Mercredi, dans un entretien sur RTL, le secrétaire d'Etat à la prospective, Eric Besson, s'est dit "favorable" à cette nouvelle taxe, mais en précisant que son efficacité dépendait de "conditions: une conjoncture favorable, une bonne préparation par le dialogue, une répercussion de la baisse des charges..."
"Un très mauvais mot"
Eric Besson se souvient probablement du magistral renversement opéré par Laurent Fabius au soir du premier tour des élections législatives. En mouchant Jean-Louis Borloo, en direct sur un plateau de télévision, l'éléphant socialiste contribuait à sauver le PS d'une déroute assurée. Grâce à la TVA sociale... Rallié au gouvernement Fillon, l'ex-député PS de la Drôme a retenu la leçon:
Avantage affiché, faire baisser le coût du travail en espérant que cela profitera à l'emploi. Inconvénient majeur: un telle mesure touche de manière indifférenciée l'ensemble des consommateurs, riche ou pauvre. Une hausse des prix qui, comme l'explique François Carlier, directeur adjoint des études de l'UFC Que Choisir, frapperait des produits nécessaires à tous.
Depuis plusieurs semaines, l'association indépendante, présidée par Alain Bazot, alerte dans son hebdomadaire sur des risques liés à une mise en place irréfléchie de la taxe.
Des effets incertains
Pour que la TVA sociale produise réellement des effets sur l'embauche, il faut qu'un vent suffisamment soutenu souffle dans les voiles de la croissance. Or, le ralentissement de l'économie française, perceptible depuis quelques semaines et formalisé par la dernière étude prospective de l'OCDE, inquiète les prévisionnistes de Bercy.
Comme l'a rappelé Eric Besson, ex-expert économique du programme de la rue de Solférino, il s'agit d'assurer à la fois l'avenir du financement de la protection sociale et d'améliorer la compétitivité des entreprises françaises, dont la faiblesse est pointée par l'OCDE. Pour tenir ces deux objectifs, la croissance doit être au rendez vous.
Etienne Wasmer, professeur d'économie à l'IEP Paris , estime que la réussite de la TVA sociale repose en grande partie sur la stratégie et l'attitude des entrepreneurs. Soit ils encaissent des profits immédiats, soit ils profitent de l'oxygène de la baisse des charges pour baisser leurs prix, recruter, se développer.
L'exemple de l'Europe du Nord
Pour tenter de convaincre l'opinion que la TVA sociale peut contribuer à améliorer le marché de l'emploi, Eric Besson cite les exemples désormais traditionnels de l'Allemagne et du Danemark. Berlin l'a adopté le 1er janvier dernier, à l'échelle d'une grande économie. Mais la mesure est trop récente pour en mesurer vraiment l'efficacité.
Dans le second pays européen, la TVA sociale existe depuis 1987, mais à une toute petite échelle par rapport à l'économie française. Pour François Carlier, directeur adjoint des études de l'UFC Que Choisir, il est abusif de prendre en exemple ces deux cas.
Enfin, souligne Etienne Wasmer, la baisse des cotisations prévue par le projet risque de ne pas être répercutée sur les prix dans les secteurs protégés de la concurrence (téléphonie mobile, grande distribution...). Il prône, pour ces secteurs, des mesures d'accompagnement .
Dans tous les cas, le gouvernement sera obligé de prévoir d'autres mesures, à la fois pour compenser les effets indésirés de la TVA sociale (comme la hausse des prix) et pour favoriser une croissance en berne. L'enjeu est à la hauteur de la difficulté: sauver la Sécurité sociale à la française.





