les tâches sur sa peau commençant à faner, ou son sourire ironiquement doux qui laissaient cette impression ? Il n'aurait su le dire. La seule chose à laquelle il avait pensé, en faux produit de banlieue inside, était : "elle est bonne ! si j'essayais de la brancher ?" Le courage né du premier verre aidant, il se décida pour passer à l'abordage – avant que d'autres pirates plus aguerris pénètrent dans la taverne – tout en surveillant du coin de l'oeil le barman, au cas où ce dernier se moque... Il est vrai, le premier contact fut ardu, la dame étant dure à la répartie, heureusement elle ne le renvoya dans sa moitié de terrain qu'afin de s'amuser un peu : il avait maigri en début d'année, et quand il parvenait à cacher sa calvitie naissante par sa longue chevelure, pouvait faire illusion auprès de la gent féminine, avec son style mi-cool mi-timide. En fait, il avait appris à user de sa timidité comme d'une arme de séduction, ça faisait beau temps qu'il était moins impressionné par les belles femmes, en ayant rencontré beaucoup de par sa profession. Puis Fabienne s'ennuyait, aussi : ce qui aide quelque peu pour accepter de se faire accoster. Ses enfants étaient partis la veille, une semaine de vacances chez son ex : elle vivait seule avec ses 2 fils, qui seraient ravis de voir l'ultime match de la compétition sur l'écran géant dernière génération de leur père. Elle aussi était fatiguée du football, de l'obsession que ça avait générée dans leurs têtes de piaf de 7 et 11 ans. Son samedi fut consacré au ménage, soir à un dîner entre copines, le dimanche à une grasse matinée méritée, après-midi à "prendre soin d'elle" comme on pouvait lire dans Elle – puis s'étant trouvé belle, Fabienne avait choisi de vérifier si elle savait encore faire gonfler les corps caverneux du prévisible désir masculin... OK, celui qui l'abordait maintenant s'y prenait comme un adolescent boutonneux, mais son regard rigolard lui rappelait ses fils, et un léger tremblement à la commissure des lèvres dénotait son manque de confiance en lui : pas si désagréable au fond. Il y avait d'autres points positifs : il n'était pas saoul, par contre plus jeune qu'elle. Il n'était pas grand – elle le dépasserait certainement en talons hauts – mais plutôt bien bâti : en bref, ça pourrait aller pour le moment, la soirée ne faisait que commencer. La conversation démarra donc, elle attaquant dès le début, lui forcé de défendre, puis plaçant quelques contres, pour petit à petit que s'équilibre le jeu. De séduction en tout cas. Le football, ils en parlèrent peu après 20 H, quand la France marqua son premier but, quand le "bobo" mâle admirateur de Ségolène – il avait entre-temps allumé son portable dernier cri pour suivre le début du match – meugla comme un veau dans la salle... Sa joie fut comme on sait de courte durée, mais Fred en profita pour placer quelques bons mots sur le jeu à baballe au pied, incité par Fabienne qui commençait à relâcher sa pression, le laissant de plus en plus pénétrer dans ses 16 mètres. Ils parlèrent ainsi de l'après France-Portugal : du joli résultat de 4 morts à zéro en faveur de la connerie humaine, du fait qu'il pouvait y avoir des dommages collatéraux même au football, malgré les frappes chirurgicales des buteurs... En bref, ils s'amusaient comme le font les adultes, essayant de revigorer leur innocence perdue pour séduire l'autre, essayant de paraître de grands gamins dans l'attente de redevenir sérieux au moment de consommer. À force de discussions, de plus en plus enjouées, de sous-entendus de moins en moins voilés, ils arrivèrent à vider la demi-bouteille de champagne que Fred avait offert : c'était leur dernier verre, et de plus en plus de clients entraient dans le saloon, apportant bruit de cow-boys et fumée de cigarettes. Fabienne, qui commençait à avoir les joues en feu, proposa d'aller faire un tour dans la vile lumière, pour profiter de la fraîcheur de la nuit, également avant que le match ne se termine et que l'endroit ne soit envahi de supporters égrillards. Fred, qui commençait à avoir l'imagination en feu, proposa de la raccompagner chez elle en taxi, avant qu'il n'y en ait plus un de libre, mais elle lui posa un index sur la bouche d'un air mutin... Il paya, ils partirent. Il la laissait passer devant aussi souvent que possible, quand les trottoirs par exemple rétrécissaient : sans avoir des jambes véritablement superbes, Fabienne avait ce petit balancement des hanches qui hypnotise nombre d'hommes, et sa jupe mi-longue faisait merveille... Au bout d'un moment – finaude – elle le lui dit, qu'elle voudrait qu'il passe devant aussi, mais en tenant sa veste à la main, pour profiter du paysage à son tour. Il s'exécuta, plutôt amusé de la situation, et marcha à 2 mètres maximum devant elle pendant ce qui leur restait à descendre de l'avenue Opéra, en direction du Palais-Royal : ils continuaient à discuter, et souvent à rire. Avant d'arriver place Malreaux, elle lui dit "stop ! c'est bon... tu peux revenir à mes côtés" : apparemment le test était passé avec succès, car elle lui souriait de façon coquine, tête légèrement penchée sur le côté, le regardant dans les yeux. Fred, se sentant proche du but, s'approcha doucement, prêt à s'emparer de ses lèvres. Elle se recula, juste un petit peu, puis ajouta qu'en fait, elle habitait à 2 pas : autant y aller, avant de devoir supporter les fans de football, même si on ne savait à quelle heure le match se terminerait. Les enfants absents, ils seraient certains d'être 2 tranquillement, dans l'appartement. Qui était vaste, catégorie confortable : même si ce n'est pas du neuf, ça fait toujours plaisir de marcher sur un parquet bien ciré, en manquant de tout renverser, car on s'embrasse et s'agrippe en mouvements désordonnés, trop nerveusement. Et le lit aussi est vaste, et le corps de Fabienne également confortable, bien entendu. Les ébats démarrent, on sort les munitions de latex, se déshabillant – on se goûte, avec des bouches encore parfumées au champagne, goûte au parties intimes de chacun(e) : puis les mains s'activent, les choses sérieuses se profilent. Avec le cortège d'inhibitions qui en découlent : non pas par-là, oui mais pas tout de suite, attention ça fait mal, etc... Les corps qui se choquent "on the rocks", qui s'apprennent et s'imprègnent : ou presque. Puis l'un(e) ou l'autre accélère le mouvement, ça s'enfiche ou s'enfile du mieux qu'on peut, tout devient pulsation, avec des ratées évidemment, comme en toute première fois. Fred continue, ça pousse des petits cris, on ralentit, se parle, accélère – changement de position pour profiter d'une vue, d'un angle de friction différent, c'est laborieux. Le temps passe, on s'étale sur le lit biplace, puis on jouit si on peut : en tout cas, ça arrive à l'un(e) ou l'autre. Enfin on se repose... Routine des étreintes d'un soir : l'autre anatomie qui redevient étrangère, au contraire de l'état amoureux où elle reste familière. Enfin on parle. « - Alors, heureuse ? - Un peu, moyen moyen. Ton sexe est à ton image : costaud mais petit. - Heu... - Je plaisante ! Evite juste de poser des questions idiotes, d'accord ? - C'est que justement, je complexe, héhé. - Pauvre chou, va... Et si je le prends dans ma bouche, ça te rassure ? - Oui... aïe ! - Cela va te revigorer... C'est mieux là ? - Là oui... - Comme ça alors... Hmmm. » Et elle recommença. Et ils recommencèrent. En avant, en arrière, en envies réchauffées ou désirs secondaires. Cependant sans folie. Décidemment, même en remettant le couvert, ça manquait de passion – pas de profondeur, non, juste du zeste de réussite qui fait la différence : ce n'était certainement pas sur le gazon de Fabienne que Fred allait se métamorphoser en Zizou. Il y avait bien quelques bruits de feux d'artifice provenant du dehors, mais assurément pas pour lui. Au final, il lui resta comme un léger goût d'humiliation consolante car empli d'une tendresse tendue, comme quand enfant on récite une leçon pour faire plaisir à ses parents, alors que ceux-ci attendent la fin dans un silence d'indifférence polie. Veule valse où le vagin végète, où la verge vagit. Passé minuit, elle lui demanda de prendre congé : curieusement, alors qu'il ne se sentait aucunement amoureux, son narcissisme lui commandait de ne pas partir. Il essaya de la convaincre, sans aller pourtant jusqu'à la supplier, de le laisser au moins dormir chez elle, puis devant son refus, qu'elle accepte de le revoir un autre jour. Il croyait encore que c'était lui qui menait le jeu, qui avait dirigé les opérations : il ne comprenait décidemment rien. Elle finit par le mettre dehors, gentiment mais fermement, sans le laisser se laver comme il demanda : elle devait se lever tôt pour aller travailler, alors ce serait bien maintenant qu'il soit gentil... Il ravala sa fierté et sa soif de douceur, et s'éclipsa devant la décision de l'arbitre : ça lui ferait au moins un point commun avec Zidane, quoique ce dernier soit parti du terrain la tête haute, après avoir vengé son honneur. Restait plus qu'à trouver un taxi, ou retourner se saouler. Et voilà... Fabienne avait laborieusement pris son pied, Fred s'était vidé de son trop-plein existentiel, et un grand champion avait suivi sa voie : tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes – si c'est possible. La France ? Désolé, rien à foutre.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Ypérite

[ texte interdit aux moins de 18 ans, pouvant être qualifié d'érotisme voire de pornographie / non mais c'est une blague, en fait, vous pouvez repartir fantasmer ailleurs... ]   Comme un poison, comme une harpie
Vaquant au fond de mon esprit :
Tu es toujours en agonir
Sur mes détours, sur mes désirs. J'ai senti ta marque trouer la surface
Pour te repaître à ce repas.
Dangereux monarque, jamais ne te lasse
D'avaler l'atma, le sang-froid. Curare que racaille, vie, dont le fumet nous poursuit
Dans le bourbier de ces rêves.
Cul rare que salaud, l'amour, qui la rejoint aux faubourgs    
Pour mieux agresser sans trêve. Allez, viens flouer :
Passe-moi par-dessous,
Enchaîne-moi dans ton dédain.
Je voudrai rester
Comme ça, je suis saoul –
Subit, l'âme de tes parfums. Ceux qui ondulent au tour d'émoi,
Pour me faire traînée dans des bras
Qui me violent, me volent la nuit :
Zen, extase et dégoût en sursis. Cette chose flasque fait me sentir si bien. Cette chose est flasque or je ne pense plus à demain. Cette chose sombre ainsi me glisse entre les mains. Cette chose sombre puis accompagne jusqu'au matin. Cette chose dure qui se faufile entre mes reins. Cette chose dure et je me sens comme au tapin. Cette chose m'enlace, moiteur dégueulasse, du plus vierge à la surface. Puis, abandon sans laisser de … défloration :
Dans un souci d'émouvoir l’annihilation,
L'appétit prend de tendres plus-loin.
Même si l'espoir ne sert à rien.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Xénomorphe

Egout, où les égos s’égarent, où grandissent faune et flore de l’asphalte, en berceaux de basalte. Caniveau, où s’éventent secrets et aveux, où se vendent bruits et brisures, où se vante le fait de faire le mur. Impasse de violence, où le silence se rompt quand les pleurs se propagent, impasse en sursis se dissout dans la rage. Peut-on s'y relever fièrement comme une escouade en déploiement, survie menacée par le sombre, et savourer la force hostile du nombre ? En cette rue une fleur de bitume, pour tuer la petite mort, loue son corps pour un rien : rue qui s'éteint d'un rouge qui s'allume. Artère où se dressent des poubelles comme autant de tourelles de Babel, artère de corps incandescents, de cœurs qui espèrent, de cerveaux effervescents. Même les enfants doivent jouer contre le temps, attendre dans l'ombre agile, amasser la fureur pour leurrer les vigiles. À éviter : les boulevards de rêves qui crèvent, d'abcès en cauchemars, d’excès en largage d’amarres. Périphérique où la décadence s'éveille telle une danse acide en sommeil ; périphérique crucifié, périphérique mortifié. Va falloir y trouver la trace de l'instant d'avant, cette éternité si tranquille, afin d'oublier l'amour qui va faiblir. Malgré la cité défiance où l'on chasse une idée nommée volonté, méfiance envers sa propre foi, cité où l'on invective l'envie et l'amitié. Quartier chaud, quartier ghetto, où se fondent tendresse et histoires de fesses, quartier d'anges et de démons, où subsistent frange et sermon. Âpres au gain, certains entraînent leur cuir, dans leurs rondes autour des périls, à joindre les endroits d'où ils pourraient s'enfuir. Pourtant ville d'exil, où chacun s'annihile, où le voisin est île fossile ; ville d'aliénation, ville d'exploitation. Alors errer dans la nuit sans donner un seul cri : rester les yeux ouverts, terminer dans l'éclair. Alors franchir le seuil, ne plus subir le deuil : sortir à l'unisson puis cueillir la passion – fruit d’espoirs, de clins d’oeil et d’aplomb. Alors, Métropolis : que gise le vice !

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Xanith

Arraché au sein maternel :
Soudain, il se fit belle.
Homme ou femme – cible de fiel –
Qui ne put vaincre un gel pluriel. Son existence fut fragile.
Tant, que le rire des séniles
Suffit pour en couper le fil,
Tel un rejet de bile. Le désir fut sa cause :
Soumis à son hypnose,
Elle y plongea sans prendre pause
S'abandonnant à la sclérose. ... quand ce genre de transe
Te prend – tu te sens étrange,
Quand cette transe de genre
Te fend.
L'homme est reparti dans les dunes,
Sa fosse est remplie d'une
Ou d'un autre. Castrats de lune
Androgyne : bis d'infortune. Ses pensées étaient absorbées :
Le mépris les a escortées
De glace, elles en sont restées,
Puis se sont putréfiées. Ces vers, à l'honneur de son corps :
Elle pourrit. Terre dévore.
Rien n'est plus, au dehors,
En dedans s'alanguit la mort. ... quand ce genre de danse
Te rend – tu t'étrangles d'ange,
Quand cette transe de genre
Te fend.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Wild West Story

« Oyez ! Oyez le dit de l’affable soûlard rencontré au hasard d’un voyage dans les bars… » Il racontait l’histoire de Pedro le Poireau
Qui dans l’Ouest sauvage était un sombre héros,
Qui traquait les bandits, qui traquait les outlaws,
Aidé d’un revolver, aidé d’un sombrero. Né au Mexique, dans l’immonde ville de Cancún,
Il était affublé d’une bonne tête de cartoon
Mais qui se moquait, de lui ou de sa bille de clown,
Gagnait un aller simple pour l’enfer des saloons. Un beau jour, sur la piste de Calamity Jane,
Accusée de contrebander la marie-jeanne,
Il glisse bêtement sur une peau de banane
Et se retrouve coincé sous une barrique texane.   « Ô mon Pedro, il va vite falloir partir, ou bien en vinaigrette tu risques de finir… De ta botte, donc, déchausse-toi pour t’enfuir. N’oublie pas : les poireaux se cachent pour mourir. »   Oyez ! Son pire ennemi se dénommait Pablo.
Un piment ! Né aussi dans un infâme pueblo.
Ils se rencontrèrent où ? Dans un fort vieux rancho,
Au temps de leur jeunesse, de leur premier poncho. Travaillant comme des bœufs à garder des vacas,
Ils tombèrent amoureux de l’idem chiquita.
C’était la fille du boss : celui-ci les renvoya,
Les voyant devant elle jouer les fiers-à-bras. Depuis ce jour maudit, ils veulent se tuer tous deux,
Ayant perdu celle-ci qui avait de si beaux yeux :
Trop bêtes pour juste voir qu’elle jouait avec eux,
Sur l’autre rejetant le fait d’être malheureux.   « Ô mon Pedro, serait-ce un coup du sort ? Serait-ce un piège tendu par ce piment retors ? Seras-tu épluché, émincé dans la mort ? Or : toujours tu t’en tires, car tu es le plus fort… »   La funeste banane fut placée là par l’ennemi :
Le Piment dément, de mèche avec Calamity.
Il croyait qu’il aurait le Poireau sans soucis
Mais, comme on va le voir, rien ne se passa ainsi… Car un être supérieur soudain se réveilla :
Le Dieu des Cuisiniers voulu faire une paëlla !
Une nouvelle recette qu’il expérimenta
En fumant un giga oinj’ de marijuana… La recette comprenait alcool, vache et piment,
De la banane aussi, du riz et du safran –
Mais surtout pas de poireau, car ça colle aux dents !
Pedro ainsi échappa au divin jugement. « Ô mon Pedro, ce sera un jour contre toi, que se retournera le Deus Ex Machina ! »

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Walking Ghost Phase

Reflets de nuages verdâtres
Immeubles coupés
Horizon superbe, inverse Ce monde tremble
En oublie d’être inquiet
Du métal qui s’immerge Tu me parles comme d’une distance
Mes réponses sont impressions d'autres temps
En négatif : ici, maintenant Au soleil délavé
Nul besoin des radios, muettes
Toute alerte serait superflue Au courant de la situation
Ni dieux ni maîtres
Enfin : raz-de-marée Reparti d’un coup, moteurs noyés
Conducteurs qui ne valent guère mieux
Pris au piège, dans l’aurore boréale
Et nucléaire de ces jours atrophiés Encore debout
Une publicité
Panel à marchander l'infini Des billets flottent
Passé papier précieux
L’acide bruine s’annonce Je ne te demande rien
Tes réponses sont intervalles d’un écho
Oublieux de pourquoi nous sommes là Solitaires sursis au suicide
L’envie de vivre
Comme raison de mourir Torchon gras
Ou canette vide
L'origine du monde ?   Note : pour savoir ce que signifie le titre, n'ayant aucun équivalent réel en français... http://fr.wikipedia....ing_Ghost_Phase   =========================================== Bande son : FEVER RAY - "Keep The Streets Empty For Me"

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Vortex

Cette nuit, on a tué ma semence
Dans l'absence, le mystère de sa vie s'est enfoui
Lynché par la houle
Fluxé tout son soûl
Un poète de troc
Qui, baroque, se répand en soliloques
Contemple son appendice
Pleure l’édifice
Ou la fille qui l'acquittait, hors de ce ventre « – RENDEZ-MOI MA CHAIR ! » Des astres, nés morts hors de l'antre
Le bambin
Est jeté avec l'eau du bain
Le bébé jeté avec les eaux de la Mère
Douce et caressante
Les cuisses ruisselantes
Geyser de sang qui répand son enfer
Un con d'homme, en mémoire « Mon dieu madame nous vînmes et dîmes cet hymen un monde mais il devint mieux démon » Contre moi
Je voudrais serrer ce qui ne fut jamais qu'un bout d'humain
Début d'une ex-
Croissance
L'expérience de ma finalité
Souhaitons, alors, que l'amour se suffise
Que nos rides naissantes prêtent corps, encore
À une enfantine bise
Parler, Marcher
T'aimer

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Vivisection

Demain point, puis vient, sourire ou sermon.
Or, je suis toujours vivant !
Martèle l'excaveuse qui s'approche, tournevis. J'observe des oiseaux sur une branche
Vertement discourir, sans s'arrêter.
Comme ce jouet est à jamais cassé !
Pour avancer, contendant, il me fallait son âme…
Consentant que l'artère s'étame. Ils accourront plus tard, se serviront de beaux discours :
Un système pour une valeur –
Vouloir – la fuite dans la scission. J'ai perdu mes amours embolies
Et j'ai perdu ma vie sous biopsie,
Circonscrites dans la chute
Du temps, ce calcul qui s'égrène. Horloge atomique au mal mène :
Faire comme si – de rien – n'était
Fait. La spirale de la démence m'insinue sa vrille :
Je ne peux boire ses paroles
Même, devant l'épreuve électrode. Mais, patate rat ?
Comment fait un petit rat
Pour opérer un entrechat
Sans finir en mou, là-bas ?
Simple : il s’efface entre les aiguilles,
Car entre les chas, le rat passe…
Couic, fait l’anguille : technique des deux sabres. Et ça, en moi, connaît le risque
Car ça, en soi, en est complice.
Pourtant, les jours s'écoulent tranquilles.
L'un doux-amer, l'autre relié à la masse, à la terre :
Des typhons alternatifs, sur une île.
Adorable somesthésie. Les savants m'ont assigné en stade terminal,
M'ont conseillé de jeter le bébé avec les eaux de la mère :
Et si je me manquais ? Allez, pour rire…   =========================================== Bande son : PHOTEK – "Ni Ten Ichi Ryu" – ("Technique des 2 Sabres" en japonais) http://www.youtube.com/watch?v=GMjq0fa4RbU

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Vivant d’Attente

Salut ! C’est gentil d’être passé, mon vieux pote…
Oui, ça faisait longtemps : je ne sors plus beaucoup.
Fois dernière : quelle anecdote ?
On aura bu comme des trous. Bien sûr que ça va, j’ai réussi à maigrir.
Voilà qui me sert bien, tu en conviendras même :
Depuis le temps, mon ventre œdème
N’avait jamais faibli – sans rire ! Vivant d’attente,
Converse de mort lente ;
Goûter l’absence pour dévorer ma présence. Or, je me préfère vaincu
À être vainqueur dans votre armée mexicaine :
Là, voguant toujours dans la vingtaine… Déçu ?
Mon apathie crue se déchaîne. Je veux, cher avocat du diable,
M’oublier – loin – en un non-lieu jurisprudent ;
Ton haleine de tabac froid également…
Jugement de dieu ineffable ! Vivant d’attente,
Envie de plaie béante ;
Goûter une absence : en savourer la présence. Vexé, tu vas hausser la voix,
Te sentant exclus, agressé. Voire inutile :
Voici que je démolis le peu de ta foi
Qui reste en l’amitié virile. Le dégoût fait rester poli ;
Pourtant tu ne le vois plus gai, ce destin nôtre.
Tu repartiras, comme tant d’autres :
Tire bien la porte, derrière toi – merci ! Vivant d’attente,
Deux vies insuffisantes. Première existence : rêve d’omniprésence.
Seconde commence, elle n’est guère qu’absence.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Viscéral (journal d'un sociopathe, partie 1)

Dans la rue, certains se cachent derrière leurs téléphones, leurs oreillettes, leurs écrans, leurs lunettes de soleil, leurs cheveux, leur attitude… Ne pouvant m’empêcher d’être original, je me cache derrière mon sourire. Ce n’est pas un sourire commercial, loin de là. Au contraire, il est avenant, doux, intelligent et un peu moqueur : le sourire d’un homme qui prend les choses du bon côté, croit-on. Le sourire d’un homme vers qui on a envie de se tourner. Sauf qu’il est figé, et qu’il suffit à tout un chacun de croiser mon regard plus d’une seconde pour comprendre qu’il est tombé dans un piège. Froid et délicat, le piège : qui s’intitule « je vais te forcer à sourire pour te montrer à quel point tu es hypocrite ». Car dans nos sociétés utilitaristes, on ne sourit pas aux autres sans une idée derrière la tête : c’est toujours en préambule à une demande de service, ou une amorce de vente, ou pour sûr la vieille rengaine de la parade sexuelle. Or croyez-moi, je sais très bien que personne n’aime voir les autres sourire pour rien : oui, je le sais, c’est ce que je faisais il y a longtemps. Je souriais à la vie, et la vie ne rendait rien. Tout du moins, les handicapés du cœur qui m’entourent ne rendaient rien. Je parle de vous, là, hein… Enfin, disons de la plupart. Aujourd’hui, ce sont les salopes, femelles et mâles, qui sont une des mes proies préférées : vous savez bien ? Ces espèces d’animaux sociaux pervers qui ont besoin de vérifier dans le regard des autres leur potentiel de séduction. J’aime quand leur sourire de satisfaction se trouble, quant la haine affleure dans leur regard, quand elles ou ils comprennent que cette victime potentielle, en face, vient de les dépasser d’une coudée sur la règle graduée du cynisme. Un avantage existe à être ainsi. Personne ne va me faire la charité, personne ne va essayer de me refourguer de sourires pour nécessiteux à la Raoul Follereau : « nul n'a autant besoin d'un sourire que celui qui ne peut en donner aux autres » qu’il écrivit, le brave homme. Désolé, tu ne me refileras pas ta fausse monnaie, ami des lépreux. Comme disent les naïfs : tu peux laisser ton sourire changer les gens, mais ne laisse pas les gens changer ton sourire. Aucun risque : le masque est bien arrimé. Dr Jekyll & Mr Hyde, à côté, c'est un conte pour enfants. Certes, ce sourire n’est pas synonyme de bonheur : il veut dire que j’apprécie ce que la vie m’a donné, c'est-à-dire de voir les autres, de les haïr. Car voyez-vous, mon sourire existe parce qu’il sont là, que ça grouille autour. Je souris parce qu’ils sont la laideur incarnée : il n’y aurait que beauté autour de moi, je n’aurais pas besoin de sourire. Osons le dire : je serais heureux. En résumé, mon sourire est une protection contre la médiocrité, y compris la vôtre. Et maintenant que vous le savez, il vous protègera aussi de ma médiocrité. C’est fort pratique. Puisque j’en suis aux confidences : la prochaine fois, je vous parlerai de mon utilisation redoutable de l’aveu et de la vérité…

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Virus

Je prends conscience de mon corps
Comme d'un instrument de mort. Ou conscience de ma faiblesse :
Se cacher, désirer sans cesse. Conscience de mon énergie,
De ma rage et sauvagerie.   Puis conscience de mon cerveau
Qui sert le but de mes travaux. Conscience de ma survivance :
Fruit de volonté, de souffrance. Je prends, de mon venin vulgaire
Pour me répandre, infester Terre, Conscience.   Ce monde est mien –
Car je suis à ce monde. Humain, je suis humain. Humanité, je suis humanité.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Vilaine

Vilaine est de retour sur le net.
Elle est promesse de galipettes :
Va s'offrir à tous, la midinette –
Va s'ouvrir à toutes, la nénette. Elle pourrait être ta promise
Ou pourrait faire ton analyse.
Elle pourrait être ta soumise ;
Choisis ! Car l'apparence est de mise. Dites, les garçons ? C'est bon d'être de retour...
Avez-vous serré vos oreillers dans vos lits
Quand j'étais partie ? Frustrés, m'aimiez-vous d'amour ?
Etais-je citée dans vos insultes, vos cris ?
Vilaine encore va t'exciter
Aidée d'une fausse identité,
De faux attraits, d'un faux sexe : armée
De tout pour te voir participer. Elle pourrait être ta masseuse
Ou pourrait faire sa chatouilleuse.
Elle pourrait être ta vicieuse ;
Oui ! Les apparences sont trompeuses. Dites, les filles ? C'est bon d'être de retour...
Jalouses, me décriviez-vous à vos amis ?
Etais-je vue comme un modèle ? Mes atours
Ont-ils changé vos tenues viles en sexy ?
Vilaine sur le net fait sa loi :
Exquise, mystérieuse est sa voie.
Inutile de chercher pourquoi
Elle fait tant d'effet chaque fois... Pourquoi doit-elle être si Vilaine ?
Pourquoi ce désir teinté de haine ?
Que dans les cerveaux, la morne plaine
Se dispute aux caresses de l'aine ? Dites, les garçons ? C'est bon d'être de retour...
Avez-vous poissé vos claviers durant vos nuits
De solitude aigrie, voire durant vos jours ?
Mes photos sont-elles toutes sur vos ordis ? Dites, les filles ? C'est bon d'être de retour...
Imitez-vous mon style ou tout mot que je dis :
Suis-je pour vous la source même du glamour ?
Voudriez-vous être Moi, mais en moins jolies ?  

Tequila Moor

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VIE, partie X

Elle semble perdue sur le réseau
Avoir disparu dans le métro
Il faudrait pouvoir dire ça en un mot
Peut-être qu’il y en a trop
De ces choses toujours en action
Choses qui se perdront Il faudra arrêter d’y penser
L’important c’est la liberté
Le temps viendra un jour à manquer
Il n’y en aura jamais assez
De ces choses encore en action
Choses qui perdureront J’ai gagné le monde, de haute lutte
Enfin suis-je devenu adulte
Tous les gens que j’ai connu
Ont gagné le monde Mais qu’est-ce qui est perdu ?   J’espère que la réponse est  « non »
Sans même me souvenir de la question
Le monde voudrait que nous dansions
Autour de lui, et que nous parlions
De ces choses dont nous sommes les pions
Choses qui apprendront Et enfin, qui se penchent vers moi
Une faim rêche comme fin en soi
Cela me touche, teste ma foi
Je suis tenté d'en suivre la loi
De ces choses qui m'ont pris d'affection
Choses de passion J’ai gagné le monde, de haute lutte
Enfin suis-je devenu adulte
Tous les gens que j’ai connu
Ont gagné le monde Mais qu’est-ce qui est perdu ?   Elle doit être morte maintenant
Excisée, ou bien mon corps béant
L'a laissé s'échapper à temps
Puisse-t-elle n'être plus seule, à présent
Que ces choses remuent au fond
Choses qui la remplaceront J’ai perdu mon âme, de haute lutte
Enfin suis-je devenu adulte
Tous les gens que je connais
Ont perdu leur âme Comment ça se fait ?

Tequila Moor

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Vapoter Higher

Kof ! Kof ! Kof ! Rrrrr… désolé, je m’éclaircis la voix : le studio de Radio Absurdement Pêcheresse est particulièrement enfumé ce soir… Nous avons l’insigne honneur de recevoir Mort Ali-T, ancien pilier de l’Horrible Organisation du Rapolitiquement Correct, qui va nous interpréter quelques misogynes rimes de son flow rauque typique du fumeur de gitanes... Aïe ! De Havanes, pardon grand seigneur… Lancez la bande son !   « Vapoter Higher » tu m’as dit, croyant allumer l’incendie
De mon cigare, or l’indécent, tu ne l’auras... Incidemment,
L’allure de ta E-clope te donne un air condescendant –
Tu mégotes sur les mégots, tu voudrais le feu sans les cendres.
Tu chipotes sur les chipolatas, barbecue pourtant tendre :
Hips ! Tu t’es mise à la chicha afin d’accompagner tes chips
Et tes potes, qui vapotent, mecs des beaux quartiers jouant les cheick.
Cool, tu t’es dit, ou bien chiche ? Ça coule avec le kebap shish !
Mais tes efféminés sont cheb : des cheba même, tes éphèbes…
Fans d’un hip-hop de turques chiottes, lançant des « yo », « swag » ou « check »,
Croyant tchatcher – verlan ? arabe ? – en atchoumant quelques syllabes.
Au mieux ils aiment « Cliché Hot » & chuintent du bec quand ils rotent. Vapoter Higher ? E-Clope ? Trucs d’éclopé(e)s.
Va poter ailleurs : boire, fumer vrai, me bottent. Alors dis-donc, l’éclopée : est-ce que t’avales la fumée ?
Car – empotée – tu fais des mines pendant que, là, je fulmine
Or oui, te laminer, minable, est belle raison qui m’anime :
Te malmener – abominée – toi et ton style gominé.
Un sombre dessein se ramène, enjolivant cet animé…
À élimer en un rāmen, nippon ni bon, c’est bien shōnen
Ou hentaï : je suis bien chaud, naine, à émincer ton bel hymen.
Entailles y faire en aumône, cadeaux pour tes minets… amen !
Détends-toi : c’est juste une blague, à tabac, un immonde gag.
Truc virtuel, pour te passer à tabac, te voir dépassée.
Ta toison blonde, brune ou rousse, je ne me vois l’attiser :
Après t’avoir fichu la frousse, par contre – hop ! – aller tiser… Vapoter Higher ? E-Clope ? Trucs d’éclopé(e)s.
Tu ne me donnes guère envie de papoter,
Schisme entre moi, despote, et tes parfums de fiotte.
Va poter ailleurs : boire, fumer vrai, me bottent. Me revoici, Mort Ali-T, j’en jette une pour l’alité,
L’adepte d’une utilité, oui du fait de se mutiler :
Sur la peau, la clope écraser ; allumée, les nerfs embraser…
Arrêtons les futilités : pour ça, faut du 900 degrés,
Un foyer de toute beauté, pas la vapote dénigrée.
Car ton électro-calumet carbure au mieux comme un sifflet,
Ça oblige à prendre un briquet pour, au derme, mettre un soufflet.
Pour les vrais hommes : brasero de rigueur, ou bien hauts-fourneaux.
La E-clope : pour les zéros ! Comme refuser le porno !
Comme avoir envie de l’Eros et refuser qu’il soit féroce !
Et d’ailleurs, petit caniche : comment tu fais pour le haschich ?
Peut-être que tu veux, boniche, une pipe en photo-finish ? Vapoter Higher ? E-Clope ? Trucs d’éclopé(e)s.
Tu ne me donnes guère envie de papoter,
Plutôt ta vie l’ôter : guerre de papauté,
Schisme entre moi, despote, et tes parfums de fiotte.
Alors, ça vapote ? Non : ça va pas, pas pote.
Va poter ailleurs : boire, fumer vrai, me bottent.   Certes… Non non, c’est très bien comme rap ! Aïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïe ! Toutes mes excuses, grand seigneur, mais nous cherchons à développer en ce moment un partenariat avec des marques de cigarettes électroni… Que ? Je ferme ma gueule ? Heu… D’accord…

Tequila Moor

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V.I.E je t'Abhorre

Premier pastiche de notre histoire pour Radio Absurdement Pêcheresse : aujourd’hui un MC célèbre vous enchantera de ses versets moqueurs, sous couvert de l’anonymat. Après donc le remaniement de notre gouvernement, en voici un autre… Alors pour que le remaniement du mike s’adore, voici Mike A-Bord ! Beau… Bobo… Bonobo… J’abobo… J'abhorre ! La musique de variété : invariante, avariée Même en voulant l’éventrer, jamais elle ne va varier J'abhorre ! Ses publicistes, ses producteurs, instrumentistes, distributeurs Puis ses choristes, ses managers, journalistes et présentateurs Puis ses danseuses ou ses comiques, aussi les ingénieurs du son, ses chanteuses, ses chanteurs Et… son public J'abhorre ! La musique de variété : invariante et avariée Et j’éventre un de ces sons Dévorons donc ce son Oui voilà : j’éventration Dévote dévoration J’avance en l’antre, son Ou sa latence, ion ? Dévorante dévotion J'abhorre ! Les zombies arrêtent de bouger Puis se regardent, interloqués Ils commencent à se suicider Leurs cervelets découragés Le Mike A-Bord, je leur fredonne Mon sang, l’eau dans leur sonotone Soudain, se change en belladone De par ma langue, heurt monotone J'abhorre ! La musique de variété : invariante, avariée Même en voulant l’éventrer, jamais elle ne va varier J'abhorre ! Et j’éventre un de ces sons Dévorons donc ce son Invariante est la fusion Ça varie en conclusion Je t'abhorre ! Variété ! Invariante ! Eventrée ! Superbe, évidemment... merci Miky. Rappelons la dernière news : l’Horrible Organisation du Rapolitiquement Correct ayant été démantelée – façon puzzle – par quelques uns de nos invités passés, nous pourrons donc vous proposer d’autres pastiches dans le futur. En tout quiétude !

Tequila Moor

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Une Victoire de Peu

J'observe les esclaves dans leurs bureaux, autrement dit la ressource humaine, dans son état tertiaire : elle a l'air conditionné, celui qu'elle prend comme celui qu'elle respire… On ne s'en lasse pas, toujours de nouvelles choses à découvrir dans leurs comportements, ils parviennent à surprendre jusque dans l'ennui de leurs mœurs. Lors de la pause déjeuner, quand quelques uns d'entre ces employés, modèles interchangeables, se laissent aller à manger ensemble – par pure sympathie croient-ils, en fait pour tromper leur lassitude – alors ne tardent pas à apparaître dans leur conversation, bien entendu non à bâtons rompus, déjà pleine d'humour à ricaner ou autres clichés, quelques silences prolongés, ceux où leurs yeux s'abaissent jusqu'aux assiettes, ceux pendant lesquels on entend leurs cerveaux se demander qui sont donc ces étrangers, en face, pourquoi diable leurs vies se sont croisées aujourd'hui : il suffit d'un rien, une parole mal placée qui se révèle pour nulle raison politiquement incorrecte, ou le souvenir d'un collègue qui, comme ils disent d'un air navré, « péta les plombs »… Ou encore, le rappel du lent parcours des heures avant la retraite, alors les trésors d'amabilité qu'ils déployaient juste avant muent en simples ordures, leur conscience se ferme et s'avale d'elle-même pour retomber en dedans, et cette soudaine absence de communication leur renvoie une image réciproque de solitude. Mais celle-ci idem est sordide et torve, basse comme la queue de ces chiens qui suivent d'un œil craintif leurs maîtres, ne s'aventurant jamais à tirer sur leur chaîne. Certains pourtant continuent leur repas, parlant par épisodes, diplomates, ne voulant guère de trop d'aigreur gâcher la digestion, se disant qu'une bonne entente peut toujours servir, qu'une relation saine de travail implique des concessions, car ce n'est pas de leur faute s'ils sont là, attablés, les uns au milieu des autres, sans trop savoir pourquoi ; ils ont tous à gagner leur vie, ce qui signifie se côtoyer, se supporter, se draguer parfois peut-être, en un mot se serrer dans cet espace-temps qu'ils n'ont pas choisi, dépendants qu'ils devinrent de la sacro-sainte économie qui trône dans leurs journaux, royale et despotique, courtisane de luxe qui les a tous séduits et les a tous trompés. Encore, elle s'accroche à leurs lèvres quand ils parlent de leurs rêves : augmentations de salaire, crédits à rembourser, exonérations d'impôts, plus-values diverses et autres associations de consommateurs… Cela prend toute la place, il n'y a plus rien d'autre, plus de salive pour le reste, pour la honte éprouvée à ne pouvoir s'avouer cette mutuelle impuissance, ce fait lucide qu'ils sont à présent incapables d'autrement jouer : à part le rôle qu'ils acceptèrent, dans la tragi-comédie des études et du travail, quand tout jeune déjà, ils endurèrent de suivre la voie de leurs parents. Ceux-là attendant que ceux-ci deviennent indépendants, alors ceux-ci passant leur permis de conduire pour que ceux-là les estiment permis de sortir, puis l'argent de poche remplacé par celui des jobs d'été, l'apprentissage du manque, du comment pour en avoir à peu près il faut s'abaisser – ce qu'ils nomment autonomie. À une époque passée pourtant – celle-ci lointaine – dans la caverne de ces poitrines retentissait un rythme différent, plus frais, impétueux et nature, comme un fleuve sauvage voulant déborder les artères, un appétit à dévorer la terre, et une encore après si celle-ci n'aurait pas suffi : en cette époque, on s'en amusait du travail et de sa cohorte d'hypocrisies, on les voyait de loin, ceux aux dix ans de plus, dos déjà courbés, on savait s'en moquer, remarquer les visages gangrenés de gris, puis venaient pitié ou mépris, au minimum on lâchait un « y'a pas que ça dans la vie » ou « j'veux pas leur ressembler plus tard ». Peur bien légitime. Aujourd'hui, certes on est toujours moqueur, mais c'est cette jeunesse qui est visée, c'est son propre passé qu'on crible de traits, ses désirs déjà morts que l'on dénigre : ironie désespérée de ceux qui finissent de ressembler à l'adulte occidental dont, en sortant d'être adolescents, ils n'ont pas compris la simple lutte pour subsister, à croire que le libre arbitre n'existe pas. Aujourd'hui donc, boucle fermée, ils inversent les rôles, ne font le plus souvent que parler : travail, argent, le sexe pour la légèreté, ou l'enfance qu'ils respectent encore, sinon ils affectent de traiter le reste de biais, infectant tout de leur inintérêt. Mais cela ne trompe personne, l'ironie cache l'amertume sans l'éradiquer, et le dégoût de leur propre condition rejaillit au travers de phrases inutiles, telles « c'est beau d'avoir vingt ans » ou « nous étions jeunes » ; comme si vouloir partir en vacances, au soleil ou à la montagne, ne serait pas le signe d'un désir d'absolu toujours présent, simplement mal satisfait. Je suis attablée dans les mêmes endroits, à part, par trop désireuse de scruter sans toutefois me mêler à ces ombres, à ces ersatz d'humains : je repense à vous, mes tendres amis, et ma mélancolie me fait ravaler quelques larmes, me fait plus souvent errer la vision parmi ce troupeau, où parfois elle en croise une autre égarée. De façon chagrine, car dans nos contrées, quand des regards se croisent, la plupart du temps s'y découvre la peur, peur de s'ouvrir, de laisser voir à autrui son miroir intérieur… plus rarement, car pour individus expérimentés, ceux pour qui le miroir est déjà poli, comme il faut, ceux qui savent donc faire remonter celui-ci à la surface, s’y trouvera de l'indifférence, du mépris, de la colère ou de l'envie de séduire, toutes attitudes affectées comme il se doit, pour oublier cette peur toujours là, juste maintenant enfouie… presque jamais, se découvre dans cet échange furtif une saine curiosité, non encore fanée, non encore flétrie : de simples globes qui posent la question « mais pourquoi me regardes-tu ? » et qui renvoient, en l'acceptant, leur propre recherche d'un regard questionnant. Ainsi, faut-il que l'on en soit rendu à l'extrême limite de nos relations, qualifiées d'humaine, pour que ce qui devrait être lot commun soit de l'ordre de l'exceptionnel ? Faut-il dès lors comprendre que je ne puisse plus trouver personne tels que vous dans cette foule ? Vous étiez parmi elle, diamants généreux, trop purs, trop bruts, de ceux qui n'ont pas eu la chance de se frotter à plus dur pour devenir coupants, fragiles mais tranchants, d'un inexorable minéral sur lequel tout épiderme s'accorde de s'offrir, sur lequel la vie s'épanche mais s'ouvre : oui, vous l'ambitionniez, être de ceux qui donnent, de ceux qui – dégrossis – vont jusqu'à s'imbiber de cette source qu'ils violentent chez d'autres pour ainsi rejaillir, répandre et, s'épandre, s'en déprendre, l’espoir d’apaiser la soif des asséchés qui ne manquent pas, même en devenir, qui naissent à ce monde déjà stériles, la bouche pleine de lésions. Il vous aura manqué un peu de possibilités, de fermetés aussi, pour vous avant tout, car vous n'avez pas plus travaillé à votre salut que vous n'avez su travailler à celui de vos pareils. Vous étiez parmi eux, mes chéris, vous tentiez de résister, chacun de votre manière, faits pour vous rencontrer, un jour ou l’autre : me rencontrer, également ? Vous aviez développé chacun de votre côté, un décalage, une vision interne, un poison secret, sécrété par vos cerveaux, processus que vous n'avez su stopper, avant qu'il ne vous dévore, avant qu'il ne détruise la confiance que vous pouviez vous accorder. Et nous accorder. Déjà trop solitaires, trop de détestation du monde dans vos artères, trop envie d'en découdre, détruire, plus assez d'évolution en devenir, à offrir ou développer vers l'abstraite troupe contre laquelle le combat s'est résolu, avant qu'il n'apparût : combat perdu d'avance, vos virtuelles existences ne servant à rien ; décor d'abnégation, holocauste de carton. Maintenant vous êtes décédés, vos organes répartis pour sauver quelques vies, vos corps servant pour la science : j'y ai veillé, à ce que vous soyez dépecés de cette façon, à ce que vos prétentions de don se soient concrétisées post-mortem, que vos trépas en forme de dégoûts n'aient été seulement futiles, aussi utiles. Or cela ne me sert en rien, ne me rassure guère, de savoir que des parties de vous sont encore de ce monde : je sais juste que vous n'êtes plus là, cela m'est horrible, car vous n'avez sans doute pas abreuvé grand monde, mais moi oui, et votre absence s’en trouve trop présente à mon esprit, étouffante. Reste une satisfaction – savoir que vous ne serez plus torturés par vos chimères, qu'il ne sera plus nécessaire d’en douceur vous rasséréner, que l'angoisse ne vous meurtrira plus. Ainsi, mes défunts amis, voici comment se résume ma civilisation, comme la vôtre. Je vous garde en moi, foi de Victoire, mais je veux à tout prix vivre. Ne plus jamais faire partie de ce monde.

Tequila Moor

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Un Jour

Un jour Je vais mourir Plus de pleur, ni de rire Plus de pleur – Plus de ni – Plus de rire Un jour Tu vas mourir Plus d’envie de vomir Plus de vie – Plus de veau – Plus de Mir Un jour Il va mourir Plus d’amour, de « je suis » Plus de Mour – Plus de jeu – Plus de suie Un jour Elle va mourir Plus d’odieux, Dostoïevski Plût aux dieux – Plus d’hosto – Plus de ski Un jour Ça c’est mourir Plus châteaux ni ghettos Plus de gay – Pluie de chats – Plus de tôt Un jour Nous, c’est mourir Plus de comment ni pourquoi Plus de comme – Plus de pour – Plus de caoua Un jour Vous, c’est mourir Plus de crime ni de loi Plus de cri – Plus de lime – Plume d’oie Un jour Eux vont mourir Plus dedans ni dehors Plus de dents – Plus de deux – Plus Médor Un jour On ? Va mourir ! Plus regrets ni remords Plus de grès – Plus de plus – Plus de mort =========================================== Bande son : THE MISFITS – "Last Caress"

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Ulysse 69

Heureux qui, comme Ulysse, a vu un effeuillage Commis par celle-là qui tondit sa toison : Quand elle s'est retournée – du pénis l'oraison – Son âme s'est perdue en projets de mariage.   Quand se tairont, hélas, tous ces vains babillages Commis par celles-ci qui, en toutes saisons, Abreuvent de mélasse, ou bien d'exhalaisons, Le mâle que rebutent tant de verbiages ?   Son désir ne se prête aux délires spécieux, Son phallus ne se dresse aux esprits fallacieux, Si las qu'il se trouve de vos ruses vulpines...   Si clair qu'il voit, d'ici, dans votre baratin Qu'à moins de vous offrir dans des draps de satin, Inutile d'attendre une autre rime en –pine !   (machin pondu sur le forum en un moment de désoeuvrement... replacé ici pour archivage... puis si ça peut plaire... tout le monde aura reconnu l'hommage à Du Bellay ...)

Tequila Moor

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U.S.A ?

Hey, j’ai un fusil
J’ai un treillis
Je suis fier d’appartenir à l’artillerie Irakiens, Kosovars
Afghanis
On vient vous apporter la démocratie Dans leurs bunkers
Vos dictateurs
De nos canons vont commencer à prendre peur Nous le faisons
Pour vous : notre mission ?
Vous délivrer à l’aide de nos munitions ... à l’uranium appauvri
Quand tu y joues, c'est face ou pile
Uranium Subtilement Appauvri ?
Le missile qui t'annihile
Plus ultra nec
J’suis un vrai mec
J’ai des dollars, chérie : j’te fais un chèque ? Tu peux toucher
J’suis en acier
Tout comme mon arme, chérie, et c’est le pied Oublie le pire
Prends du plaisir
Mais n’essaye surtout pas de me retenir C’est l’aventure
Pour les vrais durs
Qui comme moi vont, viennent et carburent ... à l’uranium appauvri
Quand on y joue, c'est face ou pile
Uranium Subtilement Appauvri ?
Missile qui nous annihile
10 ans après
Il paraîtrait
Que vous n’appréciez pas ce qu’on a fait Jamais contents
C’est notre argent
Que vous réclamez pour élever vos enfants Nos sacrifices ?
Pour vous : des vices !
Vos suppliques compteraient plus que nos supplices J’ai une sclérose
Ton fils ? Une leucose !
Les fouille-merdes disent que ce serait à cause ... de l’uranium appauvri
Quand j'y joue, c'est face ou pile
Uranium Subtilement Appauvri ?
Le missile qui m'annihile

Tequila Moor

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Transaction

« L’autre est un jeu, À somme nulle. » Fondu d'ouverture. Une pièce dénudée, blanche (moquette & murs) à l’étage d’une maison, mansardée, sous les toits. Un plan fixe, plan séquence, en N&B sans aucun son : axe de la caméra placé perpendiculairement au sommet du toit, en face de la principale source de lumière – le vasistas qui inonde la pièce. Lumière un peu saturée, l’image a un faible grain : le contraste entre N&B est net, on peut observer la poussière qui vole. La caméra est légèrement inclinée vers le sol, vers une table basse au milieu de la pièce, le point de vue est placé entre hauteur d’homme & moitié de cette hauteur. La pente du toit semble finir derrière, en point de fuite. La lumière de la fenêtre tombe sur la table basse, éclaire également deux sièges qui se font face, de chaque côté d'icelle : au milieu de la table trône un gros cendrier, un paquet de cigarettes (on ne voit guère la marque) et un briquet de métal. Un temps. Un homme entre dans le champ, par le côté droit, contournant la table, coupant la lumière, s’asseyant sur le siège gauche. Habillé de clair, il pose un papier sur la table, enroulé, sorti de sa poche, ne fait pas grand-chose d’autre (hors regarder le paquet de cigarettes) tout en se calant dans son siège : il semble attendre quelqu’un. Un temps. Un autre homme entre, par le côté droit, s’asseyant sur le siège droit, en face du premier personnage. Habillé de sombre, il pose également un papier sur la table, plié en quatre, regarde l’autre, regarde la table, hésite à parler puis se ravise. Un temps. Le personnage de gauche s’avance sur son siège, sans se lever, prend son propre papier, et le tend au second. Ce dernier le récupère, et en retour donne son propre papier au premier ; chacun déplie la missive de l’autre, maintenant la sienne. Le premier personnage commence à lire ce qu’il voit, à voix haute, puis s’arrête au bout d’un temps court. Le second prend la relève, lit ce qu’il voit, à voix haute également. Puis il s’arrête, l’autre prend la relève, etc… Cela aboutit à une sorte de dialogue, on ne l’entend pas mais on le voit : les deux, au fur et à mesure qu’ils lisent, s’énervent, fond de grands gestes, tapent sur la table, ont le visage tendu, etc… Seraient-ce des reproches ? Fin de l'échange : maintenant calmés, ils reposent leurs papiers, de nouveau silencieux. Un temps. Puis ils se sourient, font le geste de chercher du côté de leur propre siège (opposé à la caméra) quelque chose de posé à terre. Ce quelque chose, ils le prennent en main, puis l’offrent à l’autre : encore un échange. Un peu cérémonieux peut-être. Ces objets sont : une petite bouteille de lait blanc, une grosse plaque de chocolat noir. L’un boit, l’autre croque, ils semblent contents. De grands enfants. Le personnage de droite va offrir, pour finir, une cigarette au premier : ce dernier prend une clope, puis l’allume avec le briquet présent. Il tend le briquet au second, qui s’allume aussi une cigarette – puis enflamme le papier qu’il a lu, et pose ceci dans le cendrier. L’autre prend à son tour le briquet, enflamme le papier restant, qu’il pose aussi dans le cendrier. Ils fument, se calent dans leur siège, se regardent – deux amis qui viennent de s’exposer leurs griefs, et qui auraient réglé la question ? Zoom sur le cendrier, les flammes. Flou final. Fondu de fermeture. La bande-son commence : « – Lourd ! – Tocard ! – Abruti ! – Nul de chez nul ! – Ramolli du bulbe ! – Pilleur de subventions ! – Torturé par le talent, ouais ! – Non mais il est vraiment bien naze ce réalisateur, c'est pas possible ! – Parfaitement ! Il se prend top grave pour un n'artiste, ce bas-du-front ! – Et il va m'obliger à boire du lait, en plus... mais je déteste le lait, mince ! – Et moi qui n'aime que le chocolat blanc, sous prétexte qu'il se la joue expérimental, faut que je bouffe du noir ! – Alors qu'on le sait qu'il n'a juste pas assez de pognon pour s'acheter une caméra couleur ! – Et qu'il tourne chez sa maman, au risque de se faire engueuler pour l'odeur de cigarette ! – Et qu'il nous paye en bières de chantier pour tourner dans ses films ! – Et qu'il n'est pas capable de faire le ménage dans sa piaule ! – Allez, j'arrête là, c'est l'heure de la pause clope ! – Moi aussi j'arrête, c'est trop la honte ce plan ! – Gros blaireau ! – Degôche ! – Vendu ! – Nul ! » Un temps. Fin du film.

Tequila Moor

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Tout ça pour ça

[ texte non conseillé aux personnes sensibles et aux enfants, car comportant quelques mots crus : vous pouvez donc continuer à lire si, adultes, vous aimez le fantasme de supermarché... ]   Tout ça pour ça ? Trois petits tours et puis s'en va ?
Là tu sors, livide, d'un lit vide, un lit froid.
Sûr que, malin, tu as eu ce que tu voulais
Mais tu pensais que ce serait mieux, attendais Tous les clichés du genre : plaisirs frémissants...
Dans tous les sens, ta salope... Désir ardent...
En fait d'ardeur, t'as surtout eu du rose aux joues
A force de faire floc-floc, mal aux genoux A force de la donner : ta force, ta sève.
Tu en aurais fait des choses pour ta belle Eve.
D'ailleurs vous avez, le catéchisme YouPorn,
Pratiqué mais pourquoi, alors, ces pensées mornes ? Si c'est toujours ainsi, tu comprends mieux tes potes
Qui te disaient souvent que, tu vois, la capote
Empêche MST, réduit les sensations,
Mais surtout, et c'est cool, détruit toute émotion.
Tout ça pour ça ? Trois petits tours et puis s'en va ?
Là tu rhabilles, remaquilles, sans ses bras,
L'image toute faite, essence de ton être,
Qui l'attire, lui ou d'autres, sans rien omettre. Tu avais envie, ou de sa tenue d'Adam
Ou de sa tenue, pas des deux en même temps.
C'était très bien, tous ces papillons dans le ventre,
Ces frissons aux ovaires tapis en ton antre. L'après fut laborieux, et un peu méthodique :
Sans la rigueur de ton dildo, électronique,
Absente était la folie, mais goûts et odeurs
Ont rattrapé un peu toute cette tiédeur. Tu ne sais ce que tu diras à tes copines :
Tu pourrais montrer une photo de sa... mine ?
Si c'est toujours ainsi, vive l'excitation
Vite lassée, bite massée, sans émotion.
Tout ça pour ça ? Trois petits tours et puis s'en va ?
Petit ange, baisse d'un ton, bon débarras !
Il y a beau temps, tu eus certes la part belle,
À tous les coeurs, faisais oublier le réel. Mais maintenant, c'est fini, pour toi plus d'espoir.
C'est bien pourquoi tu coucheras tout seul ce soir,
Oui, pourquoi tu as intérêt à t'habituer :
C'est fini, mon petit amour, t'es destitué. Oubliés tes médiocres trucs de passe-passe
Et oubliés tes excès souvent dégueulasses :
L'exaltation, le désespoir, la jalousie ;
Tes sacrifices, mélancolies, frénésies. Il n'y aura plus que dans ta version filiale
Que l'on t'acceptera : te plains pas, c'est pas mal.
Il te faudra, à la rationalisation,
Te soumettre : te voilà vulgaire émotion.  

Tequila Moor

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Tonnerre d'Applaudissements

Quand j'ai levé les yeux
Le monde s'est écroulé
Au milieu du ciel bleu
Un oiseau est tombé
Puis un autre a suivi
Puis 10 l'ont imité
Cela donnant une pluie
Il fallut s'abriter
Et on n'y pouvait rien
Et on n'en a rien fait
Et on n'en croyait rien
Et pourtant ce fut vrai
Est-ce à cause de la crise ?
Est-ce qu'il fait trop frais ?
C'est ce que les gens disent
Car on ne sait jamais
On s'attend donc à plus
On implore le chaos
C'est bon d'avoir connu
Une belle pluie d'oiseaux Bon d'avoir connu / une telle pluie d'oiseaux En sortant de l'abri
On s'est mis à compter
En faisant des paris
Sur le nombre estimé
Sur le sexe et puis l'âge
Donnant des coups de pied
Dans leur joli plumage
Aucune utilité !
En cours de chemin
On a croisé des vieux
Pains rassis dans la main
Ils n'avaient pas l'air mieux
On leur demanda l'heure
Puis on se moqua d'eux
Ils parlaient de malheur
En étant trop sérieux...
On rentre à la maison
Regarder les infos
La spéciale édition
D'une belle pluie d'oiseaux Spéciale édition / d'une telle pluie d'oiseaux « Ce succès fera des émules
Nul doute en nous
Tonnerre d'applaudissements
Nous avons bien vérifié
Tous les calculs
Sommes contents de nous
Tonnerre d'applaudissements
Il faut tout revérifier
Au cas où
Tonnerre d'applaudissements
Quelques ratés, mais normal
Dommage collatéral
Notre service
Communication
A du travail... » Au journal, ils disent
Oh les pauvres oiseaux
Sur internet, ils disent
Qu'il s'agit d'un complot
M'en fiche de ce qu'ils disent
Je n'y ai jamais cru
M'en fiche car j'aurai vu
D'ultimes bouts de cieux
Volants, tombés des nues
Je peux remercier Dieu
D'une belle pluie d'oiseaux Remercier Dieu / d'une telle pluie d'oiseaux   Source : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/01/05/005-oiseaux-mort-subite.shtml

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Thanatophobie

Midi d’aboulie. "- Salut mon chou, comment ça va depuis la dernière fois ?" dit la chimère au malheureux qu’elle avait décidé de tourmenter, depuis cette récente journée où elle l’avait harponné. Faisant tant et si bien que celui-ci répondit : "- Pas trop mal. Je me sens juste comme un Big Mac invendu, refroidi : en partance pour le sac poubelle, plus présentable sur l'étal... En fait, j'aimerais être un Paris-Brest : un gâteau, ou un aller simple direction la mer, pour sortir de mon mental." L’ectoplasme jubilait ; cela se traduisit en ces termes : "- Houlala, dis donc ça n’a pas l’air d’aller fort, mon choupinou ?" "- Pfff, m’en parle pas : j’me suis rendu compte que j’allais mourir un jour… Et j’veux pas !" éclata soudain le tourmenté, à haute voix, comme pour mieux traduire son désarroi. Vil, le vampire psychique poussa son avantage : "- Faut pas y penser, la vie est belle ! Peut-être tu vivras longtemps : t’enterreras tout le monde... Ton chien, ta femme, tes amis, même tes enfants si ça se trouve !" "- ....." Une pensée apparut dans l’esprit du soucieux, un cliché de plus, de l’ordre de l’automatisme. L’automatique noir, tant fantasmé dans ses loisirs – ses films et ses jeux. Moyen d’une fin tellement moderne pour un jeune homme moderne. Bang. Gourmande, la goule goûta cette cérébrale gâterie, puis en voulut plus : "- Alors ? Rassuré, hmmm ?" "- Ouais, très… Tu m’excuses, j’ai un truc à faire, là… Adieu !" Restée seule – et repue – la chimère attend l’instant de passer à une autre victime, se disant cependant : "- Et oui, mon mignon. La vie, c'est pas comme un bol de céréales : t'as pas que le choix entre avec lait ou sans lait, c'est bien embêtant..." Las : durant ce temps, le condamné s’est exécuté au couteau, ne pouvant trouver de joujou d’acier. Même sa mort sera décevante. Dommage. Il fait beau, pour un après-midi d’agonie.

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Thalatta

Des soi, l’Autre
Déçois nous, mère nôtre
Déçois la chère de tes apôtres Tendre obole
Machine molle Joue à j’aimais
Suie, nous
À jamais
Nuitée Défibriller l’allonge
Des raisons qui pourrissent
Que le silence ronge Pour savourer, augustes
Tes hydres qui fleurissent
En ce sommeil du juste Equarrir tes remèdes
Précipité d’abysse
En faire que tu cèdes À nos coups de butoir
Nappage d’immondices
Centré en vil espoir Hydrocellulose
Amphibiose Où tu t’épuises en bruits
S’échangent des ovaires
Dont la vie est violeur
Qu’on souhaite impérissables Tu attises nos fruits
Dont le goût est colère
Sertie en déshonneur
Evolution jetable Âme-nous à j'aimais
Puis aspire à ta foi
En nous qui assurions
L’amorce à trépasser Aime-nous à jamais
Puis expire en tes rois
En nous qui centurions
De force à t’effacer Aurore
Sémaphore Ou styliser nos lames
En déforme de hure
Au moyen d’oriflammes D’une couleur étrange
En l’acquêt de luxure
À séduire tes anges En leur cubique ronde
Fracasse fière allure
Anomiale faconde Naître ou pas dans un bouge ?
Telle est la question sûre
Que se posent tes rouges Lumierrante
Malévoluante Ça, vouloir vaut tant
Ça, valoir veut temps
Ça, pouvoir ne peux Attend

Tequila Moor

Tequila Moor

 

Sûrs

Ici, tout est bien comme il convient
Arrivée tard : la fin de soirée
Table mise, petit déjeuner
De proches amis à qui l'on tient Pour leur écoute, encore merci
Pour les discussions, énonciations
De nos points de vue non raccourcis
Pour les promenades, le jambon Là, au coeur, en dedans
Un endroit accueillant
Chez des gens doux, et sur
Qui on peut compter : sûrs   Ici, même le chien me convient
Souvenirs d'enfance conjugués
À l'envie de m'infantiliser
La proche famille à qui l'on tient Pour leur accueil, encore merci
Pour le fait qu'ils soient encore ensemble
Cela m'aura apporté l'oubli
Voir un couple qui jamais ne tremble Là, au coeur, en dedans
Un lieu revigorant
Des gens pas fous, mais sur
Qui on peut compter : sûrs   Oui cette vie de rien me convient
Dorloter patiemment, t'enlacer
Pour l'amour des absents, nous serrer
Ce n'est pas grand chose mais j'y tiens Pour le fait de déposer les armes
Pour le fait d'y voir un peu plus clair
Loin de la poussière, du vacarme
Pour le fait d'y voir un peu plus chair C'est au coeur, en dedans
Où l'on se sent vivant
De nous deux saouls, ou sur
Qui on peut compter : sûrs  

Tequila Moor

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