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La légende de Chet BakerVendredi 25 Juillet - 13:16 Un documentaire fascinant retrace la vie d'un des musiciens les plus mythiques de l'histoire du jazz. |
Dans une scène de « Let's Get Lost », Chet Baker est interrogé sur un de ses fils, qu'il n'a pas vu depuis vingt ans. Silence : « Il paraît qu'il a une belle voix. » Silence. Puis il se met à chantonner une berceuse d'une tristesse abyssale : « Je l'avais composée pour sa naissance. » Le père se souvient à peine de son fils, mais n'a rien oublié du morceau de musique né avec lui. Tout Chet Baker est là, génial, irresponsable et très émouvant. L'histoire du cinéma s'enorgueillit de documentaires mythiques. « Let's Get Lost », tourné en 1987 (Baker mourra, mystérieusement, à Amsterdam, durant le montage du film), en fait partie.

Longtemps bloqué pour des questions de droits musicaux, le film ressort dans une version noir et blanc, stupéfiante de beauté. Aucun numéro de téléphone, pas de sécurité sociale : Baker vivait libre comme l'air et ce fut un miracle si Bruce Weber réussit à lui mettre la main dessus : « Il se pointait sans prévenir, repartait au beau milieu d'un plan. » « Je t'ai fait souffrir », lui lâche un Baker au bout du rouleau, en manque de méthadone. Vingt ans après, Weber avoue qu'il ne s'est toujours pas remis de ce film hommage, qui a la grâce, la liberté de son modèle. « Let's Get Lost »-titre aussi de l'album-veut dire « Perdons-nous » : Bruce Weber se perd dans la déglingue de Baker comme on s'égare dans un solo enfumé de jazz. Résultat : une divagation souvent sublime qui capte les derniers sets de Chet, sans occulter ses zones d'ombre.

Par sa douceur hypnotique, qui était aussi celle de sa voix et de ses mélodies romantiques, Baker fut un Dr Jekyll séducteur et un Mr Hyde arnaqueur : sa mère, ses épouses, sa fille témoignent, fascinées, qu'elles en ont bavé, mais l'ont aussi aimé. Pilier de Vogue , de Vanity Fair , Weber a photographié tous les plus beaux gars de la planète. Avec Chet Baker, le James Dean du jazz, il immortalise une autre beauté : dévastée, douloureuse et tragique

François-Guillaume Lorrain
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| Source: lepoint.fr |

