On appelle état hypnotique un état modifié de conscience, induit par un cheminement mental (par opposition à des états modifiés de conscience induits par des psychotropes). La première chose importante, c'est qu'il n'y a donc pas une hypnose mais des hypnoses ; et que l'état peut être induit par un praticien, ou par soi-même — consciemment ou inconsciemment.
Petit historique très bref — où je ne parlerais que de la pratique dans la culture occidentale et donc à la fin du XVIIIe, bien qu'il soit clair que ce n'est pas à ce moment-là que des pratiques hypnotiques ont été découvertes (il paraîtrait, mais je n'ai pas pu le vérifier dans les textes, que des écrits sumériens, déjà, mentionnent des pratiques apparentées) — l'hypnose comme sujet d'étude est indissociablement liée à l'Allemand Mesmer (dont le nom est entré dans le vocabulaire de diverses langues — l'anglais to mesmerize vient de là), qui l'appelle le magnétisme animal. La technique n'est pas nouvelle (des prêtres et des exorcistes l'utilisaient dans un contexte très religieux afin de guérir des cas de possession de façon voulue spectaculaire), mais elle est maintenant exposée au vu de tous ; Mesmer hypnotise des femmes de la bonne société et les plonge dans l'hystérie, ce qui marque grandement les esprits. Un autre homme, Puységur, utilise ces techniques pour plonger des patients dans un état de sommeil léthargique ; il remarque que dans cet état, on peut questionner le patient sur diverses choses et obtenir de lui une réponse souvent désinhibée, comme si l'on accédait directement à son subconscient — il remarque aussi qu'on peut glisser une suggestion au patient dans cet état, et que cette suggestion peut être suivie de manière totalement inconsciente.
(...je mets trop de temps à écrire ce petit topic, j'écrirai le paragraphe sur Charcot, Freud et Erickson plus tard, il me faut un café...)
(edit : je reprends). Au début du XXe siècle, Charcot décide d'étudier le phénomène d'hypnose de façon plus systématique et plus scientifique. En particulier, il constate que cela ne marche que sur des patients présentant, au moins à un degré faible, des caractéristiques de l'hystérie. C'est l'époque de deux grands débats : (1) l'hypnose est-il un phénomène pouvant marcher sur tout le monde? (2) l'hypnose est-il un phénomène entraînant une baisse de la conscience et des perceptions — comme une sorte de demi-sommeil — ou est-il un phénomène entraînant au contraire une exacerbation des perceptions, de la conscience et des fonctionnements mentaux? Freud s'initiera à l'hypnose et l'étudiera de façon très détaillée, y forgeant l'essentiel de ses théories psychanalytiques ; mais ce qui lui fait finalement abandonner l'hypnose, c'est — selon ses propres dires — le fait que la technique ne soit pas suffisamment reproductible sur toutes les catégories de patients, et le fait qu'il est plus efficace de guérir quelqu'un en lui suggérant une démarche à suivre plutôt qu'en traitant les symptômes en imposant une suggestion "toute faite" au cours d'un état hypnotique. Il choisit donc de se consacrer à une variante beaucoup plus douce, moins impérative : c'est la psychanalyse.
Aujourd'hui, nous croisons surtout l'hypnose dans deux contextes : d'une part des pratiques charlatanes assez répandues dans certains milieux new-age, qu'utilisent certains pour explorer leurs vies antérieures et que sais-je d'autre encore — pratiques sur lesquelles je ne m'étendrai pas — et d'autre part dans le cadre de l'hypnothérapie, largement inspirée de pratiques douces de Freud, et en particulier l'hypnose ericksonnienne. Le but de cette méthode d'hypnose est de provoquer un état de transe (comme l'endormissement ou l'évasion de l'esprit lors d'une tâche répétitive et peu demandeuse de l'attention des centres supérieurs du cerveau, comme la marche à pied, une tâche répétitive de ménage, conduire une voiture sur une départementale vide — pour certains), durant lequel, d'une façon pas si différente que la méthode Coué, on suggère au patient la force qu'il a de se sortir des petits tracas qui empoisonnent sa vie (en faisant une méthode très indiquée — et très effective — pour des choses telles que les petites dépressions, les phobies, les tocs...). De cette manière, il paraîtrait que tout le monde pourrait être hypnotisé (ce n'est donc clairement pas le même état hypnotique que lors d'autres expériences antérieures).
Par extension, on peut considérer tout conditionnement comme une forme d'hypnose, mais je ne vais pas m'étendre sur le sujet pour le moment (lavage de cerveau, association d'une idée, d'une image, d'un acte à certains mots précis, capacité qu'a l'art de suggérer, etc.)... mon exposé est déjà assez naïf et décousu comme ça.
Qu'en pensez-vous?
Avez-vous déjà été hypnotisés?
Avez-vous déjà hypnotisé?
Quelles sont vos avis sur le sujet?
é l'attention de ceux qui répondront à ce topic :
— évitez de dire "l'hypnose" comme un terme générique lorsque vous parlerez d'un type d'hypnose en particulier (cela nous permettra de ne pas nous emmêler les pinceaux ; mais je prédis que nous parlerons surtout de l'hypnothérapie moderne – certains d'entre-vous ayant sans doute déjà été hypnotisés ou même hypnotiseurs – et des pratiques ericksonniennes).
Ce message a été modifié par Criterium - 11 décembre 2009 - 14:10.



