Simplicius
vendredi 12 septembre 2008 à 11:26
Je ne suis absolument pas d'accord avec toi.
Plusieurs objections viennent immédiatement à l'esprit devant ta proposition :
1) Tout d'abord, il est exagéré de dire que les fêtes des autres confessions que catholique romaine ne sont pas prises en compte. Tout agent public peut se voir accorder une autorisation d'absence pour fête religieuse de la confession qu'il entend suivre. La liste en est d'ailleurs très officiellement fixée.
http://www.fonction-publique.gouv.fr/IMG/c...religieuses.pdfLe chef de service accorde l'autorisation sous réserve des obligations de service mais tout refus peut faire l'objet d'un recours. L'administration est plutôt libérale en ce sens.
Inutile de dire que pour le monde du privé, nombre de commerçants composent largement avec les desiderata de leurs clients multiconfessionnels. Il n'y a qu'à voir l'explosion des rayons hallal et des produits cashers. Je doute que beaucoup d'employeurs risqueraient un article dans le journal pour discrimination religieuse en ne se montrant pas très compréhensifs envers leurs employés.
2) Les fêtes que tu cites et qui sont officiellement fériées ont certes des noms chrétiens mais ressortent souvent davantage de traditions populaires plutôt que de sentiments religieux exacerbés et sont même parfois issues de traditions pré-chrétiennes. Ainsi, Noël est surtout la christianisation (et le gommage de l'aspect sexuel) des Saturnales, l'une des fêtes les plus sympathiques de la Rome antique, qui avait lieu au mois de décembre. Toussaint n'est que la reprise de la fête celte de Samain. Je laisse à plus érudit que moi sur le plan de l'histoire mythologique le soin de trouver les références antiques de la plupart des célébrations chrétiennes.
En outre, il faut préciser qu'actuellement ces fêtes correspondent surtout à des rythmes de vie et à des amusements populaires qu'il serait stupide de vouloir anihiler.
Combien de personnes vont à la messe de Minuit ? En revanche, ceux qui n'offrent pas de cadeaux à leurs gamins à Noël et ne sacrifient pas au rituel du père Noël qui passe par la cheminée (la disparition de ces dernières enlève une part de poésie), du sapin que les enfants décorent et de la bûche doivent se compter sur les doigts de la main. Ce sont globalement des marginaux ou des grognons qui ne savent pas que toute Société, pour rester cohérente, a besoin d'un minimum de repères communs et de moments de détente qui puissent être partagés. Noël, pour beaucoup de gens, c'est l'un des rares moments (en Méditerranée il y a aussi l'Assomption durant l'été) où les familles se retrouvent. Et même s'il y a la tante qui a parfois la critique facile qui est autour de la table, c'est pas plus mal que l'arrière grand mère puisse voir sa descendance s'amuser autour d'elle.
Surtout que la disparition du caractère chômé des fêtes "religieuses" (bon prétexte à s'amuser) serait remplacée par quoi ? La fin de tout jour férié ou bien l'atomisation de toute magie en remplaçant le vocable de Noël qui fait encore briller les yeux des gosses non blasés par le froid et impersonnel sigle RTT ? Pourquoi vouloir que l'Etat combatte absolument les petits clins d'oeil résiduels d'une conception magique ou féérique du monde ? Que les gosses puissent ne pas aller à l'école en rêvant (en faisant peut être semblant d'y croire mais en tout cas en
jouant à y croire, ce qui est l'essentiel) au fait que des lutins font la sarabande toute la nuit, je n'y trouve rien à redire.
3) Enfin, la France est de tradition chrétienne. Si ça emmerde quelqu'un qu'un chef d'Etat ne crache pas sur une Histoire vieille de 15 siècles en ayant la courtoisie de saluer le Souverain Pontife à sa descente de l'avion, et bien peu me chaut. La France n'est pas une création ex nihilo. Le christianisme, malgré ses défauts innombrables mais heureusement aussi grâce à ses quelques qualités, a grandement contribué à construire la France. Dans quel état serait cette dernière et plus globalement l'Occident si les évêques de fer des Ve et VIe siècles n'avaient pas assuré l'administration des anciennes cités romaines et tenu tête aux pillards de tout horizon, du haut des murailles (à Toulouse par exemple) ou si la pensée antique n'avait pas été en partie conservée et grandement étudiée à l'abri des monastères ? L'héritage gréco-romain aurait sans doute été définitivement perdu. Qu'est ce qui aurait uni les peuples antagonistes d'une Europe belliqueuse si l'Eglise ne leur avait pas imposée quelques points communs ? Où en serait le droit si l'Eglise n'avait pas préservé voire créé certains grands principes comme l'instruction des affaires criminelles (la fameuse Inquisition si souvent carricaturée à cause d'excès ponctuels) ou la création de la trêve de Dieu et de la paix de Dieu, amorce en quelque sorte du jus ad bellum ?
La France est de tradition chrétienne, c'est constitutif de son être. Son système politico-philosophique et les grands principes moraux et juridiques ne sont pas des fruits du hasard nés par génération spontanée mais la maturation de substrats idéologiques successifs dont le christianisme est le plus fondamental.
Rejeter toute référence à la pensée chrétienne est tout simplement faire preuve d'amnésie.
Et tout ça pourquoi ? Pour complaire à des Français qui, pour citer un historien célèbre, ne comprendront jamais rien à la France car ils ne savent pas à la fois vibrer au baptême de Clovis et à la fête de la fédération.
La France a une âme, l'Europe également. Ce n'est pas en créant un supermarché aseptysé et insipide où toute référence historique est proscrite car non politiquement correcte qu'on garantira l'unité de la Nation. Bien au contraire !