![]() | Suicides prémédités sur Internet |
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Mardi dernier, la police japonaise retrouvait les corps de trois personnes asphyxiées au monoxyde de carbone. Aucun lien apparent entre les victimes, originaires de coins éloignés de l'archipel. La police concluait à un nouveau cas de suicide collectif, amenant à 32 le nombre de personnes mortes dans des circonstances similaires depuis deux mois. Des internautes malmenés par la vie entrent en contact via des sites web et lancent des appels à qui les accompagnera dans leur ultime expérience ci bas. Les intéressés pactisent, se rencontrent, et passent à l'acte.
Ce phénomène récent et complexe ne doit pas être associé aux suicides collectifs survenus dans des sectes ou encore à une sorte de hara-kiri (suicide rituel) de l'ère Internet.Le Japon connaît un des taux de suicide les plus élevés parmi les pays industrialisés: 24,1 pour 100000 habitants, selon l'OMS. Le nombre de suicidés en 2003 atteignait le chiffre record de 34727, soit une hausse de 7,1% par rapport au chiffre de 2002. Pour comparaison, les Etats-Unis affichent le même chiffre, à la nuance près que la population y est deux fois plus importante.
Le récent phénomène de suicide collectif s'inscrit sans doute dans un contexte général de crise économique au Japon, après l'éclatement de la bulle financière au début des années 90. Le genre et l'âge des victimes ne sont pas généralisables: il s'agit d'internautes, âgés de 15 à 45 ans, qui pactisent ensemble et commettront ensemble le suicide. Ils se rencontrent sur le web, dans des forums de discussion orientés «suicide». La toile nipponne héberge des sites peu commodes, voire carrément morbides, à l'esthétique douteuse, style croix gothiques sur fond sanguinolent, affichant des conseils pour un suicide réussi. Certains y voient une incitation au passage à l'acte et exigent leur censure. Depuis lors, un avertissement informe les internautes en mal de vivre de l'absurdité du suicide. D'autres fustigent la société japonaise, inactive en matière de prévention de suicide. Le Net japonais recenserait plus de sites consacrés au «jisatsu» (suicide, en japonais) qu'à sa prévention!
Assaad Azzi, professeur de psychologie à l'ULB, indique que la santé mentale de l'individu ne fait pas l'objet d'une attention particulière au Japon. «La culture nipponne est beaucoup moins individualiste que les cultures européennes ou nord-américaines. Cette culture valorise les aspects «sociaux» de l'individu plus que les aspects «psychologiques». La pression sociale sur les individus y est plus grande. Face aux pressions de la vie quotidienne qui est très compétitive au Japon, l'incapacité ou l'impossibilité d'exprimer ses propres émotions conduit à des états psychologiques précaires et par conséquent à des comportements violents divers. D'ailleurs, le Japon est un des rares pays dans lequel on observe le suicide chez des enfants de moins de 8 ans.»
Enfin, l'engouement des médias participe peut-être à l'expansion du phénomène. Un cinéaste japonais, Shion Sono, y a consacré un film sorti en 2002 intitulé «Suicide Club», un gros succès auprès des adolescents nippons. «Le tapage dans les médias pourrait parfois conduire à des effets de contagion bien qu'il n'existe pas d'études qui confirment cette hypothèse. L'effet se produit probablement chez les personnes qui sont déjà dans un état psychologique qui les prédispose au suicide et qui les rend susceptible à l'influence des médias mais surtout des sites Internet», précise le professeur Azzi.Délicat, pour l'instant, de traduire cette série de faits divers en un mouvement social contestataire.
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| [POLICE] Source: la Libre Belgique |





