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Note : * * * * * La dictée de Lili revoir les règles d'orthographe

24 mai 2008 - 14:09 #121

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bon, voilà un nouvel exercice pour que ce topic ne coule pas.


Je vous propose l'extrait d'une oeuvre d'un de mon auteur préféré, Stephan Zweig, en espérant que ceux qui ne connaissent pas auront envie de le lire (oups, :snif: ). ;) La nouvelle choisie, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, fut considérée comme un chef d'oeuvre par Sigmund Freud (il adressa une lettre d'éloges à l'auteur le 4 septembre 1926). Elle a été librement adaptée au cinéma il n'y pas très très longtemps avec Michel Serrault et Agnès Jaoui.



Je ne sais pas si par hasard vous même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquelle la boule vacille de numéros en numéros, tel un homme ivre, et où, à l'intérieur des cases quatrangulaires, des bouts tourbillonants de papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le rateau du croupier moissonne d'un coup tranchant, comme une fauçille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l'air aux aguêts, au bord de l'antre toujours différent d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve près à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaines cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrants d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champs de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment: c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se câbrent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter: grifues, elles dénoncent l'homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cents caractères se trahissent ainsi avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. Le jeu révèle l'homme, c'est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore.
(...) Mais, chaque main nouvelle qui apparaissait à la table était pour moi une curiosité: souvent j'en oubliai de regarder le visage correspondant qui, dominant le colle, était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d'un chemise de smokhing ou d'une gorge étincelante.
Donc, ce soir-là, étant entrée au Casino, après être passée devant deux tables plus qu'encombrées et m'être approchée d'une troisième (...)j'entendis donc juste en face de moi un bruit très singulier, un craquement et un claquement, comme provenant d'articulations qui se brisent. Malgré moi, je regardais étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là (vraiment, j'en fus effrayée!) deux mains comme je n'en avais encore jamais vu, une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre comme des animaux en train de se mordre, et qui s'affrontaient de manière si farouche et si convulsive que les articulations des falanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse. (...) mais ce qui d'abord me surprend d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de forces qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pour qu'elle ne fasse pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tombait dans le trou avec un bruit sec et mat, et où le croupier criait le numéro... à cette seconde les deux mains se sont séparées soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort par une même balle. Elles retombèrent toutes les deux, véritablement mortes et non pas seulement épuisées ; elles retombèrent avec une expression si accusée d'abattement et de désilusion, comme foudroillées et à bout de course, que mes paroles sont impuissantes à le décrire.




C'est douloureux de maltraiter ce beau texte. :snif: Petit indice: j'ai voulu revenir ici sur les temps des verbes, soyez vigilants.
@ chapacha: la traduction a été travaillée par cinq personnes ; je considère donc qu'elle est bonne. :o

L'utilisateur est hors-ligne Lili_greycat   Rédactrice
en toute félinité, 39 ans


À l'Instant

24 mai 2008 - 14:34 #122

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Je ne sais pas si par hasard vous même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquel la boule vascille de numéro en numéro, tel un homme ivre, et où, à l'intérieur des cases quatrangulaires, des bouts tourbillonnants de papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le rateau du croupier moissonne d'un coup tranchant, comme une faucille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l'air aux aguêts, au bord de l'antre toujours différent d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve près à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaines cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrantes d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champs de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment: c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se cabrent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter: griffues, elles dénoncent l'homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. Le jeu révèle l'homme, c'est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore.
(...) Mais, chaque main nouvelle qui apparaissait à la table était pour moi une curiosité: souvent j'en oubliais de regarder le visage correspondant qui, dominant le col, était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d'une chemise de smoking ou d'une gorge étincelante.
Donc, ce soir-là, étant entrée au Casino, après être passée devant deux tables plus qu'encombrées et m'être approchée d'une troisième (...)j'entendis donc juste en face de moi un bruit très singulier, un craquement et un claquement, comme provenant d'articulations qui se brisent. Malgré moi, je regardais étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là (vraiment, j'en fus effrayée!) deux mains comme je n'en avais encore jamais vu, une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre comme des animaux en train de se mordre, et qui s'affrontaient de manière si farouche et si convulsive que les articulations des phalanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse. (...) mais ce qui d'abord me surprend d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de force qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pour qu'elle ne fasse pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tombait dans le trou avec un bruit sec et mat, et où le croupier criait le numéro... à cette seconde les deux mains se sont séparées soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort par une même balle. Elles retombèrent toutes les deux, véritablement mortes et non pas seulement épuisées ; elles retombèrent avec une expression si accusée d'abattement et de désillusion, comme foudroyées et à bout de courses, que mes paroles sont impuissantes à le décrire.


je l'ai faite à l'arrache mais je n'ai pas du être assez vigilente sur les temps :snif:
je ne suis pas non plus occupée de la ponctutaion, je devrais ? :snif:

L'utilisateur est hors-ligne lazy
ne sait pas sur quel pied danser


24 mai 2008 - 18:13 #123

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Non, je n'ai pas touché à la ponctuation. Je voulais juste revoir les temps du passé.

L'utilisateur est hors-ligne Lili_greycat   Rédactrice
en toute félinité, 39 ans


24 mai 2008 - 19:39 #124

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Voir le messageLili_greycat, le samedi 24 mai 2008 à 15:09, dit :


Je ne sais pas si par hasard vous-même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquel(le) la boule vacille de numéro(s) en numéro(s), tel(le ? suis pas sûre !) un homme ivre, et où, à l'intérieur des cases quad(t)rangulaires, des bouts tourbillonannts de papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le râteau du croupier moissonne d'un coup tranchant, comme une fauc(ç)ille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l'air aux ague(ê)ts, au bord de l'antre toujours différent d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve prêt (près) à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaînes cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrant(s )d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champ(s) de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment : c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se ca(â)brent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter : griffues, elles dénoncent l'homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cent(s) caractères se trahissent ainsi avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. Le jeu révèle l'homme, c'est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore.
(...) Mais, chaque main nouvelle qui apparaissait à la table était pour moi une curiosité : souvent j'en oubliais de regarder le visage correspondant qui, dominant le col(le), était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d'une chemise de smok(h)ing ou d'une gorge étincelante.
Donc, ce soir-là, étant entrée au casino, après être passée devant deux tables plus qu'encombrées et m'être approchée d'une troisième (...)j'entendis donc juste en face de moi un bruit très singulier, un craquement et un claquement, comme provenant d'articulations qui se brisent. Malgré moi, je regardai(s) étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là (vraiment, j'en fus effrayée !) deux mains comme je n'en avais encore jamais vues, une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre comme des animaux en train de se mordre, et qui s'affrontaient de manière si farouche et si convulsive que les articulations des ph(f)alanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse. (...) mais ce qui d'abord me surpr(end)it d'une manière si terrifiante, c'était (ce fut ? pas sûre non plus) leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de force(s) qui concentrait toute sa passion dans les extrémités de ses doigts, pour qu'elle ne fasse pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tombait (tomba ? chuis pas sûre) dans le trou avec un bruit sec et mat, et où le croupier criait (cria ? chuis pas sûre bis) le numéro... à cette seconde les deux mains se (sont séparées) séparèrent soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort par une même balle. Elles retombèrent toutes les deux, véritablement mortes et non pas seulement épuisées ; elles retombèrent avec une expression si accusée d'abattement et de désillusion, comme foudroyées et à bout de course, que mes paroles sont impuissantes à le décrire.




C'est douloureux de maltraiter ce beau texte. :snif: Petit indice: j'ai voulu revenir ici sur les temps des verbes, soyez vigilants.
@ chapacha: la traduction a été travaillée par cinq personnes ; je considère donc qu'elle est bonne. ;)


;) Les temps, les accords, ma hantise ! Moi qui pensais que ce serait facile... :o méchante maîtresse ! Pas beau de se venger perfidement ! :o
En tout cas, chapeau, tu as semé le doute dans mon esprit :snif:

MERCIIIIIIII ! :o

Ce message a été modifié par Chapacha - 24 mai 2008 - 19:42.

L'utilisateur est en ligne Chapacha   Membre+
Folle de chats, yo !, 43 ans


26 mai 2008 - 08:22 #125

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Je ne sais pas si, par hasard, vous même vous avez un jour simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquel la boule vacille de numéro en numéro, tel un homme ivre, et où, à l'intérieur des cases quadrangulaires, des bouts tourbillonnants de papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le rateau du croupier moissonne d'un coup tranchant comme une faucille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l'air aux aguêts, au bord de l'antre toujours différentes d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve prêt à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaînes cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrant d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champ de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment: c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se cabrent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter : griffues, elles dénoncent l'homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. Le jeu révèle l'homme, c'est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore.
(...) Mais, chaque main nouvelle qui apparaissait à la table était pour moi une curiosité: souvent j'en oubliais de regarder le visage correspondant qui, dominant le col, était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d'une chemise de smoking ou d'une gorge étincelante.
Donc, ce soir-là, étant entrée au Casino, après être passée devant deux tables plus qu'encombrées et m'être approchée d'une troisième (...)j'entendis donc juste en face de moi un bruit très singulier, un craquement et un claquement, comme provenant d'articulations qui se brisaient. Malgré moi, je regardais étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là (vraiment, j'en fus effrayée !) deux mains comme je n'en avais encore jamais vues, une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre comme des animaux en train de se mordre, et qui s'affrontaient de manière si farouche et si convulsive que les articulations des phalanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse. (...) Mais ce qui d'abord me surprit d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de forces qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pour qu'elle ne fasse pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tombait dans le trou avec un bruit sec et mat, et où le croupier criait le numéro... à cette seconde les deux mains se séparèrent soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort par une même balle. Elles retombèrent toutes [les] deux, véritablement mortes et non pas seulement épuisées ; elles retombèrent avec une expression si acculée d'abattement et de désillusion, comme foudroyées et à bout de course, que mes paroles sont impuissantes à le décrire.

L'utilisateur est hors-ligne aya
Parle à ma main !, 23 ans


26 mai 2008 - 13:06 #126

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Voir le messageLili_greycat, le samedi 24 mai 2008 à 15:09, dit :


Je ne sais pas si par hasard vous-même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquel la boule vacille de numéro en numéro, tel un homme ivre, et où, à l'intérieur des cases quatrangulaires, des bouts tourbillonants de papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le râteau du croupier moissonne d'un coup tranchant, comme une faucille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l'air aux aguêts, au bord de l'antre toujours différent d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve prêt à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaînes cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrant d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champs de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment : c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se cabrent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter : griffues, elles dénoncent l'homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cent caractères se trahissent ainsi avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. Le jeu révèle l'homme, c'est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore.
(...) Mais, chaque main nouvelle qui apparaîssait à la table était pour moi une curiosité: souvent j'en oubliais de regarder le visage correspondant qui, dominant le col, était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d'une chemise de smoking ou d'une gorge étincelante.
Donc, ce soir-là, étant entrée au Casino, après être passée devant deux tables plus qu'encombrées et m'être approchée d'une troisième (...) j'entendis donc juste en face de moi un bruit très singulier, un craquement et un claquement, comme provenant d'articulations qui se brisent. Malgré moi, je regardais étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là (vraiment, j'en fus effrayée!) deux mains comme je n'en avais encore jamais vues, une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre comme des animaux en train de se mordre, et qui s'affrontaient de manière si farouche et si convulsive que les articulations des phalanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse. (...) mais ce qui d'abord me surprit d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de force qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pour qu'elle ne fasse pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tombait dans le trou avec un bruit sec et mat, et où le croupier criait le numéro... à cette seconde les deux mains se sont séparées soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort par une même balle. Elles retombèrent toutes les deux, véritablement mortes et non pas seulement épuisées ; elles retombèrent avec une expression si accusée d'abattement et de désillusion, comme foudroyées et à bout de course, que mes paroles sont impuissantes à le décrire.

L'utilisateur est hors-ligne Fidelia   Membre+
Sirène des abysses de l'Asile, 36 ans


26 mai 2008 - 21:56 #127

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Non, non, :snif:

je n'esquive pas.

je la fais mercredi. :snif:

ex_donjuan*


26 mai 2008 - 22:05 #128

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Voir le messagedonjuan, le jeudi 15 mai 2008 à 22:55, dit :

Voir le messageaxel25, le jeudi 15 mai 2008 à 22:45, dit :

Mince, il me faut continuer à faire les devoirs avec mon fils de 8 ans afin de reprendre tout depuis le début. La seule façon d'y arriver :snif:


Tu peux lui piquer son cahier de grammaire, pour moi?

:snif: :o


La honte s'il raconte à ses potes que son père lui a piqué son cahier de grammaire ;) .
Je préfère faire l'innocent et lire son cahier avec lui. :o :o . Je te donnerai des leçons ;)

L'utilisateur est hors-ligne axel25
coccinelle qui survit dans ce monde, 44 ans


28 mai 2008 - 10:54 #129

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Voir le messageaxel25, le lundi 26 mai 2008 à 23:05, dit :

Voir le messagedonjuan, le jeudi 15 mai 2008 à 22:55, dit :

Voir le messageaxel25, le jeudi 15 mai 2008 à 22:45, dit :

Mince, il me faut continuer à faire les devoirs avec mon fils de 8 ans afin de reprendre tout depuis le début. La seule façon d'y arriver :snif:


Tu peux lui piquer son cahier de grammaire, pour moi?

:snif: :o


La honte s'il raconte à ses potes que son père lui a piqué son cahier de grammaire ;) .
Je préfère faire l'innocent et lire son cahier avec lui. :snif: ;) . Je te donnerai des leçons :o



Nan merci. :o

J'ai déja mon petit chat pour les cours particuliers. :snif: :coeur:

ex_donjuan*


30 mai 2008 - 22:48 #130

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Voir le messageLili_greycat, le samedi 24 mai 2008 à 15:09, dit :


Je ne sais pas si par hasard vous même vous avez, un jour, simplement contemplé les tables vertes, rien que le rectangle vert au milieu duquelle la boule vacille de numéros en numéros, tel un homme ivre, et où, à l'intérieur des cases quatrangulaires, des bouts tourbillonnants de papier, des pièces rondes d'argent et d'or tombent comme une semence qu'ensuite le rateau du croupier moissonne d'un coup tranchant, comme une fauçille, ou bien pousse comme une gerbe vers le gagnant. La seule chose qui varie dans cette perspective, ce sont les mains, toutes ces mains, claires, agitées, ou en attente autour de la table verte ; toutes ont l'air aux aguêts, au bord de l'antre toujours différent d'une manche, mais chacune ressemblant à un fauve près à bondir, chacune ayant sa forme et sa couleur, les unes nues, les autres armées de bagues et de chaînes cliquetantes ; les unes poilues comme des bêtes sauvages, les autres flexibles et luisantes comme des anguilles, mais toutes nerveuses et vibrant d'une immense impatience. Malgré moi, je pensais chaque fois à un champs de courses, où, au départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas avant le bon moment: c'est exactement de la même manière qu'elles frémissent, se soulèvent et se câbrent. Elles révèlent tout, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter: griffues, elles dénoncent l'homme cupide ; molles, le prodigue ; calmes, le calculateur, et tremblantes, l'homme désespéré. Cents caractères se trahissent ainsi avec la rapidité de l'éclair, dans le geste pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé on le laisse rouler librement sur le tapis, la main restant inerte. Le jeu révèle l'homme, c'est un mot banal, je le sais ; mais je dis, moi, que sa propre main, pendant le jeu, le révèle plus nettement encore.
(...) Mais, chaque main nouvelle qui apparaissait à la table était pour moi une curiosité: souvent j'en oubliais de regarder le visage correspondant qui, dominant le colle, était planté là immobile, comme un froid masque mondain, au-dessus d'un chemise de smokhing ou d'une gorge étincelante.
Donc, ce soir-là, étant entrée au Casino, après être passée devant deux tables plus qu'encombrées et m'être approchée d'une troisième (...) j'entendis donc juste en face de moi un bruit très singulier, un craquement et un claquement, comme provenant d'articulations qui se brisent. Malgré moi, je regardais étonnée de l'autre côté du tapis. Et je vis là (vraiment, j'en fus effrayée!) deux mains comme je n'en avais encore jamais vu, une main droite et une main gauche qui étaient accrochées l'une à l'autre comme des animaux en train de se mordre, et qui s'affrontaient de manière si farouche et si convulsive que les articulations des phalanges craquaient avec le bruit sec d'une noix que l'on casse. (...) mais ce qui d'abord me surprend d'une manière si terrifiante, c'était leur fièvre, leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s'étreindre et de lutter entre elles. Ici, je le compris tout de suite, c'était un homme débordant de forces qui concentrait toute sa passion dans les extrêmités de ses doigts, pour qu'elle ne fasse pas exploser son être tout entier. Et maintenant..., à la seconde où la boule tombait dans le trou avec un bruit sec et mat, et où le croupier criait le numéro... à cette seconde les deux mains se sont séparées soudain l'une de l'autre, comme deux animaux frappés à mort par une même balle. Elles retombèrent toutes les deux, véritablement mortes et non pas seulement épuisées ; elles retombèrent avec une expression si accusée d'abattement et de désillusion, comme foudroyées et à bout de course, que mes paroles sont impuissantes à le décrire.

ex_donjuan*



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