Allez, hop, un petit listing de tout ce que cette annonce provoque de remous dans la sphère BD.
Petite analyse lue sur
9ème art :
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Festival BD d'Angoulême et gros sous. On pourrait écrire une thèse sur le sujet. Et même ouvrir un blog dédié tant la question ressurgit régulièrement comme un vilain pop-up. L'offensive vient cette fois de la
mairie d'Angoulême et de son maire
Philippe Lavaud qui, tout en maintenant sa subvention d'
un million d'euros, aimerait bien refiler
400 000 euros de frais techniques au festival. A charge pour ce dernier de les répercuter sur les éditeurs.
Du côté du l'organisation, on tique. Tout en dénonçant le coup bas "
à dix semaines" de la manifestation,
Franck Bondoux, le délégué général FIBD (Festival international de la Bande dessinée d'Angoulême) se demande si "
Angoulême veut continuer à se donner les moyens d'accueillir une telle manifestation ?". Même son de cloche du côté des éditeurs. Le patron de
Dargaud,
Claude de Saint-Vincent, craint qu'en cas de hausse de tarifs, "
les éditeurs ne puissent plus investir dans la manifestation". Et de menacer : "
Cela pourrait même donner le coup de grâce à Angoulême".
Alors 37e édition du festival BD ou pas ? Et, si oui, à Angoulême ou ailleurs ?A priori, et si près de l'échéance, tout ce petit monde devrait se mettre d'accord. Comme d'habitude. La question de la répartition de la facture et de l'utilisation de l'argent public n'a rien de honteuse. Dommage qu'elle prenne systématiquement la forme d'une polémique et qu'elle donne du grain à moudre aux tenants d'un grand festival BD francilien sinon parisien !
Autre analyse par les journalistes du
Figaro ! Bienvenue dans les coulisses intéressées, les guerres de pouvoir et la patate chaude du financement du FIBD !
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Angoulême : menaces sur le festival de BD
La 37e édition du festival, prévue en janvier 2010, se heurte à des problèmes financiers.

La 37e édition du Festival de bande dessinée d'Angoulême est menacée, alors qu'il est considéré comme l'un des cinq grands festivals français, après Cannes, Avignon, La Rochelle et Bourges.
La raison ? L'argent, bien sûr.
Depuis septembre dernier, compte tenu du désengagement de l'état en matière de dotations budgétaires des municipalités, la Ville d'Angoulême redoute d'avoir à financer l'intégralité des prestations techniques de l'événement.
Le délégué général du festival,
Franck Bondoux, a la désagréable impression d'être placé au pied du mur. «
J'ai appris dans le quotidien Charente libre, puis dans Sud-Ouest, que le maire, Philippe Lavaud, envisageait de remettre à la charge du festival les prestations techniques, soit environ 400 000 ¿. La question que je pose est simple : est-ce qu'une ville comme Angoulême veut continuer à se donner les moyens d'accueillir une telle manifestation ? Le festival est l'un des événements fondateur de cette ville. Il a généré depuis toutes ces années des apports incalculables. Remettre en question tout cela à dix semaines de l'ouverture est inadmissible. On n'organise pas les Jeux olympiques dans un stade de banlieue, que diable ! Voilà trente-sept ans que nous sommes le grand rendez-vous de la BD dans le monde. Nous dégageons des bénéfices. Je ne veux pas le faire au rabais.»
é la mairie, on tempère. Le maire se trouvant en vacances, c'est l'adjoint à la culture et aux loisirs,
Gérard Desaphy, qui répond calmement : «
Dans le cadre d'un accord triennal, la Ville octroie une subvention de fonctionnement d'un million d'euros, mais elle a décidé de ne plus prendre en charge l'intégralité des prestations techniques. Celles-ci comprennent notamment le montage des stands commerciaux abritant les éditeurs ou l'installation des barrières de sécurité.» Dans Sud-Ouest,
Philippe Lavaud avait justement déclaré qu'il s'agissait «
d'une question de moralisation de l'argent public». «Est-ce que l'argent public a vocation à financer le montage des stands accueillant des activités commerciales ? Je ne le pense pas.»
Piste de réflexion
Même si
Gérard Desaphy affirme avec vigueur qu'«
Angoulême ne veut pas tuer la poule aux ¿ufs d'or et ne devienne pas un festival au rabais», il suggère une piste de réflexion : «
Pourquoi les éditeurs de BD ne paieraient-ils pas cette facture relative aux prestations techniques ?»
La question a immédiatement fait réagir
Claude de Saint-Vincent, directeur des
éditions Dargaud et membre du syndicat des éditeurs de BD. «
C'est totalement baroque, dit-il. Depuis plus de trente ans, les éditeurs financent le festival. Cela prouve que les gens de la mairie ne connaissent rien à la manifestation. Les auteurs, les dessinateurs remplissent les hôtels, les restaurants. Tout cela a un coût. Compte tenu des tensions du marché en 2009, si les conditions d'accession au festival changent, si même elles augmentent, j'ai bien peur que les éditeurs ne puissent plus investir dans la manifestation. Cela pourrait même donner le coup de grâce à Angoulême. Qui plus est, il est incroyablement étonnant qu'un maire PS s'attaque à un tel symbole de la culture populaire : la BD, art populaire s'il en est.»
Et une interview de
Franck Bondoux rapportée par
Charente Libre :
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Coup de gueule ou coup de bluff ?
Franck Bondoux, le délégué général du Festival international de la bande dessinée (FIBD), est sorti de ses gonds hier. Sur RTL, le patron de l'événement qui a fait la renommée d'Angoulême est intervenu pour clamer que la 37e édition, le dernier week-end de janvier, pourrait ne pas avoir lieu.
Raison de cette annonce brutale: la ville d'Angoulême, partenaire financier essentiel de la manifestation, remet en cause une partie importante de sa participation: son soutien technique. Les bulles éparpillées dans la cité, leur montage et leur démontage, la fourniture de matériels en tous genres, les branchements électriques, la mise à disposition du personnel municipal. En gros, une prestation évaluée à 400.000 euros.
é trois mois du festival, Franck Bondoux trouve que la Ville agit là avec beaucoup de légèreté. Et joue gros. On connaissait un Franck Bondoux calme, mesuré, discret voire froid. On découvre un entrepreneur remonté comme une pendule.
Expliquez-nous clairement pourquoi vous poussez ce coup de gueule maintenant ?
Franck Bondoux : Parce qu'on est à neuf semaines du festival et que là, vraiment, j'ai le sentiment d'être poignardé par mon propre camp. La défaillance de la Ville met à mal trois ans de travail.
La mairie nous l'a dit il y a quelques jours à peine et l'a confirmé dans plusieurs articles ces dernières semaines: elle n'est pas en état d'assurer les prestations qu'elle nous fournit habituellement. Des prestations sur lesquelles elle s'était engagée par convention.
éa signifie qu'aujourd'hui, je ne sais toujours pas ce qu'Angoulême entend laisser à la charge du festival. 1.000 euros? 350.000 euros? On nous fait également comprendre qu'à terme, les contributions financières directes (1) vont baisser. Qu'Angoulême n'aura pas les moyens d'assumer si le Festival de la BD souhaite se développer. Pour nous, ça veut dire que notre organisation ne sera pas en mesure de remplir ses engagements. Et qu'on va passer pour des amateurs.
Le message de la municipalité n'est pas si alarmiste. Elle dit qu'il faut réfléchir avec d'autres partenaires financiers. Elle vous invite aussi à faire des économies...
F. B. : Ce qui est remis en cause, ce n'est pas un scoubidou géant: c'est l'équivalent de 400.000 euros. C'est comme si on m'enlevait le tabouret sur lequel je dois m'asseoir.
Ce qui est très fort, c'est qu'on me demande, à moi, de trouver des solutions pour palier cette défaillance. D'écrire aux autres collectivités. Mais ce n'est pas moi qui appelle au secours. Je n'ai pas à tendre la main. Et je ne suis pas un magicien.
On me dit: «Vous pouvez organiser le même événement en économisant deux ou trois trucs par-ci par-là. Que ça ne se verra pas». Mais je n'ai pas de trésor de guerre. Je veux le dire clairement, je ne suis pas là pour organiser un sous-événement. Ce serait trahir ceux qui m'ont fait confiance. Je ne veux pas de ça.
éa veut dire quoi ? Que vous menacez de ne pas organiser l'édition 2010 ? De tirer un trait sur le FIBD ?
F. B. : Mais moi, je ne menace personne. Je dis qu'en l'état actuel des choses, je ne vois pas comment on peut réaliser l'édition 2010. Et je dis que si cette édition n'a pas lieu, l'avenir du festival est en jeu. On ne pourra pas rattraper ce qui sera détruit. Le constat que je fais, c'est que la Ville me dit qu'elle n'est plus en capacité d'assumer le développement du FIBD. éa me paraît incompréhensible pour une ville qui a bâti son identité sur une économie de l'image. Incompréhensible qu'on ne mesure pas qu'Angoulême, c'est le Roland-Garros de la BD. Un événement international. Et qui rapporte. Et à la ville en particulier.
Pourriez-vous quitter Angoulême pour recréer la manifestation ailleurs ?
F. B. : Je ne pose pas la question en ces termes. Je dis qu'au regard de cette situation, on peut s'interroger: une ville comme Angoulême veut-elle continuer à valoriser l'image de la BD ou préfère-t-elle, par exemple, se spécialiser dans un festival du feutre? A-t-elle encore les moyens d'accueillir un événement de la stature du Festival de la BD? Ma réponse, à cet instant, c'est qu'elle ne nous donne pas de signal positif. Elle ouvre une crise.
Que répondez-vous à ceux qui pensent que votre réaction est un coup de bluff ?
F. B. : Je dis, et je me répète, que l'aide habituellement versée est vitale pour nous. Vous savez, moi, je ne fais pas de politique. Si la Ville a des problèmes financiers, je peux le comprendre. Elle a le droit de faire des choix. Elle a par exemple choisi d'accueillir un Festival du film francophone. C'est très bien le film francophone.
(1) En plus des 400.000 euros d'aides techniques, Angoulême verse chaque année un million d'euros de subventions en espèces sonnantes et trébuchantes au FIBD. Le conseil régional et le conseil général participent à hauteur de 200.000 euros chacun, la Comaga verse un peu plus de 50.000 euros.
Des réactions, toujours sur
Charente Libre :
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JEAN MARDIKIAN. C'est l'un des fondateurs, et il réagit avec une vigueur toute théâtrale: «Si le festival est réellement menacé, je prendrai le mors aux dents comme en 1977. Jean-Michel Boucheron avait fait campagne contre le salon. Mais il a reculé. De quel droit est-ce que ce monsieur Bondoux peut se permettre ça? Je crois savoir que c'est l'association du festival qui a la maîtrise de la manifestation.» En 2007, l'association des débuts, tout en gardant un droit de regard sur l'événement, a délégué l'organisation du festival à une société privée dirigée par Franck Bondoux.
GéRARD BALINZIALA, l'actuel président de l'association du festival, est bien sûr la même longueur d'onde que Franck Bondoux: «On sait qu'au niveau de la mairie, il y a des problèmes pour boucler le budget. Mais il va falloir se dire que c'est le festival d'une profession, pas seulement le festival d'une ville. Il y a au moins cinq sites dans le monde qui attendent le moindre signe de faiblesse d'Angoulême. Si le festival perd en notoriété, tout le monde y perd. Il y a plein de gens qui bénéficient des retombées. D'autres partenaires doivent faire un effort»
YVES POINOT, qui a longtemps dirigé le festival, a connu d'autres crises. «Il faut repartir au combat tous les ans. Georges Chavanes aussi a voulu faire un festival une année sur deux. C'est bien joli de dire: ¿Je n'ai plus de sous¿. Mais il faut savoir que si on supprime les dépenses, on supprime aussi les recettes.» Pour lui, il faut bichonner les éditeurs: «Ce sont eux qui sont au c¿ur de la manifestation»
¿ photo archives Majid Bouzzit
MOURAD BOUDJELLAL, le patron des éditions Soleil, habitué du Festival de la BD qui donne toujours dans les animations spectaculaires, ne dira pas le contraire. «On paye notre stand, le voyage et l'accueil des auteurs. Je paye le spectacle, et ce n'est pas moi qui encaisse le prix du billet d'entrée. Je perds 150.000 euros chaque année à Angoulême»
¿ photo archives Majid Bouzzit
GILLES CIMENT, le directeur de la CIBDI (Cité internationale de la bande dessinée et de l'image), relativise: «Je suis là depuis trois ans, et c'est la troisième fois que j'entends ce refrain. C'est un épisode de plus, mais c'est un épisode sérieux. La question qui se pose n'est pas celle des prises de courant et des chapiteaux, mais celle des contenus. On ne fera pas l'économie d'une vraie réflexion sur l'avenir. Il faut organiser une vraie table ronde avec les décideurs, les financiers, les professionnels.»