Craspine69
samedi 14 juin 2008 à 11:26
Le non irlandais complique la présidence française de l'Europe
AFP/PAUL MCERLANE
Des supporters irlandais du non au traité de
Lisbonne savourent leur victoire le 13 juin à Dublin. Avec le non irlandais au traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy essuie un revers et une satisfaction amère. Le revers, c'est l'échec d'un traité dont il se voulait le héraut. Depuis un an, le président français se vantait d'avoir sorti l'Union européenne de l'impasse, en ayant négocié un nouveau texte pour remplacer la Constitution rejetée par les Français et les Néerlandais. Son adresse avait été d'utiliser comme arme de négociation la garantie qu'il ne recourrait pas au référendum pour faire ratifier le nouveau texte.
La manœuvre, qui a si bien réussi en France, s'est échouée, jeudi 12 juin, sur le non irlandais. Le retour du casse-tête institutionnel va miner la présidence française de l'UE à compter du 1er juillet et priver le président d'un de ses meilleurs slogans : l'Europe a cessé de se regarder le nombril, elle s'occupe enfin de vous.
La satisfaction amère, c'est justement la conviction renforcée d'avoir raison sur le divorce croissant entre l'Europe et les citoyens, qui se sentent délaissés. Depuis des semaines, M. Sarkozy, qui a veillé à séduire la France du non dans sa campagne électorale, répète que le traité de Lisbonne ne réglera pas ce problème. Et lorsque le premier sondage donnant le non gagnant en Irlande a été publié, il n'a pas caché son pessimisme : rien ne changera tant que l'Europe restera incapable de traiter des sujets qui concernent les populations, comme le choc pétrolier, l'envolée de l'euro ou les flux migratoires.
"On n'a pas le droit de dire aux Européens : on ne peut rien, on ne veut rien", lançait-il à Rome début juin.
M. Sarkozy se sent conforté dans son activisme contre le
"politiquement correct" bruxellois. Dès le Conseil européen des 19 et 20 juin, il entend prendre l'opinion à témoin, quitte à accuser ses pairs de léthargie.
"Il va dire qu'il préfère avoir raison avec les citoyens plutôt qu'être dans un consensus mou", prédit le secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet.
"BOUCS ÉMISSAIRES"
Irrité d'avoir vu ses propositions de plafonnement de la TVA pétrolière balayées d'un revers de main par les ministres des finances européens, le chef de l'Etat veut repartir à l'offensive et exiger, faute de mesures, une plus grande liberté pour les Etats. Il devrait aussi mettre en garde contre de nouvelles concessions agricoles lors des négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui ont fâché les éleveurs irlandais.
Enfin, il appelle à plus de doigté politique, alors que la Commission vient d'irriter Paris en demandant simultanément aux pêcheurs de rembourser des aides et d'arrêter la pêche au thon rouge en Méditerranée. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, rejette, lui, toute responsabilité dans le non irlandais :
"Il est facile de trouver des boucs émissaires. Ce n'est pas juste, pas honnête." M. Sarkozy entend promouvoir une Europe qui
"protège" ses concitoyens, perdus dans la mondialisation. Les priorités de sa présidence (immigration, défense, agriculture et sécurité alimentaire, énergie-climat) sont censées y contribuer, mais ne progresseront que lentement.
Pendant ces six mois, le président de la République est contraint de trouver un équilibre entre les coups de boutoir qu'il entend donner à un système à bout de souffle, au risque de braquer ses partenaires, et les espérances qu'il fait naître auprès des populations mais qui ne peuvent être satisfaites : parce qu'il n'y a pas d'accord européen pour
"faire de la politique" comme il l'entend; parce qu'il n'y a pas de réponse magique à un problème durable comme l'envolée du prix du pétrole.
Arnaud Leparmentier
SOURCE : LE MONDE | 14.06.08 | 09h26 • Mis à jour le 14.06.08 | 09h33
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/...#ens_id=1032345