Citation (Bibidou @ jeudi 24 janvier 2008 à 12:26)

Je n'irai pas par quatre chemins : les mangas, c'est à 99% de la mauvaise BD.
Où sont les bons scénarios et les beaux dessins des VRAIES BDs (Tintin, Astérix, Lucky Luke, etc.) ? Pas dans les mangas, ça c'est sûr... Un énorme livre en noir et blanc avec des écoliers qui se tapent dessus, très peu pour moi, merci...
Albert Uderzo l'avait d'ailleurs bien compris dans son album incompris d'Astérix,
"Le ciel lui tombe sur la tête".
Bon, j'ai lu vite-fait le sujet, très intéressant en ce qu'il réuni l'essentiel des lieux communs que cristallisent les mangas et autres dessins-animés japonais.
Bibidou, je confirme, il est des mangas qui sont violents, érotiques, pornographiques, sadiques, et même scatologiques (cf. le tome 3 de
Dragon Ball, quand le type qui ne s'est jamais lavé de sa vie met un doigt dans son slip pour le mettre ensuite devant Krilin qui tombe raide

). Pourquoi dirai-je ça alors que mon but est de défendre les mangas ?
Relisons ma phrase précédente (un cours de syntaxe française ne te ferais certainement aucun mal): "il est
des mangas" ; j'utilise l'article indéfini, en toute connaissance de cause, car on touche là du doigt ce qui me fait aimer le manga, à savoir sa diversité ! Il est impossible de flanquer ce genre d'un seul et unique adjectif !
De même, en quoi l'érotisme, la violence constituent forcément des points dépréciatifs ? En cela, je félicite tout ceux qui ont répondu sur ce topic de n'avoir pas nié l'existence de violence, de sexe etc. dans ce genre. La bonne défense, selon moi, passe par cette reconnaissance, suivie des nuances appropriées. Ainsi j'ai vu la mention de
Set up Love Story, en effet cours d'éducation sexuelle qui conviendrait tout à fait à un grand ado se posant des questions sur sa vie sexuelle (je me souviens que dans le premier tome il est indiqué la taille moyenne du pénis au Japon ; or, quel garçon ne s'en est jamais inquiété ?). Pour s'écarter des genres, je reprend l'existence du manga de Riyoko Ikeda,
La Rose de Versailles, biographie de Marie-Antoinette tout à fait viable ! Je suis étudiant en histoire, et j'ai révisé (de manière critique bien sûr

) la fin du règne de Louis XVI avec ce manga (malheureusement, je n'ai pas été interrogé sur cette période, je ne pourrai donc pas te dire quoi T_T). L'auteur prend d'ailleurs pour base le livre de Stephan Zweig,
Marie Antoinette. Enfin, dans d'autres mangas, à l'instar de
Gen d'Iroshima de Nakazawa (le titre me semble évocateur, faute de temps, je ne reviens pas dessus, désolé

notons juste que ce manga est une autobiographie), la violence peut servir de base à une critique, à un message très fort témoignant un vécu.
Ce n'est pas tout de mettre en exergue quelque violence. Le plus difficile est de dire comment cette violence est-elle utilisée et quelle est son utilité.
Restons dans la culture japonaise pour quelques précisions. Les mangas dans les poubelles... mouis. En fait, ces magazines sont jetés dans des poubelles
prévues à cet effet ! Ainsi, il est possible de les récupérer et donc, celui qui jette le magazine en fait profiter un autre en toute conscience. Il ne s'agit pas de quelque déni/dégoût. Ensuite, opposer BD occidentale et manga est une méthode qui a depuis longtemps prouvé son inanité. En effet, 1945, le Japon se fait envahir par les Américains et,
a fortiori, par les ... comics ! Leur influence a été décisive dans la fixation des codes du manga. Osamu Tezuka, le père du manga, adorait les oeuvres de Walt Disney, et s'en est inspiré. Il y a une part d'occidental dans le manga

Et ça continue : Jirô Taniguchi, dont le style graphique lui vaut le surnom de Hergé du manga, s'est toujours déclaré amateur de BD européenne.
Ta plus grande erreur Bibidou est, selon moi, de te croire plus auteur de BD européenne que les auteurs de BD européenne, ou du moins de conjecturer sur leur pensée. Je m'explique clairement. Il existe un groupe non négligeable d'auteurs qui entretiennent des liens parfois étroits avec des mangaka. Ainsi Moëbius et Jirô Taniguchi ont collaboré pour une oeuvre (le premier pour le scénario, le second pour le dessin) titrée
Icare, parue je crois chez Casterman et que tu trouvera certainement dans n'importe quelle moyenne (par la taille) bibliothèque. D'autres auteurs français s'essaye à faire des manga (cf.
Pink Diary), imitant ainsi les Allemands (cf.
Mister Unbekannt).
Tu connais certainnement le festival de la BD d'Angoulème. Alors tu n'es pas sans savoir que le mangaka Jirô Taniguchi y a été récompensé deux fois pour
Quartier Lointain et
Le Sommet des Dieux ! Le festival de la BD récompense des mangas... éh oui !
Tu défend la notion de vrai BD, mais je pense (ça n'engage que moi) que la plupart des professionnels de la BD seront en fait les derniers à te suivre.
Pour pousser ta réflexion plus loin, je te conseille de lire quelques études sur le sujet

. De mémoire (la bibliographie francophone étant encore réduite), je peux te donner :
_ Jérôme Schmidt,
Génération Manga (paru chez folio je crois, enfin... les éditions qui sont toujours à 2€) ;
_
Manga, Histoire d'un Empire Japonais ;_
60 ans de Bande Dessinée Japonaise (pour avoir un point de vue plus complet sur l'histoire du manga) ;
_ enfin un livre sous la direction de Jean-Marie Bouissou (agrégé d'histoire, professeur à l'IEP etc. etc.),
Histoire du Japon Contemporain, Fayard.
De même, je te conseil de consulter
ce topic.
Enfin, voici quelques titres qui t'aideront à te faire une idée plus exhaustive du sujet (tant dans la variété des styles graphiques que dans la manière de traiter des sujets parfois difficiles) :
_Jirô Taniguchi,
Un ciel Radieux,
Quartier Lointain
_Riyoko Ikeda,
La rose de Versailles
_Kei Tôme (tu trouvera son nom écrit "Toume"),
Déviances_Eiji Nakazawa,
Gen d'Hiroshima
_Shigeru Mizuki,
Nononba_Katsuhiro Otomo,
Akira_Yoshiyuki Tomino,
Gundam The Origin
_de je-ne-sais-plus-qui
, Ikkyu
(NB : la liste manque de mangas Shôjo, mais pour cela, je suis pas vraiment bon

, je demande donc votre aide)