Version complète : Edo, le Japon des Temps modernes
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Lili_greycat
Dans le code de références des époques historiques au Japon, la période 1603-1868 s’appelle « Edo », du nom de la capitale exécutive du Japon (Kyôto était la capitale où se trouvait l'empereur, mais le pouvoir exécutif était exercé par le shôgun à Edo). Le système social d’alors était dominé par les guerriers et le pouvoir central reposait sur le bakufu, une sorte de règlement.






Quelques repères chronologiques :

1603 : Tokugawa Ieyasu est nommé shôgun. Fondation du bakufu d’Edo.

1613 : interdiction du christianisme.

1624 : interdiction aux Espagnols de débarquer au Japon.

1635 : confirmation du système de résidence alternée des daimyô à Edo.

1639 : installation de Hollandais au Japon, mais fermeture du pays aux autres étrangers.

1651 : révolte de Yui Shôsetsu.

1657 : grand incendie d’Edo.

1716-1736 : réformes de l’ère Kyôkô.

1721 : installation de la boîte de réclamations (meyasu bako).

1722 : obligation pour les daimyô de verser au bakufu un centième de leur revenu en riz.

1733 : révolte du riz à Edo.

1742 : code judiciaire des roturiers (Kujikata osadamegaki).

1781-1789 : famine sous l’ère Tenmei.

1825 : édit de refoulement des navires étrangers.

1837 : révolte de Ôshio Heichachiro à Ôsaka.

1840-1842 : guerre de l’Opium.

1841 : réformes politiques de Mizuno Tadakuni.

1853 : le comodorre Perry entre dans la baie d’Edo, réclamant l’ouverture du japon au nom des Etats-Unis.

1859 : répression de l’ère Ansei menée par Naosuke.

1860 : assassinat de naosuke

1867 : édit impérial de restauration du pouvoir impérial.

1868 : abolition du shogunat et restauration de Meiji



Le Japon était composé au xvie siècle de six millions d’habitants avec un développement considérables des villes (trente et un millions fin xixe s.). Le territoire est découpé en fiefs, certains dépendant directement du bakufu, notamment les points stratégiques, comme la ville commerçante d’Ôsaka et la route reliant les trois plus importantes cités, Kyôto, Edo et Ôsaka, ou les mines d’argent de l’île de Sado, etc.

En 1600, le premier shôgun (seigneur de guerre), Tokugawa Ieyasu, gagna la suprématie militaire à la bataille de Sekigahara : dès lors, si en principe l’empereur détient le pouvoir suprême, en réalité il ne peut rien faire sans l’aval du shôgun, censé être juste un général. Le pouvoir du bakufu fut maintenant sur les fiefs notamment grâce au Sankin kôtai, système obligeant les dirigeants des fiefs, les daimyô (seigneurs), à séjourner un an à Edo, puis un an dans leur fief, tout en laissant femme et enfants à Edo, comme des otages. Leurs résidences constituaient 60% de la capitale.

La société était divisée en quatre catégories : les guerriers (shi), paysans (), artisans (), commerçants (shô) – on laisse de côté les pêcheurs, qui étaient pourtant nombreux - sans compter les moines bouddhistes, les médecins et les sans classe, les eta (ceux qui étaient souillés par le travail du cuir, de la viande, de la fabrication des socques ou sandales) et les non-humains, les kinin. Les classes étaient marquées par un code vestimentaire, un langage, des coutumes matrimoniales.




En haut de la hiérarchie se trouvaient les guerriers (bushi), les samouraïs, habilités à porter un patronyme et à porter deux sabres, un long et un court, qui leur donnaient un droit de vie ou de mort sur la population (kirisute gomen). Ils vivent un peu à part de la société, dans la maison des daimyô qu’ils servent et défendent, à moins d’être sans maître (rônin). Une hiérarchie stricte organisait ces privilégiés, les daimyô étant au sommet et ayant les moyens d’entretenir un cheval. Le dévouement au chef primait sur tout et les bushi possédaient le privilège de se faire seppuku (suicide rituel) en cas de désaccord.




La terre appartient aux daymiô ou au shôgun, chaque village disposant d’une certaine autonomie de gestion, mais versant une taxe, calculée en riz, même si les richesses étaient plus diversifiées. Le poids des redevances devenait insupportable en cas de mauvaise récolte et occasionnait des révoltes paysannes.

Artisans et commerçants constituaient la bourgeoisie urbaine et contribuèrent au développement des villes, notamment Ôsaka, ville de l’eau ; dont le port était une vaste plateforme commerciale (raffinage du cuivre, huile de colza, coton, contrôle de la production de riz, travail du cuir, etc.)

Les monastères et temples répertoriaient le cadastre et chacun devait s’y inscrire pour prouver qu’il n’était pas chrétien. Le Japon s’est considérablement fermé aux pays étrangers, ne tolérant que la Chine, la Corée et finalement les Hollandais, sans pour autant rejeter tous les apports (ex.: adoption du mousquet) et tout en conservant des échanges commerciaux importants.




Dans la seconde moitié du XIXe siècle, ce repli du Japon sur lui-même est reproché au shôgun, d’où une scission entre les daimyô soutenant celui-ci et ceux qui se rangent alors sous la bannière impériale : le 3 janvier 1866, un coup d’État renverse le met fin au bakufu au profit de l’empereur à Kyotô.







Si cette période vous intéresse, je peux compléter la fiche par quelques éléments sur la vie quotidienne à l'époque. smile.gif


game95560
Ah la culture japonaise smile.gif
Merci beaucoup thumbup.gif
Kinwena
Super, comme d'habitude smile.gif

Merci beaucoup Lili smile.gif
donjuan
C'est sympa.

Tu as des infos sur la culture des samouraïs?

Tu pourrais approfondir la question des bushis, c'est la même origine que les bushi do, liés aux Arts de combat?


Merci d'avance.

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Dianevitalic
Hon'tou ni subarashii deshita, sore wa thumbsup.gif

Merci Lili !

Lili_greycat
Citation (donjuan @ samedi 08 novembre 2008 à 12:10) *
Tu as des infos sur la culture des samouraïs?
Tu pourrais approfondir la question des bushis, c'est la même origine que les bushi do, liés aux Arts de combat?
Merci d'avance.

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Quelques éléments succincts sur les samourais et le Bushidô:



De 1159 à 1185, une guerre opposa les Minamoto et les Taira. La noblesse de cour se mit à envoyer ses cadets gérer les affaires de province, créant ainsi la classe des guerriers, qui accaparèrent le pouvoir suite à cet affrontement. A côté de l’administration impériale, une administration parallèle se développa, dirigée par le Sei i taishôgun, chargé de combattre les barbares. Il mit en place le gouvernement militaire dit « gouvernement de la tente » (bakufu) d’abord installé à l’Est, à Kamakura puis, plus tard, à Edo.

Les guerriers constituent l’élite de la société et vivent en ville avec leur seigneur qu’ils doivent servir et protéger. Ils ne constituent que 8% de la population au xixe siècle (selon le premier recensement complet, qui eut lieu e 1873). Ils ont le privilège de porter un nom de famille (avec les médecins). Ils ne possèdent pas de terres, à de rares exceptions, mais reçoivent une pension de leur daimyô (le chigyô) sous la forme de riz (alors valeur monétaire).



C’est leur tenue qui donnait la visibilité de leur appartenance à cette classe sociale : ils portaient une veste ample (haori) sur un kimono et un pantalon large (hakama) et surtout deux sabres, le grand (katana) étant leur chasse gardée depuis 1588 (certaines catégorises de la population pouvaient porter le court) et leur donnant le droit de faire justice eux-mêmes. Il mesurait environ 57 cm.

Les guerriers d’un haut rang se devaient d’entretenir une luxueuse armure et un cheval. L’armure n’a pas beaucoup évolué. Elle est faite en peau de cerf (cette espèce faillit d’ailleurs s’éteindre) et en fer laqué avec un casque à lamelle (kabuto) et un masque (hôate) pour effrayer l’ennemi. Les bushi passaient une partie de leur temps à s’exercer aux armes : tir à l’arc, sabres, arc, lance. Ceux qui pouvaient avoir un cheval s’exerçaient aussi à l’équitation, apprenant à tirer à l’arc à cheval (inu oi mono) : les cavaliers tournent dans une arène au centre de laquelle on lâchait des chiens qui servaient de cibles mouvantes. La chasse était aussi une pratique aristocratique : principalement cerf et sanglier, mais aussi des gibiers plus petit avec un faucon (takagari). La fauconnerie symbolisait tout particulièrement l’aristocratie guerrière, l’usage voulant qu’on offre ses proies à l’empereur, mais elle disparaîtra après Edo. Les guerriers consacraient aussi une partie de leur temps à l’étude (certains penseurs sont, à l’origine, des bushi) et adoptaient les valeurs confucéennes. Ils étaient si fidèles à leur seigneur qu’il fallut interdire le suicide par éventrement que pratiquaient certains pour suivre leur daimyô dans la mort (junshi). Par contre, on les autorisait à pratiquer le seppuku s’ils s’estimaient déshonorés ou pour ne pas désobéir au seigneur en cas de désaccord.

Au sein des bushi, les samourais qui avaient perdu leur maître ou quittaient son service devenaient des vagabonds (rônin) : ils devenaient alors soit maîtres d’armes soit bandits…



Les samourais sont monogames et la future mariée était choisie par les deux familles. Elle quittait la maison de ses parents en brisant un bol après s’être recueillie sur l’autel domestique. Elle se rendait alors dans la maison de son mari en cortège et se recueillait sur l’autel domestique. Le mariage se terminait par un banquet au cours duquel les mariés échangeaient des coupes de sake selon un rituel précis (san san ku do). Certains chefs de grande famille pouvaient prendre des concubines, comme l’empereur (jusqu’en 1926). Les seigneurs possédant des fiefs devaient se marier avec l’approbation du shôgun. Le fils aîné héritait, mais on pouvait adopter (le plus souvent un gendre). Le mari pouvait renvoyer son épouse, surtout en cas de stérilité. L’homosexualité était pratiquéeet respectée.



Les guerriers étaient passionnés par le jeu de go, différent des échecs japonais (shôgi), adaptés du jeu chinois, lui-même adapté d’un jeu indien. Ils s’amusaient aussi à envoyer une flèche dans un vase, à jouer aux dés (bakuchi), voir aux cartes (jeu importé par les Portugais, parfois transformé à la japonaise), les deux derniers étant parfois des jeux d’argent.



Le bushidô signifie « voie du samouraï » : il fut le premier code d’honneur du samouraï (ixe siècle). C’est un mélange de taoïsme, bouddhisme zen et shînto.

Citation
Voici un aperçu de la loi du Bushidô telle qu'elle est exprimée vers la fin du XVIIème siècle:

" Le vrai courage consiste à vivre quand il est juste de vivre, à mourir quand il est juste de mourir "
" Manger avec modération, éviter la volupté "
" Un Samouraï se conduira en fils et en sujet fidèle. Il ne quittera pas son souverain, quand bien même le nombre de ses sujets passerait de cent à dix, de dix à un "
" En temps de guerre, le témoignage de sa loyauté consistera à se porter s'il le faut au-devant des flèches ennemies sans faire cas de sa vie "
"…s'il perd le combat et s'il est obligé de livrer sa tête (…) il mourra en souriant, sans aucune vile allure "



Source : asukado.net



En 1716, le Hakugare, écrit par Yanamoto Tsunetomo, est terminé, recueil de onze volumes qui définit le bushidô. Il faut savoir se décider vite et agir tout de suite ; cette spontanéité sera reprise par les arts martiaux, notamment le kendo, judo, karaté, et jujitsu. Ceux-ci développent aussi les neuf vertus du bushidô : droiture, courage, respect, bonté/bienveillance, contrôle de soi, sincérité, honneur/loyauté, fidélité, modestie, valeurs traditionnelles encore très respectées au Japon

donjuan
Super intéressant;

Concernant le développement des arts martiaux, s'agissait-il que du fait des nobles,

je crois me souvenir que des paysans avaient aussi développé des techniques de combat.

Je me trompe?

Tu pourrais aussi m'en dire plus sur les écoles japonaises d'arts martiaux?

Leur place dans la société, la vie au sein des écoles?


(J'abuse sleep8ge.gif biggrin.gif).
Lili_greycat
pffffff, t'es pénible! angry.gif
Google est ton ami, à toi aussi. whistling1.gif
Laisse-moi un peu de temps, c'est de plus en plus difficile ce que tu demandes. stretcher.gif
Kégéruniku 8
Super cette fiche.^^
Et très complète en plus. thumbsup.gif


Donjuan, il y a bien des art martiaux qui ont été créés par les paysans pour se défendre des guerriers et des pillards.
Si mes souvenirs sont exact, le karaté-do en fait même partie.
C'est d'ailleurs aux paysans que l'on doit l'apparition de certaines armes comme le nun chaku, les tonfas ou même le kusarigama.
De nombreux arts martiaux sont d'ailleurs d'origine modeste, surtout que la classe guerrière ne fut pas toujours honorée.
C'est sous le règne des Tokugawa que la classe guerrière se créa réellement et c'est sous Iyeasu Tokugawa que les samouraï commencèrent à être réellement respectés.
Iyeasu étant un guerrier reconnu et estimant l'art du combat, lui même étant général avant de devenir Shogun après sa victoire sur Ideyoshi Toyotomi, conféra aux samouraï un statut pareticulier.
Mais, c'est également au cours de l'ère Tokugawa que leur influence commença à péricliter.
En effet, l'impot dû à la classe guerrière était fixe et ne prennait pas en considération les changements de valeur de la monnaie.
Ce qui eu pour conséquence d'apauvrir fortement la classe guerrière, ce qui la fit donc décliner.
Belizarius
Merci à tous pour ce très bon sujet smile.gif
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