Je vous présente d'avance mes excuses puisque je prends ce débat en différé, mais je dois encore réagir:
Citation (Simplicius @ dimanche 09 décembre 2007 à 11:36)

Oui Wilde était de NAISSANCE irlandaise. Mais rappelez moi donc où il finit ses études, vécut la plus grande partie de sa vie et surtout EN QUELLE LANGUE IL ECRIVIT !
Car vos contrées de sauvages que vous me peignez de couleurs criardes qui en disent assez le caractère frustre ne savent jamais qu'user de l'anglais. La gaélique ne subsiste guère plus qu'à l'état de lépreux moribond ! 
En l'occurence, notre cher Oscar est né
Oscar Fingal O'Flahertie Wills Wilde, ce qui sonne on ne peut plus irlandais. C'est même le fils d'une poétesse nationaliste (Jane Wilde), il a grandit dans un milieu pronant l'indépendance irlandaise, et n'a d'ailleurs jamais renié les convictions familiales (il en fut d'ailleurs abondamment question durant son procès, ce qui ajouta au scandale).
Même s'il s'installa à Londres pendant un peu plus d'une décennie (pour fuir une déception amoureuse, comme c'est symbolique!), la ville dans lequel il passa la plus grande quantité de ses jours fut Dublin, la seule qui continue d'ailleurs d'honorer sa mémoire, via des rues, des monuments... ou même des noms de pubs!
Si l'Irlande parle majoritairement l'Anglais, c'est d'abord en raison de l'extraordinaire brutalité liée à la colonisation anglaise, un modéle où l'indigène, qu'il soit celte, aborigène ou bien amérindien, n'a pas d'existence propre, et est la plupart du temps éliminé physiquement parlant afin de "faciliter le travail". On ne compte pas
les MILLIONS de morts que subirent tant l'Irlande que l'Ecosse, à cause de ce cynisme monstrueux et ethnocentré, donc même si nous sommes dans un sujet "léger", je recommanderais une certaine modération vis à vis de propos parfaitement vomitifs.

(
Et là, je suis tout à fait sérieux!)
En soit, tant l'Ecosse que l'Irlande furent des terres admirables sur les plans intellectuels et artistiques, malgré l'oppression cruelle subie à cause du voisin britannique. L'identité écossaise se remarque facilement au travers de personnages tels que David Hume, Adam Smith, James Mill ou Thomas Reid, ce mélange étonnant de pragmatisme, de scepticisme et de liberté s'incarnant déjà en partie dans leur propre version du calvinisme, qui devint la religion majoritaire. Et sur les plans artistiques, ce n'est pas un hasard non plus si le mouvement "
Arts and Crafts" est né là-bas, ou des écrivains ayant marqué plus que beaucoup d'autres ce que nous appelons
-à tort- l'univers anglo-saxon, tant leur talent fut fort et déterminant (je pense Arthur Conan Doyle, à Walter Scott, ou à Robert Louis Stevenson, ce dernier ayant particulièrement bien exprimé l'étrange dualité de son identité écossaise au travers du docteur Jekyll et de Mister Hyde).
Quant à l'Irlande, c'est cette île que nous appellons familièrement la terre des poètes, tant elle a engendré également de grands noms, des géants de l'écriture ayant révolutionné jusqu'à la facture même du Roman moderne. Nous sommes particulièrement loin d'une terre de "barbares", puisqu'on pourrait plutôt conclure qu'à l'inverse les auteurs celtes ont phagocyté l'art anglais, tant ce dernier semble médiocre voire inexistant en comparaison.
Tout comme avec l'Ecosse, la plupart de ce que nous appellons des auteurs anglais ne l'ont jamais été.
Il y a donc eu Oscar Wilde, le poète prodigieux et amer de "
la ballade de la Geôle de Reading"... mais aussi Jonathan Swift (
les voyages de Gulliver), Bram Stoker (
Dracula), George Russel, Flann O'Brien (
Le pleure misère), George Bernard Shaw (prix Nobel 1925), John Millington Synge (
Le balladin du monde occidental), le poète William Butler Yeats (qui avec le précédent, initia le
Celtic Revival -prix Nobel en 1923
-), Samuel Beckett (autre prix Nobel en 1969) et enfin, prodige des prodiges pour une nation de quelques millions d'âmes à peine (dix fois moins que le voisin britannique),
James Joyce!
O Ireland my first and only love
Where Christ and Caesar are hand and glove!
O lovely land where the shamrock grows!
Cette prodigalité artistique se remarque y compris avec la communauté irlandaise outre atlantique (Henry James, Scott Fitzgerald, Raymond Chandler, John Steinbeck... etc...)...
Et pour mémoire devant tout ce génie artistique, qui ne tremble pas devant l'incroyable sonorité des vers de Yeats, poète nationaliste s'il en fut un (il fut même député de la jeune république d'Irlande)?
Where the wave of moonlight glosses
The dim grey sands with light,
Far off by furthest Rosses
We foot it all the night,
Weaving olden dances,
Mingling hands and mingling glances
Till the moon has taken flight;
To and fro we leap
And chase the frothy bubbles,
While the world is full of troubles
And is anxious in its sleep.
Come away, O human child!
To the waters and the wild
With a faery, hand in hand,
For the world's more full of weeping than you can understand.
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Enfin, si je dois parler de la
langue gaëlique, voici l'un des patrimoines les plus admirables d'Europe, le berceau de cent milles poèmes, d'un âge d'or intellectuel qui a longtemps ébloui l'Europe alors sombrée dans la véritable barbarie d'entre les Vème et XIIème siècles.
Nulle langue n'est plus sonore, nulle langue ne possède tant de manières de décrire ce qu'elle voit, ce qu'elle ressent, ne dispose d'autant de nuances et de synonymes (et là, la remarque est également linguistique).
Le poête qui sait s'extasier devant la mer ou un paysage, qui fusionne avec la nature, c'est en Irlande qu'il est né, c'est ce sentiment que l'Irlande nous a donné, et qui irrigue les pensées de l'Européen moderne encore et encore quand bien même nous en avons oublié l'origine.
Les envahisseurs anglais se comportèrent en véritables barbares, et non l'inverse, brûlant, terrorisant la population, rasant toute forme de patrimoine, églises ou bibliothèques, et à un degré dont on réalise peu l'atroce sauvagerie et le systématisme. Voilà par quel viol abominable ils imposèrent leur langue, leur civilisation sur la verte Erin, terre de penseurs et de poètes...
Il nous reste pourtant encore des dizaines et des dizaines d'auteurs en langue gaëlique, tous antérieurs au XVIIème siècle, et dont la somme est plus importante que l'ensemble de la littérature française pour la même période!
Am gaeth i m-muir
Am tond trethan
Am fuaim mara
Am dam secht ndirend
Am séig i n-aill
Am dér gréne
Am cain lubai
Am torc ar gail
Am he i l-lind
Am loch i m-maig
Am brí a ndai
Am bri i fodb fras feochtu
Am dé delbas do chind codnu
Coiche nod gleith clochur slébe
Cia on co tagair aesa éscai
Cia du i l-laig fuiniud gréne
Cia beir buar o thig tethrach
Cia buar tethrach tibi
Cia dám, cia dé delbas faebru a ndind ailsiu
Cáinte im gai, cainte gaitheJe suis un vent de la mer,
Je suis une vague de la mer,
Je suis une voix de la mer,
Je suis un bœuf de sept combats
ou Je suis un cerf de sept dents de fer !
Je suis un griffon sur une falaise,
ou Je suis un faucon sur une falaise,
Je suis une larme du Soleil
Je suis une fée parmi les fleurs
Je suis un sanglier,
Je suis un saumon dans un étang
Je suis un lac dans une plaine,
Je suis une colline de poésie,
Je suis une flèche décochée ... pour la bataille,
Je suis un dieu qui met le feu à la tête
ou Je suis un dieu qui forme la fumée,
pour le feu sacré pour une tête.
Qui, si ce n'est moi, peut révéler
les secrets du dolmen
de pierre Brute? Lignes attribuées à
Amergin, que l'on fait remonter à 1268 avant Jésus-Christ, soit le plus ancien témoignage littéraire européen avec ceux des grecs et des minoëns...
Ce qui n'est pas sans rappeler un autre autre poème ancien mais écrit en gallois (autre langue celte), "
Le combat des arbres", attribué quant à lui au légendaire
Taliesin:
Bum yn lliaws rith
Kyn bum kisgyfrith.
Bum cledyf culurith.
Credaf pan writh.
Bum deigyr yn awyr.
Bum serwaw syr.
Bum geir yn llythyr.
Bum llyfyr ym prifder.
Bum llugyrn lleufer
Blwydyn a hanher.
Bum pont ar triger.
Ar trugein aber.
Bum hynt bym eryr.
Bum corwc ymyr.
Bum darwed yn llat.
Bum das ygkawat.
Bum cledyf yn aghat.
Bum yscwyt ygkat.
Bum tant yn telyn
Lletrithawdc naw blwydyn.
Yn dwfyr yn ewyn.
Bum yspwg yn tan.
Bum gwyd yngwarthan.J'ai revêtu une multitude d'aspects
avant d'acquérir ma forme définitive,
il m'en souvient très clairement.
J'ai été une lance étroite et dorée,
je crois en ce qui est clair,
j'ai été goutte de pluie dans les airs,
j'ai été la plus profonde des étoiles,
j'ai été mot parmi les lettres,
j'ai été livre dans l'origine,
j'ai été lumière de la lampe,
Pendant une année et demie,
j'ai été un immense pont
jeté sur trois vingtaines d'abers.
J'ai été chemin, j'ai été aigle,
j'ai été bateau de pêcheur sur la mer,
j'ai été victuaille du festin,
j'ai été goutte de l'averse,
j'ai été une épée dans l'étreinte des mains,
j'ai été bouclier dans la bataille,
j'ai été corde d'une harpe,
ainsi pendant neuf années.
Dans l'eau, dans l'écume,
j'ai été éponge dans le feu,
j'ai été arbre au bois mystérieux