Ouf ! Fini le porno-chic, voici venir en force la mode de la tendresse. On se cajole, sans vouloir forcément aller plus loin, et ça fait vraiment du bien. Décryptage et mode d'emploi pour passer pro en câlins.

La tendresse, c'est tendance
« Je fais une partie-câlin samedi, tu viens ? » Pas de panique, votre meilleur ami n'est pas en train de vous proposer une orgie, juste un genre de soirée très en vogue à New York : la « cuddle-party ». Les adultes en mal d'amour s'y rendent en pyjama pour serrer des inconnus dans leurs bras. Et attention, pas question de tricher et d'avoir des mains mal placées : les organisateurs se transforment en « surveillants de câlins » pour vérifier que personne ne se sent agressé.
Jeunes et vieux, hommes et femmes, homos et hétéros, l'assistance est variée comme les motivations : l'un souhaite apprendre à être plus tactile avec ses copains, l'autre cherche à se détendre , un troisième à rencontrer des amis¿Et pour bénéficier de cette chaleur humaine, ils n'hésitent pas à la payer : 30 dollars la session en moyenne !
Dans le même ordre d'idées, une Indienne a fait des embrassades son fond de commerce : elle s'appelle Amma et a initié le mouvement du « darshan » (« étreinte » en sanskrit). Des dizaines d'heures de suite, cette gourou d'un nouveau genre serre ses adeptes dans ses bras ¿ il paraît qu'elle en est à 24 millions d'étreintes, de quoi rentrer dans le livre des records. Les heureux élus en sortent béats ou bouleversés.
A voir également la vogue des doudous pour adultes et des « adulescents » régressifs qui vénèrent Hello Kitty ou Casimir, la vague de la douceur ne fait que commencer. Mais d'où vient-elle donc ?
Pourquoi cet énorme besoin de câlins ?
« Nous manquons tous d'amour, c'est évident », estime Gérald Pagès, le fondateur des « événements tendresse » qui organise des séminaires ainsi qu'un festival annuel, le tout autour du thème de la tendresse (www.tendresses.net). « Du coup, on invente tout et n'importe quoi pour combler ce manque ». A la base de la question selon lui, une société de plus en plus violente qui cherche à s'équilibrer par de plus en plus d'amour. « Et la tendresse, c'est l'Amour avec un grand A, c'est-à-dire pas seulement sexuel », remarque Gérald Pagès. « N'oublions pas que le mot tendresse vient d'un verbe grec qui signifie 'aller vers'. A l'heure où nous sommes de plus en plus solitaires, c'est un moyen de se rapprocher les uns des autres. »
Les partisans du câlin gratuit affirment aussi que le toucher est un moyen sûr de réduire notre stress et d'éviter la dépression. Des études sur des bébés élevés en orphelinat ont d'ailleurs mis en évidence qu'ils avaient besoin d'être touchés ¿ autant que nourris et soignés - pour se développer normalement (exemple développé par Tiffany Field dans son ouvrage « Les bienfaits du toucher »). A noter que les Français ne sont toutefois pas les plus mal lotis en matière de caresses : lorsque deux Parisiens prennent un café, ils se touchent en moyenne 110 fois contre¿ 0 fois pour deux Londoniens. S'effleurer entre amis ? Shocking !
Câlin, mode d'emploi
Ca y est, vous êtes persuadés de l'utilité de la caresse et prêt à vous offrir une bonne dose quotidienne de câlins ? Quelques recommandations avant de vous lancer dans le grand bain de la tendresse, qu'il ne faut quand même pas dispenser à n'importe qui, quoi qu'en pensent ses adeptes¿
1. Avec la famille
Effet garanti en général, vu que ce sont plutôt nos parents qui ont peur de se faire rembarrer lorsqu'ils voudraient bien encore avoir un rab' des câlins dont nous les avons privés avec hargne depuis notre pré-adolescence (soit nos 9 ans et demi). Même les plus revêches risquent de s'attendrir. Un petit effet indésirable toutefois : le risque d'entendre « Allez avoue, qu'est-ce que tu as à te faire pardonner ? »
2. Avec votre amoureux/amoureuse
Autre domaine où les câlins sont en général bien accueillis, surtout si le couple a tendance à se ramollir ou à s'aigrir. Une embrassade bien placée peut alors faire merveille pour restaurer l'attention et la confiance. Deux écueils à ne pas négliger : a) ne pas trop sombrer dans la tendresse-doudou, sous peine de perdre le désir sous les pyjamas en pilou. b) dosez votre tendresse selon la résistance de votre moitié : certains ont tendance à se sentir très vite étouffés. La distance peut aussi s'avérer utile pour raviver la flamme, selon les bons conseils de grand-mère.
3. Avec vos amis
Se cajoler entre ami(e)s, les filles ont l'habitude, et grâce à dix ans d'efforts les garçons ont également appris que la tendresse n'était pas incompatible avec la virilité. Prendre ses copains dans ses bras pour sceller une réconciliation, ou simplement pour marquer le plaisir de les retrouver, c'est que du bonheur, d'accord. Vérifiez juste que votre message d'amitié ne risque pas d'être confondu avec un message de désir, ni par la personne que vous étreignez (vous voyez, le meilleur pote qui tout d'un coup vous révèle ses sentiments cachés ?), ni par les spectateurs (à trop embrasser une bonne copine, un garçon peut finir par mettre en rogne sa copine légitime).
4. Avec tous les autres
Attention, zone dangereuse ! Les cuddle-parties, c'est novateur, d'accord, mais en attendant que la « police des câlins » se soit généralisée, vous courez pas mal de risques d'être incompris. Des malentendus qui entraîneront des conséquences pas très agréable, de la gifle offensée aux attouchements libidineux. Sauf cas exceptionnels, on évite donc de sauter sans raison au cou de sa prof de fac ou de son voisin de métro. Célibataire sans famille et sans amis, vous manquez vraiment de votre ration de câlins ? Il ne vous reste plus qu'à importer la cuddle-party, la vraie, en France. Tenez-nous au courant !
Article d'Ada Mercier sur mood.fr




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