Après environ une heure de queue dans le froid, où déjà les gens discutent et échangent des impressions, signe que le public est un public de connaisseurs, nous voilà entrés...
La salle Rameau, est toujours aussi petite que dans mon souvenir, et plus vieillote encore, si c'est possible...
Qu'importe, nous sommes installés au premier balcon, premier rang, et donc si proche de la scène....L'avantage d'une petite salle , en somme...
A gauche de la scène, sur une petite table nappée de noir, Popa est déjà à pied d'oeuvre...Il signe CD, tickets d'entrée, et fait la réclame pour ses tee-shirts à l'effigie du petit diablotin rouge et jaune, tout en réparant avec un tournevis, je ne sais quel boitier de matos...La couleur est donnée, ce sera un concert à la bonne New-yorkaise...
Comme je veux faire plaisir à quelqu'un, je redescends, billet en main. Tous les fans attendent sagement leur tour, sans piper mot...Impressionnés?...Et tendent leur ticket ou CD pour l'autographe jubilatoire...
Il ne lève même pas les yeux, et pour cause personne ne lui parle! Alors j'y vais de mon "Nice to meet you" avec mon meilleur accent...
Dans sa tenue, aussi, il est trop top! Bandana rouge noué sur le caillou à la corsaire, tee-shirt noir sans manche qui a connu de meilleurs jours, lequel révèle d'énormes bras copieusement tatoués. Un baggy informe pour être à l'aise, et pourtant, il a maigri, et des tennis....Bref, il ne se là pète pas! C'est bon signe...
Attente, encore une heure...Les "aficionados" commencent à s'impatienter! Des hurlements fusent...On commence à siffler et tapper des mains en cadence...
A 21 heures piles, il arrive sur scène, avec ses deux acolytes, le batteur et le bassiste. Deux guitares l'attendent sur leurs chevalets, ce ne sera pas une vitrine de débauche, donc...
D'entrée, il joue Hey Joe, et là, on ne pense déjà plus à l'attente, au froid, et à l'humidité lyonnaise...
Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas. Popa joue de tout! Tantôt un mélange de reggae et de blues, tantôt du hard-blues, ou bien un country -bluesy en demie-teinte, ou encore un jazz-rock bien enlevé.
C'est sûr, ce mec connait son instrument. Il nous livre un blues nerveux, électrique. Au perfectionnisme, il ajoute son feeling bien particulier de bluesman Big Apple, où toutes les influences de ce creusot sont évoquées...Génial!
Mais je suis étonnée par le peu d'enthousiasme du public lyonnais! Personne ne bouge sur son fauteuil au rythme du tempo! Je suis lyonnaise d'adoption, et là, j'ai presque honte de la retenue toute légendaire des habitants de la capitale des Gaules. Fermés, comme les célèbres volets du vieux Lyon...J'ai envie de leur crier bougez, scandez la mesure, éclatez-vous!!!!! Faites-lui au moins sentir qu'il n'est pas venu pour rien!
Fichtre, il manie ses cordes avec inspiration, avec brio... Il a le blues dans la peau, ce gars! ...Bon, ben moi, j'en profite et puis tant pis pour les fauteuils d'à côté, flûte....
L'acoustique de la salle est loin d'être terrible, beaucoup d'effets Larsen, aussi, et mon Popa qui fait des signes désespérés pouce pointé en bas, en direction de la technique...Il n'empêche, quel son! ...Waouh
Vous l'aurez compris, je kiffe le blues, énormément!
Au bout d'une heure debout, la "bête" est fatiguée....Allez un chaise avec serviette éponge et c'est reparti... Les riffs sont sublimes...Je suis loin, très loin des contingences terrestres...
Nous avons droit à un magnifique solo de basse, très applaudi... Et oui, mes païs se réveillent!...Suivi d'un non moins gigantesque solo de batterie, très plébiscité, également! Bien!!!! Tous ce petit monde sort de sa torpeur! Sifflets, colibets, claquements de mains, retentissent enfin...
Puis il fouille sa large poche, en sort un bottleneck. Bien, je suis aux anges...C'est parti pour du blues plus delta...
Derrière lui, sur un ampli, monte en spirale la fumée d'un cône d'encens. Pas de doute, ce type est zen!
Toute la salle profite des senteurs exhalées, c'est un des autres avantages d'une salle intimiste. Là, cela frise le convivial, tant mieux!
Je serais incapable de vous citer tous les titres qu'il a joué, d'autant que je ne connais pas sa discographie sur le bout du doigt...Au passage, j'ai reconnu Hallelujah, Tin pan alley, et Same old blues, et deux titres de son dernier CD, surtout parce qu'il en a fait mention... Mais bon , on s'en fiche, le but de ce message étant de communiquer mon enthousiasme pour un guitariste de blues, hélas trop méconnu!
A 23 heures, les derniers accords retentissent et s'évanouissent...Popa Chubby dit bonsoir en français, et c'est déjà fini...
Le public se lève sans même songer à un rappel
En tous cas, c'était un très bon concert!
S'il se trouve parmi vous quelqu'un qui assistait à ce concert et qui a pris des photos, ce serait sympa de les ajouter, ainsi que vos commentaires, rectificatifs, ne serait-ce que pour montrer le phénomène Chubby ...et le dénuement de la scène! D'avance, merci...
