C'est un peu long désolé mais certains sujet ne se font pas en 2 lignes
Emmanuelle Grundmann
http://www.liberterre.fr/gaiasophia/agriculture/agro-industrie/dieselvegetal.html
A tous ceux qui croient encore que ces agro-carburants sont une
solution pour contrer le réchauffement climatique et à tous ceux qui
participent de près ou de loin à cette immense supercherie, aux
médias qui se font trop souvent les porte-parole de l’industrie
automobile et pétrolière désireuses de verdir leur image et tromper
un peu plus le potentiel consommateur… Je tenais à faire quelques
rectificatifs quant à cette appellation abusive de Biocarburants qui
n’ont strictement rien de BIO au sens du label adopté par le
ministère de l’agriculture français et par la commission européenne.
Il existe deux catégories d’agro-carburants selon la matière première
utilisée et le processus de transformation effectué.
- La filière éthanol pour les véhicules essence: ce sont les sucres
et céréales qui sont utilisés et transformés en éthanol puis mélangés
à de l’essence.
- La filière des huiles végétales pour les véhicules diesel : les
huiles végétales subissent une trans-estérification puis ces EMHV –
Ethyl Methylique d’Huile Végétale- sont mélangés à du gazole pour
obtenir des “biodiesels”.
Ces EMHV sont plus coûteux à produire que l’éthanol et demandent plus
d’apports en énergie mais ils sont très facilement utilisables en
remplacement de gazole traditionnel car jusqu’à une incorporation de
30% dans le mélange, les moteurs n’ont aucunement besoin d’être
modifiés.
Aujourd’hui, la France produit des EMHV essentiellement à partir de
colza mais il ne faut pas oublier que ces cultures sont largement
engraissées et arrosées de pesticides, produits à partir de la
filière pétrole sans parler de la pollution induite par ces
substances qui n’ont absolument rien de BIO.
De plus, l’Union Européenne a fixé des objectifs d’incorporation des
biocarburants à hauteur de 5,75 % d’ici 2010 et 10% d’ici 2020. Or,
comme l’explique la chargée de recherche et coordinatrice de
programme European Biofuels Policy (EBP à propos de l’accent mis sur
le biodiesel, « un problème de surface va se poser pour atteindre les
objectifs européens, l’importation d’huile de palme pourrait
compléter la production européenne ».
Quant aux personnes qui arguent d’imprécision et d’erreur en
m’inondant de soi-disant données physiques sur les propriétés de
cette huile végétale impropre à l’utilisation en “bio” carburant
lorsque je parle de désastre à venir puisque la demande en huile de
palme pour les biocarburants va nécessairement augmenter (allant de
pair avec une vaste déforestation), je ne peux que douter de leur
objectivité et de leurs compétences dans ce domaine.
En effet, l’huile de palme est déjà largement utilisée pour la
fabrication de “bio-diesels”. En mars 2006, le biofuel B5 palm oil ou
ENVO Diesel (5% d’huile de palme + 95% de diesel) a été lancé en
grande pompe en Malaisie, par ailleurs premier producteur mondial
d’huile de palme (87% de la déforestation dans ce pays est imputable
à l’installation de monocultures de palmiers à huile). La National
Biofuel Policy de la Malaysia Palm Oil Board prévoit d’ailleurs
d’utiliser cet ENVO Biodiesel dans tous les transports, l’industrie
et mise sur l’exportation pour augmenter encore plus les profits de
cette filière.
Trois immenses raffineries destinées au traitement de l’huile de
palme sont en cours de construction en Malaisie. En Novembre 2006, la
Natural Fuels Australia Ltd a ouvert une grande raffinerie à Darwin
dont l’objectif affiché est de produire 800 millions de litres de
biodiesels à partir d’huile de palme d’ici 2008 et le développement
d’une autre raffinerie cinq fois plus grande est actuellement en
projet à Singapour tandis que l’industriel étudie également
l’implantation de plusieurs autres de ces raffineries à Houston, aux
Pays-Bas et en Malaisie.
Ceci allant de pair avec la conversion de milliers voire de millions
d’hectares supplémentaires de forêts en monocultures de palmier à
huile, en Indonésie, en Afrique mais aussi en Amérique latine comme
au Pérou où l’industriel Romero s’est déjà implanté en rasant
plusieurs milliers d’hectares de forêt amazonienne et ce, bien que
les études d’impact environnementaux n’aient pas encore été menées à
terme.
L’huile de palme, issue de la destruction des forêts tropicales, est
déjà arrivée sur le marché Européen. Ainsi, la demande des Pays-Bas
est actuellement de 400 000 tonnes uniquement pour la production
d’électricité dite “verte”, une supercherie de plus dans le domaine
énergétique! BIOX bv, une compagnie d’électricité fonctionne en effet
à l’huile de palme et va construire 4 nouvelles centrales électriques
à l’huile de palme. Une électricité ensuite exportée en partie à
plusieurs autres pays européens…
BIOX bv s’investit également dans la production de biodiesel, un
projet mené en partenariat avec Unimills, une filiale de la compagnie
Malaise “Golden Hope Plantations”. Quelle cruelle ironie dans ce nom
lorsqu’on connaît le désastre environnemental et social sous-jacent à
la filière huile de palme !
L’huile de palme, c’est un rendement de 500t/km2/an, qui nécessite
une importante main d’œuvre pour la récolte des noix de palme, se
pratiquant à la main. C’est donc une filière viable dans des pays où
la main d’œuvre est très peu onéreuse, taillable et corvéable à merci
(l’huile de palme, malgré la distance à parcourir pour arriver en
Europe est deux fois moins onéreuse que l’huile de colza produite sur
place du fait des très faibles coût de main d’œuvre, certains
n’hésitent d’ailleurs pas à parler d’esclavage des temps modernes).
Ultime menace sur l’environnement, dans un souci de productivité (vu
les objectifs de l’Union Européenne notamment) M. Chandran, directeur
de l’association Malaisienne pour l’huile de palme a déclaré en 2001
que la priorité résidait aujourd’hui dans le développement de
palmiers transgéniques et ce, dans le but d’améliorer la qualité de
l’huile, d’augmenter la production et de diminuer la taille des
arbres pour faciliter la récolte. Les études sont en cours. Une
aubaine pour les grosses multinationales agro-alimentaires !
Enfin, penser que l’Europe se contentera de sa propre production
d’oléagineux ou de sucres et céréales, c’est se voiler la face.
Depuis 2005, l’Europe importe déjà de l’huile de palme (bien plus
rentable par ailleurs ) et de l’huile de soja (dont les monocultures
sont également issues d’une vaste déforestation de la forêt
amazonienne, notamment dans l’état du Mato Grosso) pour produire une
partie du biodiesel consommé.
Ultime coup de couteau dans le dos de l’écologie et de la
préservation de l’environnement, ce communiqué de presse du 26
septembre 2006 dans lequel Thierry Breton, ministre de l’Economie,
des Finances et de l’Industrie s’est engagé sans réserve pour le
lancement en France, dès 2007, de l’E85 (l’éthanol massivement
utilisé au Brésil, où il est issu de la transformation de la canne à
sucre), premier carburant de l’après pétrole.
Que ceux qui doutaient de la sensibilité du gouvernement actuel et de
l’équipe du candidat à la présidentielle Nicolas Sarkozy soient
rassurés: bientôt, nous roulerons tous à l’éthanol et au biodiesel,
pour préserver notre environnement ! Quelle ignoble supercherie !
Plébisciter les “bio”carburants, c’est ouvrir un peu plus grand la
porte aux OGM, aux pesticides et participer au réchauffement
climatique à travers une accélération sans précédent de la
déforestation en zone tropicale.
Les adopter, c’est également cautionner les atteintes faites aux
droits de l’homme et à ce nouvel esclavage mis en place au sein des
immenses plantations de palmier à huile, de soja ou de canne à sucre
sans oublier les graves atteintes aux droits des peuples autochtones
chassés de leurs terres ancestrales, ces dernières étant convoitées
par les industriels pour étendre les titanesques monocultures.
Emmanuelle Grundmann. Le 2 mai 2007. Auteur de “Ces forêts qu’on
assassine”
Jusqu'à une date récente, les promoteurs des biocarburants n'avaient rencontré qu'un seul véritable obstacle : l'opposition des groupes pétroliers, peu désireux de voir leur monopole remis en question. Quelques voix avaient attiré l'attention sur de possibles dérèglements économiques et écologiques liés à la production massive de carburants issus de la canne à sucre, du maïs ou de la betterave (destinés à la fabrication de l'éthanol) et du palmier à huile, du soja, du colza, ou du tournesol (pour le biodiesel). Mais elles étaient isolées et peu audibles, au milieu des applaudissements saluant l'émergence de substituts " propres " au pétrole.
Cette époque est révolue. De nombreuses mises en garde viennent de tous les horizons. Le plus célèbre représentant de ce front est Fidel Castro. Depuis la signature fin mars d'un accord de coopération et de promotion des biocarburants entre les Etats-Unis et le Brésil, le dirigeant cubain ne cesse de s'élever contre " l'idée sinistre de convertir les aliments en combustibles ", qui pourrait conduire à la " mort prématurée de milliards de personnes " par la famine.
Au même moment, George Monbiot, éditorialiste au Guardian, appelle à un moratoire de cinq ans, évoquant un " désastre écologique et humanitaire " à venir. Il existe désormais une coalition européenne baptisée " biofuelwatch ", qui réclame l'abandon des objectifs fixés par l'Union européenne (10 % de carburants d'origine végétale dans les réservoirs d'ici à 2020). " Cette cible va favoriser des variétés aux rendements énergétiques faibles, déclencher de la déforestation et des pertes de biodiversité et exacerber les conflits locaux liés à l'usage du sol ", écrivent les écologistes, qui ne parlent plus désormais que d'" agrocarburants ".
Quel contraste avec l'enthousiasme qui prévalait jusqu'à présent ! Des biocarburants, on ne voyait alors que les avantages : réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), de la dépendance énergétique... et nouveau débouché pour les agriculteurs en quête d'une image plus verte. En France, la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, a été le plus ardent promoteur des biocarburants. Ce qui explique le volontarisme du gouvernement, qui a fixé des objectifs plus élevés que ceux de l'UE. Le président élu Nicolas Sarkozy a promis de poursuivre cette politique.
En fait, les biocarburants permettent aux élus des pays riches d'éviter d'aborder de front une question périlleuse : l'augmentation vertigineuse des émissions de GES liées aux transports et l'efficacité des déplacements des personnes et des marchandises. Un appui politique sans réserve a ancré dans les esprits l'idée que ces nouveaux carburants allaient se substituer sans dommage à l'essence et au diesel.
Or rien n'est plus faux. Tout d'abord, leur rendement énergétique est inégal. Les seules plantes véritablement performantes poussent sous les tropiques : canne à sucre pour l'éthanol, palmier à huile pour le biodiesel. Le rendement de la canne est deux fois supérieur à celui du maïs. Les méthodes de culture sont contestées. " Il serait économiquement absurde de consacrer beaucoup d'énergie à travers l'usage intensif d'engrais pour produire de l'énergie, souligne Michel Griffon, responsable du département agriculture et développement durable de l'Agence nationale de la recherche. En effet les engrais azotés sont essentiellement issus du gaz naturel, dont les prix vont augmenter. Les phosphates sont des roches fossiles et leur mise à disposition dans les exploitations agricoles représente un coût important de transport. "
Les ingénieurs agronomes redoutent une course à la terre entre les " quatre F " pour Food - alimentation humaine - , Feed - alimentation animale - , Fiber - textile - , Fuel - carburants - . Alors que les biocarburants représentent moins de 1 % de l'énergie produite dans le monde, leur influence sur les cours des matières premières agricoles se fait déjà sentir. Or de nombreux pays ont fixé des objectifs de développement ambitieux pour les années à venir. " Il faudrait deux planètes pour remplir les estomacs, remplir les réservoirs et préserver l'avenir de la biodiversité ", résume M. Griffon.
" POLITIQUE FOLLE "
Les forêts tropicales et les zones humides, principaux réservoirs de biodiversité, sont en première ligne. L'expansion de la culture de la canne à sucre dans le centre-ouest du Brésil aboutirait ainsi à déplacer les cultures de soja et les pâturages vers les terres occupées par la forêt amazonienne. Un raisonnement rejeté par Marcos Jank, président de l'Institut brésilien des études commerciales et des négociations internationales. " L'espace disponible au Brésil est considérable, et la production est encore peu intensive, affirme M. Jank. On passe de systèmes de culture dominés par l'élevage et le soja à des systèmes diversifiés, où la canne entre dans les rotations. " " La déforestation est davantage liée aux coupes illégales et au régime de propriété foncière ", ajoute M. Jank. Le gouvernement brésilien conteste également les critiques.
Les dommages sur la forêt du Sud-Est asiatique ont commencé. Les forêts primaires d'Indonésie et de Malaisie partent en fumée pour laisser la place à des plantations de palmier à huile. Or les cours sont dopés par la demande européenne liée au développement des biocarburants tirés du colza, dont l'huile de palme est un substitut. La perte de biodiversité est immense, et de précieux puits de carbone sont supprimés.
L'environnement des pays riches pourrait également souffrir. " Aux Etats-Unis, les cultures de maïs pour l'éthanol progressent vers l'ouest, grâce à l'utilisation d'eau prélevée sur un aquifère fossile, relève Ronald Steenblik, directeur de recherche à l'institut américain Global Subsidies Initiative. Les engrais, les pesticides, l'érosion progressent avec elles. C'est une politique folle, chère, et mauvaise pour l'environnement. "
En Europe, l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) a dressé la liste des précautions indispensables pour concilier cultures énergétiques et protection de l'environnement (maintien de zones en jachère, conversion de 30 % des terres en agriculture biologique). La Commission européenne a lancé, le 30 avril, une consultation publique sur les moyens de garantir la " viabilité environnementale " des biocarburants, afin de préparer une proposition de directive-cadre sur les énergies renouvelables. Elle le fait seulement après avoir fixé un objectif chiffré contraignant.
L'émergence de biocarburants de deuxième génération, à la fois plus productifs et respectueux de l'environnement, est souvent avancée comme réponse à ces inquiétudes. Mais elle ne pourra aboutir avant une ou deux décennies. Dans l'intervalle, les dégâts sur la biodiversité pourraient être importants, et ils ne seront pas réparables...
